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Le Grand Rite

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Le Grand Rite
Par Janet & Stewart Farrar ©, traduction & adaptation Lune

Extrait du Chapitre II the Great Rite, in Witches’ Bible, the complete witches’ handbook ©

Texte précédant : chants & cône de pouvoir

Dire du grand rite que c’est un rite de polarité « masculin/féminin » est juste, mais froidement technique. Dire que c’est un rite sexuel est aussi juste, mais laisse entendre (aux non-informés) qu’il s’agit d’une orgie. En réalité, ce n’est ni l’un ni l’autre, ni froid ni orgiaque. Il peut être (et nous le devinons, pour la plupart des covens) purement symbolique. Dans ce cas, le coven entier reste présent pendant toute la durée du rituel.

Mais il peut être également réalisé « concrètement » -c’est-à-dire en impliquant des rapports sexuels. En ce cas, tout le coven (excepté bien entendu l’homme et la femme concernés) se retire du cercle et de la pièce avant que le rituel ne devienne intime. Les membres du coven ne reviennent que lorsqu’ils sont rappelés.

Mais qu’il soit symbolique ou concret, les sorciers ne prennent pas prétexte de sa nature sexuelle. Pour eux, le sexe est sacré –une manifestation de la polarité essentielle qui pénètre et met en marche l’univers entier, du Macrocosme au Microcosme, sans lequel il serait inerte et statique. En d’autres termes, qui n’existerait pas.

Le couple qui réalise le grand rite s’offre l’un à l’autre, à eux-mêmes, avec révérence et joie, comme simples expressions de la Déesse et du Dieu, issus de la Source Ultime. « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Au plus fort de leurs facultés, ils font d’eux-mêmes des relais de cette polarité divine, a tous les niveaux, aussi bien physiques que spirituels. Voilà pourquoi, cela se nomme le Grand Rite.

Ce qui explique que le véritable Grand Rite est effectué sans témoin. Non par honte, mais par souci de dignité, d’intimité. Ainsi, il ne sera réalisé, dans cette forme, uniquement par des couples mariés ou comme tels. Car c’est un rite magique et puissant, il est chargé par l’intensité du rapport. Pour un couple qui n’a pas de liens aussi proches et forts, cela peut provoquer des liens vers des niveaux auxquels il n’est pas préparé. Cela peut se montrer déstabilisant et dérangeant.

« Le rituel sexuel, avec rapports » disait Doreen Valiente est vraiment un très ancien concept, probablement aussi vieux que l’humanité elle-même. Évidemment, c’est l’opposé de la promiscuité. Les rapports sexuels ne peuvent avoir lieu qu’avec un partenaire choisi, au bon moment et au bon endroit. C’est l’amour et seulement l’amour qui peut donner au sexe cette étincelle de magie (in Natural Magic, p110).

Le Grand Rite symbolique quant à lui, est un rituel parfaitement sûr et bénéfique qui peut être fait par deux sorciers expérimentés, qui entretiennent des relations amicales au sein d’un même coven. C’est à la Grande Prêtresse de décider qui en est capable.

On pourrait alors définir le Grand Rite « réel » comme de la magie sexuelle, et, le Grand Rite symbolique comme de la magie des genres (féminin/masculin).

Selon l’invocation de ce rituel, le corps de la femme participante est un autel. Son utérus et ses organes reproducteurs sont un foyer sacré et vénéré comme tel. Il n’est pas utile d’insister auprès de nos lecteurs pour dire que cela n’a strictement rien à voir avec une Messe Noire… puisque les Messes Noires n’ont rien à voir avec la Vieille Religion. Elles étaient une hérésie chrétienne, utilisant des formules chrétiennes perverties, célébrées par de distingués dégénérés, des défroqués ou des prêtres corrompus. Durant lesquelles, l’hostie chrétienne était profanée par l’utilisation de l’autel vivant. De telles obscénités sont, bien entendu, totalement étrangères à l’esprit et au but du Grand Rite.

