Charles Clark, grand prêtre gardnérien et enfant de la Wica

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Par Melissa Seims, traduction et adaptation Tof

Note Du Traducteur : Souvent dans mes lectures sur le net je tombais sur le nom de Charles Clark. A priori, ce monsieur avait été un proche de Monique Wilson et de Gerald Gardner, mais il était difficile d’en savoir beaucoup plus. Et puis coup de chance, je suis tombé sur un magazine néerlandais « Wiccan Rede » dans lequel Melissa Seims une Grande Prêtresse qui fut proche de Clark avait écrit un long article sur lui. J’ai pris contact avec elle et elle m’a autorisé à traduire son texte pour la communauté sorcière francophone.

Voici ce que j’ai à dire sur la vie d’un Grand Prêtre Gardnerien et Aîné qui fut mon mentor. Beaucoup d’entre vous n’en ont peut être jamais avoir entendu parler, – et en effet de son vivant il a toujours préféré rester dans l’ombre. Il n’est malheureusement plus parmi nous et j’estime que ce qu’il a fait au début du mouvement Gardnerien vaut la peine qu’on en parle. Il s’est activement impliqué dans la Sorcellerie depuis le milieu des années 1950 et ce pendant environ 20 ans. Le connaître m’a permis d’avoir une idée plutôt unique de comment les choses étaient au début de ce qu’est maintenant devenu un chemin spirituel aussi populaire.

  • Merry Meet

En août 1993, David Johnson, mon partenaire magique de l’époque et moi sommes allés à Dreghorn sur la Côte ouest de l’Ecosse rendre visite à Iona, une amie païenne. Ce voyage devait marquer un tournant important pour nos deux chemins spirituels! Iona s’était, il y a peu, installée avec John, un artiste, qui avait été initié par Doreen Valiente à l’occasion d’une de ses visites au coven de Brighton dans les années 70. John a par la suite déménagé en Ecosse en 1979 pour être « l’artiste en résidence » dans la petite ville d’Irvine.

Dave et moi avions à peine un peu plus de vingt ans et nous avions rassemblé un petit groupe païen éclectique à Peterborough. Nous étions tous les deux amateurs de littérature magique et occulte. J’avais débuté par les travaux de Dolores Ashcroft-Nowicki, Dion Fortune et Doreen Valiente. Dave avait tout particulièrement apprécié les livres de Patricia Crowther et, bien sûr, tous les deux nous lisions Aleister Crowley! Cependant, nous avons été fortement attirés par la Wica et son approche plus naturelle de la magie, mais nous avions été incapables d’entrer en contact avec un coven à proximité de chez nous. Comme vous pouvez l’imaginer, nous désirions réellement rencontrer quelqu’un qui était déjà initié à la Wica et, plus particulièrement quelqu’un qui aurait travaillé avec une personne aussi célèbre que Doreen Valiente.

Cette soirée, après notre arrivée, John nous a parlé de ses expériences avec Doreen, qu’elle avait une énorme collection de balai et qu’elle racontait à chacun qu’elle a volé sur chacun d’eux! Il nous a ensuite parlé d’un monsieur âgé qu’il avait rencontré un jour dans un bus. John avait commencé à lui parler de questions ésotériques et le monsieur a mentionné un vieil ami à lui nommé Gerald Gardner. John avait, bien sûr, immédiatement reconnu le nom et a eu quelques doutes. L’écoute de cette histoire nous a laissés Dave et moi un peu sceptiques aussi et quand John nous a dit qu’il savait où l’homme vivait nous sûmes tous les deux qu’il nous fallait le rencontrer.

L’homme dans le bus était Charles Clark et il vivait (littéralement!) juste au coin de la rue où résidaient John et Iona. Dave et moi nous sentions déjà plutôt écrasés par toutes ces coïncidences et, nous avons décidé de lui rendre une visite dés le lendemain matin.

