Pourquoi un cercle ?

Extrait de « Witch crafting ». Par Phyllis Curott, traduction Véro

Toutes les énergies circulent de manière circulaire, c’est-à-dire spiralée. (NDLT : vous noterez qu’en français « circuler » vient déjà de « circulaire » ou l’inverse…)

Nous représentons l’énergie comme se déplaçant sous forme d’ondes, mais ces ondes sont une image bi dimensionnelle d’une configuration tridimensionnelle. (si vous ne voyez pas ce que je veux dire, prenez une spirale d’un cahier à spirale, détendez-la un peu, placez la devant une source de lumière et regardez son ombre) Ainsi, en travaillant dans un cercle, vous travaillez dans un plus grand modèle de comment l’énergie se meut dans l’univers. Depuis la plus petite particule, jusqu’aux galaxies, tout l’univers se meut de façon concentrique.

Quand vous travaillez avec l’énergie dans un cercle, vous travaillez en harmonie avec le flux organique de toutes les énergies. Voilà comment fonctionne la magie. Vous apprenez de la nature et harnachez le flux naturel des énergies de l’univers. Un cercle symbolise l’infini, car il n’a ni début ni fin. Quand nous disons « notre cercle est tracé, nous sommes entre les mondes » cela veut dire que notre cercle est un vortex entre l’esprit et la matière, le divin et l’humain, c’est le point de connexion entre les eux. Un cercle relie l’infini et l’immédiat, et littéralement nous démontre le sens de cette vieille maxime occulte : « ce qui est au-dessus est en dessous ».

Nous travaillons dans un cercle, car nous vivons dans le cycle éternel de la vie, le cycle des saisons, la lune, le soleil, les marées, et les cieux au-dessus de nous. Travailler dans un cercle aide nos psychés à s’harmoniser avec les rythmes naturels de l’énergie divine qui anime et régule l’ordre du monde naturel. Parce que nous travaillons dans un cercle, et parce que nous étudions la nature, nous voyons comme ses cycles correspondent à ceux de nos propres vies, et nous commençons à reconnaître des modèles divins de changements et de transformation en action.

Quand vous prenez votre place dans un cercle, la forme physique (la rondeur) change immédiatement et littéralement, la dynamique de l’énergie telle que nous avons été conditionnés à l’approcher spirituellement. Quand nous travaillons ensemble dans un cercle, nous créons un nouveau modèle de relations sociales. Dans les anciennes traditions bibliques, le paroissien est passivement assis sur un banc et est subordonné au professionnel de la spiritualité, sur son podium, qui est lui-même subordonné à Dieu dans les cieux. La structure de l’église reflète les relations de pouvoir, et la dynamique énergétique, du patriarcat. Mais, tout le monde est égal dans le cercle –il n’y a pas de podium qui séparerait le prêtre ou la prêtresse du reste de la communauté, et il n’y a pas de hiérarchie entre vous et le Divin.

La forme du cercle fait aussi que chacun peut être vu de chacun, et ainsi nous créons une intimité immédiate, une connexion, un sens de la communauté. Et même dans certains cercles énormes auxquels j’ai participé, avec des centaines de personnes, le cercle connecte tous les présents, il crée la communauté.

Et, forcément, la forme du cercle facilite la circulation de l’énergie, tout comme les casseroles sont rondes pour garantir une répartition égale de la chaleur à ce que nous cuisons, le cercle garantit une distribution égale de l’énergie entre tous les pratiquants, bien que chacun y réponse de façon personnelle.

US Army Chaplain’s Handbook

US Army Chaplain’s Handbook. Traduction Véro.

L’armée américaine a préparé un livre pour guider ses aumôniers quand ils sont face à des soldats pratiquant une foi inhabituelle. Ce livre est « religious requirements and practices of certain selected groups : a handbook for chaplains » (1990). Les pages 231 à 236 contiennent une excellente description de la wicca.

ADRESSE : pas d’adresse centrale. Les groupes d’adorateurs wiccan, appelés coven, sont essentiellement autonomes. Un certain nombre toutefois sont affiliés à : (suit une adresse)

AUTRES APPELLATIONS : Witchcraft, les adorateurs de la Déesse, néo-paganisme, paganisme, paganisme norois (ou toute autre appellation ethnique), religion de la terre, vieille religion, druidisme, chamanisme. Notez que tous ces groupes ont certaines similitudes basiques et de nombreuses différences avec la wicca.

DIRECTION : pas de direction centrale. Dans le Covenant of the Goddess on élit chaque année un officier supérieur et il y a une limite constitutionnelle de deux mandats consécutifs, mais dans les faits la plupart des officiers n’ont servi que durant une année. En 1991 il y a eu deux premiers officiers, Phoenix Whitebirch et Brandy Williams.

NOMBRE DE MEMBRES : du fait de la complète autonomie des covens ce chiffre ne peut être déterminé. Il y a environ 50 000 wiccans aux États unis.

ORIGINE HISTORIQUE : La wicca est une résurgence de l’adoration de la nature des tribus européennes, fortement influencée par les traditions de même type des peuplades tribales des autres parties du monde. Les œuvres d’écrivains du vingtième siècle, tels que Margaret Murray, Robert Graves et Gerald B.Gardner, ont fait débuter le renouveau d’intérêt pour l’ancienne religion. Après la révocation des lois contre la sorcellerie en Angleterre en 1951, Gardner s’est autoproclamé publiquement comme étant sorcière et commença à réunir un groupe d’étudiants et de pratiquants. En 1962 deux de ses étudiants, Raymond et Rosemary Buckland (noms sorciers : Lady Rowen et Robat) ont émigré aux États unis et ont commencé à enseigner la sorcellerie Gardnérienne ici. Dans le même temps, d’autres groupes de personnes s’intéressèrent au sujet en lisant les livres de Gardner et des autres. De nombreux covens furent spontanément formés, utilisant des rituels créés à partir d’une combinaison de recherche et d’inspiration personnelle. Ces covens autocréés sont considérés aujourd’hui comme tout aussi valides que ceux qui peuvent tracer un lignage jusqu’en Angleterre. En 1975 un groupement assez divers de covens qui souhaitait la sécurité d’une protection légale et les bénéfices accordés aux églises reconnues, forma le Covenant of the Goddess (CoG) qui est incorporé dans l’État de Californie et est reconnu par le Trésor Public. CoG ne représente ni tous, ni même la majorité des Wiccans. Un coven ou un individu n’est pas obligé d’être affilié au CoG pour pratiquer valablement sa religion.

CROYANCES DE BASE : Les wiccans honorent le sacré comme étant immanent à la Nature, souvent personnifié comme « mère terre » ou « père ciel ». En tant que polythéistes ils peuvent utiliser beaucoup d’autres noms pour leurs déités. Les individus choisiront souvent des déesses ou des dieux d’un quelconque panthéon du monde dont les histoires les inspirent particulièrement, et utiliseront ces déités pour focaliser leurs dévotions personnelles. De même les covens utiliseront des noms de déités particuliers pour être le focal du groupe et des noms sont souvent tenus secrets par les groupes.

US ARMY CHAPLAIN’S HANDBOOK

Il est très important de se souvenir que les wiccans ne vénèrent ni ne croient en « Satan » ou « le diable » ou quelqu’autre entité similaire. Ils disent que Satan est un symbole de la rébellion dans les traditions chrétiennes et juives. Les wiccans n’injurient pas la Bible. Ils la considèrent simplement comme un parmi d’autres systèmes mystiques dans le monde, qui mérite autant de respect que n’importe lequel d’entre eux. La plupart des groupes wiccans pratiquent également la magie, ce qui pour eux signifie l’utilisation et la direction d’énergie psychique, ces forces naturelles, mais invisibles qui sont autour de toute chose vivante. Certains membres épellent le mot « magick » pour bien le distinguer de l’activité des prestidigitateurs et illusionnistes. Les wiccans emploient des moyens tels que la danse, le chant, la visualisation et l’hypnose pour focaliser et diriger l’énergie psychique dans les cas de guérison, protection ou aide à des membres dans diverses situations. Une telle assistance peut également être apportée à des non-membres à leur demande. Beaucoup mais pas tous les wiccans croient à la réincarnation. Certains prennent cela comme la description littérale de ce qui arrive aux gens après leur mort. Pour d’autres c’est un modèle symbolique qui les aide à gérer les cycles et les changements dans leurs vies. Ni la réincarnation ni quelqu’autre croyance littérale ne peuvent être utilisées comme un test pour juger de la validité individuelle d’un membre de l’ancienne religion.

La plupart des groupes ont une collection manuscrite de rituels, connue sous le nom de Book of Shadows. Une partie de l’éducation religieuse d’un nouveau membre sera de copier à la main ce livre pour son usage personnel. Au fil des années, selon leur inspiration, de nouvelles pages y seront ajoutées. Normalement l’accès à ces livres est limité aux membres initiés de la religion.

PRATIQUES ET CONDUITE STANDARDS : la règle de base de la wicca est appelée la wiccan rede, et stipule « si tu ne nuis à personne, fais ce que tu veux ». Cette rede emplit le même office que les dix commandements pour les chrétiens ; tous les autres enseignements éthiques sont considérés comme étant des applications et des extrapolations de cette rede.

