Les croyances

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Croyances

Il y a certains secrets du culte des sorcières que je ne peux révéler, car j’ai donné ma parole ; mais beaucoup de gens m’écrivent pour me dire :

Vous dites dans votre livre, Witchcraft Today, que tous les Mystères antiques sont fondamentalement les mêmes ; et puisque nous tous savons ce que sont ces Mystères antiques, nous savons également et exactement ce que sont les secrets des sorcières. Alors pourquoi n’écrivez-vous pas un autre livre pour tout raconter ?

Or donc, alors que les auteurs antiques, qui étaient initiés à un certain nombre de Mystères, s’accordaient à dire qu’ils étaient tous fondamentalement semblables, de nombreux auteurs modernes  se rejoignent sur la nature de leurs secrets. Je doute fort qu’aucun d’entre eux ne comprenne la raison qui les sous-tend, « ce qui les rend opérationnels » en réalité ; et ce qui fait que les choses fonctionnent correspond au secret des sorcières. Je pense qu’il s’agit aussi probablement du secret pratique des Mystères antiques.1

En découvrant ce en quoi consistaient leurs croyances, mon plus grand problème fut qu’elles avaient pratiquement tout oublié au sujet de leur dieu ; tout ce que j’ai pu trouver provient des rites et des prières qui lui sont adressés.

Les sorcières ne connaissent pas l’origine de leur culte. À cet égard, il convient de noter qu’il existe certains rites au cours desquels un homme doit être le leader. Mais si un homme du rang requis n’est pas disponible, une prêtresse en chef se ceindra d’une épée et sera considérée comme un homme en cette occasion. Or, bien que la femme puisse parfois prendre la place d’un homme, un homme ne pourra jamais prendre celle d’une femme.2

La foi du culte est résumée dans un livre de sorcières en ma possession qui affirme qu’elles croient en des dieux qui ne sont pas tout-puissants. Elles ont souhaité le bien de l’humanité, elles ont désiré la fertilité pour l’humanité, les bêtes et les cultures. Mais pour atteindre ces buts, elles avaient besoin de l’aide de l’homme. Les danses et les autres rites ont apporté cette aide. Ces rites sont fondés sur la magie sympathique, l’idée selon laquelle ce qui se ressemble s’attire, ainsi que « ce qui fait plaisir à l’homme, fait plaisir aux dieux. » Peut-être pensaient-elles que les dieux pouvaient ressentir le plaisir de l’homme. Elles pensaient également que les dieux aimaient l’homme et étaient satisfaits lorsqu’il était heureux. Par opposition à l’idée selon laquelle Dieu est un dieu en colère qui déteste l’homme quand il est heureux. Dans ce livre, on trouve les vers suivants, mais aucune indication sur qui les a écrits :

La sorcière se remémore sa précédente incarnation

Je me souviens, O feu,
Comment tes flammes ont jadis embrasé ma chair
Parmi les sorcières qui se tordaient prisonnières de tes flammes,
alors torturées pour avoir contemplé les mystères.
Mais pour ceux qui ont vu ce que nous avons vu
Oui, le feu n’était rien.
Ah bien ! Je me souviens des bâtiments en feu.
De la lumière que nos corps avaient créée.
Et nous avons souri, à voir les flammes s’enrouler autour de nous.
Les fidèles, parmi les infidèles et les aveugles.
Au chant des prières,
Dans la frénésie des flammes
Nous avons chanté des hosannas3 pour Vous, nos Dieux,
Au milieu du feu pourvoyeur de force,
Sur le bûcher, nous Vous offrons notre amour.

Je pense que ceci montre ce en quoi elles croyaient.4

Maintenant, quel est ce pouvoir ? Si vous leur posez la question, elles vous répondront qu’il s’agit de magie. Si vous leur demandez ce qu’elles veulent dire par magie, elles vous diront qu’elles n’en savent rien, mais qu’il s’agit de quelque chose qui fonctionne.5

La sorcellerie est devenue l’une des religions secrètes au sein desquelles les gens peuvent exprimer leurs plus grands désirs et aspirations sans être moqués. Ces vénérations archétypales, qui surgissent des profondeurs de l’inconscient, exaltent étrangement l’âme. Je pense que ces choses constituent la véritable forme de la religion, car elles sont naturelles ; bien qu’un matraquage constant et un conditionnement de l’esprit puissent émousser les perceptions et amener les gens à maintenir prisonnières leurs intuitions, dans les recoins les plus profonds de leur âme.

