Sex Magic : Le Sacrement de la Déesse

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Sex Magic : Le Sacrement de la Déesse. Par Kathy Larson ©, traduction Gaia Lunerousse

Paru dans la revue Sage Woman, été 1996

Avant d’être une sorcière, j’étais un animal, et j’en étais un vigoureux. L’exploration de ma sexualité, don de la Déesse, a épanoui ma créativité, qui est elle-même un don de la fertilité. Par la loi naturelle du monde animal et végétal, vivre est créer, et procréer.

Comme beaucoup de païens, je suis une survivante du dualisme puritain. J’ai grandi en croyant que mon esprit était pur et saint, pendant que mon corps devait être craint, et même ignoré, comme un inconvénient déplaisant. La séparation du corps et de l’esprit promue par diverses religions patriarcales était persuasive. Pourtant, à la puberté, je brûlais de désir, m’exclamant à ma mère:  » Je veux faire l’amour bientôt ! » Elle avait compris mes besoins et me suggéra la masturbation. Mais je me masturbais très peu – par honte d’avoir un corps si incontrôlable, et par inexpérience. Je déversai donc tous mes désirs d’adolescente dans les livres et le travail scolaire, le monde du plaisir des mots. Mon initiation sexuelle, comme celle d’une Américaine typique, se passa à l’arrière d’une voiture après un bal de lycée. Une nouveauté, mais pas vraiment de plaisir.

Ce n’est qu’après être entrée à l’université que j’ai appris que mon corps était capable de jouir, grâce aux conseils d’une amie et a un peu de gel K-Y. En apprenant à me masturber, j’ai appris à avoir de la patience et à me toucher lentement, longuement. Mon corps frissonnait dans un vaste vide sensoriel, au-delà des mots, au-delà des symboles. Je me suis retrouvée chantant avec plaisir, m’étalant nue sur mes draps froissés. Je parlais avec exubérance de cette nouvelle découverte à mes amis, me vantant sans pudeur de pouvoir avoir six orgasmes en un après-midi.

Alors, je commençais à m’ouvrir à la sauvagerie chevelue de la nature. Des souvenirs enfouis du désir d’animaux et d’arbres germaient dans mon corps tel un enfant. Je me souvenais regardant un ami caresser tendrement un arbre vénérable dans les bois derrière ma maison, et l’expérience de la sensation du frottement du labrador retriever de ma grand-mère sur mes jambes, haletantes et bavant. Le souvenir de ces événements réchauffa mes cuisses, et je devins attirée par les gens poilus.

Pour moi, les cheveux et les poils incarnent le pouvoir de notre nature sexuelle et animale – notre aspect animal. Quelques années auparavant, je me sentais prisonnière de ma chevelure de princesse de contes de fées, je l’avais donc coupée. D’abord jusqu’à mes oreilles, puis complètement. J’étais chauve comme un œuf ! C’est alors que j’appris que les prêtresses et les sorcières avaient longtemps pratiqué leur magie avec leurs cheveux libres pour accroître leur pouvoir. Barbara Walker dans « The Women’s Encyclopedia of Myths and Secrets » rapporte que dans l’Europe médiévale (et ailleurs) les sages-femmes croyaient que les cheveux des femmes en couche devaient être libres, comme une méthode de magie sympathique pour assurer un accouchement facile. Et même a l’époque contemporaine, les cheveux sont associés au sauvage et à la magie, comme cela est mis en évidence par la culture des années 60, ou hommes et femmes portaient les cheveux longs et par la comédie musicale Hair, qui a relié les longues boucles libres avec le sauvage, la liberté sexuelle et le pouvoir féminin.

J’aime croire que mes cheveux détiennent un tel pouvoir. Comme la Déesse elle-même, mes cheveux se sont régénérés; poussant d’abord par à coups, mais retombant maintenant tel le lierre. Mes cheveux sont une manifestation dynamique de moi-même, comme un chat, un animal, une sorcière.

Alors que mon corps commençait à prendre feu, je commençai à dessiner spontanément pour la première fois. Mes doigts frénétiques agrippant craie, crayon, stylo, créaient des femmes nues aux longs cheveux flottants, dans des poses épanouies : femmes émergeant d’un bloc de pierre, femmes jaillissant d’une fleur, femmes dansant dans les vagues irradiées par leur vagin. Entourée par les images de ces femmes orgasmiques, organiques, j’en devins une. Mes orgasmes m’inspiraient à créer; mes créations m’inspiraient à l’orgasme.