C’est un exposé d’éthique de situation, définissant la responsabilité individuelle en cas de nuisance aux autres, et donnant la plus large autonomie pour toutes les activités non nuisibles. La wicca a été décrite comme offrant une éthique à large choix. Du fait de l’orientation « Nature » qui est la base de la religion, beaucoup de wiccans considèrent que toute chose vivante est sacrée, et se sentent très concernés par tout ce qui a rapport à l’écologie. Pour cette raison, leur conscience individuelle poussera certains d’entre eux au pacifisme. Certains sont végétariens. D’autres penseront que dans la mesure où les lois de la nature incluent l’autodéfense, ils devront participer à certaines guerres qu’en leur âme et conscience ils considéreront comme étant justes. La religion ne leur donne pas d’autres directives, mais demande à ses membres de vivre en accord avec leur conscience. Les pressions sociales n’autorisent pas actuellement les sorcières à déclarer publiquement leur croyance religieuse sans risquer de perdre leur travail, la garde de leurs enfants, de se ridiculiser, etc. Cette attitude envers les wiccans est le résultat de la confusion du public entre sorcellerie et satanisme. Les wiccans dans l’armée, et particulièrement ceux affectés dans des régions perçues comme particulièrement intolérantes, auront souvent dans leur dossier la note « pas de préférence religieuse ». L’extrême discrétion est la défense traditionnelle de la wicca contre les persécutions, aussi la non-déclaration de leur religion ne doit pas empêcher ses membres de participer aux services religieux s’ils en font la demande. Les wiccans célèbrent 8 fêtes, appelées sabats, en accord avec les rythmes saisonniers de la nature (suit la liste).

Certains groupes pensent que les réunions peuvent se faire dans les quelques jours autour de ces dates, d’autres sont plus pointilleux. De plus la plupart des groupes se rencontreront pour ritualiser à chaque pleine lune, et certains le feront aussi à la nouvelle lune. Les rencontres dans un but d’étude de la religion se feront le plus souvent à n’importe quel moment qui convienne aux membres, et les rituels peuvent avoir lieu à chaque fois qu’il en est besoin (par exemple pour une guérison). Les bijoux rituels sont particulièrement importants pour la plupart des wiccans. En plus d’être des symboles de leur appartenance religieuse, ces talismans sont souvent bénis par le coven duquel ils dépendent, et sont considérés comme étant porteurs de l’énergie protectrice et guérisseuse du coven.

ORGANISATION STRUCTURELLE : la plupart des wiccans se rencontrent dans le cadre des covens, petit groupe de personnes. Chaque coven est autonome. La plupart sont dirigés par une HPS, souvent assistée d’un HP. Certains sont dirigés par un HP ou une HPS sans assistance, et d’autres considèrent qu’ils font l’objet d’une rencontre de gens égaux. Les covens peuvent être composés uniquement d’hommes, uniquement de femmes, ou bien des deux, selon la préférence des membres. Chaque initié est considéré comme étant prêtre ou prêtresse. La plupart des covens sont de petite taille. 13 est le nombre maximum traditionnel, quoiqu’il ne soit pas une limite absolue. A cette taille les covens créent des liens étroits, ainsi les wiccans dans l’armée sont appelés à maintenir une forte affiliation à leur coven d’origine.

Il y a différentes traditions de wicca bien distinctes, tout comme il y a différentes dénominations dans le christianisme. Le spectre de la pratique wiccane peut être défini comme allant de « traditionnel » à « éclectique », avec des traditions, des covens et des individus qui s’adaptent à ces classements. Une différence typique serait que les groupes les plus traditionnels suivent une liturgie, alors que les groupes éclectiques suivent leur inspiration du moment lors des cultes. Ces distinctions ne sont pas très importantes pour les chapelains militaires, car il est peu probable qu’il y ait suffisamment de personnes d’une même tradition dans une base. L’absence d’adhésion à un modèle précis de tradition n’est pas un indicateur d’individualisme. Tandis que beaucoup de wiccans se réunissent en covens, il y a aussi un certain nombre de solitaires. Il s’agit d’individus qui choisissent de pratiquer leur foi seuls. Ils peuvent avoir été initiés dans un coven, ou s’être auto initiés. Ils se joindront aux autres wiccans pour célébrer les grandes fêtes ou pour participer à des événements régionaux organisés par les plus grandes communautés.

LE RÔLE DES MINISTRES : Dans le cadre d’un coven traditionnel, la HPS, habituellement assistée par le HP, tient le rôle de leader lors des rituels, mais aussi de professeur et de conseiller pour les membres du coven et les païens non affiliés. Les coven éclectiques ont tendance à partager le leadership de façon plus équitable.

CULTE : les wiccans pratiquent généralement en groupe. Les individus qui ne sont pas affiliés à l’un ou l’autre coven, ou qui sont trop loin de chez eux, peuvent choisir de pratiquer en privé ou de former un groupe « sur le tas » à l’occasion des fêtes. Les observateurs non participants ne sont généralement pas bienvenus dans les rituels wiccans. Certains, mais pas tous les covens wiccans, pratiquent nus (skyclad) comme un signe d’accord avec la Nature. La plupart, mais pas tous les covens wiccans, bénissent et partagent une coupe de vin lors des rituels. Pratiquement tous les wiccans utilisent un couteau rituel personnel (athamé) pour focaliser et diriger l’énergie personnelle. Les covens possèdent aussi souvent une épée rituelle pour diriger l’énergie du groupe. Ces outils, comme tous les autres outils rituels, sont strictement personnels et ne devraient jamais être soustraits à leur propriétaire. D’autres outils rituels communément utilisés sont, entre autres, un bol d’eau, un bol de sel, un encensoir et son encens, un disque gravé de symboles (pentacle), des statues, ou autres représentations de la déesse et du Dieu, et des bougies. La plupart des groupes vont bénir et partager du pain ou des gâteaux en accompagnement du vin. Tous ces objets sont utilisés tant lors de rituels privés que lors de rituels en groupe.

RESTRICTIONS ALIMENTAIRES : aucune

RECOMMANDATIONS QUANT AUX ENTERREMENTS ET FUNÉRAILLES : aucune. La reconnaissance du décès d’un membre prend place dans le cadre du coven, sans que le corps du décédé soit présent. Les outils rituels, les matériaux ou les écrits trouvés dans les effets personnels du décédé devront être retournés à leur coven d’appartenance (en fait un membre désignera une personne à laquelle ces articles devront être retournés). Il est souhaitable pour une HPS ou un HP wiccan d’être présent au moment du décès, mais ce n’est pas strictement indispensable. Si cela n’est pas possible, la meilleure assistance consisterait à faire en sorte que le membre se sente aussi bien que possible, écouter tout ce qu’il pourrait avoir à dire, réaliser autant que possible ses souhaits, ou encore le laisser aussi seul et tranquille que possible.

TRAITEMENT MÉDICAL : Pas de restrictions médicales. Les wiccans, en général, croient en l’efficacité de l’art de guérir spirituel ou psychique s’il est couplé à un traitement médical standard. De ce fait, à la demande du patient, d’autres wiccans devront être autorisés à lui rendre visite, comme s’ils faisaient partie de la famille, ceci inclut l’accès à l’unité de soins intensifs. Beaucoup de wiccans croient qu’on peut leur envoyer des énergies guérisseuses à grande distance, ainsi, si possible, en cas de conditions médicales sérieuses, les membres du coven d’appartenance devront être prévenus.

AUTRES : Les wiccans peuvent aussi bien faire carrière dans l’armée qu’être objecteurs de conscience. Les wiccans ne font pas de prosélytisme, et généralement rejettent ceux qui en font. Ils croient qu’il n’y a pas une seule voie vers le sacré qui serait valable pour tout le monde, et voient leur propre modèle religieux comme un parmi beaucoup d’autres tout aussi efficaces. Les wiccans respectent toutes les religions qui mettent en avant l’honneur et la compassion et attendent des autres le même respect. Les membres sont encouragés à s’informer sur toutes les fois, et sont autorisés à assister aux cultes des autres religions, si tel est leur désir.

Une femme ceinte d’une épée

Une femme ceinte d’une épée. Par Jack Parsons, traduction et adaptation Véro

Extrait de Freedom is a Two-Edged Sword de John Whiteside Parsons (alias Jack Parsons alias Frater 210).

C’est à toi, femme, belle rédemptrice perdue de la race, que j’ose adresser ce chapitre. Ce qui maintenant remue en toi n’est pas déséquilibre, n’est pas péché, n’est pas folie, mais c’est la vie, une nouvelle vie, et une joie et un feu qui engendreront une nouvelle race, et créerons un nouveau ciel et une nouvelle terre.

Quand tu fus une enfant, le vent et le soleil ne te parlaient-ils pas ? N’as-tu pas entendu la voix de la montagne, les voix du fleuve et de la tempête ? As-tu entendu le bourdonnement des étoiles, et les voix dans le silence ?

Es-tu allée nue dans la forêt, avec le vent sur ton corps, et as-tu senti la caresse de Pan ? Et ton cœur a gonflé au printemps, s’est développé en été, et fût triste avec le loup en hiver. Ces choses sont l’engagement, et en elles est la vérité qui est là pour toujours.

Et tu as cherché des compagnons dont le cœur serait aussi grand que le tien, et tu ne les as pas trouvés, cachés dans les mémoires secrètes des rêves et des chants. Tu as trouvé une maladie au-dessus du monde, une maladie de silence et douleur, et tes compagnons ont marché dans la culpabilité et la honte, dans la crainte et la haine, le péché et la douleur du péché, et tu étais seule. Ah, il y avait un rire, mais un rire forcené; du plaisir mais un plaisir furtif, inassouvi et honteux. Et maintenant ton cœur est triste. Mais ne sois pas triste, mon aimée. Sois heureuse et sans crainte. En toi se trouve le chant qui brisera le silence, en toi se trouve la flamme qui exterminera la crasse.

