Yantra

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Yantra. Par Maria Strutz, traduction & adaptation Lune. Basé sur une discussion au Treadwells bookshop, Londres 2004. Extrait du site de Phil Hine. L’auteur de ce texte possède un site web : Maria Strutz.

J’ai commencé à m’intéresser aux Yantras il y a quelques années lorsqu’un ami m’a demandé de réaliser une peinture des shaktis liées au triangle central du Sri Yantra – Jnanna, Iccha et Kriya. A chaque fois qu’il m’a parlé des Yantras, j’étais incapable de les relier à ce qu’il disait, car je trouvais cela trop abstrait. Ce dont j’avais besoin, c’était un engagement, une action et une interprétation artistique de façon à transformer ma compréhension des Yantras.

La racine du mot yantra signifie « sustenter ». A l’origine, le terme yantra faisait référence à une sorte de machine ou appareil mécanique ; puis par extension, à des pratiques religieuses. Le Yantra dans ce contexte est un dessin géométrique abstrait destiné à être un outil ou une aide pour la méditation et pour accroitre la connaissance.

Il fait référence à la Devi (ou Déesse) sous sa forme linéaire et géométrique.

  • Éléments d’un Yantra

Le Bindu

Le Bindu est le centre du yantra, une source rayonnante d’énergie, l’origine du suprême savoir dont toute chose provient et à qui toute chose retourne et qui génère toutes formes. C’est un :

– outil pour la maîtrise de la concentration
– symbole de la source du savoir
– dans un yantra en 3D, c’est l’axe du meru, qui unit les niveaux du yantra.

Le carré Terre

A la périphérie du yantra, on retrouve un carré, la ville terre avec quatre portails. A l’extérieur de ces portails s’étendent quatre océans, l’océan canne à sucre de dharma (devoir), l’océan de sel d’artha (richesse), l’océan de ghee de Kama (félicité) et l’océan de lait ou de vin de moksha (délivrance) ; c’est seulement un petit exemple de ce que j’aime dans le tantra, ses images évocatrices et sensuelles, les déesses nageant dans des océans de vin, vous devenez la déesse et la déesse devient vous.

Ainsi, si vous voyez un yantra comme une ville, vous aurez les quatre océans à l’extérieur des murs de la ville ; vous entrez dans la ville en passant par les gardiens des portails, en la pénétrant, vous trouvez des pétales de lotus, chaque pétale est habité par une shakti (chacune a son propre yantra à son tour !).

Vous pouvez imaginer chaque intersection des figures géométriques, chaque coin d’un triangle étant occupés par une shakti ou shakti-shiva, chaque shakti étant une manifestation vibrante d’une autre qualité de la devi ou deva, la reine ou roi régnant sur leur ville, le yantra. En regardant les yantras de cette façon, ils sont bien plus excitants qu’en les voyant simplement comme des images géométriques.

Les Yantras peuvent être dessinés sur du papier, réalisés avec du sable coloré, des épices et de la pâte de riz, dessinés sur les sols ou les murs, gravés sur du métal, du bois ou du cristal de roche. Les yantras temporaires sont détruits après la puja ou la méditation (les yantras en papier sont brûlés ; les yantras faits en sable et épices sont balayés et mis dans une rivière, ou offert à Shoshika – la Déesse des restes.)

Il y a également des yantras en 3D ; ils sont appelés merus en référence à la Montagne Meru, la montagne du monde mythique dont la cîme est habitée par les dieux. Ces Yantras en 3D peuvent prendre la forme de sculptures de petite échelle ou atteindre la taille de bâtiment. Un temple est alors construit sur le yantra de la déité dédiée à ce temple, en utilisant le yantra comme un plan, où se situe le schéma de l’énergie fondamentale émanant des fondations et des murs, d’un bout à l’autre du temple.

Chaque élément du Yantra possède de nombreux niveaux de significations et peut être abordé de différents angles.

