Appel Ancien, tentatives de traduction... Partie II
Par Michael Harrison, traduction & adaptation Lune
Extrait du Chapitre VII "Le langage des Sorcières" de "Roots of Witchcraft"
"Appel Ancien, significations & tentatives de traduction"
Partie II de la traduction... (à suivre)
Seme, 'le fils' en basque, est évidemment un mot emprunté au latin, bien qu'il soit curieux que, en abandonant leur mot traditionnel pour 'fils' (car ils doivent en avoir eu un), les Basques d’antant choisirent, non pas le mot 'ordinaire' latin, filius (en français, fils ; en espagnol, hijo; en italien, figlio; en portugais, filho; en roumain, fiu), mais le mot, semen, 'graine', employé pour ' résultat, progéniture ', etc. Seulement sous sa signification poétique la plus émouvante, telle qu’employée par Ovide, par exemple.
L’abandon du mot traditionnel d’origine pour une expression étrangère, même là où le mot abandonné est, dirait-on, indispensable, est parallèle à d'autres langues. Par exemple, en grec, le mot ancien pour 'roi', anax, a été abandonné en faveur du mot d'origine inconnue, basileus, 'roi'. Cependant, l'adoption de semen pour 'fils' pourrait même être pré-romaine, mais en tout cas, c’est certainement une importation dans la langue basque qui n’est nullement moderne.
atha - eta - 'et'
famolas - familiaz - '(qui sont) avec la Famille'
Cela peut bien être tiré du mot latin plus ancien pour 'famille', familia, et non du français plus récent ‘famille’. Les mots français finissant en -aille, lorsqu’importés dans la langue basque, prennent la terminaison - alla. Exemples : en français : battaille, bouteille, caille ; en basque : batalla, boutilla, calla.
Hurrahya – (cri rituel) – Bodin, dans ses écrits de 1604 et 1616, rapporte que l’invitation à la danse-sorcière commençait par les mots, « Har, Har… » à Guernsey (NdlT : île anglo-normande), la version était « Har, Har, Hou, Hou, danse ici, etc. » (NdlT : en français dans le texte). « Hou », selon Margaret Murray devint le patronyme d’une déité locale dont le nom forme en partie celui de quelques petites îles de la région : Lihou, Jet-Hou, Brecqhou, etc. « Haro » est aussi utlisé par n’importe quel insulaire de la Manche qui demande justice. Cette ancienne coutume est appelée « L’Appel d’Haro ! », 'Hurrahya', ici semble être similaire à « Har-hou ».
Maintenant, en tenant compte du basque dont nous connaissons l’existence, j’affirme, en me basant simplement sur le texte anglais établi qui n’est pas-si-corrompu, qu’il est davantage « sans grammaire » que n'importe quel basque moderne, voyons tout de même ce que nous avons déchiffré. Les terminaisons à déclinaisons se sont déformées ou se sont perdues à travers les siècles, mais les mots, bien qu’ils ne soient pas liés les uns aux autres dans la syntaxe basque ordonnée avec précision (un système très compliqué), et bien que ramené aux radicaux simples, sont toujours compréhensibles. Et leur totalité, comme je l'ai déjà affirmé, « a un sens ». Mais quel est ce sens ?
En ignorant les oublis ou les utilisations incorrectes des impitoyables terminaisons et conjonctions et autres particules, essayons de faire un « récit » continu et intelligible, sans se préoccuper du chant donné dans le livre de M. Haining.
Cela conduit à présent – la version anglaise – à cela :
Tuez (ou le Banquet) en novembre ; tuez ! Je vous transporterai là par moi-même et sans l'aide d'une passoire, parcourir les plats et les assiettes avec le sable : le travail (qui doit être fait) avec ces plats et assiettes. (Nous rencontrerons nos amis) prêts pour la coupe à boire s'ils iront (au Banquet), leurs ventres remplis par le fait qu’ils ont vidé la coupe à boire. O Fils (du Maître) avec vos Familles (clament Leurs éloges par le cri) '.' HURRAHYA '!
Les langues, tranposées d’un contexte géographique à l’autre, changent souvent beaucoup plus que l’original du chant scandé « Eko, Eko, Azarak… » dans son environnement présent. Qui trouverait raisonnable que libella le mot latin, notre « level » (ndlt : niveau en anglais) –le même mot –, soit devenu « niveau » en français moderne ? Ou que l’original de la comptine qui commence par Hickory-dickory dock… est une comptine bretonne qui commence par Digoret dor, digoret d’eoc’h… (« Ouvrez la porte, ouvrez la à vous-même… » c’est-à-dire « entrez en vous-même » !), ou que Eeny-meeny-miney-mo est un conte en rimes tellement corrompu fut-il par rapport à l’original, que seuls deux mots restent compréhensibles : eeny ('un') et un mot pour « four » (ndlt ; quatre en anglais) qui est la première partie de la phrase, « catch a niger »..., où « catch » est plus probablement le gaélique irlandais ceathair, 'four' (quatre), à présent prononcé [k'ahir'] ? Et d’autres mots se sont même encore plus pervertis sur les lèvres irréfléchies par où ils passaient, à la mode des perroquets, d’une génération à l’autre.