Tu es la rédemptrice; la rédemptrice du péché et de la douleur, de la culpabilité et de la honte, toi, oh femme, splendeur incarnée.
Combien de temps as-tu été enchaînée, esclave de la convoitise et de la culpabilité des porcs ? Combien de temps as-tu subi la dégradation infecte de ton nom saint, putain, ou souffert silencieusement de la dégradation infâme que l’on nomme vertu ?

À quel point as-tu connu le bâton, le fouet, les chaînes, l’emprisonnement, la mise à mort au service de ton maître.

Était-ce la crainte de l’esclavage, était-ce de la faiblesse, de la lâcheté et de l’infériorité ? Honte sur l’homme, ce n’était rien de cela, ce n’était que de l’amour. Un homme a été crucifié pour une rédemption qui a échoué. Même si on crucifiait dix fois dix millions d’hommes, cette infamie ne serait pas rachetée.

Prêtre, père ; mari, amant ; geôlier ; juge, bourreau ; voleur ; séducteur ; destructeur ; il fut ton amant ; ton maître ; oh, femme salie.

Pourtant, plains-le, car il a lui aussi cherché l’amour.

Mais il y a une fin, et un commencement et avec toi seront le commencement et tout futur. Car tu es la mère de la nouvelle race, le rédemptrice et l’amante des nouveaux hommes, les hommes qui seront libres.

Maintenant je te parlerai des hommes. Les hommes désirent trois choses d’une femme, une mère qui sera plus grande qu’eux, une épouse qui le sera moins qu’eux, et une maîtresse qui sera leur égale. Ils se révoltent toujours contre leur mère, ils n’ont que mépris pour l’épouse, l’amante toujours leur échappe.

Observe le mari ; comme il déteste la femme et fuit, craignant de la frapper.

Observe le grand amoureux ; comme il est, cherche l’amour et ses mains se referment sur le néant.

Ils sont décontenancés, comme des enfants craintifs, jouant pour oublier l’obscurité. Et ceux qui portent les armes, qui paradent et assassinent, ne sont-ils pas les plus effrayés de tous ? Plains-les, pardonne-leur.
Dans l’Ancien Monde, il y avait des hommes pour une saison, puis les villes ont été construites, puis sont arrivés les loisirs, les énigmes du sphinx, et ils devinrent des perroquets dorés, acceptant de bonne grâce la futilité.

Ensuite vint le christianisme, une futilité pour les esclaves, un fouet pour leurs maîtres, et dont les barbares firent une surconsommation.
Oui, Faust est le prototype du moyen-âge, mais pas le Faust dont parle Kit Marlowe. C’est un Faust plus sombre, Gilles de Ray, qui trahit la pucelle dans sa soif de puissance; puis, abruti, prie Dieu dans sa chapelle et se livre à toutes les horreurs dans ses caves.

Et ainsi va l’histoire effrayante jusqu’à ce que l’homme, pâle d’effroi devant ses propres cauchemars, se tourne finalement vers le rêve de liberté

C’est la voix de Voltaire, fatigué, cynique, las de la folie, qui annonce l’ouverture d’un prélude redoutable et abusif. Tom Paine, un homme, un vrai homme, brisé et finalement trahi par tous les champions de pacotille, Will Blake, parlant dans la langue des anges sans être compris, Shelley et sa gestuelle magnifique et futile, Swinburne, qui a pratiquement recréé hélas avant d’être détruit, Byron, Pushkin, Gautier, tous sont les instruments du prélude d’une symphonie qui ne fut jamais jouée.
Et la science qui était censée nous sauver ! Ce merveilleux monde moderne d’Huxley, Darwin, Hegel et H G Wells, avec la seule de voix de Spengler pour les contredire. La science refaisant le monde, un langage international, une fraternité universelle, au-delà des nationalités, des inégalités ou des confessions. Ce château de cartes, vision merveilleuse, comme il s’est écroulé ! Ces créateurs d’un nouvel âge qui n’osent ni parler, ni penser, ni bouger sans demander la permission aux autorités militaires. Titans sans limites, qui vous pencherez par-dessus une frontière pour parler, où est votre Nouveau Monde ?

Champions, où est la liberté ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Un homme peut deviner, mais nul homme ne peut trouver la solution. Nous devons nous tourner vers les femmes pour trouver la réponse.
Le changement s’est fait il y a des millénaires, avant que l’histoire ne fût écrite. Il faut remonter bien plus loin dans nos mémoires, pourquoi ne le pourrions-nous pas, nous qui venons de là, donc c’était il y a bien longtemps, le temps d’Isis, appelé à tort le matriarcat. Ce n’est pas un matriarcat tel que nous l’imaginons, un club de femmes, ou de poulettes frustrées. C’est une égalité. La femme est la prêtresse, en elle reposent les mystères. Elle est la mère, elle nourrit tendrement, elle est l’amante, tout à la fois passionnée et lointaine, elle est l’épouse, révérée et chérie. Elle est la femme sorcière. C’est équivalent. De la même façon l’homme est le chef, le chasseur, l’époux, l’amant, le penseur, celui qui fait. La femme, prêtresse, gardienne du mystère,

Sibylle de l’inconscient, prophétesse des rêves. Ceci assure l’équilibre, la stabilité.

Puis vint l’indicible catastrophe, le patriarcat. Dont l’archétype est le monstre monosexuel démoniaque, Jehova. Et voilà que dans le groupe des prêtres la femme se trouve réduite au rang de l’animal, l’homme est un dieu supérieur, elle est isolée et à la merci d’une intelligence sans pitié. C’est la guerre, la guerre totale entre les différentes parties, entre les émotions qui doivent et l’intellect qui ne devra pas. Chaque religion patriarcale est une monstruosité qui se contredit : judaïsme, chrétienté, bouddhisme, islamisme, fascisme, communisme, démocratie, science et toute autre foi de l’histoire du monde. C’est un dogme, une confession basée sur des axiomes qui s’envolent comme des fétus de paille dans le vent de l’intellect, et l’homme a trébuché sur cette structure et il faudra qu’il échoue, car il sait à quel point tout cela est futile et pourtant il se bat pour cela avec toute la folie furieuse que lui confèrent ses frustrations. Il sait qu’il est un petit garçon qui joue avec le feu, qui joue au gendarme et au voleur dans un jeu qui le dépasse et va trop loin.

Il a perdu sa mère, son épouse le trompe, son amante le rejette. Le mystère a fui le temple, banni par un concile de barbus séniles et suffisants. Femme, femme, où es-tu ? Reviens vers nous, femme ! Pardonne, oublie, assieds-toi dans nos temples, prends-nous par la main, embrasse nos lèvres, dis-nous que tu nous aimes, que nous ne sommes pas seuls. Femme sorcière, sortie des cendres du bûcher, élève-toi à nouveau !

Voyez-vous, c’est dans le culte dianique que l’ancienne façon a perduré. Toutes ces femmes splendides et terribles, Messaline, Toffana, La Voisin et de Brinvilliers, ont pris des revanches magnifiques. Et d’autres, femmes mais aussi hommes, ont caché les mystères interdits dans des rites secrets, et connurent une brève réunion qu’ils payèrent d’un lourd prix.

C’était là l’espoir qu’on mit dans la pucelle d’Orléans, l’espoir de millions d’êtres désespérés qui croyaient qu’enfin était venue la femme qui les sauverait. Que leur foi et leur échec vous fassent comprendre que l’innocence n’est pas une protection.

Sois intuitive, oh femme, sois savante, sois subtile, sois sans pitié. J’ai dit : comprends, pardonne, oublie. Mais n’oublie pas trop. Ne fais confiance qu’à toi même.

J’ai parlé de ces grandes empoisonneuses, mais c’est une vengeance amère. Sache que toute vengeance est une vengeance sur soi même, et la plus terrible est celle perpétrée par une femme frigide. Il y en a des millions, des dizaines de millions. Ne te fie pas à ce qu’elle dit à son mari ou son amant, fie-toi à ce qu’elle raconte à son docteur, à ses intimes.
Mais pour beaucoup la cause est plus profonde. Elle repose sur deux choses : l’échec de son compagnon à se conduire comme un homme et son propre échec à être honnête avec elle même.

C’est cette culpabilité noire et assassine avec laquelle les parents empoisonnent leurs propres enfants et qui est la cause de la frigidité.

C’est la suppression des amours incestueuses.

C’est la peur de la maladie et des enfants.

Mais toi qui as connu l’un de ces cas, n’en sois pas honteuse. La force n’est pas innée, elle s’acquiert en comprenant et surmontant ses épreuves.

Alors, sois libre ! Alors, chante le vieux chant sauvage :

EVOE IO, EVOE IACCHUS IO PAN IO PAN EVOE BABALON!

Va dans les montagnes, dans les océans et la forêt, va nue en été pour retrouver l’ancienne joie et l’amour heureux et libre sous les étoiles.
Mais le corps n’est pas beau ? Voilà le secret. Le corps est forgé par l’esprit. Accepte la peur, la répression, la haine et alors regarde le corps, ou plutôt ne le regarde pas ! Mais va, libre, joyeuse, sans restreintes, cours un peu nue. Ensuite, regarde les joues rosies, les seins gonflés, les souples contours, le rythme lancinant. Toutes les maladies et les malformations sont nourries par la peur et la haine. C’est pour cela, femme, que tu es appelée « guérisseuse ».