Avec cette Ancienne Religion vient le savoir d’un type de magie, difficile à apprendre de tout temps et plus encore de nos jours, alors que tout s’y oppose, mais qui subsiste malgré tout sous forme de secret bien gardé. La magie n’est en elle-même ni noire ni blanche. Ni bonne ni mauvaise. Ce qui importe est la manière dont elle est employée, l’intention ou l’idée sous-jacente. On a rangé la magie dans la catégorie tour de passe-passe jalousement gardé par le magicien primitif. Peut-être est-ce le cas. Peut-être s’agit-il d’une astuce qui consiste à faire quelque chose pour que quelque chose d’autre se produise. Les aviateurs qui larguent une bombe n’ont pas conçu la bombe elle-même. Ils font usage d’une certaine force qu’ils ne comprennent pas totalement. Et c’est cela la magie. S’ils utilisent mal cette force et font exploser la bombe dans leur avion, ils s’autodétruiront probablement. Cela se produit également en magie, vous devez savoir comment vous préserver de ses répercussions.6

La vérité est plus profondément dissimulée que cela. Les gens, en particulier à la campagne, répugnent à en parler, mais je crois que personne ne peut étudier le folklore de ce pays très longtemps sans être convaincu de l’étonnante vitalité et ténacité des anciennes croyances. Les hommes et femmes de la campagne ont préservé cette croyance à travers les siècles parce qu’ils pensent qu’elle leur est profitable ou parce qu’ils en tirent une certaine satisfaction. Bien sûr, l’intérêt qu’ils retirent de cette croyance ne nous semble peut-être pas toujours très moral. Néanmoins, seul un fou entretiendrait délibérément le mal pour lui-même.

La grande question que me posent les gens est la suivante : « Comment savez-vous que le culte est ancien ? » Cela serait plus facile de répondre s’il m’était permis de publier les rites dans leur intégralité. Mais je connais bien la plupart des formes de rituels, notamment la magie kabbalistique. Elles ont toutes certains éléments en commun : on fait appel à un esprit ou une intelligence à qui l’on ordonne d’accomplir notre volonté. Tous les membres se tiennent dans un cercle de protection et ils sont avertis que s’ils quittent ce cercle avant que l’esprit soit révoqué, ils risquent d’être blastés. Il y a parfois des variantes, le travail est effectué dans un cimetière où l’on tente de relever un cadavre dans le but d’en obtenir des informations. Il existe une autre école qui croit que toutes cérémonies magiques devraient consister en un acte accompagné d’un sortilège composé de rimes. Autrement dit, vous devez montrer aux Puissances quoi faire et ensuite les lier par une rime.

Or, si au cours des deux cents dernières années, des gens avaient tenté de composer un rite, ils auraient employé l’une de ces méthodes ou quelque chose y ressemblant. La méthode des sorcières anglaises est entièrement différente. Elles croient que la puissance réside en elles-mêmes et qu’elle émane de leurs corps. La puissance se dissiperait s’il n’y avait pas eu, comme on l’a vu précédemment, le cercle projeté pour l’y préserver, et non pour empêcher les esprits d’y pénétrer, comme c’est habituellement l’usage chez les magiciens. Une sorcière peut et doit entrer et sortir librement du cercle lorsqu’elle le souhaite.7

Les croyances magiques, dont la sorcellerie est une forme, reposent sur l’existence de Puissances invisibles et sur l’accomplissement du bon type de rituel, afin que ces Puissances puissent être contactées, soit pour les contraindre à apporter leur aide d’une façon ou d’une autre, soit pour les en persuader. C’est ce que les gens croyaient à l’âge de pierre et c’est ce qu’ils croient aujourd’hui encore, consciemment ou non. Il est bien connu désormais que la plupart des superstitions sont en réalité des rituels détraqués. Les Pouvoirs invisibles qui ont le plus intéressé l’homme depuis le début de son Histoire sont ceux de la fertilité et qui permettent de contacter le monde des esprits ; de la Vie et de la Mort. Ce sont ces puissances élémentaires qui sont devenues les divinités des sorcières, et leur culte est aussi ancien que la civilisation elle-même.