Ma créativité trouva une autre facette, et je commençai à exprimer ma voix de guerrière féministe. Travaillant dans un centre local pour les victimes de viol, j’appris que combattre la « culture du viol » n’était pas suffisant – nous avions besoin de créer une culture énergisante de nous même. J’appris qu’une femme aimant le sexe et connaissant son propre corps est plus puissante et difficile à dominer qu’une ne connaissant que des mythes de femmes sans pouvoir enlevées par des hommes abusifs.

Nous pouvons créer de nouvelles histoires où le sexe est sacré, et les femmes des initiatrices. Depuis des millénaires, les femmes dans diverses cultures avaient le rôle de prostituées sacrées, gardant ouverte la porte des mystères de la Déesse par l’énergie sexuelle. En Inde, et au Népal, le yoga tantrique aide toujours les femmes et les hommes à canaliser l’énergie sexuelle par leurs centres énergétiques, appelés chakras. Au Moyen-Orient et en Crète, dans les temps anciens, les femmes entraînées aux mystères sexuels faisaient l’amour en tant que prêtresses de la Déesse elle-même, pas de manière abusive ou oppressive, comme c’est souvent le cas dans ce que l’on appelle  » l’industrie du sexe  » aujourd’hui, mais comme des femmes puissantes ayant une relation sexuelle dans un espace sacré.

Les mythes de la création autour du monde ont souvent des thèmes sexuels. Dans la mythologie hindoue, par exemple, Shakti et Shiva créent le monde en faisant l’amour, le mouvement de leurs corps donnant existence aux plantes et aux animaux.

Les femmes d’aujourd’hui peuvent récupérer leur espace sexuel sacré en renouant avec les contes érotiques du début et de la fin du monde.

‘Avant que le monde que nous appelons maintenant univers existât, il y avait le corps de la terre. Voluptueuse et sensuelle, elle était magnifique. Elle adorait se caresser, frottant et léchant son clitoris, caressant son vagin. Au moment ou son corps se tordait d’extase, elle gémit, un long son onduleux du plus profond d’elle-même. C’était le tout premier mot. Avec ce mot, le corps de la terre donna la vie. De sa bouche et de son utérus se déversaient plantes et animaux, croissant, s’épanouissant et mourant. La nouvelle vie naissait continuellement, alors que le corps de la terre était toujours vigoureux. Les arbres, les fleurs et les bêtes de toutes sortes, pleins de semence fertile, l’inspirèrent et éveillèrent son désir. Et la vie fut.’

La Déesse nous offre le désir sexuel comme une porte vers la création. Avec lui, les créations comme les enfants, la nourriture, l’art et la beauté nourrissent notre corps et notre âme. L’amour de la création elle-même est aussi érotique. La psychologue Jean Shinoda Bolen décrit l’histoire d’amour entre l’artiste et son œuvre comme « la conscience d’Aphrodite », une chaleur érotique qui infuse tant dans le créateur que dans le créé. Dans « The Art of Sexual Magic », Margot Anand insiste sur le fait que toute vie est reliée par un champ d’énergie érotique. Si nous comprenons que les plantes, les animaux, les pierres, tous les êtres, ne sont pas seulement sacrés, mais sexuels, l’engagement entre nous-mêmes, les humains et le reste de la toile cosmique se renforce.

L’énergie sexuelle peut être canalisée consciemment dans des buts magiques; s’il vous plaît, utilisez seulement ce qui vous semble naturel et sûr. C’est mieux d’essayer la magie sexuelle de manière solitaire ou alors avec un partenaire en qui en a confiance.

  • Le rituel sexuel

Soyez sûre d’être dans un espace où vous pouvez bouger, avec un endroit confortable pour vous allonger, et d’avoir toute l’intimité dont vous avez besoin. La musique qui invoque la sensualité et les vêtements qui vous rendent attirante sont des aides utiles.Vous pouvez commencer par former un cercle et/ou invoquer les quatre éléments.