Femme, prêtresse du monde irrationnel ! Irrationnel et pourtant si important, si vital, car son concept est refusé et dénié.

Nous ne souhaitons pas être ivres, assassins, frustrés, pauvres, malheureux sans raison. Ces choses ne sont pas raisonnables ou objectives, pourtant elles existent. Nous disons que nous ne voulons pas la guerre. Mais la cause de la guerre est une nécessité psychologique et elle continuera jusqu’à ce que cette nécessité trouve un autre accomplissement.

Il ne servirait à rien de dire que nous aimons ou détestons telle personne parce que c’est « raisonnable ». Notre moteur est plutôt à chercher du côté de la volonté inconsciente, du monde irrationnel, des forces qui nous parlent sous forme de rêve, de symboles ou par nos propres actions incompréhensibles, et cela ne pourra être endigué que par la compréhension de qui sont les femmes. Ce n’est qu’après cela que la volonté et l’intelligence prévaudront, sinon elles ne seront qu’une force aveugle et autodestructrice.

Femme, lève bien haut les armes indignes. Utilise la ruse et le poison, une
fausse frigidité et la stupidité feinte. Tire l’épée, l’épée au double tranchant de la liberté, et provoque un homme en combat singulier, un homme qui pourra être ton époux, qui pourra être un père convenable pour tes enfants.

Invite-le, teste-le par l’épée et il sera digne de toi. Car vous êtes les archétypes de la nouvelle race.

Quelque part dans le monde, il y a aujourd’hui une femme pour qui l’épée est forgée. Quelque part il y a une femme qui a entendu les trompettes du nouvel âge et qui y répondra.

Cette nouvelle femme répondra à la clameur des trompettes des étoiles ; elle viendra comme une flamme périlleuse, une chanson dévoyée, une voix dans la grande salle du jugement, une bannière face à l’ennemi.
Elle viendra, ceinte de l’épée de la liberté, et devant elle les rois et les prêtres trembleront, et les villes et les empires tomberont, et elle sera appelée BABALON, la femme écarlate. Car elle sera fière et emplie de luxure, elle sera à la fois délicate et mortelle, elle sera droite et invincible, comme l’est une lame nue. Et les femmes lui répondront par un cri de guerre, et se débarrasseront de leurs jougs et de leurs chaînes, et les hommes répondront à leur défi, reniant les manières basses et folles d’agir, et elle, qui brillera comme la brutale étoile du soir d’un coucher de soleil sanglant du crépuscule des Dieux, elle brillera à nouveau comme l’étoile du matin quand la nuit sera terminée, et qu’une nouvelle aurore s’étendra sur le jardin de Pan.

Pour toi femme inconnue, l’épée est un gage. Garde la foi !

Un endroit sacré pour la communion

Extrait de « Witch crafting ».  Par Phyllis Curott, traduction  & adaptation Véro.

En tant qu’espace sacré qui réunit le monde de l’esprit et celui de la matière, le cercle est un temple où réside la divinité. Le sacré arrive de diverses manières et sous diverses formes. Une fois le cercle tracé, nous invoquons la Déesse et le Dieu, mais avant ces invocations il y a une partie importante qui est appelée invoquer les quartiers ou appeler les quatre directions. C’est une des traditions magiques que nous avons héritées de diverses traditions cérémonielles, y compris celle des francs-maçons, qui est partagée par d’autres fois indigènes, y compris la religion des Amérindiens.

Dans ma propre tradition (la tradition Ara) le cercle représente nos facultés intuitives, et le carré créé par l’appel des quatre directions, représente les facultés intellectuelles et analytiques, car, dans la nature, il n’y a pas d’angles droits visibles. Il faut de l’esprit de déduction et d’analyse pour découvrir ou faire un angle droit. Et ainsi le carré et le cercle sont joints dans le processus de tracé du cercle, comme le sont l’intuitif et l’intellect, l’esprit et la matière, le divin et l’humain.

Appeler les directions est également une pratique au sujet de laquelle ma tradition Wicca chamanique et les traditions cérémonielles divergent.

J’aimerais approfondir ce sujet et proposer quelques défis au sujet du langage et du style qu’utilisent beaucoup de pratiquants.

Dans la tradition Ara, l’appel des quatre directions est un procédé par lequel vous invitez le divin (sous forme d’énergies élémentaires correspondant à chacune des quatre directions) à vous rejoindre. Après avoir scellé le cercle en le traçant, vous ouvrez à présent quatre portails entre les mondes, à travers lesquels les pouvoirs de chaque direction peuvent entrer dans le cercle. Vous êtes responsables de la présence et de la participation des énergies que vous invitez. La façon dont vous requérez les pouvoirs des éléments est très importante, et la façon dont nous les requérons en tant que communauté est critique.

On m’a enseigné un langage invocatoire qui a ses racines dans la tradition cérémonielle, qui à son tour a ses racines dans le modèle biblique et patriarcal de la magie. Ces mots devaient être prononcés de façon forte : « Salut à vous, gardiens de la tour de guet de l’Est », ou quelque direction que vous appeliez, « je vous ordonne, puissants pouvoirs de l’air » ou quelque élément que vous appeliez «d’assister à nos rites et de protéger ce cercle, au nom de (déesse) et (dieu) » bien que ces mots résonnaient de pouvoir mystique, je me sentais mal à l’aise, depuis le tout début, de donner des ordres, car ces phrases reflétaient l’ancienne idée du magicien qui commande aux esprits d’apparaître et de faire selon ses souhaits.

Je préfère la manière chamanique d’invoquer les directions. On n’ordonne pas aux pouvoirs des quatre directions d’apparaître, au contraire, on les invite, on les appelle. Et les mots, la posture, le ton de voix que j’utilise sont en accord avec une invocation en tant qu’invitation, et non pas en tant que convocation royale. Dans ma tradition, quand nous appelons les directions à nous rejoindre dans le cercle, nous sommes respectueux, reconnaissants et poétiques. Plutôt que d’agir en inférieurs ou supérieurs, nous saluons nos collègues créatifs avec joie, révérence et appréciation.

Appeler les pouvoirs élémentaires est comme inviter un ami aimé et estimé dans notre demeure spirituelle. Souvenez-vous : ce que vous apportez à l’expérience détermine sa finalité. Par expérience je peux dire que l’énergie avec laquelle vous appréhendez ce processus fait une différence énorme quant au genre d’énergie qui y répondra et travaillera avec vous.

Comme dans tous les aspects des rituels wiccans, vous devriez commencer par choisir le langage qui vous convient le mieux, et le mémoriser. Puis, écrivez vos propres invocations, et finalement parlez spontanément, avec votre cœur. J’ai toujours trouvé que parler avec son cœur et non pas avec sa tête est l’expérience magique la plus puissante, et quand j’observe d’autres gens qui travaillent à la manière chamanique, je suis toujours bouleversée par la beauté, l’éloquence, et la sagesse divine avec laquelle ils s’expriment. Je sais que je suis en présence de la déité.

La Triple Loi

Loi Triple. Par John J. Coughlin © 2001-2002, traduction Lune

Provient de waningmoon.com.

Une première allusion de la loi du triple retour peut être trouvée dans le livre de Gerald Gardner High Magic’s Aid (1949). Craignant une réaction du public pour un livre sur la sorcellerie, Gardner a employé le pseudonyme de Scire (son nom de l’Art) et a présenté ses informations, et notamment des parties de véritables rituels d’initiation Gardnériens, sous la forme d’une fiction. C’était par ce livre que Gardner a mesuré l’intérêt et la sincérité de ses étudiants potentiels.
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Comme le livre le mentionne, au cours de l’initiation au deuxième degré au sein de « la fraternité » de l’Art, l’initié(e) rend le nombre de coups de fouet reçus en triple à l’initiatrice(teur) (comme au sein du véritable rituel Gardnérien et Alexandrien). L’auteur fait alors quelques remarques : « Pour cela, il y a une plaisanterie en sorcellerie, la sorcière sait, l’initié non, qu’elle recevra trois fois ce qu’elle a donné, ainsi elle ne frappera pas fort. » [1]

Puisque je ne pourrais trouver aucun développement sur le sens caché de ce commentaire dans les écrits postérieurs de Gardner, je ne peux supposer avec confiance que son intention derrière ce retour de fouet sur l’initiateur était implicitement une déclaration morale ou s’il s’agit d’un acte symbolique mettant sur le même pied d’égalité l’initié et l’initiateur. (Ou probablement, juste pour le fouet, qu’il appréciait selon ce que pensent nombre de personnes. [2])

Stewart Farrar liait cette partie de l’initiation à la Loi Triple, et son travail n’était pas seulement celui d’un bon accordeur d’instruments de la tradition Alexandrienne, mais a également servi de base pour nombre d’autres formes de Wicca prenant leurs racines dans les traditions Gardnériennes/Alexandriennes.