Ils peuvent être perçus comme des yantras internes du corps subtil. Il peuvent être utilisés dans un temple comme des motifs géométriques sacrés ou dans le cadre de magie pratique, où vous pourriez choisir le yantra de la déesse appropriée à votre but. Quelque soit la forme que les yantras prennent, ils encouragent le praticien à l’auto-transcendance. Cependant, vous aurez besoin d’une carte pour vous y retrouver parmi les différentes strates de significations d’un yantra, sans quoi leurs complexités vous resteront fermées et il restera pour vous une image plate, fade, plutôt qu’un déploiement de différentes strates de beauté et de complexité. Ils ouvrent un processus qui peut survenir par la méditation et des révélations intérieures ou avec l’aide des conseils d’un guru.

  • Qu’est-ce qui m’attire dans le Sri Yantra?

J’ai commencé tout d’abord à m’intéresser au Sri Yantra lorsqu’un ami m’a demandé si je n’avais jamais tenté de dessiner le Sri Yantra. Ce n’était pas le cas mais j’ai été immédiatement intéressée car j’avais peint d’autres yantras auparavant et j’aime la géométrie. Et j’étais convaincue que je pourrais le faire facilement.

Ça n’était pas le cas. Le seul fait de regarder le Yantra me donnait le vertige, la multitude de triangles dansant et tourbillonnant devant mes yeux, en essayant de saisir comment était réellement formé le yantra.

Une fois classés et calculés, le yantra était composé de 5 triangles pointe en bas et de 4 triangles pointe en haut, j’ai commencé par les angles. Et j’étais désorientée de n’y retrouver aucun classement numérologique occidental. Pas de 45°, 60°, ni de 90° nulle part. Seulement des angles vraiment maladroits que je n’ai jamais rencontré dans d’autres formes géométriques auparavant, tels des 71,5° et similaires.

J’en suis finalement venue à bout avec une méthode de construction que j’ai alors tenté d’enseigner au groupe de discussion sur le Tantra à Londres et j’ai échoué misérablement parce que c’était beaucoup trop compliqué et que les gens ont laissé tomber par frustration après seulement quelques étapes. A cette période là, j’étais focalisée dessus et obsédée par la perfection du Sri Yantra, l’entremêlement des triangles et l’exacte intersection des lignes pour former de nouveaux triangles.

Un ami m’a dit à ce moment là : le Sri Yantra ne doit pas être parfait, son sujet c’est l’être humain, ainsi il peut être imparfait et rester beau. Cela a touché quelque chose en moi et c’est resté l’un des thèmes sur lequel j’aime revenir. Bien que je dois l’admettre, je reste franchement intolérante envers les Sri Yantras mal ou paresseusement dessinés.

  • Les Trois Shaktis du triangle

Les shaktis du triangle central commençaient seulement à avoir un sens pour moi lorsque je les ai peintes. J’ai utilisé les descriptions des trois shaktis dans la Magick du Tantra comme base :

Jnana Shakti

Jnanna, incarnation de la connaissance, une femme souple avec une peau couleur de la neige fraîchement tombée, à cheval sur son Shiva, sur une île, entourée d’arbres, les arbres sont ornés de tous les alphabets du monde. La graine des arbres est la conscience-éveillée, leurs racines le son pur.

Iccha Shakti

Iccha, l’incarnation de la volonté libre et indépendante, nue comme l’espace, rouge doré comme le coucher de dix millions de soleils et dix millions de feux de la dissolution.

Kriya Shakti

Kriya, l’incarnation de l’action, noire comme du jais, son éclat et son aura ont la couleur des ténèbres chatoyantes. Son Shiva et elle, tous deux, sont tâchés par les cendres du sol de la crémation et ils sont entourés par des cadavres et des crânes.

En peignant ces trois images, je me suis rendue compte des connexions et des significations que je n’avais tout d’abord pas saisies et que j’ai été capable de comprendre seulement par le biais du processus créatif car c’est mon support de compréhension et d’expression ; et j’ai commencé à saisir la complexité du yantra. Comme chaque angle du triangle central est habité par une shakti, alors chaque pétale, chaque triangle, chaque intersection l’est aussi.

