La volonté des Dieux

La volonté des Dieux. Par Evan John Jones, traduction & adaptation Tof.

Note du traducteur : Evan John Jones était dans les années 60 un proche de Robert Cochrane et un membre du Clan de Tubal Cain, il est l’auteur de « Sacred Mask Sacred Dance » ; de « The Roebuck in the Thicket » (dont est tiré cet extrait) et de « Witchcraft : A Tradition Renewed » (avec Doreen Valiente) sur la tradition de Robert Cochrane.

Question : Quand une sorcière n’est-elle pas une sorcière ?

Réponse : Lorsqu’elle est païenne.

C’est probablement la première leçon que nous a enseignée Robert Cochrane lorsque nous avons rejoint son groupe. Pendant tout le temps où j’ai travaillé avec lui, il a fait du mieux qu’il a pu pour faire passer ce message, malheureusement avec bien peu de succès. Ce n’est pas qu’il se battait contre le paganisme, mais il le prenait pour ce qu’il était, quelque chose de différent de la wicca, même si dans le passé ils ont partagé des racines communes.

Quelle différence y a-t-il entre eux ? Selon la définition de Cochrane, le paganisme est une religion panthéiste où la nature est une réflexion dans la Main de Dieu, et où la nature de Dieu est totale et complète. Alors qu’avec la sorcellerie nous sommes en présence d’une science occulte avec ses propres tradition et philosophie. Malheureusement à ses degrés inférieurs la wicca peut et est souvent confondue avec le paganisme. A des degrés plus élevés il n’y a pas plus de trace de paganisme que de, par exemple, de Christianisme ou de Satanisme.

Si nous prenons les voyelles sacrées de la tradition alors elles deviennent l’Arbre sacré du Nord, qui est en lui-même lié aux mystères de la sorcellerie dans son opposition au paganisme. En prenant les choses un peu autrement, ceci nous amène vers une tradition magique commune basée sur un Dieu transcendant ; un Dieu qui n’est pas un Dieu du soleil ou des champs, mais un Dieu qui dépasse l’esprit transcendent de l’humanité, la déité inconnue. Pour les juifs c’était un blasphème d’écrire le nom sacré de Dieu et il en est de même pour les sorcières. Au lieu de cela elles lèveraient cinq doigts, que l’on traduit par le chant « Eeee… Aaaa… Iiii… Oooo …. Uuuu » .

Je suppose si on devait définir la vraie nature d’une sorcière, l’image la plus précise serait celle d’une personne qui pratique les mystères de la sorcellerie, mais l’on ne rencontre que très peu de groupes aujourd’hui ayant une tradition longue et ininterrompue. Ceci naturellement entraîne la question – Comment les sorcières s’appellent-elles elles-mêmes ? Ils s’appellent par le nom de leurs dieux. Comme Robert Cochrane, je me considère comme « membre du Peuple de Goda, le clan de Tubal Cain » puisque avec nous vit l’esprit des anciens…

Pour citer Cochrane : « En d’autres termes, il n’y a qu’une seule manière de trouver une sorcière, la juger par ses travaux et son silence – à moins qu’il n’y ait besoin de parler. Si quelqu’un prétend être une sorcière et peut accomplir des actes sorciers c.-à-d. évoquer l’esprit et avoir des présages ; pouvoir guérir et maudire, et surtout, décrire le labyrinthe, alors vous avez une sorcière. Maintenant comment est-ce que je me qualifie ? Je ne le fais pas, mais sorcière est un mot aussi bon qu’un autre. Fou pourrait être un nom encore meilleur, parce que je suis l’enfant de Tubal Cain, le chevelu »

Contrairement à Cochrane qui était « du sang », le chemin que j’ai suivi m’a été proposé et finalement je suis devenu l’héritier de cette tradition. Cette tradition, aussi loin qu’on puisse l’établir provient des régions de Straffordshire / Warwickshire où son arrière-grand-père était le Grand Maître des sorcières se réunissant dans le Straffordshire. D’après ce qu’on m’a dit, sa famille était sorcière au moins depuis le 17è siècle. La maison où est né son père est toujours à la frontière des deux régions, ce qui permet de passer d’une région à l’autre en évitant une arrestation.