Cela en dit long sur la ténacité, non seulement de la foi mais aussi du but de la Vieille Religion que ses membres ont dû conserver, sans l’aide rectificative d’archive écrite (commencée seulement à la fin du quinzième siècle - et continuée par les ennemis de la Religion), tout comme les rituels anciens.
Dans le déchiffrement du texte « Eko, Eko, Azarak ... », j’ai été frappé par un sentiment familier qui revenait sans cesse, et jusqu’à ce que j’ai eu terminé le brouillon de la traduction du sous-basque, j’ai traqué ce qui me travaillait dans les moindres recoins de ma mémoire. Ce « déclic » était une double référence à « Eko, Eko » pour « plats et assiettes ». Les repas rituels, de la lectisternia romaine (pour les dieux) et sellisternia [8] (pour les déesses) à l’Agapè, « la fête d’amour » des premiers chrétiens, était un rite standard de toutes les religions des temps passés ; mais il y avait quelque chose de plus approchant qui tourmentait mon subconscient, quelque chose qui avait peu de rapport avec la religion, tandis que nous pensons à des choses religieuses. Et alors… Je me souvins. La comptine 'sans signification' dans laquelle les enfants des fermiers gambaderaient sur la route poussérieuse et étroite de la Ferme des Moineaux :
Cups and saucers,
Plates and dishes - Here comes Sally
With calico breeches!
Tasses et soucoupes,
Plats et assiettes –
Voici venir Sally
Avec ses culottes en tissu !
Bon dieu ! Je n’ai pas pensé aux enfants et à leur mélodie absurde depuis plus de quarante ans. Mais à présent, tandis que cela me revient, j’ai commencé à l’examiner – pour la première fois dans ma vie – à la lumière de ce que j’ai déjà découvert, non seulement sur « Eko, Eko », mais aussi sur nombre d’autres sons dans le contexte de la Vieille Religion.
Le macaronien – une poésie (ndlt : burlesque) en deux (ou même davantage) langues – était une célèbre figure littéraire du Haut et Bas Moyen Âge (il y a au moins une chanson populaire récente en anglais et français - Darling, je vous aime beaucoup - ) ; et à présent il me vient à l’esprit de me demander si la partie 'intelligible' de la comptine des enfants (Tasses et soucoupes, Plats et assiettes / Cups and saucers, Plates and dishes) n'avait pas à l'origine fait partie d'un macaronien, préfaçant, comme la traduction anglaise correcte du basque original, deux lignes laissées en basque; les deux dernières lignes qui, dans les bouches de générations d'enfants, avaient dégénérées en un vers fantaisiste sur Sally et ses sous-vêtements. J'ai noté les mots principaux :
SALLY
CALICO
BREECHES
SALLY
TISSU
CULOTTES
- et considéré que j’avais écrit du point de vue du « Basque caché ». Y avait-il là un indice ?
Bien, le mot (anglais), calico, était prométeur. Co, le suffixe, est une particule très fréquemment employée en Basque ; elle fait non seulement l’affaire pour nos préposition-conjontions, « de » et « pour », mais elle exprime les nuances de sens que les mots « de »et « pour » sont incapables d’exprimer. Je me suis demandé à quel mot basque le « calico » des enfants du vingtième siècle faisait un si lointain écho ?
Bien, après que j’en ai eu terminé avec le dictionnaire et la grammaire basque, les résultats, coïncidant ou non, étaient naturellement surprenants :
Anglais - Basque – Signification
Sally - salhi – « écumoire, passoir, tamis, etc. »
Calico - callaco – « pour le lait caillé. »
Breeches - beituzu – « Tu (l’) as » : 2ème personne du singulier, 'la forme respectueuse', présent de l’ indicatif, 'la forme circonstencielle' du verbe, ukhen, 'avoir'. Alors que le Basque ne possède pas de construction spéciale pour les phrases interrogatives, beituzu, ici serait probablement considéré comme une interrogation – « (L’) as-tu ? »
- ou, sous une forme liée :
Cups and saucers, plates and dishes [are all ready] - hast thou the skimmer for the curds?
Tasses et soucoupes, plats et assiettes [sont tous prêts] – As-tu l’écumoire pour le lait caillé ?
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[8] Parce que les hommes mangeaient, étendus sur des sofas : lecti ; car les femmes mangeaient, assises droites sellae, des chaises ou des bancs.
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