« …Le rituel usant des cordes et du fouet est l’occasion de dramatiser une leçon concernant ce qui est appelé « l’effet boomerang » ; à savoir que tout travail magique, qu’il soit bénéfique ou malveillant, est susceptible de revenir trois fois sur la personne qui le réalise. » [3]

Cependant, même ceux qui ont travaillé étroitement avec Gardner, comme Doreen Valiente, ne pourraient offrir aucune réponse définitive à la déclaration de Gardner sur la Loi Triple. Dans un interview de 1991, Valiente explique : « je pense que le vieux Gérald l’a concoctée pour un de ses rituels et les gens l’ont pris au pied de la lettre. » [4]

Valiente était une des premières initiées et Grandes Prêtresses de Gardner. Il l’a initiée en 1953. On fait parfois référence à elle en tant que « Mère de la Sorcellerie » à cause de son importante collaboration avec Gardner dans la réécriture de ses notes en un Livre des Ombres plus formel. Une de ses contributions les plus célèbres est celle de la forme poétique de la Charge de la Déesse.

Que la Loi du Triple Retour soit devenue un aspect de la Tradition Gardnérienne ne fait aucun doute. Ce concept n’a pas été uniquement enseigné à Buckland, qui a fondé des covens Gardnériens dans tous les États-Unis. Buckland peut calquer cet enseignement de Lady Olwen [5] (Monique Wilson), une grande prêtresse initiée par Gerald Gardner lui-même.

« La loi du Triple Retour était très certainement une partie de ce que Lady Olwen m’a appris (qu’elle avait, bien sûr, appris de Gérald). Maintenant pour être honnête, je ne peux me souvenir si le terme de « LOI triple » a été employé, mais assurément celui de « loi du triple retour » a été utilisé. Mais cela revient, évidemment, au même. »[6]

Bien que Lady Olwen ait enseigné ce qui se rapporte à la « Loi Triple », Gardner n’a jamais fait de semblable référence dans ses correspondances avec Buckland. Buckland correspondait avec Gardner avant même son initiation et plus tard, seulement, fut initié par Lady Olwen, en 1963, finalement après sa rencontre avec Gardner en personne. (Dans la tradition Gardnérienne, on est toujours initié par un membre du sexe opposé, ainsi Gardner ne pouvait initier Buckland lui-même.)

Puisque Gardner croyait au karma, et que le karma est souvent confondu avec, ou considéré comme la force derrière, la Loi Triple, je pense (c’est mon avis et les preuves directes manquent) qu’au cours de conversations avec ses étudiants, Gardner faisait probablement une simple référence au karma, la « loi triple » était souvent déduite par les initiés (à la fois Gardnériens et Alexandriens) durant leurs élévations au second degré comme étant une loi stricte et une manifestation du karma. Ceux qui ne l’ont pas pris, trop sérieusement, au sens littéral, employaient des variantes telles que la Loi de Retour ou l’effet Boomerang, qui pourraient plus facilement convenir à un contexte occulte général.

« La croyance en la simple loi de cause et effet est populaire parmi les sorcières de toutes traditions ; cependant, cette façon particulière de l’exprimer [La Loi Triple] semble prendre son origine chez les Gardnériens et est particulière à leur tradition anglaise. » [7]

Les Gardnériens qui n’ont pas travaillé avec Lady Olwen ou Raymond Buckland ne mettent pas cette emphase sur un triple retour. Arnold et Patricia Crowther, par exemple, qui ont été initiés en 1960 (Patricia par Gardner et Arnold par Patricia), font très peu référence à l’éthique dans leurs premiers livres publiés dans les années 1970 [8] bien qu’ils aient cru en une forme de retour. « Les sorcières croient en une sorte de Karma, que le mal retourne au scélérat qui l’a envoyé. » [9]

Valiente qui a été initiée par Gardner en 1953 et qui a réécrit beaucoup du premier Livre des Ombres de Gardner, n’a jamais mentionné la Loi Triple dans ses travaux de la première heure et est même allée mettre en doute sa validité dans une interview en 1991 – à une période où la Loi Triple était une croyance ordinaire.

« Personnellement, j’ai toujours été sceptique à propos de cela, car il ne me semble pas qu’elle fasse sens. Je ne vois pas pourquoi il y aurait une loi particulière du Karma pour les Sorcières et une différente pour tous les autres. Je ne suis pas cliente. [10] »

Cependant, à la différence des Crowthers, Valiente, avec plusieurs autres membres, quitte le coven de Gardner aux environs de 1960, et ce en raison de l’habitude de celui-ci à présenter ses opinions personnelles comme des lois. Alors, Valiente a poursuivi son étude de l’Art en effectuant des recherches sur les sources de Gardner et en cherchant d’autres formes traditionnelles de sorcellerie.

Notes de Bas de Page :

[1] Scire (Gardner, Gerald), High Magic’s Aid, 1996, Page 188

[2] Cette idée est examinée en profondeur dans le livre d’Aidan Kelly, Crafting the Art of Magic: Book 1, (Llewellyn, 1991)

[3] Farrar, Janet & Stewart, A Witches Bible Compleat, 1984, page 24.

[4] Doreen Valiente, 1991 Interview avec FireHeart Journal

[5] Il est difficile d’obtenir des informations objectives sur Lady Olwen. Après la mort de Gardner en 1964 et l’héritage de son musée sur l’île de Man, elle vexa nombre de sorcières en vendant le musée, dont les carnets de Gardner, à Ripley’s International. J’ai entendu de nombreuses fois par le bouche-à-oreille, qu’elle avait une propension à faire passer ses opinions personnelles comme des enseignements Gardnériens, mais jamais de la part de quelqu’un qui l’aurait constaté de par sa propre expérience.

[6] Doreen Valiente, 1991 Interview avec FireHeart Journal

[7] Roberts, Susan, Witches U.S.A., 1971

[8] Patricia Crowther y fait référence dans son livre en 1981 : Lid of the Cauldron, mais à l’époque, la Loi Triple circulait déjà.

[9] Crowther, Arnold & Patricia, The Secrets of Ancient Witchcraft, 1974

[10] Doreen Valiente, 1991 Interview avec FireHeart Journal

Repenser les Tours de Garde ou 13 raisons pour que l’Air soit au Nord

Repenser les Tours de Garde. Par Mike Nichols, traduction Lune.

Repenser les Tours de Garde ou 13 raisons pour que l’Air soit au Nord

  • Introduction

Tout cela à débuter il y a de nombreuses années. J’étais alors un adolescent et récemment initié à la religion de la Wicca. Comme la plupart des néophytes, j’étais enthousiaste pour commencer à travailler sur mon Livre des Ombres, le traditionnel livre manuscrit liturgique tenu par la plupart des Sorcières pratiquantes. J’y ai recopié rituels, sortilèges, recettes, poèmes et tables de correspondances provenant de toutes les sources qui me tombaient sous la main. Celles-ci se divisaient généralement en deux larges catégories : les travaux publiés, tels que les nombreux livres disponibles sur la Sorcellerie et la magie ; et les travaux non publiés, provenant essentiellement de Livres des Ombres d’autres Sorcières.

À la fin des années soixante, la plupart d’entre nous étaient assez « traditionnels » pour tout copier à la main. (De nos jours, les photocopies et même les pièces jointes des courriels sont devenues ‘de rigueur’.) Il nous était toujours recommandé de recopier « chaque point et virgule », pour faire une transcription exacte de l’original, car tous changements au cours d’une cérémonie pouvaient causer des problèmes importants au magicien. Rarement, voire jamais personne ne s’est interrogé pour savoir d’où ces rituels venaient en premier lieu et qui les avaient composés. La plupart d’entre nous, hélas, ne le savaient pas et ne s’en souciaient pas. Il suffisait de suivre les rubriques et faire les rituels édictés.

Mais quelque chose m’arrêta brusquement dans ma recopie frénétique, j’avais copié docilement des rituels provenant de sources différentes et j’ai réalisé soudainement qu’ils comportaient des éléments contradictoires. Je comparais les deux versions, m’interrogeant : laquelle était la « bonne », la « correcte », « l’authentique », « l’originale », « la plus ancienne », etc. Cela souleva d’autres questions plus générales à propos d’où provenait tout d’abord un rituel. Qui l’avait créé ? Etait-il écrit par une personne ou par plusieurs personnes ? Avait-il été modifié lors de sa transmission ? Si c’était le cas, était-ce par accident ou intentionnellement ? Le savons-nous ? Est-il toujours possible de le découvrir ? Comment un rituel particulier a-t-il fait partie du Livre des Ombres d’un coven ? D’un autre Livre des Ombres, plus ancien ? Ou d’une source publiée ? Si oui, où l’auteur de cette publication l’a-t-il eu ?

J’avais à peine égratigné la surface, et déjà je pouvais voir que les questions soulevées étaient très complexes. Aujourd’hui, toutes ces années après, je suis plus que jamais convaincu de la constante et intimidante complexité de l’histoire liturgique néo-païenne. Et je suis également convaincu de la haute importance de ce sujet pour l’entière compréhension de la Sorcellerie moderne. Cela peut bien être un situation extraordinairement compliquée, mais imaginez la valeur que cela aura pour les futurs historiens de l’Art. Et il est garanti que vous me verrez partir dans une tirade passionnée quand je serai confronté à des schématisations telles que « Crowley est le véritable auteur de l’initiation du Troisième Degré » ou « Tout le monde sait que Gardner a inventé la Sorcellerie moderne ».

