Œufs Décorés, Pysanky : leurs symboliques, leurs magies.

Téléchargez le cours : Le voyage au tambour

Œufs Décorés, Pysanky : leurs symboliques, leurs magies.
Par Pauline Campanelli ©, traduction Lune

kitska

Extrait de The Wheel of the Year, living a magical life, aux éditions Llewellyn.

À l’époque de l’équinoxe de printemps, les œufs étaient utilisés pour créer des talismans et étaient également mangés rituellement. Il est probable que les œufs de nombreux types d’oiseaux au printemps étaient un plus dans le régime alimentaire des premiers chasseurs-cueilleurs, après la frugalité de l’hiver. Il est aussi possible que le ramassage d’une variété d’œufs dans les nids par nos ancêtres donna naissance à deux coutumes, encore populaires aujourd’hui – la chasse aux œufs de pâques et la coloration des œufs pour imiter les diverses couleurs pastels des œufs d’oiseaux sauvages.

Certains croient également que les premiers humains eurent l’idée de tresser des paniers en regardant les oiseaux tressaient leurs nids. Ainsi, se trouve peut-être l’origine de l’association des œufs colorées de pâques et les paniers de pâques.

En Ukraine, les femmes teignent les œufs dans des rouges, jaunes et oranges brillants. Les œufs sont appelés krashanka et les ukrainiens les mangent pour célébrer la renaissance du soleil et le retour des saisons d’abondance. En Italie, les œufs teintés sont cuisinés dans des pains tressés pour la même raison. Aujourd’hui, toutes sortes de teintures commerciales sont disponibles pour colorer les œufs, mais il est possible de les teindre, pour le printemps, avec des teintures naturelles.

Un superbe orange tendre peut être obtenu en faisant bouillir la peau d’un seul oignon avec quelques œufs. Une poignée de peaux d’oignons donnera une profonde couleur rouille.

Une demi-cuillère à thé de curcuma avec une petite quantité d’œufs, teintera leurs coquilles dans un jaune lumineux, chaleureux.

Du jus de betteraves et du vinaigre ou le jus de pickles de betteraves teinteront les coquilles d’œufs en rose.

Les œufs bouillis avec du vinaigre et quelques feuilles extérieures de chou rouge, puis laissés à tremper toute une nuit à froid, auront le plus incroyable bleu des œufs de rouge-gorge ; mais gare aux éraflures, cette teinture part facilement.

Durant le Rituel de l’équinoxe de Printemps, bols et paniers d’œufs naturellement teints et pysanky, magiquement décorés, peuvent être placés autour du cercle et les œufs colorés peuvent être mangés comme part du rituel.

Les pysanky, les célèbres œufs de pâques ukrainiens, sont de puissantes amulettes de fertilité, de prospérité et de protection et leur création est un ancien rituel qui s’est développé avec les chasseurs-cueilleurs de l’Europe Orientale.

A une époque, seulement pratiquée par les femmes, cette tradition est parvenue jusqu’à nous, du passé païen, avec son symbolisme quasi intact.

Il existe une ancienne légende en Ukraine qui parle d’un monstre démoniaque qui dévorerait le monde. Ce monstre est enchaîné et comme il secoue et tire sur les liens de ses chaînes, ceux-ci s’affaiblissent. Mais à chaque printemps, la chaîne est renforcée en proportion du nombre de Pysanky fabriqués et échangés à cette saison.

L’Ukraine n’accepta pas le Christianisme en tant que religion officielle avant l’an 988, et à cette époque la population païenne refusa d’abandonner cet art païen, alors, finalement, l’Eglise dû l’accepter, lui donner sa bénédiction et aujourd’hui elle les appelle œufs de pâques (Easter Eggs en anglais, qui après tout, sont ainsi nommés en l’honneur d’une déité païenne). Ainsi, de nos jours, parmi les anciens symboles, il y a les croix chrétiennes, les croix orthodoxes, les flèches des églises et le symbole de la nouvelle religion, le poisson. Nombre des anciens symboles ont été réinterprétés pour convenir aux concepts de la nouvelle religion. Même la légende du monstre enchaîné a été réinterprétée pour signifier la bataille entre le bien et le mal plutôt que l’équilibre et l’harmonie. Toujours est-il que la grande majorité des symboles qui continuent d’être utilisés aujourd’hui sont d’origine païenne. Lors de la réalisation des dessins d’un œuf, ces symboles se combinent pour créer et recréer des valeurs (ndlt : sens, significations) d’une variété infinie qui est unique à chaque œuf, parce que deux pysanky ne sont jamais exactement pareils.

Le symbolisme commence avec l’œuf lui-même. L’orbe doré de son jaune représente le Dieu Soleil, sa coquille blanche est perçue comme représentant la Déesse Blanche et son tout est un symbole de renaissance. Nous savons aujourd’hui que la production d’un œuf de volaille domestique commence lorsque la rétine de l’œil d’une poule est stimulée par plus de douze heures de lumière d’une journée. Cette connexion entre les œufs et le changement d’équilibre, qui passe de l’obscurité à la lumière, au moment de l’équinoxe de printemps, n’a pas été perdue des Païens de l’ancien temps. Et ainsi, le dessin de signes magiques sur un objet symbolique devient un charme de magie et un rituel, pour aider le Soleil a gagné de la force et du pouvoir sur l’obscurité lors de l’équinoxe de printemps.