Par aversion vis à vis de certains de leurs oncles et tantes, ses grands-parents ont décidé de renoncer aux anciens Dieux et à la sorcellerie et sont devenus Méthodistes. L’arrière-grand-père ayant appris cela les a maudits. Vraie ou non, une chose est certaine, la famille de Cochrane du côté de son père fut décimée aux cours des années. Le pire fut atteint au cours de la seconde guerre mondiale où le père de Cochrane a enterré la plupart de ses frères. Lorsque Cochrane est né, la première des choses que son père (un ancien sergent major) a dit fut : « argh ; le vieux bâtard est de retour » et il a rapidement fait promettre à son épouse de ne jamais dire à l’enfant la terrible vérité au sujet de son héritage spirituel.

Lorsque son père est mort, sa mère lui a parlé de cet héritage et l’a encouragé à rencontrer sa tante Lucy, que Cochrane décrit comme une « vielle femme terrible » et c’est elle qui lui a enseigné les cinq arts et la tradition. Elle lui a aussi parlé de la foi de la Sorcellerie Traditionnelle, qu’il faut avoir le sang sorcier pour être écouté des Dieux. Ce sang sorcier n’apparaît que toutes les deux ou trois générations et avec la même physionomie. En bref, en citant encore Cochrane : « Seules des sorcières peuvent engendrer des sorcières et ne pas posséder cet héritage est la pire des choses qui puisse arriver à une sorcière. C’est littéralement une lente torture. Personnellement, je préfèrerais faire n’importe quoi plutôt que de revire ces treize ans de sauvagerie. Mais seule une sorcière peut comprendre cela ».

Mais il est fort possible que la tante de Cochrane ait eu tort. Si elle avait raison, alors sa tradition serait morte avec Cochrane car il n’y avait pas d’autre membre de sa famille pour reprendre le flambeau. A cause de la tournure qu’ont prises les choses, certaines personnes ont refusé cela et ainsi, la tradition s’est transmise. Peut être pas par le droit du sang, mais il n’en reste pas moins que les rites de Tubal Cain continuent d’exister longtemps après la mort de Cochrane. Même maintenant où ils sont en train de passer dans d’autres mains qui, je l’espère, porteront la flamme pour 40 ans de plus. Et nous savons que, si Cochrane avait raison, un de ses descendants entendra l’appel et viendra réclamer ce qui, après tout, lui appartient de par sa seule naissance.

Puisqu’il s’agit de la tradition de Cochrane autant le citer directement : « Maître est le terme que nous utilisons, et nous l’utilisons souvent, je suis moi-même le maître d’un petit clan, le « Diable » en fait ». Un titre qui est toujours utilisé lors de certains rituels comme alternative à Maître. Si vous le rencontrez face à face, et que vous vous apprêtez à appréhender ce qu’il appelle de la « magie grise », vous en arrivez à l’impression qu’il était votre cheville ouvrière réelle Ceux d’entre nous qui étaient réellement proches de lui savaient que, même s’il était le « diable » d’un petit clan, derrière lui il y avait d’autres personnes plus importantes que lui et dont l’autorité était acceptée sans discutions et que cette autorité, une fois acceptée, était absolue quoi que nous fassions.

Cochrane acceptait aussi que les expressions de haut adepte ou adepte physique ne sont pas des termes que l’on associe facilement à une sorcière. « Maître » était l’ancien mot pour cette fonction particulière que chaque sorcière doit pouvoir remplir. Son emploi était de former, d’organiser, de dicter les lois du clan, et de rendre la justice selon les règles du clan lorsqu’on le lui demandait. Même aujourd’hui, ce n’est pas une tâche aisée puisque la fonction du Maître est de faire régner la discipline, de maudire aussi bien que d’élever. Une totale allégeance est due au Maître et à la Dame du clan, alors qu’ils doivent cette allégeance au Maître, ou plutôt à la loi qu’il représente. Les fonctions de la Dame et du Maître sont celles qu’elles ont toujours été: former les nouveaux membres à certains concepts, développer les pouvoirs cachés de chacun et leur apprendre à manipuler différentes allégories.

Cochrane pensait aussi que son groupe était, parmi les groupes sorciers modernes, le dernier à pratiquer de manière traditionnelle, nous défendons toujours les anciennes valeurs et nous espérons que les autres font de même. Finalement, et peut être est ce le plus important si l’on considère ce qu’il disait, Cochrane reconnaissait « une autre autorité dont le mandat était bien plus ancien que nous, et nous devons une totale allégeance à cette autorité dont la fonction est de nous former et de travailler avec nous. J’ai eu la chance d’être « du sang » c’est pourquoi j’ai leur écoute ». Et il en est toujours ainsi.