Dans beaucoup de religions païennes sincères et honorables, et qui suivent la voie de la main droite, « Il apparaît une authentique figure ancienne –la femme nue sur l’autel » Doreen Valiente révèle ainsi « Il serait plus correct de dire que la femme nue est l’autel, car c’est sont rôle originel… Cette utilisation du corps nu de la femme en tant qu’autel vivant, où l’on célèbre et vénère les forces de vie, nous ramène bien avant le début du christianisme. Elle nous renvoie aux premiers jours de l’ancien culte de la Grande Déesse Mère, en qui toutes choses n’est qu’une, et ceci sous les traits de la Femme » (ABC of witchcraft, p 44).

En fait, ce n’est pas uniquement l’archétypal autel mais toutes églises, temples, synagogues qui représentent le corps de la Déesse –psychologiquement, spirituellement et dans son évolution historique. Le symbolisme universel de l’architecture religieuse confirme cela en tous points. Quiconque doute devrait lire le manuel richement documenté, The Symbolism of Temple Architecture, de Lawrence Durdin-Robertson.

Ce que fait apparaître la simplicité de la symbolique wiccane, clairement et naturellement, les autres religions le font de manières détournées et subconsciente…

Aux Sabbats, le Grand Rite est habituellement effectué par la Grande Prêtresse et le Grand Prêtre. Les Sabbats sont des moments spéciaux de haute conscience et importance dans l’année sorcière. Ainsi il est naturel, pendant ces fêtes, que les dirigeants du coven investissent les rôles clefs au nom des autres membres. Cependant, les procédures rigides ne font pas partie de la Wicca, et ces moments peuvent être l’occasion pour la Grande Prêtresse ou le Grand Prêtre de désigner un autre couple pour le Grand Rite du Sabbat.

  • La préparation

Le Seul objet nécessaire en plus pour le Grand Rite, symbolique ou réel, est un voile aux couleurs de la Déesse : soit bleu, soit vert, soit argent ou blanc.

Le calice sera promptement rempli de vin.

La Grande Prêtresse décidera également de changer la musique pour quelque chose de plus approprié. Une musique qui possède une signification particulière pour elle et son partenaire (pour simplifier, ici et plus bas, nous avons préféré choisir la grande prêtresse et le grand prêtre pour accomplir le Rite).

  • Le Rituel symbolique

Si le chaudron est au centre, il sera déplacé au Sud du cercle, à moins que le rituel indique une autre position.

Le coven, exceptés la Grande Prêtresse et le HP, se dispose dans le périmètre du cercle, homme et femme alternés autant que possible, tournés vers le centre.

La Grande Prêtresse et le Grand Prêtre attendent au centre du cercle ; elle, dos à l’autel, lui, dos au Sud.

Le Grand Prêtre donne le quintuple baiser à la Grande Prêtresse. La Grande Prêtresse s’allonge ensuite, dos au sol, tête vers l’autel. Elle place ses hanches bien au centre du cercle, bras et jambes écartés pour former le pentagramme.

Le Grand Prêtre appelle une des sorcières par son nom et lui demande de lui apporter son athamé qui se trouve sur l’autel. Elle s’exécute et lui tend l’athamé des deux mains ; elle se tient à environ un mètre à l’Ouest des hanches de la Grande Prêtresse , face à elle.

Le Grand Prêtre déclame l’invocation :

Aide-moi à ériger l’autel ancien, sur lequel, dans les jours passés, tous adoraient le grand autel de toutes choses.
Dans les temps anciens, la Femme était l’autel.
L’autel était ainsi fait et placé,
et l’espace sacré était le point au centre du cercle,
comme on nous l’a enseigné dans l’ancien temps, ce point au centre est l’origine de toutes choses.
C’est pourquoi, nous devons l’adorer.
Et c’est pourquoi, ce que nous adorons, nous l’invoquons également.
Ô cercle d’étoiles, dont notre père n’est que le jeune frère,
merveille au-delà de l’imagination, âme de l’espace infini,
devant qui le temps est confus, l’esprit est perplexe et sa compréhension obscurcie,
tu ne peux être atteinte à moins que ton image ne soit amour.
C’est pourquoi, par la graine et la racine, et la tige et le bourgeon,
Et la feuille et la fleur et le fruit, nous t’invoquons,
Ô Reine de l’Espace, Ô Joyau de Lumière,
Infinie des Cieux ;
Qu’il en soit toujours ainsi
Que les hommes ne parlent pas de toi comme Une, mais comme Aucune ;
et qu’ils ne parlent du tout, comme tu es infinie (1),
Car tu es le point à l’intérieur du Cercle, que nous adorons,
Le fondement de la vie sans lequel nous ne serions.
Et de cette manière, les saint piliers jumeaux (2) sont véritablement érigés ;
Dans la beauté et la force, ils ont été érigés
Pour l’émerveillement et la gloire de tous les hommes.