En peignant les images des shaktis avec leurs shivas, j’ai également réalisé qu’ils n’avaient pas de rapport avec la dualité mâle-femelle, ni avec l’iconographie hétérosexiste, mais avec l’union, le mélange des influences et pouvoirs, avec la félicité et la parfaite conscience.

  • Sri Yantra comme un tout

En regardant le Sri Yantra comme un tout, vous verrez cinq triangles pointe en bas (shakti) et quatre triangles pointe en haut (Shiva), créant une prédominance de Shakti. Shiva et Shakti représentant la potentialité et la réalité. Ils représentent l’interaction, l’influence mutuelle et le mélange de deux forces.

Le Sri Yantra possède neuf couches – que l’on discerne assez facilement sur un yantra peint de différentes couleurs ou bien sur un yantra en 3D, ces couches composent les niveaux de la pyramide – ainsi : il y a 9 niveaux, 9 mandalas, chacun occupé par une manifestation ou un aspect différent de Lalita, avec des attributs différents, et chaque couche possède un mantra à part. Neuf est un nombre clef dans le tantra.

« Un examen attentif des détails relatifs aux neuf mandalas du Sri Yantra révèle que les shaktis du cercle entier représentent l’être humain, qui, potentiellement, est Shakti-Shiva unis. L’objectif d’une personne est de se rendre compte que tous les pouvoirs, énergies et manifestations sont les shaktis de la connaissance, de la conscience pure. » Mike Magee

  • Carré Terre

La ville Terre, ou Carré Terre, est composée de trois couches et peintes en jaune sur ce yantra.

J’étais allée à un cours d’été intensif sur le Karaté, à Mersey Island en 2002. Le camps était directement en bordure de mer. Je m’étais levée un matin à quatre heures pour voir le lever du soleil. La marée était haute, les vagues s’écrasaient sur la digue.

J’ai médité et visualisé Tripura, déesse du CarréTerre. Comme elle est faite de cristal de roche pur, j’étais capable de voir la mer à travers elle, les vagues se brisaient autour d’elle, en scintillant dans un crépuscule de brume rose et clapotant doucement contre elle. Mersey Island à ce moment fut lié à l’Île du Paradis dans mon esprit, la demeure de Sri Tripurasundari et j’ai gardé cette image.

Les trois couches du Carré Terre

Sur la couche(/ligne) Extérieure, il y a les huit dieux, les Incontestables. Je me suis visualisée assise dans le bindu et les dieux disposés autour de moi ; Indra (l’Ouest) avec sa foudre, vêtu de son arc-en-ciel, Agni (Sud-Ouest) montant un bélier entouré de 7 flammes, Yama (Sud) tel un crâne en cristal noir, assis sur un buffle, Nirriti (Sud-Est), maîtresse de la sorcellerie, telle une vieille mégère et une jeune femme, vêtue de vert, montant un cheval, avec un rire maniaque, Varuna (Est), montant un monstre marin au milieu d’un océan, un cobra se dressant derrière lui, Vayu (Nord-Est), m’engouffrant dans le vent qui tiraille ma peau, Soma (Nord), un très petit homme, assis sur un lotus, lumineux de l’intérieur comme une ampoule suspendue, dans un verre de lait, et Ishana (Nord-Ouest), à 5 visages, une manifestation de Mahadeva Shiva.

« Ils ont la fonction de promouvoir la confiance en soi parce que je sais qu’ils sont des protecteurs… Je pense simplement qu’ils sont littéralement comme le bouclier-de-peau qui me préserve à l’intérieur, et de l’infection et du danger, à l’extérieur. » Vishvanath sur les Lokapalas

La couche du Milieu du Carré Terre est la couche Siddhi. A nouveau, on les place aux huit coins, en commençant par l’Ouest, en allant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ; les Siddhis sont souvent décrits comme des attributs surnaturels comme le fait de voler dans les airs, l’apesanteur, devenir invisible, etc.

