Appel Ancien, tentatives de traduction... Partie I
Par Michael Harrison, traduction & adaptation Lune
Extrait du Chapitre VII "Le langage des Sorcières" de "Roots of Witchcraft"
"Appel Ancien, significations & tentatives de traduction"
Partie I de la traduction
Pour ma première expérience dans le déchiffrage des textes Sorciers, j'ai choisi le fameux chant scandé du Rituel de l’Initiation. Ce chant est donné à la fois par Peter Haining dans The Warlock's Book (W.H. Allen, Londres, 1971) et par Raymond Lament Brown A book of Witchcraft (David & Charles, Newton Abbot, 1971). Je donnerai ici la version de Haining, en partie parce qu'il est entièrement en langue ancienne, alors que la version de Lament Brown est en partie en anglais et aussi parce que le texte de la dernière version me regarde comme s'il avait eu le malheur d’être édité par quelque ignare de la langue antique. Telle qu’elle est, la version de Lament Brown n'est pas plus du charabia que de la camelote – le fait est que mon essai de traduction du texte, tel qu’il a été volontairement donné par Haining, je crois, le fait apparaître comme une évidence.
Voici le chant de la Prêtresse, tandis qu’elle ouvre la cérémonie d’Initiation :
Eko: Eko: Azarak; Eko: Zomelak (5)
Bagohi Lacha bachabe
Lamac cahi achababe
Karellyos
Lamac lamac Bachalyas
Cabahagy sabalyos
Baryolos
Lagos atha cabyolas
Samahac atha famolas
Hurrahya.
J’ai étudié avec soin, ce texte simplement rédigé et posé devant moi sur le bureau, en laissant les idées se répandre dans ma tête et en-dehors. Un ou deux mots ont retenu mon attention. Particulièrement, Lamac Lamac... sabalyos... Samahac... semblaient être un écho aux mots du Christ sur la Croix : « Eloi, Eloi, lama sabachthani ? », « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-Vous abandonné ? » Mais une simple similitude de consonance d’un mot ou deux ne suffit pas à justifier la supposition que l'on a déchiffré le code. Toutes les langues présentent des coïncidences fortuites de son ; mais pas de sens, sauf dans de rares cas : hay (ndlt : foin), en turc, signifie 'la vie, vive, vivant' ; en espagnol ‘hay’ signifie ‘there is’ - en anglais, 'il y a' en français ; ‘hay’ en anglais signifie 'herbe séchée, employée pour l'alimentation du bétail'. Les trois mots, tous orthographiés et prononcés de façon très peu différente, possèdent des origines totalement distinctes et des significations totalement dissemblables. J'ai décidé que j’avais tort de penser que le langage des Sorcières pourrait être Araméen.
Une des premières règles de la cryptanalyse (un mot américain mais correct) est d’étudier les textes non déchiffrés, et, habituellement par calcul, mais avec une autre méthode qui semble se servir des facultés imaginatives de résolution d’énigme, pour tenter de détecter une trame. A ce moment, en étudiant le texte « Eko, Azarak, Eko Zomelak (ou Zamilak…) », j’ai été frappé par la fréquence relative de la particule suffixe (une enclise ? Un article suffixé, comme dans les langues roumaine et danoise ?) ac/ak – Azarak, Zomelak, Lamac et Samahac, Quatre mots, avec six occurrences (Lamac survient trois fois).
Maintenant, il y a une langue dans laquelle la terminaison –ac est fréquente, et je ne connais cela que dans une seule : le Basque.
En basque, -ac (-ak) est l’article défini suffixé, ou bien singulier (cas nominatif, actif, d’une soi-disant déclinaison « définie ») ou pluriel (cas nominatif, simple, à nouveau d’une prétendue déclinaison « définie »). Ces mots se terminaient-ils en –ok (-ac), noms avec un article « défini » suffixé, « le » ? Je décidais de vérifier la possibilité de ces premiers noms, et lorsque je remontais au mot basque avec la consonance la plus proche « Azarak », je dois admettre que je sentis une sorte de choc.
