Les pierres trouées et ‘der Hühnergott’ (le dieu des poules)

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Le Dieu des poules, der Hühnergott. Par Jewgeni Jewtuschenko, « der Hühnergott » 1963. Traduction Véro.

Tous les ans des vacanciers marchent sur la grève les yeux rivés au sol. Ils cherchent de l’ambre, des oursins et des pierres trouées. Toutes ces pierres sont censées porter bonheur. En effet, il faut déjà être chanceux pour en trouver une. Si de telles trouvailles sont offertes de bon cœur, elles répandront la chance, et les vacances seront réussies. C’est ce qu’on dit en tout cas.

Les pierres trouées sont particulièrement réputées, encore aujourd’hui, pour leur puissance. Elles sont utilisées en contre-magie et pour lutter contre toutes sortes de désastres. Dans la région de Rügen, on trayait à travers une pierre trouée, de telle sorte que le lait ne tourne pas. Dans d’autres régions, on portait une pierre trouée contre les mauvais rêves ou bien on les cachait dans le grenier pour protéger la maison de la foudre.

Ces pierres trouées portent différents noms selon les régions :

  • Drudenstein,
  • Schratenstein,
  • Trutelstein,
  • Krottenstein
  • ou bien Albfüße.

Tous ces mots désignent un produit de la nature assez remarquable. Un creux dans une pierre ne sera visible en tant que trou qu’à partir du moment où on aura coupé cette pierre en deux (comme un bout de gruyère).

Ce genre de pierre trouée sert à se défendre contre les mauvais esprits (appelés Druden, Mahren ou Alben, d’où les noms des pierres) en les induisant en erreur. En effet, les mauvais esprits ne passent pas par les portes, mais par les trous de serrure, les fentes et ce genre d’entrées.

… écrivent les paléontologues, Thenius et Vávra, en 1996, dans leur livre « Fossiles et croyances populaires ».

Que nos ancêtres aient ramassé et gardé précieusement des pierres trouées ne fait aucun doute, mais les appelaient-ils vraiment des Hühnergötter ? Rien n’est moins sûr.

Si le mot n’est effectivement apparu que dans les années 60….

Mme Krakow connaît les Hühnergötter depuis toujours, elle a 79 ans :

Mes parents et mes grands-parents les collectaient, et cet usage ne s’est perdu que très récemment.

Angela Sussdorf, rédactrice d’un journal allemand, se souvient très bien avoir fait des sorties scolaires pour chercher des pierres trouées :

Nous n’en doutons pas, mais les appelaient-ils vraiment Hühnergott ?

Le mot avait fait son apparition dans un dictionnaire en 1985 et a disparu depuis. Des gens se battent pour qu’il y retourne. Il y a grosso modo 10 millions d’ex-Allemands de l’Est qui utilisent couramment ce mot, car il a baigné leur enfance.

Se pourrait-il que ce mot, introduit via une traduction d’un texte russe, ait été « inventé » par le traducteur, et passe à présent pour être ancien, traditionnel ?

Au nom de tous les défenseurs du Hühnergott a été créé un prix. Quiconque apporterait une preuve tangible de l’existence de ce mot avant 1966 gagnerait le « Sternberger Kuchen » du nom de l’initiateur du projet.

Mais peut-être cette discussion est-elle futile ? Peut-être que seule compte la signification qu’ont ces pierres pour ces vacanciers qui marchent sur la grève, les yeux rivés au sol ?