Le sens de la sorcellerie se trouve, non pas dans les théories religieuses  étranges à propos de Dieu et Satan, mais au plus profond de l’esprit humain, dans l’inconscient collectif, et dans l’apparition des sociétés humaines. C’est la profondeur des racines qui a préservé l’arbre.8

Les sorcières croient qu’une grande partie de leur savoir provient de l’est et elles pensent que des pratiques sorcières sont décrites dans la Kabbale, notamment dans les versets 964-969 de la Grande et Sainte Assemblée du livre du Zohar9, ainsi qu’ailleurs. Ce genre de similitudes se sont produites dans la plupart des cultes religieux à la même époque, mais je pense que c’est probablement un kabbaliste qui leur a révélé ces passages.10

Les Templiers ont pu essayer des pratiques basées sur les méthodes des sorcières, bien que pour celles-ci, il s’agirait d’une pure hérésie. Les sorcières enseignent que pour faire de la magie, il faut d’abord un couple, car une intelligence masculine et une intelligence féminine sont nécessaires. Ils doivent être en phase l’un avec l’autre et ils découvriront que dans la pratique, ils s’aiment. Parfois, il n’est pas souhaitable qu’ils tombent amoureux. Les sorcières ont des méthodes pour tenter d’empêcher cela, mais elles ne réussissent pas toujours. Pour cette raison, disent-elles, la déesse interdit strictement à un homme d’être initié par un autre homme ou de pratiquer avec lui, ou à une femme d’être initiée par une femme ou d’œuvrer avec elle, les seules exceptions concernent la possibilité pour un père d’initier son fils et une mère sa fille, comme je l’ai déjà indiqué ; et la malédiction de la déesse pourra s’abattre sur quiconque enfreint cette loi.

Elles pensent que les Templiers ont violé la loi et ont employé la magie entre hommes, sans connaître le moyen d’empêcher l’amour ; ils ont donc péché  et la malédiction de la déesse s’est abattue sur eux.

À ma connaissance, l’emploi de ces méthodes sorcières tend grandement à faire naître une tendresse, qui pourrait conduire à une « liaison » si elle n’était pas réprimée dès le début. Mais cela signifie faire deux choses à la fois, essayer de susciter de la sympathie et en même temps stopper toute affection naturelle, et il est beaucoup plus facile de faire une chose à la fois. En temps de guerre, les Templiers ont peut-être mobilisé toute leur énergie sur une seule chose, sans connaître ou s’inquiéter des conséquences.11

J’ai interrogé les sorcières sur l’origine des histoires de leur transformation  animale. Pour elles, ce n’est qu’une blague. Mais elles ont des souvenirs d’histoires confuses dans lesquelles elles jouent à des sortes de jeux, à l’instar des enfants.

Si, par exemple, elles traversaient la campagne, elles pouvaient dire : « allons-y comme des lièvres » et essayer d’imiter la course du lièvre ; ou comme des chèvres, c’est-à-dire qui s’affrontent, ou comme des cerfs. Il a été suggéré qu’au temps des bûchers, il leur avait été dit :

Si vous voyez quiconque se comporter comme un animal, celui-ci doit en devenir un. Si vous êtes soumis à la question, dites que vous n’avez vu nul homme, seulement un lièvre ou une chèvre, etc. Car si vous mentez simplement et dites n’avoir vu personne, ils pourraient deviner que vous mentez, mais si vous dites avoir vu des chèvres, et  que vous le croyez, vos propos sembleront vrais, même sous la torture.

Bien sûr, il existe une croyance très répandue selon laquelle les hommes se transforment en animal et l’explication des sorcières ne peut pas être l’unique vérité, mais c’est la seule qu’elles connaissent.12

Il [Gardner] croit en l’intuition et en la réincarnation. Ces deux concepts sont également des croyances sorcières, même s’il les décela en lui-même des années avant de savoir qu’il existait une religion des sorcières. Ces deux facteurs ont toujours eu un impact sur sa vie et continuent de l’influencer. L’idée « d’appartenance » à l’Art, d’être « rentré à la maison » : ce sont là les bonnes et véritables bases de sa certitude à propos de la vie éternelle de l’humanité.13

Il [Gardner] a connu l’extase de l’identification avec la déité de la religion sorcière…14

L’enquête du magazine Observer a révélé que la moitié des personnes qui croient en l’après-vie, « croient explicitement en la réincarnation ». Ce qui est, en l’occurrence, un principe fondamental de la Wica, la religion que les sorcières appellent « ancienne foi ».15

1 Gardner 2 21-22

2 Gardner 1 43

3 Ndlt : Selon le dictionnaire en ligne, The Free Dictionary, « Hosanna, Litt. Cri de joie ; chant de triomphe ».

4 Gardner 1 122

5 Gardner 1 152

6 Gardner 2 24-25

7 Gardner 1 46

8 Gardner 2 23

9 Ndlt : Vous pouvez consulter ces versets, dans le livre Kabbala denudata : the kabbalah unveiled (traduit par S.L. MacGregor Mathers), dans la partie « the greater holy assembly », au chapitre XL.

10 Gardner 1 133

11 Gardner 1 75

12 Gardner 1 138

13 GGW 212

14 GGW 213

15 GGW 205