Charles habitait dans un petit bungalow presque au pied de «Dragon Hill » qui a donné son nom à « Dreghorn ». Comme nous sommes entrés, je me souviens avoir remarqué qu’il y avait des livres et un bric-à-brac divers accumulé presque partout! Charles était atteint d’une calvitie naissante, et portait ses cheveux blancs coupés courts, il avait des lunettes et un sourire dans les yeux. Nous nous sommes assis et, après que les présentations aient été faites, nous lui avons demandé de nous parler de Gerald Gardner et ses rapports avec lui. Je n’étais toujours pas prête à croire que nous avions probablement rencontré quelqu’un qui avait réellement rencontré Gerald et qui de surcroît, était aussi un Grand prêtre de la Wica (Charles insistait pour qu’on écrive wica avec un ‘c’ et disait que les deux ‘c’ étaient venus plus tard. Charles attribuait la popularisation du mot wicca à Charles Cardell ) ! Cela a changé très rapidement quand, à notre étonnement, il a prudemment, avant de continuer son histoire, commencé à nous montrer des lettres de Gerald Gardner et de Doreen Valiente.

  • Charles Clark et Gerald Gardner

Charles est né le 26 avril 1930 de Marguerite McEwans et de Charles Clark Senior, qui était un manoeuvre sur chantier naval. Lorsqu’il avait une vingtaine d’années, Charles vivait et travaillait pour la Poste à Saltcoats sur la côte ouest de l’Ecosse. Juste quelques milles plus haut sur la côte à Ardrossan se trouve le terminal du bac qui, pendant l’été allait à l’Île de Man. Cela a donné à Charles le moyen de rencontrer Gerald Gardner, qui vivait dans l’île avec sa femme Donna depuis 1952.
Je crois ( Je sais que Charles était impliqué dans la Wica autour de 1954 / 1955 et qu’il a mentionné un lien entre Gerald et le Fate club, mais je ne suis pas certain qu’ils se sont réellement rencontrés là-bas. Je fais actuellement des recherches à ce sujet) que Charles a rencontré Gerald Gardner dans la première moitié des années 50 au club FATE. C’était un groupe qui se rencontrerait et discuterait du journal FATE (le Magazine FATE : Times Building, Douglas, Ile de Man. « Journal des Réalités Fantastiques ». FATE parlait de Parapsychologie, des Civilisations Disparue, de Sorcellerie, d’Ufologie, de Prédiction, de Guérison, de Spiritisme, de Radiesthésie et de Réincarnation. « chez tous les marchands de journaux 2 shillings! » ) un périodique qui était édité et publié dans l’Île de Man. Le magazine se décrivait comme « le Journal des Réalités Fantastiques », et parlait de choses telles que la parapsychologie, la sorcellerie et l’ufologie. Charles nous a dit qu’il a été par la suite initié par Gerald et Donna (J’espère expliquer cela ainsi que d’autres points dans un autre article) dans leur maison de la Rue Malew à Castletown, qu’il nous a décrite comme « une petite maison typique reliée à une grande grange rouge ». Il nous a aussi dit que Gardner avait une gouvernante qui était connue pour décourager les visiteurs et qui détestait tout spécialement les amis sorciers de Gerald.

  • Charles et la Wica

Charles a réuni son propre coven à Saltcoats à la fin des années 1950. Les réunions avaient d’habitude lieu dans sa maison de Davaar Road et Gerald Gardner venait parfois se joindre à eux (Ces informations m’ont été confirmées par les notes de Doreen Valiente. Mille mercis à John Belham-Payne qui m’y a donné l’accès et à Philip Heselton pour les informations il a partagées avec moi.); Gardner avait dans les soixante-dix ans à cette époque et Charles dit de lui qu’il avait « des cheveux blancs et fous » comme ébouriffés par le vent! A une occasion Gerald était venu pour voir Charles; et pendant qu’il était là, il a entendu dire que l’actrice Diana Dors jouait pas loin. Gerald, étant un admirateur de celle-ci, est parti précipitamment pour la voir !