Commencez par invoquer la Déesse du sexe de votre choix. J’appelle Freya, la Déesse nordique du sexe et des chats. Je l’invoque avec les mots suivants.

Je t’appelle, Freya
Déesse du délice sensuel et de l’abondance
montre-moi la beauté de mon corps
aide-moi à écouter ta beauté
sentir ta beauté
goûter ta beauté
ressentir ta beauté
de mes orteils a ma tête
Montre-moi les merveilles de ton monde
aide-moi a grandir dans la beauté
et manifester mon désir
de la terre jusqu’au ciel

Dansez un peu sur la musique; imaginez que vous êtes un arbre, vos membres remués par le vent, sentant la terre sur vos orteils. Faites courir vos doigts dans vos cheveux, sur votre torse, vos fesses et vos jambes, jusqu’à vos organes sexuels les plus intimes. Jouez comme un bouleau dans le vent.

Ou, essayez une bénédiction de vous-même ou de votre partenaire concentrée sur votre chevelure et vos poils. Touchez votre tête, vos aisselles, votre pubis, vos jambes, partout ou poussent vos poils, et chantez :

Douce comme l’eau, libre comme l’air
Luisante comme les feuilles, ma toison sacrée.
La toison sacrée qui me recouvre
est pleine de magie, attachée ou libre

Ou vous pouvez essayer de ramper à quatre pattes, comme un ours, une chèvre, ou un autre animal qui représente quelque chose pour vous.

Imaginez-vous comme la bête que vous êtes; renifler votre partenaire ou vous-même; faites le son que vous vous imagineriez faire pendant le rut. Laissez-vous aller !

Si votre rituel comprend aussi la masturbation ou des rapports, essayez d’utiliser votre orgasme comme un outil magique. Durant l’orgasme, imaginez-vous être la personne que vous voulez être, réussir le style de vie que vous souhaitez, ou transformer votre environnement. L’énergie que vous relâchez au travers de vos sensations corporelles est maintenant libre d’aller dans le corps de la terre et d’accomplir les changements désirés.

Quand vous vous sentez satisfaite, avec ou sans orgasme, restez allongée sur le sol. Respirez profondément et sentez votre sang courir dans vos membres. Relevez-vous lentement et remerciez la Déesse. J’aime dire :

Mon plaisir est pouvoir,
Mon corps une coupe,
Oh, Grande Déesse,
Tu m’emplis !

Vous pouvez remercier les éléments et fermer le cercle.

Invoquer une déesse du sexe charge votre travail magique. Tardivement, j’ai invoqué Freya lors de mes séances de masturbation avec des résultats intéressants. Les familiers de Freya sont les chats, et j’ai découvert que je suis comme un chat dans ma sexualité aussi ! Par exemple, j’aime être caressée, mais je suis frivole et ai souvent besoin de ma solitude. Quand la lune est pleine et que la marée monte, je me précipite ! Freya est aussi imitée à une fête d’Asgard faisant l’amour avec des boucs et des cochons – une femme après mes propres fantaisies !

La Déesse a consacré mon initiation dans la magie sexuelle ; par ma peau, mes muscles, et mes cheveux. Elle m’a aidée à laisser partir mes inhibitions, ma peur de ce que les autres pourraient penser, mes soucis et ma douleur. Si vous vous laissez aller dans votre côté animal, vous ne savez jamais ce qui pourrait arriver. Vous pourriez tomber amoureuse de la texture et de l’odeur de vos cheveux; vous pourriez commencer à manger joyeusement et gloutonnement, ou aboyer d’une voix rauque sous la pluie. Ou vous pourriez ressentir un désir soudain pour cet érable dans votre jardin. Ou vous pourriez simplement jouir du sexe comme la Grande mère l’a voulu : comme une célébration de la création. Dans tous les commencements, Elle est présente. Puissent les orgasmes de la Déesse s’écouler en vous comme une pluie d’arc-en-ciel.

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Kathy Larson est une sorcière verte qui se souvient du pouvoir guérisseur de la connexion avec les esprits de la nature. Elle tisse des toiles de chants et d’histoires pour se soigner, elle et les autres, dans sa maison sur la côte pacifique nord-ouest (ndlt : des États-Unis).