Je sens que le Sri Yantra est lié à l’humanité et non à la sur-humanité ou dépassement des limitations humaines. Je vois ces siddhis plutôt comme des attributs qui sont inhérents au corps humain. Quelque chose à se souvenir, des forces que nous avons tous à tous moments mais que nous pouvons trouver seulement si nous sommes centrés. Ainsi, il est inutile de chercher à l’extérieur car c’est à l’intérieur. Non pas atteint par le biais de l’austérité, l’ascétisme ou le sacrifice de soi mais en fouillant profondément à l’intérieur.

Les siddhis sont petitesse, grandeur, pesanteur, légerté, rapidité-ou-efficacité dans l’obtention du but, obstination, créativité et asservissement. La petitesse est liée pour moi au fait de se sentir petit, au sentiment de vulnérabilité mais aussi au fait de permettre plutôt que d’assujettir. Permettre à la petite fille en moi d’être entendue plutôt que de me hurler dessus parce que je me sens petite, vulnérable, effrayée, ne sachant pas ce que je veux. Je suis très douée pour négliger cette « petite » personnalité en moi et pour faire semblant d’être adulte, alors que je n’ai pas un indice pour savoir comment me comporter dans ce monde. Et vraiment, en faisant cela je me coupe d’un réel pouvoir, parce que si j’écoute vraiment cette part en moi, elle sait exactement ce qu’elle veut. Et en me coupant de ce lien, je finis triste, en colère et sans joie ; je me sens sans intérêt et perdante. Et réellement petite et sans pouvoir. Un cercle vicieux qui n’a pas de fin à moins que je sois honnête avec moi-même.

La grandeur pour moi est liée à la grandeur du cœur, permettant aux autres d’être, avec leur colère et insécurité, vanité et ego. La grandeur me permet également d’être petite, de prêter attention à ma tristesse et à mes besoins. La grandeur, c’est le fait d’être adulte, pas à la manière de « Brazil », en étant submergés par la bureaucratie, les règles et la peur mais de façon joyeuse et active, en prenant la responsabilité de modeler la vie que je veux pour moi-même, en rendant hommage aux rêves que j’avais étant enfant et qui sont toujours là si seulement je les écoute.

Pesanteur, ne pas bouger de mes positions, être ferme, solide sans être pugnace.

Légèreté, se déplacer avec légèreté, le pied léger. Se promener dans la beauté et se mouvoir en harmonie. Légèreté du contact en opposition à la lourdeur, au manque de tact.

Rapidité/efficacité dans l’obtention du but : Je veux quelque chose, une fois que je me suis décidée, je vais droit au but, je prend le chemin le plus cour, le plus rapide.

Obstination – liée au précédant, agir rapidement, avec une concentration totale.

Créativité : pas de censure ni d’ingérence, flux direct ; jouer avec différents supports, prendre plaisir au processus et surfer sur la vague.

Asservissement : Pour moi, c’est lié à une technique de Karaté appelée ‘ossae uké’ ou ‘blocage poussé’, maîtriser (bloquer) un coup de poing ou une attaque, s’écarter et se replacer. A un niveau plus large, cela fait référence pour moi au fait de maîtriser des influences qui réduisent à néant toute action, processus ou activité ; cela pourrait être mes propres idées ou celles venant des autres ou mon interprétation de ce que je pense que les autres attendent de moi. Cela me permet de suivre mes instincts et d’être fidèle à moi-même.

La couche Intérieure, les mudras, placés aux coins du CarréTerre, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, en commençant à l’Ouest : ils sont nommés désir, colère, avidité, illusion, euphorie/fatuité, jalousie, mérite et démérite.