C’est lorsque j’ai été invité à suivre la célébration d’un Esbat au sein d’un autre coven que j’ai remarqué pour la première fois des éléments rituels contradictoires. Au moment de « l’évocation des Tours de Garde » (salut rituel aux quatre directions), j’ai été stupéfié d’apprendre que ce groupe associait l’élément Terre au Nord. Mon propre coven associait le Nord à l’Air. Comme c’est bizarre, ai-je pensé. D’où sortaient-ils cela ? La Grande Prêtresse me dit que cela avait été recopié d’un certain nombre de sources publiées. De plus, elle me dit qu’elle n’avait jamais vu ça d’une autre manière. J’ai couru jusqu’à chez moi et j’ai commencé à sortir les livres de ma bibliothèque. Et c’est sûr ! Pratiquement tous les livres que j’ai consultés donnaient les associations standards suivantes : nord = terre, est = air, sud = feu, ouest = eau.

Et où diable, ai-je tiré l’idée que l’air appartenait au Nord ? Après y avoir beaucoup pensé, je me suis souvenu avoir copié mes propres associations élément/direction à partir d’un Livre des Ombres d’une autre sorcière, son livre représentant (comme elle le prétendait) une vieille tradition galloise. Peut-être les ai-je mal recopiées ? Un rapide appel longue distance me rassura là-dessus. (Lorsque je lui ai demandé d’où elle tenait cela, elle a répondu qu’elle pensait que c’était tiré d’un Livre des Ombres plus ancien, mais elle n’en était pas certaine.)

Depuis ce jour, je me suis senti irrité du fait que ma propre tradition semblait être divergente de la plupart des sources publiées. Cependant, mes propres rituels ne me semblaient pas avoir d’impact négatif. Tout comme ceux des autres membres de mon coven, tous plaçaient l’air au nord. Au fil des ans, j’ai amassé des tas d’associations et correspondances qui semblaient requérir l’Air au Nord. Rien que de penser placer l’air à l’est, cela offensait à la fois mon sens de la raison et ma sensibilité intuitive pour les mythes. Il y a de bonnes raisons pour placer l’air au Nord. Et toute la superstructure mythologique s’effondrerait si l’air était à l’est. Si c’est le cas, pourquoi donc la plupart des sources publiées placent la terre au nord et l’air à l’est ?

  • FALSIFICATION DE RITUEL

Soudain, j’ai senti que je connaissais la raison ! Quelque part, au cours de la lignée, quelqu’un a délibérément falsifié l’information ! De telles falsifications sont une longue et vénérable pratique au sein de certaines branches de magie. Dans la culture occidentale, c’est quelque chose de typique, on a pu l’observer parmi les loges hermétiques, kabbalistes et de magie cérémonielle. C’est quelque chose de tellement banal dans de tels groupes que, lorsqu’ils publient leurs rituels pour une consommation publique, ils donnent des versions qui sont incomplètes et/ou délibérément changées d’une certaine façon, par rapport à la pratique authentique. Cela empêche quelqu’un qui n’est pas un membre du groupe d’acquérir simplement un livre et d’exécuter les rituels, sans le bénéfice d’une formation formelle. C’est seulement lorsque vous serez initié au sein de la loge que vous recevrez les versions complètes et/ou corrigées des rituels. C’est comme cela que de tels groupes gardent leurs secrets. (Et c’est par un récit post-scriptum que nombre de chercheurs croient aujourd’hui que la sorcellerie moderne « a emprunté » ses correspondances directions/éléments aux sources de la magie cérémonielles ! Quelle tranche de rire si c’était la dernière bonne blague de Crowley à son ami Gerald Gardner !)

Je me souviens de la première fois que j’ai pris conscience d’une semblable falsification rituelle, délibérée. Un ami avait fait une étude des célèbres carrés planétaires, des talismans qui ressemblent aux carrés magiques consistant en une grille de nombres en un ordre « crypté ». Il y a sept carrés de la sorte – un pour chacune des planètes « classiques ». Alors qu’il en faisait l’étude, il commença en coloriant les grilles (davantage pour son propre plaisir que toute autre chose), en réalisant de mini mosaïques de couleur, utilisant tout d’abord deux couleurs, puis trois, puis quatre et ainsi de suite jusqu’au nombre total de carrés dans la grille. Les six des carrés planétaires produisaient de jolis motifs de couleur. Puis, ce fut le tour du Carré du Soleil ! Conte toute attente, les couleurs donnaient un enchevêtrement aléatoire, sans aucune émergence de motifs. Ainsi, il commença à chercher le carré du Soleil corrigé. Et je commençais à être convaincu de la réalité de la falsification des rituels.

  • LES TOURS DE GARDE

Tout ce qui me reste à faire dès lors, est d’assembler tous les arguments en faveur d’un modèle air au-nord : j’en suis arrivé à croire que c’était le système de correspondances corrigé. Le reste de cet article sera dédié à ces arguments, chacun avec ses propres nom et nombre :

1. Airt (ndlt : signifie ‘direction’) : C’est peut-être l’argument plus fort. Dans les pays celtiques, les quatre associations élément/direction proviennent des « quatre airts ». Et c’est un fait connu que cette tradition associe l’air au nord. Tandis que certains écrivains, familiers de la magie cérémonielle (comme William Sharp et Doreen Valiente), ont donné des versions modifiées des airts, c’est un point révélateur de voir que les folkloristes travaillant directement avec les traditions orales indigènes (comme Alexander Carmichael et F. Marion McNeill) rapportent invariablement la connexion air/nord.

2. Cultures parallèles : Bien que discuter des cultures parallèles puisse ne pas être aussi convainquant, il reste tout de même instructif d’étudier les autres cultures magiques indigènes de l’hémisphère nord. Par exemple, la grande majorité des tribus indiennes d’Amérique (elles-mêmes n’abandonnent pas le secteur de la magie) place l’air au nord, symbole de l’aigle. (Les cultures aborigènes du sud de l’équateur ont des associations différentes typiques, pour des raisons dont je parlerai après.)

3. Géophysique : Si on accepte les origines britanniques des directions élémentales, alors on doit s’imaginer vivre dans les îles Britanniques. À l’ouest se situe la vaste étendue de l’Océan Atlantique (c’est-à-dire l’eau). À l’est, la plus grande partie du continent européen (terre. Le sud a toujours été la direction du feu car, lorsqu’on voyage vers le sud (vers l’équateur), il fait plus chaud. Ce qui laisse le nord comme la région de l’air, la maison des vents glacés de l’hiver. (Ces deux dernières associations seront inversées dans les cultures de l’Hémisphère Sud, pour qui le Nord est la direction de la chaude région équatoriale et le sud est le pays de la glace.)

4. Hyperboréen : En fait, un des anciens noms des îles Britanniques était Hyperborea, qui signifie littéralement « Au-delà du vent du nord » ce qui associe une fois de plus le nord et le vent (air). Les habitants étaient eux-mêmes appelés « Hyperboréens », et l’expression « Au-delà du vent du Nord » (titre d’un des romans de féerie de George Macdonald) est toujours d’actualité. De tous les vents cardinaux, c’est incontestablement le vent du Nord (Boreas), porteur de l’hiver, qui est perçu comme étant le plus fort le plus influent (cf. Goddess fantasy, Watch the North Wind Rise de Robert Grave). Vous n’entendrez pas grand-chose sur les trois autres vents cardinaux.

5. Saisonnier : De nombreux occultistes associent les quatre saisons aux quatre points cardinaux. Qui sont : hiver = nord, printemps = est, été = sud, et automne = ouest. (Pour être précis, c’est les solstices et équinoxes qui s’alignent aux points cardinaux.) Encore une fois, dans la plupart des folklores, l’hiver est associé à l’air et au vent, comme le souffle glacial qui ouvre la saison. Au printemps, c’est la Terre qui capte notre attention, avec ses soudaines orgies de fleurs et de verdure. À nouveau, le sud est associé à l’été, la plus chaude saison (feu), et l’ouest à l’automne.

6. Diurne : Les occultistes associent également souvent les points cardinaux à une journée. Ainsi, minuit = nord, aurore = est, midi = sud et le coucher de soleil = ouest. (S’il vous plaît, notez bien que nous parlons ici du véritable minuit et du vrai midi, les points à mi-chemin entre le coucher du soleil et l’aurore, et entre l’aurore et le coucher du soleil, respectivement). Ceux-ci s’associent magnifiquement aux attributs des saisons dont nous avons parlé. Il est facile de voir pourquoi l’aurore est comparée à l’est et le coucher du soleil à l’ouest. Et, une fois encore, sous l’optique des îles Britanniques, le soleil se lève sur le pays (Terre) et s’étend sur l’océan (eau). Le sud est associé à midi parce que c’est le moment le plus chaud (feu). Ceci laissant l’élément « invisible », l’air, être associé à l’invisibilité du soleil, à minuit.

7. Mythologique : Dans la mythologie celtique, le nord est invariablement associé à l’air. Les Dieux et Déesses irlandais préchrétiens, la Tuatha de Danann, étaient des “airy” faeries [ndlt : airy-fairy est une expression qui signifie « farfelu », mais ici il est question du peuple de féerie, de fées « aériennes »] (des versions tardives viennent les doter d’ailes, les reliant aux sylphes). The Book of Conquests rapporte que leur foyer d’origine se situait au Nord, « au-delà du vent du nord ». Et lorsqu’ils venaient en Irlande, ils venaient en bateau, par les hauts airs ( !), s’établissaient aux cimes des montagnes. (Cela m’a toujours paru étrange que certains écrivains modernes voient les montagnes comme un symbole de la terre. Le symbolisme déterminant de la montagne est sa hauteur, s’élevant dans l’air, touchant le ciel. Virtuellement toutes les traditions orientales associent les montagnes, domiciles préférés des gurus, à l’air. Une grotte serait un meilleur symbole de la terre qu’une montagne.) Dans la mythologie galloise, également, Math l’Ancien, chef Dieu de Gwynedd (ou du Nord du Pays de Galles), est particulièrement associé au vent, qui peut porter les pensées des gens jusqu’à lui.