Azaro, en basque, est le mois de « novembre », et c’est à la Veille de Novembre (la Toussaint) que les Sorcières estiment être un des deux plus grands festivals de leur année. Cela ressemble probablement à une promesse, spécialement à partir du nominatif défini d’azaro, donnant azaroac – non loin d’azarak, tout en gardant à l’esprit que la prononciation des mots basques diffèrent fortement d’une région à l’autre du pays basque ; et ici nous traitons d’un mot qui pourrait avoir été importé dans un rituel de Fertilité des Sorcières de Grande-Bretagne, il y a des siècles et des siècles. Ce qui serait étonnant, non que les mots se soient un peu transformés du basque originel, mais qu’ils aient été conservés à travers les âges, avec une ressemblance si proche.
Maintenant, une sorcière, que fait-elle, qu’aurait-elle fait en Novembre ? Célébrer les rituels et un festin. Oui, ici, il y a un indice probable du sens de ‘Eko’. Pour festoyer, il faut tuer ; et avant de découvrir que le foin et les racines comestibles pouvaient nourrir les animaux durant l’hiver, Novembre était le temps pour le banquet qui suivait le meurtre (obligatoire), à l’exception du stock de base. »
La culture des près, avec leur provision de foin et, même plus, les semis des racines comestibles - navets, rutabagas, betteraves jaunes, etc. - ont supprimé la nécessité du festin, bien qu’ils n’aient pas supprimé la participation volontaire à ce qu’il viendrait à devenir, pour des sorcières et d'autres du même genre, une des occupations sociales les plus plaisantes de toute l’année. Ainsi qu'est-ce que signifie 'Eko' ? – Bien que je soupçonne à moitié que le dictionnaire était sur le point d'apparaître.
Oui. Eho (prononcer le 'h' comme un chi [x] en Grec ou comme le « ch » du mot écossais, loch) signifie « tuer, digérer, écraser ». En contrôlant mon désir de crier 'Eurêka!', je continuais de sentir que tout cela semblait prometteur. Comme le Professeur Blegen écrivit à Michael Ventris, celui qui déchiffra le manuscrit mycénien 'Linear B', « tout cela semble trop beau pour être vrai, la coïncidence est-elle exclue ? », je devais prendre soin, dans ma tentative de déchiffrage du Langage des Sorcières, d’exclure les coïncidences. Et si eho signifie « tuer » (ou digérer ou écraser') et azar(o)ac signifie ‘Novembre', qu’est-ce que Zomelak (Zamilak) pouvait bien vouloir dire ?
En se souvenant que, dans les prononciations étrangères du Basque, comme dans d’autres langues, les sons des i et r semblent être interchangeables, il y avait deux mots plein de promesses dans le dictionnaire, à la fois de la racine : zamirac, « le cheval » et zaramat, « Je vous transporterai vous-mêmes ». Je décidais de ne faire, pour le moment, aucune tentative de lien avec les mots basques supposés, alors que je les découvrais, dans une syntaxe complexe de la langue, je notais les mots du chant rituel et tentais de suggérer le Basque originel de chaque mot. Voici à quoi cela ressemble après que j’ai eu fini ce que je savais être l’étape initial du déchiffrage :
MOT RITUEL -> BASQUE ORIGINEL POSSIBLE -> ANGLAIS
Eko -> Eho -> « Kill, grind, digest »
Azarak -> Azaróac -> « (le) Novembre »
Zamilac, Zomilac -> Zamariac, Zámariat -> « Le Cheval », « Je vous transporterai vous-mêmes »
Bagabi -> Bahe-gabe, Bah’gabe -> « Sans tamis »
Maintenant, je pense que ceci est étrange ! Dans de nombreux procès de sorcellerie, la capacité des sorcières à se transporter elles-mêmes dans un tamis est mentionnée. Mais, dans tous les cas, les mots de la Première Sorcière dans Macbeth résonnent dans ma mémoire :
La femme d'un matelot avait des châtaignes dans son tablier;
Qu’elle mâchonnait, mâchonnait, mâchonnait. « Donne-m'en » lui ai-je dit.
« Arrière, sorcière! » m'a répondu cette maigrichonne nourrie de rebuts.
Son mari est parti pour Alep, comme patron du ‘Tigre’;
Mais je m'embarquerai avec lui dans un tamis, et sous la forme d'un rat sans queue,
je ferai, je ferai, je ferai.
Ainsi... peut-être... Zomelak bagabi est réellement zaramat bah'gabe, 'Je vous transporterai vous-mêmes, sans tamis ». A nouveau, comme Blegen l’a dit, « Tout cela semble trop beau pour être vrai. Une coïncidence est-elle exclue ? J’ai décidé de continuer.