Je savais pas vraiment comment envisager le mérite et démérite, jusqu’à ce que je questionne mon ami Vishvanath à ce sujet et qu’il me réponde :

« Dans notre vie quotidienne, nos activités peuvent être confondues avec l’enfer à l’extérieur de nous (démérite) ou non (mérite). Peut-être que le mérite dans le carré terre est la compassion pour soi / la compréhension de soi ? Peut-être, La délivrance (comme dans la jouissance et la délivrance) peut-elle être notre conscience de notre propre humanité et la capacité à ne pas être trop attaché à, ou dur envers, nos faiblesses humaines ? Est-ce pourquoi la Déesse est décrite comme triomphant du démon appelé Tripura (Trois Villes – tête, cœur et parties génitales) ? »

Le challenge auquel j’ai été confrontée maintes fois ne concerne pas le fait de porter des jugements sur mes émotions, ni de les voir comme « négatives » mais plutôt comme un sous-produit d’être vivant en interaction avec le monde, comme le métabolisme mange et élimine.

Les Seize Pétales

Allons vers les Shaktis du lotus à seize pétales, (en partant de l’Ouest et en se déplaçant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre) : elles sont la terre, l’air, le feu, l’eau et l’éther (ou esprit/espace), oreille, peau, œil, langue, nez, parole, mains, pieds, anus, clitoris-ou-pénis, tergiversations de l’esprit. Elles sont les éléments dans lesquels nous nageons, que nous respirons, expirons, qui composent la terre sur laquelle nous marchons et qui en même temps composent nos corps. Cela me rappelle une citation de l’Ambassadrice Delenn, de Babylon 5 (ndlt : une série télé) :

« Les molécules de votre corps sont les mêmes molécules qui composent cette station et la nébuleuse, dehors, qui brûlent dans les étoiles elles-mêmes. Nous sommes des morceaux d’étoiles ! Nous sommes l’univers manifesté qui essaie de se comprendre lui-même. »

Ainsi, les seize pétales sont les shaktis à travers lesquelles nous expérimentons et explorons le monde autour de nous, nos corps, nos sens, les moyens par lesquels nous faisons l’expérience du monde et qui nous connectent à lui ; les mains, les pieds et les organes génitaux, les moyens par lesquels nous explorons notre environnement et nous nous exprimons.

  • Les Huit Pétales

Les shaktis des huits pétales sont discours, possessions (biens), marche, déjection, plaisir, abandon-ou-rejet, concentration-ou-acceptation et détachement. Elles sont étroitement reliées aux 16 pétales ; si vous voyez le praticien comme celui qui explore et expérimente, et les seize pétales comme les moyens d’exploration, les huit pétales pourront être vus comme ce qui est exploré et expérimenté.

« Les 16 pétales voilent notre existence, aveuglent notre vision spirituelle et nous maintiennent fasciné par notre ego « , c’est une notion que je retrouve souvent. Cela définit nos sens et notre moi sensuel comme quelque chose à vaincre et à mettre de côté. Je pense plutôt que par le biais de nos sens, notre expérience devient une vraie expérience, en étant vivant, éveillé et conscient. Toute chose autour de nous est relié par et à nous.

Cet été, je suis allée en Slovénie pendant une semaine pour une formation de Karaté et de vacances. Le matin nous nous entrainions et les après-midi nous étions libres de faire ce que nous voulions. J’ai fini par explorer pas mal le coin. Un jour, je me suis rendue dans une forêt où deux cours d’eau de montagne se rencontrent, un croisement de rivières, une eau pure et glacée, les cours d’eau murmuraient et glougloutaient, tournoyaient et se précipitaient – avec des nuances incroyables de turquoise translucide. Je suis restée là pendant deux heures, protégée par les arbres moussus alentours et j’ai peint la scène jusqu’à ce que la pluie m’arrête.

C’est sur le chemin du retour, en traversant un canyon par un court tronçon de bois qui débouchait sur une prairie, avec les Alpes Juliennes en arrière-plan, que j’ai été tout à coup surprise par l’intensité des couleurs, la netteté de chaque détail. Tout était clair, lumineux, une multitude de détails formaient une complexité d’une resplendissante beauté. Tous les sens de mon corps semblaient devoir s’éveiller et je chérissais les détails que je n’avais tout d’abord pas remarqué et je tressaillais devant sa totalité.

Chaque chose donnait l’impression d’être vivante, importante, significative, reliée et j’ai soudainement compris que c’était le Sri Yantra, la totalité de l’expérience, les sens résonnaient tous à l’unisson en une conscience éveillée. Ce n’était pas le monde qui avait changé mais ma perception de celui-ci.