Lorsqu’on parle des principes de base de ses croyances et de son enseignement, tout d’abord nous voyons la Déesse sous ses trois aspects de Déesse Mère, de Vierge et de Mère et la Femme Sage compatissante qui existent indépendamment de l’inconscient personnel Là où nous sommes différents des autres c’est dans la croyance qu’il n’y a pas d’autre aspect de la Déesse. Pour nous, comme le disait Cochrane dans ses lettres à Bill Gray, « la Déesse Blanche agit pour le bien et est aussi Noire lorsqu’elle agit pour les ténèbres, pourtant toutes les deux sont compatissantes, la compassion n’est qu’un paravent pour la cruauté d’une Vérité totale et absolue. La Vérité est un autre nom pour le divin ». Ce qui est vraiment important n’est pas de savoir ce qui est bon ou mauvais, ce qui est blanc ou noir, mais d’accepter la Volonté des Dieux » – accepter la vérité qui est opposée à l’illusion.

Lorsqu’on s’éloigne de cette recherche de la vérité, ce que nous faisons n’est rien et notre vie est comme le vent de l’hiver, froide et morte. Quoi que nous fassions, nous ne pouvons échapper à la Vérité, elle nous suivra toujours et nous parlera, quels que soient les remparts que nous avons dressés pour nous en protéger et quelles que soient les histoires que nous nous racontons. La Vérité parlera toujours d’elle-même en dehors de tout système et de croyances religieuses avant et dans la tombe.

Comme le disait Cochrane, tous les grands visionnaires, comme Ste Bernadette, Jeanne d’Arc ou même les premiers révolutionnaires étaient tous des humains qui ont d’une façon ou d’une autre provoqué la perception d’une petite parcelle de Vérité et qui en ont fait quelque chose. Quelle que soit l’interprétation qu’on fait les autres de ces « visions », l’explication ne peut venir que de la personne qui ont vu ou ressenti la présence de la « Vérité » dont chacun de nous possède en lui a une petite particule. En tant qu’humains nous allons de l’avant, selon la « volonté des Dieux » grâce à elles. Nous sommes sortis de la boue et du limon de l’évolution et les étoiles se sont retournées dans leur course pour nous aider. Même de nos jours ces étoiles brillent intensément et nous rappellent ce qui fut.

Si l’on croit les lettres de Cochrane à Bill Gray, ne faire plus qu’un avec la Vérité induit la mort. Travailler dans ce sens vous condamne irrémédiablement. La race humaine dans son ensemble ne souhaite pas la Vérité mais plutôt une illusion confortable jusqu’à ce que la Vérité se présente et chasse cette illusion. Nous sommes comme des nourrissons tétant un sein dont le lait est poison. La Vérité, quelle que soit la manière dont on l’interprète, nourrit le démon tout comme elle nourrit le saint.

Dans une analyse finale, Cochrane, comme beaucoup d’autres, a peu à peu commencé à croire au mythe qu’il a créé derrière son nom. Il n’était plus le « Maître » qui doit son pouvoir et son statut de la « Volonté de Dieux ». Il a commencé à se voir comme un « Maître » absolu de son propre chef et ce qu’il décrétait était la loi, et tant pis si quelqu’un n’était pas d’accord, c’est ainsi qu’étaient les choses.

A la fin, comme d’autres ayant suivi la même voie, son monde s’est écroulé et il a tout perdu. Pourtant la tradition a eu pour lui de la compassion et dans sa mort Cochrane est allé dans un endroit que ses ancêtres et nous-mêmes avons contribué à créer et à perpétuer. Il est allé en cet endroit et y restera jusqu’à ce qu’il soit temps pour lui de renaître. On n’arrive à rien si on ne fait rien et ce que l’on fait maintenant va créer le monde dans lequel nous existerons demain. Il en est de même pour la mort. Ce que nous créons ici, ne l’avons aussi créé dans une autre réalité. Ainsi Cochrane est en sécurité dans le Château avec sa Déesse et attend que nous le rejoignons. Certains affirment que son décès fut une grosse perte pour la Sorcellerie et sur de nombreux points, je suis d’accord avec eux – mais il y a toujours le soupçon que ce fut la « Volonté des Dieux » qui ont leurs propres bonnes raisons, mais je dois encore trouver quelles furent ces raisons.