Au début des années 60, Charles avait contribué à la formation de plusieurs autres covens Gardneriens en Ecosse, à Glasgow (qui était dirigé par Edith une de ses anciennes Grandes Prêtresses), Fife, Edimbourg et Perth. Ce dernier était dirigé par Campbell et Monique Wilson (Loic et Olwen), que Charles avait initiés et amenés à la sorcellerie (Dans le journal de Doreen Valiente on trouve à la date du 25 janvier 1964 : « Olwen (perth) initiée à la base par Charles Clark ». Charles nous a dit en 1993 qu’il a amené Monique et Campbell (‘Scotty’) Wilson à la sorcellerie). Les Wilson ont joué un rôle significatif dans l’histoire de la wica Gardnerienne en initiant d’autres wica dont le plus célèbre est probablement Raymond Buckland, un auteur internationalement connu pour ses ouvrages sur la sorcellerie et la magie.

Charles est aussi devenu le « secrétaire » de Gerald, qui lui a envoyé des demandes d’autres personnes en demandant à Charles d’y répondre. Charles m’a écrit : « A un moment je recevais plus de 100 lettres par semaine, mais très peu émanaient de véritables Wica initiés ». De temps en temps Doreen Valiente écrivait aussi à Charles pour discuter de questions auxquelles la sorcellerie était confrontée. Par exemple, en septembre 1964 (quelques mois après la mort de Gerald), Doreen écrit à Charles au sujet de la parution de « Witch » par « Rex Nemorensis », le nom de plume d’un magicien de scène, sorcier et prétendument psychologue Charles Cardell. Dans cette lettre elle décrit cette brochure comme « une attaque grossière contre la sorcellerie et les sorcières » et continue « je suis sûre que vous serez heureux d’apprendre que l’idée que vous avanciez s’est réalisée. Cela ne signifie pas que nous tous pensons de la même façon, mais il s’agit de la vieille voie traditionnelle et c’est ainsi que la sorcellerie se dirige. » Tous allaient dans le même sens mais chaque coven avait ses propres dirigeants et faisait les choses à sa convenance – Gerald avait l’habitude de dire que ça se passait comme ça dans les vieilles églises congrégationnelles. A cette époque Doreen et Charles avaient été initiés depuis plus de dix ans et étaient tous deux conscients des dommages que pouvait causer à la sorcellerie, la « politique » qui a suivi le décès de Gerald. Doreen s’était précédemment impliquée dans un désaccord sur la publicité qui avait divisé le Bricket Wood coven lors de l’été 1957 et Charles pris part à un autre litige entre les membres d’un coven écossais quelques années plus tard.

Anton Miles était un autre correspondant célèbre de Charles. Lors d’une visite en Grande-Bretagne en 1959 il avait été initié dans le Bricket Wood Coven à st. Albans (The Cauldron No 86 Nov. 1997 ‘Gerald Gardner: The Man, the Myth & the Magick’ 4è partie, par Mike Howard). Anton par la suite est retourné à Sydney en Australie où, avec sa Grande Prêtresse Diane, il a commencé à correspondre avec Charles qui leur aurait envoyé le matériel destiné à la composition de leur livre des ombres et fut leur tuteur en matière de sorcellerie. Le coven d’Anton Mile, adorait Pan et Diane. Il a fait paraître « Australian News » en 1961, dont on a beaucoup parlé dans la presse (« The Rebirth of Witchcraft » par Doreen Valiente), mais il semble que le coven se soit ensuite séparé.

Carl Weschcke des éditions Llewellyn était un autre correspondant de Charles. En 1960, Carl est entré en contact avec Gerald Gardner en lui posant quelques questions sur la Sorcellerie et après quelque échange de correspondances, Gerald a demandé à Charles de continuer à discuter avec Carl. Bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés, Charles et Carl ont correspondu pendant environ 20 ans. En 1969 (Crafting the Art of Magic Aidan Kelly (Llewellyn 1991) sera ré imprimé en 2005 sous le titre « Inventing Witchcraft – The Creation of a New Religion » aux éditions Thoth), Charles a envoyé à Carl en Amérique quelques documents dactylographiés, que Gerald lui avait donnés. Selon Charles, quelques années avant, Gerald et lui avaient discuté de l’intérêt de publier des textes sorciers et avaient conclu que cela aiderait les gens à mieux comprendre la Sorcellerie. Charles a donc autorisé Carl à écrire sur ce qui lui a été envoyé. (Dans une lettre qu’il m’a envoyée Charles dit au sujet du livre d’Aidan Kelly: « Je me souviens que Carl Weschcke disait qu’il écrirait un livre au sujet des textes qui lui ont été donnés. Gerald Gardner pensait comme moi que cela ferait avancer les choses. Il est possible que Carl lui ait donné (à Aidan Kelly) ces textes dans ce but. Carl avait l’autorisation de la faire). Une partie d’entre eux a par la suite été publiée dans Gnostica le périodique de Llewellyn. Ils ont ensuite été presque totalement oubliés pendant plusieurs années, jusqu’à ce que Isaac Bonewits (Crafting the Art of Magic Aidan Kelly ) les a re-découvre. Isaac les a ensuite envoyés à Aidan Kelly, qui les analyse dans son livre, « Crafting the Art of Magic ».

