Mais que ferait la Déesse ?

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Mais que ferait la Déesse ? Par Starhawk, sur Beliefnet. Traduction et adaptation Fingen et Lune

Voici quelques suggestions sur la manière d’incarner l’amour de la Déesse en ces temps troublés.

Le monde a changé depuis le mardi 11 septembre 2001. Nous nous sommes tous retrouvés face à une mort à grande échelle, face à l’immense pouvoir des forces de destruction, et cela avec toute notre fragilité et notre peur. Les voix se sont élevées aux USA pour réclamer revanche et vengeance, conduites par le président lui-même et la plupart de nos dirigeants. Dans une telle situation, que ferait la Déesse ? Dans la tradition que je pratique, la Déesse n’a pas un rôle de modèle. Elle représente les grandes forces de naissance, de croissance, de mort et de régénération qui évoluent à travers l’univers. Selon les mots de la théologienne (féministe) Carol Christ, la Déesse est «intelligence, amour incarné». Ses nombreux aspects sont les visages que nous mettons sur ces forces sur lesquelles nous pouvons interagir. Elle est immanente avec nous aussi bien qu’avec la nature. Alors pour moi, la question change et devient : « Que pouvons-nous faire au nom des pouvoirs de créations et de régénération ? Comment pouvons-nous incarner, de façon intelligente, l’amour de la Déesse dans cet état de crise ? ».Premièrement, nous pouvons pleurer nos morts. La Mort tue les corps, mais pas l’esprit. Ainsi les prières et les énergies des gens de toutes religions ont offert, réellement, de l’aide aux esprits des défunts, afin qu’ils trouvent la paix.Nous pouvons sentir notre chagrin. Notre chagrin ne va pas juste vers nos morts, mais pour le monde tel qu’il était avant mardi dernier (ndt : 11 sept). Le chagrin peut être une ouverture, il peut nous faire repenser à nos valeurs et nos priorités et nous rendre plus compatissants.

Nous pouvons parler de justice, pas de vengeance. La vengeance est une issue rapide qui pourrait nous procurer un sentiment de puissance, mais en réalité elle ne nous assurera pas la sécurité. La vengeance renforcera simplement les rapports tendus qui ont mené à cette attaque. Si nous bombardons des populations civiles, si nous tuons des femmes, des hommes et des enfants innocents qui n’avaient nullement participé à ces actes terroristes ou n’avaient aucune influence sur les décisions de leurs gouvernements, nous devenons à notre tour des terroristes. L’intelligence, l’amour incarné de l’univers n’estime pas quelques groupes de gens plus que d’autres, ne pèse pas les vies d’Américains plus lourdement que des vies afghanes.Les sorcières connaissent le pouvoir des mots. Si nous continuons à appeler cette attaque « un acte de guerre », nous transformerons les criminels en héros. Un acte criminel terroriste est considéré comme méprisable, mais une attaque chez l’ennemi, en temps de guerre, comme un exploit. Si nous allons à la guerre en pensant ainsi, nous honorons les criminels. Au lieu de cela nous devons les traduire en justice.La justice rétablit l’équilibre. Mais en gage de celle-ci, nous devons nous regarder nous-mêmes également. Si nous commençons une campagne contre le terrorisme, nous devons considérer objectivement tous les domaines dans lesquels les États-Unis ont soutenu et emploient encore la terreur comme outil politique. Quand les Israéliens assassinent des leaders politiques palestiniens avec des missiles fabriqués aux États-Unis, tirés depuis des hélicoptères financés par les États-Unis. Quand nous soutenons des escadrons de la mort en Colombie, ne soutenons-nous pas la terreur ? Notre bombardement du réseau hydrographique de l’Irak et nos sanctions coûtent la vie à 500,000 enfants par an par l’eau contaminée et le manque de soin. La C.I.A. a formé Ben Laden et a financé son groupe de 1979-1989. Nous avons soutenu les talibans et avons aidé à les mettre au pouvoir, comme la Guerre froide contre les Soviétiques.

Ce sont des sujets douloureux à aborder parce qu’ils bouleversent notre croyance en des États-Unis comme société juste et libre. Mais c’est seulement en faisant face aux dures vérités que l’on peut sortir grandi. Et je crois qu’en ces temps épouvantables peuvent venir la maturité et la transformation. La Déesse, qui est le cycle de renaissance, nous apprend que la mort est promesse de renaissance. Nous avons besoin de le garder à l’esprit dans les moments de crainte et de désespoir.En tant que Sorcières, nous savons que l’énergie suit l’imagination et mène à la manifestation. Nous avons besoin d’imaginer un monde dans lequel l’amour peut fleurir et chérir les cycles de régénération. Nous avons besoin d’envisager un monde de paix.Nous pouvons parler et agir pour cette vision du monde. Nous pouvons l’incarner dans nos domaines, dans chaque action que nous entreprenons. Et nous devons prendre des mesures. Nous avons besoin de faire entendre nos voix. Quand nous nous prononçons, nous pouvons recevoir un appui inattendu. Mon amie Nancy est sortie avec ses enfants dans sa petite ville et a brandi une bannière de paix sur un viaduc, juste un jour après l’attaque. Ils se sont attendus à recevoir de l’hostilité ou même des menaces, mais au lieu de cela les gens ont acclamé, ou sont venu lui dire, « je suis si heureux que vous fassiez cela. J’ai eu peur de faire entendre mon opinion. Puis-je me joindre à vous? « Que ferait la Déesse ? En fin de compte, toute réponse honnête que je donnerai à cette question est ce que je ferais dans ce cas et ce que je vous exhorte à faire : gardez cela à l’esprit. Pour cela, parlez-en ! Pour cela, agissez ! Ne prenez pas de décisions dans la crainte. N’hésitez pas à courir des risques, parce qu’il n’y a plus de sécurité dans l’inaction. Écrivez des lettres, passez des coups de fil. Démarchez auprès de vos voisins. Remplissez les rues et joignez-vous aux autres. Dans des temps comme ceux-ci, nous avons besoin d’appui. Créez des lieux de guérison, des rituels, des cercles où les gens peuvent venir et parler ensemble de ce qu’ils ressentent. Nous pouvons être l’intelligence, l’amour incarné de la Déesse l’un pour l’autre. Désormais, nous avons besoin de chacun comme jamais auparavant.