Nous avons donc une vision du monde quelque peu puritaine d’une part, où les sens sont quelque chose qui doit être combattue, et d’autre part une vision du monde tantrique qui épouse les sens et les savoure.

Le sujet du Sri Yantra, c’est l’être humain, ça n’a rien à voir avec un décapage de notre humanité et ni avec le fait de se transformer en êtres ascétiques spirituellement élevés, ni avec le fait de devenir un autre que nous-même.

Le Sri Yantra concerne l’acceptation de qui nous sommes, le fait de voir où nous en sommes dans la vie, de connaître les limites dûes au conditionnement et à la carapace qu’on s’est créée, le fait de nous accepter nous-même avec compassion et à partir de là, le changement peut se produire si nous le voulons vraiment. En acceptant les sens et en acceptant ses limites et son humanité.

  • Yantra vibrant, mantra, déblocage

Plus on avance dans les couches du Sri Yantra plus elles deviennent abstraites. Les 14 nadis, les 10 souffles, les 10 feux internes, etc. et finalement le bindu, le centre du yantra, le centre du praticien. Pénétrer le Bindu signifie laisser derrière le monde des images mentales ordinaires et naturelles. Bindu : le centre du cœur, la Pure Conscience, l’ultime Devata Lalita. J’ai principalement utilisé le mantra pour explorer les triangles intérieurs.

Mantra et yantra se complètent et se renforcent l’un l’autre. Ils sont très puissants utilisés ensemble. Regardez le yantra tandis que vous pouvez le sentir vibrer et zigzaguer sous vos yeux.

Le fait d’utiliser le mantra, particulièrement à haute voix, augmentera beaucoup son effet vibrant à travers votre corps.

Vibration, Yantra, Mantra dans un même corps. Il s’agit de Nasika Shakti, la déesse zigzag.

Vibration, déblocage. Réveillez les aspects de votre corps ou de votre être qui sont morts. Fermés à cause de douleur et trauma passés. En perçant l’armure et le conditionnement. En réveillant les sens. Nasika Shakti, la shakti zigzag, en éveillant le praticien afin qu’il se sente à nouveau vivant. Ou en rendant conscient le praticien des blocages existants et en offrant l’opportunité de démarrer le processus de déblocage, le processus de lâcher prise de l’armure et du conditionnement.

La citation suivante est de Shihan Akio Minakami, un maître japonais de Karaté que j’ai eu l’honneur de former et qui m’a formé dans le cadre de ce résumé à propos de ce qu’est le Sri Yantra :

« Lorsque nous venons en ce monde, nous avons 100% de bons et forts sentiments. Que nous soyons un garçon ou une fille, nous ne pleurons pas à moitié. Nous sommes totalement libre et confiant. Nous ne faisons pas attention à ce que les gens pensent de nous. Nous faisons ce que nous faisons. Nous pleurons de toutes nos forces. Notre premier kiaï est le plus fort, le plus bruyant.
Tandis que nous grandissons, nous changeons lentement en fonction de notre expérience. En observant notre environnement et par le biais de notre intelligence, nous apprenons comment agir. Ne soyez pas un acteur (comédien). N’agissez pas froidement. N’agissez pas durement. Soyez fidèle à votre véritable moi. Soyez fidèle à votre cœur.
Vivez comme le kiaï de votre petite enfance, sans hésitation, de toutes vos forces. Abandonnez les images médiocres de celui que vous voulez être. Ne gaspillez pas de temps à prétendre être quelqu’un que vous n’êtes pas. Réussissez simplement votre vie MAINTENANT ! Il s’agit d’une véritable confiance en soi. Il s’agit de votre vrai moi. Comme le bébé, vous êtes libre.
Lorsque nous débutons, notre plus fort kiai est de loin celui de notre petite enfance. Soyez patient. C’est une tâche de longue haleine. Cela peut prendre plusieurs années avant de retrouver notre confiance d’origine. »