Au début des années 70, Charles avait cessé toute participation dans le mouvement Gardnerien. Il m’a dit que les choses avaient changé et que certaines personnes ne songeaient plus qu’à l’argent et la gloire; il estimait que la loyauté de l’ancienne sorcellerie avait disparu et que la Wica perdait de vue ses buts initiaux et se dissolvait. Quand j’ai rencontré Charles en 1993 je me rappelle de deux choses qui m’ont plus particulièrement frappées chez lui. Tout d’abord, bien qu’il fut pendant très longtemps anglican, il a toujours conservé un grand amour pour l’esprit de la sorcellerie. En outre, comme il n’était plus dans le milieu depuis si longtemps, il n’avait aucune idée de la façon dont la Sorcellerie dans ses nombreuses formes était devenue populaire !

  • Merry Part

Charles est décédé le 17 août 2002, presque neuf ans jour pour jour après notre première rencontre. Je vivais en Angleterre et je n’avais pas été avertie à l’époque. Malheureusement, ses biens, ce qui inclue ce que Gerald lui avait donné, ont été jetés par des Services Municipaux
Au cours des années et particulièrement après que nous ayons appris son décès, en savoir plus sur sa vie et son implication dans la Sorcellerie Gardnerienne est devenu pour moi et Dave (mon GP) une quête personnelle. Nous avons les pièces d’un puzzle que nous essayons de terminer. L’année dernière de nouveaux détails ont émergé et, cela continuera sans doute ainsi.

Au cours des années, ma relation avec Charles a profondément affecté ma philosophie propre et mon attitudes envers mes frères et soeurs en sorcellerie. Au niveau spirituel, il m’a donné confiance en moi et m’a prodigué de nombreux conseils, ce qui m’a aussi fait une forte impression, c’est son sens très fort de la « famille » et son amour véritable et l’affection qu’il a montrée à ses frères gardneriens.

Au cours de nos conversations il m’a fait prendre conscience de combien la Wica a du paraître « alternative ». La société britannique était toujours conservatrice et la révolution sociale et morale de la fin des années 1960 n’était pas encore passée par là. Je pense qu’il est difficile aujourd’hui à beaucoup d’entre nous de réaliser réellement ce que ce fut. Dans une lettre que Charles m’a écrite il dit : « GB [Gerald Brosseau Gardner] et d’autres étaient maîtres dans l’art de la tromperie, de l’ingérence importune. Nous avons tous brisé des tabous dans un pays très moral et avions un mode de vie que les autres avaient mal compris … Il faut imaginer à quel point la morale était prédominante ». Si nous regardons en arrière, à la fin des années 1950 où, plusieurs articles de la presse à sensation ont paru avec des titres comme « Ils adorent le sexe en secret » et « Maintenant je perdrai mon travail dit une fille qui se délecte de rites nus » (The People newspaper – Dimanche 11 janvier 1959), ses mots deviennent plus clairs.

Maintenant, pensez aux journaux que nous lisons aujourd’hui. Ils sont généralement un peu plus sympathiques et acceptent la manière de vivre de certains! Si l’on considère la société de l’époque, il est très facile de comprendre pourquoi Charles Clark a voulu conserver le secret de son appartenance à la wica. A l’époque ils étaient des « rebelles » qui fabriquaient un mode de vie nouveau et alternatif. Ainsi je pense qu’il est bon qu’Aradia, la Déesse des Opprimés, soit toujours celle que nous honorons aujourd’hui ».