8. Yin/Yang : De nombreux occultistes croient que les quatre éléments ont des liens avec le YIN & le YANG. À la fois l’air et le feu sont perçus comme étant masculins, tandis que la terre et l’eau sont perçues comme étant féminines. Si l’air est associé au nord du Cercle magique, et la terre à l’est, alors on obtient une alternance yin/yang lors des circumambulations dans le cercle. Alors qu’on passe les points cardinaux de l’est, du sud, de l’ouest et du nord, on passe des énergies féminines aux énergies masculines aux énergies féminines aux énergies masculines. C’est flux alternant de plus/minus, pousser/tirer, masculin/féminin, est le pouls même de l’univers, considéré comme de primes importances par la plupart des occultistes. C’était très important pour nos ancêtres, les pierres levées des îles Britanniques en sont la preuve. Sur les sites tels que Kennet Avenue of Braga, les grandes pierres, minces, masculines, phalliques, sont alternées, avec précision, avec des pierres plus petites, en forme de losange, de yoni.

9. Générateur : Cet argument découle du précédent. Les magiciens qui pratiquent pensent souvent que le Cercle magique est une sorte de générateur psychique. Les sorcières aiment particulièrement réaliser des danses en cercle pour « soulever le cône de pouvoir ». Main dans la main, hommes et femmes alternés, ils dansent dans le sens des aiguilles d’une montre (dextrogyre) autour du cercle, en allant de plus en plus vite jusqu’à ce que le pouvoir soit libéré. Ce modèle possède une étrange ressemblance avec un générateur électrique, comme les quatre « pôles » du Cercle magique qui passent par un homme et une femme, alternativement. Ces pôles doivent alterner entre le plus et le minus si le pouvoir doit être soulevé. Cela signifie que si le feu masculin est au sud, alors l’air masculin doit être au nord. Si l’eau féminine est à l’ouest, alors la terre féminine doit être à l’est. Si toutes paires contiguës étaient changées, le générateur s’arrêterait complètement.

10. Axe masculin/féminin : Lorsque vous regardez une carte type, le nord (la direction cardinale) est en haut. Toute route nord-sud est une ligne verticale, et toute route est-ouest est une ligne horizontale. En outre, une « carte » d’un Cercle magique fait de l’axe vertical nord-sud un axe masculin (avec l’air et le feu), tandis que l’axe horizontal est-ouest est féminin (terre et eau). Cela fait sens. Lorsque nous regardons l’horizon de la Terre, nous voyons une ligne horizontale. L’eau cherche également un plan horizontal. Les éléments féminins, considérés comme « passifs », ont une tendance naturelle à s’étendre. Le feu, d’un autre côté, assume toujours une position érigée ou verticale. L’air aussi, peut s’élever, alors que la terre et l’eau ne le peuvent. Les éléments masculins, étant « actifs », ont une tendance naturelle à « se dresser ».

11. Les Outils d’Autel : En Sorcellerie moderne, il existe quatre outils d’autel principaux, les mêmes quatre outils présents sur la carte du Tarot, le Magicien. Ils correspondent aussi aux quatre suites du tarot, les quatre antiques trésors d’Irlande et les Quatre Saints de la légende arthurienne. Et, comme les quatre éléments, deux d’entre eux sont féminins et les deux autres masculins. Le pentacle est un plat peu profond sur lequel est inscrit un pentagramme, représentant la terre, et qui est placé à l’est. Le calice en forme de matrice, symbolise l’eau, et est placé à l’ouest. Ils forment l’axe féminin horizontal. La baguette de forme phallique représente le feu, est placée au sud. Et l’athamé, également de forme phallique, est placé au nord. Ils forment l’axe vertical masculin. (Les associations de genre, de la coupe et de la lame sont particulièrement importants dans le rituel de la bénédiction du vin.)

12. Symbolisme de l’Axe : Dans presque toutes les cultures, la ligne verticale est un symbole du Yang, ou énergie masculine. La ligne horizontale est le yin, l’énergie féminine. Lorsque la ligne verticale masculine pénètre la ligne horizontale féminine, elles forment l’ancien symbole païen de la croix à bras égaux, qui devient un symbole de vie et de force de vie. Faites un cercle autour de, ou sur, celle-ci et vous obtiendrez une croix cerclée ou « Croix Celtique », symbole de vie éternelle. (S’il vous plaît, prenez note de l’importance de la croix à bras égaux. Si l’un des bras est plus long ou plus court, alors les quatre éléments sont déséquilibrés. La croix chrétienne ou romaine, par exemple, a son bras sud plus long. Et beaucoup d’historiens ont fait des remarques à propos de l’excès de « feu » ou ferveur du christianisme. Certaines versions montrent en réalité un bras nord plus court, ce qui indique un manque de qualités « de l’air » ou intellectuelles).

13. Astrologique : L’année astrologique est divisée en quartiers égaux, chacun commençant à un solstice ou un équinoxe. Et chaque quartier est gouverné par l’un des quatre éléments. Éléments qui peuvent être découverts en examinant l’exact centre du quartier. Par exemple, le premier quartier, qui commence au solstice d’hiver (nord), est gouverné par l’air, qui régit quinze degrés du Verseau, symbolisé par l’Homme ou l’Esprit. Le second quartier, qui commence à l’équinoxe de printemps (est), est gouverné par la terre, qui régit les quinze degrés du Taureau. Le troisième quartier, qui commence au solstice d’été (sud) est gouverné par le feu, régit les quinze degrés du Lion. Et le dernier quartier, qui commence à l’équinoxe d’automne (ouest), est gouverné par l’eau, qui régit les quinze degrés du Scorpion, ici symbolisé par l’Aigle. Ainsi, le nord, l’est, le sud et l’ouest correspondent respectivement à l’air, à la terre, au feu et à l’eau et à l’Esprit, au Taureau, au Lion et à l’Aigle. Si les quatre derniers symboles semblent familiers, c’est parce qu’il représente les quatre points de pouvoir élémentaux de l’année astrologique et leurs symboles apparaissent aux quatre coins des cartes du tarot : le Monde et la Roue de Fortune. (Les mêmes figures ont été plus tard adoptées par les chrétiens comme symboles des quatre évangélistes : Matthieu, Marc, Luc et Jean.)

Si ces arguments sont en faveur de l’air-au-nord, où sont les contre-arguments en faveur de la terre-au-nord ? Étonnamment, j’en ai peu entendu. De loin, celui qui est le plus commun est « Mais nous avons toujours fait cela comme ça. » Ce n’est pas tellement convaincant. Cependant, peu importe si mes arguments sont persuasifs ou pas, beaucoup s’y sont opposés en disant que la magie ne se prête pas aux arguments rationnels. C’est que l’on ressent comme étant juste, bon, qui compte. Vrai. Et il est indéniable que nombre de praticiens font des choses excellentes en plaçant la terre au nord. Accordé. Cependant, s’ils n’ont jamais essayé d’une autre manière, comment peuvent-ils savoir ?

Mon défi à mes semblables est alors cela : faites un essai avec l’air-au-nord. Essayez simplement. Voyez ce que vous ressentez comme ça. Et pas juste pour un simple rituel. Cela demandera quelques essais pour dépasser votre façon de penser par rapport à votre rituel habituel. Et rien n’est aussi habituel qu’un rituel ! Alors, de façon à lui donner un bon coup de pied, vous devrez faire une pleine série de rituels avec l’air au nord. Et les faire avec un esprit ouvert. Comme toute magie, si vous avez décidé par avance que cela ne marchera pas, et bien cela ne marchera pas. Alors, une que vous aurez essayée, comparez avec votre ancienne méthode. Demandez-vous ce qui est différent, si cela fonctionne à mieux fonctionner, et pourquoi, ou pourquoi non ? Et de cette manière, vous pouvez découvrir que vous avez anticipé le grand secret du Troisième Degré de votre tradition. Chuuut !

Le corps et la spiritualité

Par Artus (2011).

Dans de nombreuses religions ou pratiques spirituelles, une erreur commune est de penser que le corps est un frein à la spiritualité, il est même fréquent de voir des personnes dans la négation du corps au nom de la spiritualité. Je pense que cette erreur vient de la confusion entre l’être extérieur, qui est la partie « basse » de notre esprit, et le corps. En effet, nous sommes constitués d’un corps physique, d’un être extérieur tourné vers les besoins du corps, d’un être intérieur, tourné vers les besoins de notre âme, et d’une âme, infime particule d’infini qui sommeille au fond de notre cœur. C’est notre être extérieur, qui en vampirisant la lumière de notre âme, engendre le malheur et la souffrance. Tous nos attributs négatifs, par exemple la peur, la colère, la jalousie, l’orgueil, viennent de notre être extérieur. Le corps est seulement un véhicule, il n’y est pour rien.