Le mot « pysanky » vient de la racine du mot pysaty, « écrire », parce que les signes sont écrits sur la surface de l’œuf dans un riche langage de symboles quasi infinis en nombre et variation. Ceux-ci peuvent être répartis en trois catégories : les animaux, les végétaux et plus largement, et de loin, les formes géométriques.

La manière la plus traditionnelle de marquer un œuf, c’est de lui dessiner des bandes qui l’encerclent, qui représentent l’éternel cycle de naissance, mort et renaissance. A l’intersection des bandes, des croix solaires sont formées, représentant l’union de l’Esprit et de la Matière ou du masculin et du féminin, ou toutes forces s’opposant. Ces bandes elles-mêmes sont composées de dessins géométriques chacune ayant une signification symbolique. Il y a des triangles représentant la triple Déesse, les carrés représentant la Terre, les échelles représentant divers plans de l’existence (ces échelles sont souvent composées de plus petites échelles représentant des plans à l’intérieur des plans), les râteaux représentent l’agriculture, et les roues à picots et les étoiles à huit branches sont d’antiques signes du Soleil (le premier est aussi un symbole de la Déesse ; le dernier, un symbole du Dieu Soleil, et montre les huit fêtes solaires). Triangles et autres formes remplissent les entre-« filets », une série d’intersections de lignes possède la même signification symbolique que la croix solaire.

Les rangées de triangles blancs isocèles sont des « dents de loups » et sont un puissant charme de sagesse et de force. Une ligne de méandres peut signifier soient le rythme et les cycles de la vie soient de l’eau, en fonction de la couleur, et la ligne sans dents, le feu ou l’eau, à nouveau en fonction de la couleur. Boucles et spirales apportent la protection divine, tout comme les bandes encerclantes. Points et petits cercles sont des étoiles, qui prodiguent chance et succès.

Les pysanky sont de puissantes amulettes qui aident à maintenir l’équilibre entre la moitié sombre de la Roue de l’Année, avec ses éléments de mort et déclin, et la moitié lumineuse de croissance et de renaissance. Mais à part leur importance dans le rituel et la magie saisonniers, ils sont également de puissantes amulettes de fertilité, de prospérité et de protection à un niveau personnel. Une femme souhaitant commencer une famille pourraient faire ou se voir donner un œuf marqué de symboles de fertilité et de féminité. Son époux pourrait recevoir un œuf portant le symbole de coq. Les pysanky avec leurs puissants symboles de protection tels que les bandes encerclantes garde une maison et ceux qui y résident des attaques psychiques, et les œufs portant des symboles d’eau, tels qu’une ligne de méandres bleue, sont particulièrement considérés comme une puissante protection contre le feu. Dans le passé, si un feu commençait dans une maison, un œuf était porté tout autour du feu afin de contenir son énergie et l’empêcher de se propager. Les pysanky ornés de dessins de blé étaient enterrés dans le premier et le dernier sillons du champ d’un fermier pour assurer une récolte abondante. La plupart des pysanky sont gardés dans la maison comme amulettes protectrices et sont fièrement mis en évidence tout au long de l’année.

Le procédé de fabrication d’un pysanky est beaucoup plus simple qu’il en a l’air. De base, c’est une méthode de réserve par la cire, semblable au batik. Pour faire simple, c’est quelque chose comme ça : on utilise un outil appelé kitska (disponible dans certains magasins d’art) [NdlT : cet outil, que l’on utilise pour la fabrication des batiks se nomme tjanting, prononcez : « chanting » à l’anglaise ;-), vous le trouverez dans des magasins de peinture sur soie…), cet outil se compose comme suit : un minuscule entonnoir en cuivre est fiché au bout d’un manche en plastique ou en bois, la cire d’abeille fondue est dessinée sur la coquille de l’œuf. La cire est chauffée à la flamme d’une chandelle, qui devient noire et ainsi est nettement visible sur la coquille blanche. Partout où la coquille d’œuf porte de la cire, celle-ci est protégée et restera blanche. Lorsque toutes les parties blanches du dessin ont été marquées de cire, l’œuf est placé dans un premier bain de teinture. Les teintures de pysanky sont transparentes, ainsi les bains de teintures sont toujours réalisés des plus clairs aux plus sombres – ou jaune, orange, rouge, puis brun ou noir ou pourpre. Une fois que l’œuf est teinté d’un bon jaune, il est retiré de son bain de teinture, et toutes les parties du dessin destinées à rester jaunes, sont cirées. L’œuf est alors placé dans un bain de teinture orange. Ce procédé est répété jusqu’à ce que l’œuf soit teinté de la couleur la plus sombre souhaitée.

Lorsque l’œuf est retiré du bain de la teinture finale, la manière la plus aisée pour retirer la cire et de placer l’œuf dans un four à basse température, environ à 200 degrés avec la porte entrouverte, jusqu’à ce que toute la cire semble humide. Elle peut alors être retirée doucement à l’aide d’une serviette en papier, révélant les couleurs éblouissantes et les incroyables dessins de l’œuf une fois terminé, qui est alors enduit d’un vernis très brillant.