Lacha -> Laxa (ou bien prononcé latsa, lacha) -> « laver »
Bachabi -> Bachera -> « plats et assiettes »
Karellyos -> Garalláz (garalyáz) -> « avec le sable » Ablatif d’usage (‘utile’)
Arrêtons-nous ici un moment. Nous avons, dans ces trois derniers mots, un groupe qui « fait sens ». 'Lavez le plat et les assiettes avec du sable” – ceci restant un des moyens de nettoyage préféré dans de nombreuses parties du monde. Récapitulons à présent. Sans prétendre que nous avons déjà résolu l’énigme, examinons ce que nous pensons avoir déjà trouvé :
« Tuer (la victime) en Novembre (lors du plus grand banquet de l’hiver), (laquelle) je vous transporterais vous-mêmes, sans tamis. (Et ensuite) lavons les plats et les assiettes avec du sable ».
Le mot suivant, comme c’est le cas lorsque nous faisons des mots croisés dans les transports, semble certainement convenir. C’est le cas pour :
Lamac - lanac - '(le) travail'
Il y a beaucoup de précédents d’inversion m/n, n/m ; un exemple célèbre se trouve dans les rituels sorciers eux-mêmes, où le nom de l'épée rituelle, athamé, vient évidemment du grec [Insérer image p161a] athanatos, 'immortel, éternel' - le mot grec qui a donné notre mot anglais, tansy (ndlt : tanaisie), une plante à laquelle on attribuait autrefois la qualité magique de prolonger la vie.
Bachalyas - Bacheraz - 'aves les assiettes et les plats' – une fois le cas d’usage, ou « ablatif d’usage » (suffixe -az)
L’inversion l/r, r/l est aussi ancienne que le langage parent, et est un phénomène mondiale du discours. (Par exemple, le vieux français lossignol est devenu en français moderne rossignol. Et ainsi de suite) La prononciation intervocalique du r dans tous les dialectes basques est si faible que nombre de personnes ne peuvent détecter le son et ce fait est à tel point reconnu par les Basques eux-mêmes que le mot Basque pour « fromage blanc » peut être prononcé soit cembera, soit senbera (notez, de ce fait, l’inversion m/n).
Cabahagy - khoporagei - 'destiné à la coupe à boire '
La particule suffixée -gei signifie “destiné à'. Aphezgei, 'destiné à la prêtrise', veut dire un séminariste ou un novice. Il y a une possible - même probable – connexion entre “assiettes et plats” et “la coupe à boire”, en tous cas on pourrait le croire. Mais le lien syntactique exact entre ce mot et le précédant, je ne peux pour le moment le déterminer.
J’ai peu de doutes.
Sabalyos - sabelaz - 'avec l’estomac, les entrailles, le ventre, etc.’. Un autre cas d’usage, ou ablatif d’usage.
Baryolos - balijoaz - 'qu’ils partissent' ou 's’ils devaient partir’ ou 's’ils étaient partis’. (3ème personne du pluriel, prétérit, subjonctif de l’imparfait du verbe ‘joan’, aller, partir'.) Notez à nouveau que l’inversion l/r, r/l semble à présent habituelle.
' (Avec) une pleine mesure, pleine quantité '. Lakha des moyens maintenant une mesure de 2 litres 1/2, mais avait à l'origine plutôt le sens de ‘mesure d’une cruche’' et ainsi de n'importe quelle pleine mesure.
Atha - (probablement) eta - 'et'
Cabyolas - khoporaz - 'dans le gobelet ou le récipient à boire '.
Samahac - semiac - 'les fils'. Les cas peuvent être nominatifs, soit singulier, soit pluriel, soit accusatif pluriel. Mais la terminaison -ac est aussi le signe du vocatif pluriel, qui se traduirait par 'O Fils !'
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[5] Zamilak dans Lament Brown.
[6] Mark. xvi. 34. Les mots sont souvent orthographiés différemment.
[7] De là, comme nous l’avons vu à la page 134, le nom Anglo-Saxon 'Blodmonath' (ndlt : blood month, soit en français le mois du sang. C’est le mois de novembre, considéré comme le mois du sacrifice, voir chapitre VI de ce même livre)
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