Plus nous sommes tournés vers notre être intérieur, c’est à dire plus nous tournons notre esprit vers les aspirations spirituelles de l’âme, et plus l’être extérieur s’éclipse. Mais en aucun cas, cela ne signifie qu’il faut se couper du monde matériel, au contraire, le but de la vie est de manifester les désirs de notre âme dans le monde matériel. C’est la définition même de l’existence. Et lorsque notre être extérieur disparait, le corps devient un outil de l’âme, et chaque action du corps est une prière. On peut constater cela dans la pratique de l’imposition des mains. On retrouve également cette idée cachée dans la devise bénédictine, « ora et labora », qui signifie « prie et travaille ». Pour une personne tournée vers son être intérieur, le travail devient une prière (le mot ora est inclus dans labora). Dans un autre registre, voici une citation d’Osho qui exprime également cette même idée.

« Devenez aimant. Quand vous êtes dans l’étreinte, devenez l’étreinte. Devenez le baiser. Oubliez-vous totalement, que vous puissiez dire, « Je ne suis plus. Seul l’amour existe. » Alors, le cœur ne bat plus, mais l’amour bat. Alors, le sang ne circule plus, mais l’amour circule. Alors, les yeux ne voient plus, mais l’amour voit. Alors, les mains ne se déplacent plus pour caresser, mais l’amour se déplace pour caresser. Devenez amour et entrez dans la vie éternelle. L’amour change subitement votre dimension. Vous vous échappez du temps et vous faites face à l’éternité. L’amour peut devenir une profonde méditation, la plus profonde qu’il soit. Les amoureux connaissent parfois ce que les saints ne connaissent pas. »

L’usage du fouet dans la wicca

Par Artus (2010).

Quand j’ai découvert la wicca il y a plus de dix ans, j’ai surtout été intéressé par les huit sentiers. En résumé tout ce qui provoque la transe, c’est à dire, méditation, projection astrale, chants, vin, danse, contrôle du sang, fouet, et grand rite. Quand j’ai pratiqué la wicca quelques années plus tard dans un cadre traditionnel, j’ai constaté que tous ces moyens sont utilisés d’une façon assez édulcorée, et concrètement, il ne se passe pas grand-chose d’objectif lors des rituels.

J’ai cherché à comprendre et j’ai fait diverses recherches pour savoir comment cela se passait au temps de Gerald Gardner. Lorsque l’on va aux sources de la wicca, on constate qu’il s’agit d’un patchwork inspiré de diverses pratiques et de divers écrits. C’est d’autant plus flagrant en étudiant les différentes versions du livre des ombres de 1949 à 1963. On peut citer, la golden dawn (rituel d’ouverture), la franc maçonnerie (rituel d’initiation), le livre de la loi d’Aleister Crowley (charge de la déesse), la messe gnostique de l’OTO (grand rite), et bien d’autres. On remarque une chose étonnante, les éléments pouvant induire la transe dans les pratiques d’origines ont tendance à être supprimés.

Par exemple dans le rituel d’ouverture d’origine, publié par Israël Regardie, on utilise le chant pour se mettre en condition (toning) et dans la version de Gardner, cela a disparu. Par contre à la place tout le monde doit être « purifiés », ce qui pour Gardner signifie attaché et fouetté. Pour terminer le rituel d’ouverture, il faut être « purifié », pour l’initiation il faut être « purifié », pour réaliser une pratique magique, il faut être « purifié » (cf. « le fouet et le baiser » dans le livre des ombres). En bref, tout tournait autour de cela. Cela pose un certain nombre de problèmes.

Aujourd’hui, la plupart des personnes qui pratiquent la wicca traditionnelle utilisent le fouet de manière plus ou moins symbolique, ce qui rend les rituels un peu creux. Aidan Kelly, qui est sûrement l’un des premiers à avoir compilé et étudié les différentes versions du livre des ombres est arrivé à cette même conclusion, que tout était centré sur le fouet. Ce qui est amusant, c’est que bon nombre de gardneriens dénigrent son travail et pensent qu’il exagère. L’usage du fouet est le secret perdu de la wicca.

Lorsque l’on comprend cela, on peut être tenté d’explorer l’utilisation rituelle du fouet de toutes les manières possibles et de chercher à aller plus loin dans son usage. Mais même si je pense que l’exploration du seuil où se mêlent plaisir et douleur est essentielle pour éprouver comment s’entremêlent la vie et la mort, être attaché et fouetté est une méthode très personnelle, qui provoquait sûrement des tas des choses chez Gardner, mais dont l’efficacité n’a rien d’universelle. Personnellement j’ai toujours trouvé cela long et maladroit pour obtenir un résultat sans grand intérêt. De plus, autant cette exploration a son importance, autant je ne crois pas qu’il faille en faire un élément central dans la recherche de transe, ou d’une manière plus générale, dans une pratique spirituelle.

Wicca et religion

Par Artus (2010).

Quand j’ai découvert la wicca, j’étais en quête de méthodes spirituelles, et j’étais plutôt concentré sur son aspect sorcier. L’aspect religieux me semblait presque accessoire. Aujourd’hui, je suis un peu dans la situation inverse. Après avoir pratiqué/décortiqué la wicca traditionnelle, je n’y ai pas trouvé ce que je cherchais. Finalement, ce qu’il me manquait est ce que je qualifie d’hygiène spirituelle dans mon précédent article sur le chamanisme. Cela, je l’ai trouvé dans le reiki. Par contre, la pratique du reiki manque de symboles à visage humain, et d’histoires qui font écho à ma vie. Pour moi, cela constitue des leviers qui sont indispensables à une vie spirituelle totalement épanouie.

Le mot religion est source de nombreux malentendus. Je pense que c’est parce que ce mot à deux sens différents, bien souvent opposés. Il y a la religion, esclavage de la pensée selon Robespierre, opium du peuple selon Marx. Lorsqu’on emploie le mot religion, c’est bien souvent ce concept qui est compris. Et il y a la religion, qui permet l’expérience de sa propre nature divine. Mais cette idée est presque totalement étrangère à notre société, et lorsqu’on s’exprime à ce sujet, les mots religion ou divin, sont pris dans leur sens vulgaire, et on a toutes les chances de ne pas être compris. Par exemple, l’idée de découvrir sa propre nature divine pourrait être considérée comme un délire d’ego, alors qu’il n’y a rien de plus naturel que cela et que ce type d’expériences est justement à l’opposé de l’ego.

L’orgasme est le phénomène le plus simple et le plus habituel qui nous rapproche de notre nature divine. Et les religions établies intègrent toutes des tabous importants en matière de sexualité pour que nous ne soyons pas autonomes en matière de divin, et que nous ayons recours à leurs services. C’est pour cela que j’affirme que la religion, prise au sens commun, va souvent à l’opposé de la religion véritable. Les religieux nous promettent le divin en échange d’argent et de pouvoir terrestre, mais ne veulent surtout pas que nous y accédions vraiment.

Ce que je décris n’a pas grand-chose de révolutionnaire aujourd’hui, pourtant, malgré toutes les bonnes intentions du monde, il n’est pas facile de sortir de ce modèle. En fait dès que l’on cherche à partager une expérience ou un vécu en matière de religion, on a toutes les chances d’être mal compris, et les choses vont être transformées, pour se conformer à ce qui nous est habituel. À vrai dire, avant même de chercher à les partager, dès qu’on cherche à les exprimer pour soi-même, on tombe déjà dans ce travers. Les pratiquants wiccans qui au départ défendent qu’ils privilégient l’expérience à la croyance vont très vite se focaliser sur la croyance et les rapports sociaux en oubliant que ce n’était pas leur but premier.

Si je m’intéresse encore à la wicca aujourd’hui, c’est parce que j’ai la sensation, à travers certains passages du livre des ombres, que Gardner essayait de transmettre une flamme. Et même s’il a fini lui-même par l’oublier (je pense à. ses délires avec Bracelin à la fin de sa vie, par exemple les anciennes lois), ça serait dommage de ne pas profiter de l’élan qu’il a voulu donner pour essayer de perpétrer cette flamme. Tout en sachant qu’il s’agit d’une tache plutôt vaine 🙂

La réincarnation

Retour au menu « les propos de Gardner ». Traduction et adaptation : Lune.

Réincarnation

Il existe un facteur de continuité de la tradition sur lequel les adversaires du culte n’avaient pas compté. Les sorcières croient fermement en la réincarnation et disent : « sorcière une fois, sorcière toujours. » Elles croient que les personnes qui ont été initiées au sein du culte, qui ont réellement accepté l’ancienne religion et les dieux anciens dans leur cœur, retourneront au culte ou un besoin irrépressible les y poussera, vie après vie, même si elles n’auront peut-être pas conscience de leurs liens antérieurs avec celui-ci.1

Y a-t-il un avenir pour l’Art de la Wica ? Préserver l’enseignement de la réincarnation et du karma est l’une des façons dont l’Art de la Wica a servi l’ère du Verseau. Cette croyance était largement répandue dans le monde antique, non seulement parmi les païens, mais aussi parmi nombre des premiers chrétiens. Mais quand l’Église a voulu introduire les notions de péché originel, d’expiation par procuration et de salut par la foi, elle s’est rendu compte que cet ancien enseignement des Mystères était en contradiction avec celles-ci et devait donc être discrédité. Ainsi en 553 apr. J.-C., le Deuxième Concile de Constantinople a officiellement déclaré ce qui suit :

Si quelqu’un croit à la fabuleuse préexistence des âmes, qui a pour conséquence l’idée monstrueuse qu’elles retournent (dans la suite des temps à leur état primitif) ; qu’il soit anathème.

Ainsi, tous durent y renoncer, à l’exception des « sages » !  Ce qui désigne, bien sûr, les sorcières.2

1 Gardner 2 14

2 Gardner 2 257, 259