Le Grand Prêtre retire le voile du corps de la Grande Prêtresse et le tend à la sorcière, qui lui remet ensuite son athamé.

La Grande Prêtresse se lève, s’agenouille devant le Grand Prêtre et lui prend le calice que le Sorcier lui tend des deux mains.

(Notez que ces deux « passations » sont faites sans le coutumier baiser rituel)

Le Grand Prêtre poursuit l’invocation :

« Autel des nombreux mystères (3),
Point secret du Cercle Sacré –
Ainsi, je Te signe comme les anciens,
Avec les baisers de mes lèvres ointes. »

Le Grand Prêtre embrasse la Grande Prêtresse sur les lèvres et poursuit :

« Ouvre pour moi la voie secrète ,
Le sentier de l’intelligence,
Au delà des portes de la nuit et du jour,
Au delà des limites du temps et des sens,
Contemple convenablement ce mystère –
Les cinq véritables points du compagnonnage… »

La Grande Prêtresse porte le calice et le Grand Prêtre abaisse la pointe de son athamé dans le vin (à deux mains à chaque fois).

Le Grand Prêtre donne le calice à la sorcière avec un baiser, elle goûte le vin et passe le calice à un autre sorcier avec un baiser. Il boit une gorgée. Ainsi de suite, le calice est passé d’un homme à une femme, d’une femme à un homme, toujours avec un baiser et à tout le coven.

La Grande Prêtresse et le Grand Prêtre consacrent enfin les gâteaux qui sont distribués au coven de la même façon.

  • Le Rituel réel

Le Grand Rite réel suit la même procédure que le Grand Rite symbolique, à quelques exceptions : la sorcière et le sorcier ne sont pas convoqués et l’athamé et le calice restent sur l’autel.

Lorsque le Grand Prêtre entonne « A l’émerveillement et la gloire de tous les hommes », il s’arrête tout de suite après. La Vierge va alors chercher son athamé sur l’autel et ouvre rituellement une « porte » dans le Cercle. Le coven passe à travers celle-ci et quitte la pièce. La Vierge fait un pas en dehors du cercle et referme rituellement « l’ouverture » du cercle derrière elle. Elle dépose l’athamé sur le sol, en dehors du cercle, et quitte à son tour la pièce. Referme la porte derrière elle.

La Grande Prêtresse et le Grand Prêtre sont ainsi laissés seuls dans la pièce et le cercle.

La Grande Prêtresse poursuit l’invocation jusqu’à la fin mais les détails réels de la réalisation du Rite sont à présent une affaire privée qui ne concerne que la Grande Prêtresse et le Grand Prêtre. Aucun membre du coven ne les questionnera sur ce qui s’est passé, ni directement, ni indirectement.

Lorsqu’ils sont prêts à ré-admettre le coven, le Grand Prêtre prend son athamé qui est sur l’autel et ouvre rituellement une porte puis va chercher le reste du coven. Il revient et repose son athamé sur l’autel. La Vierge récupère son athamé et referme rituellement la « porte », l’ « ouverture » une fois que le coven à réintégrer le cercle. Elle repose, ensuite, son athamé sur l’autel.

Vin et gâteaux sont maintenant consacrés de la façon habituelle.

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(1) De « Ô Cercle d’étoiles » jusqu’à « puisque tu es infinie», cette invocation du Livre des Ombres est empruntée à la « Messe Gnostique » in Aleister Crowley’s Magick.

(2) Les « Saints piliers jumeaux » sont Boaz et Jachin, qui encadrent l’entrée du Saint des Saints dans le temple de Salomon. Boaz (de couleur noire) représente la sévérité (« dureté ») et Jachin (de couleur blanche) la douceur (« beauté »). Cf. The Tree of Life and the High Priestess Tarot card. In the Great Rite, où il sont clairement symbolisés par les jambes de la Femme-autel.

(3) D’ « Autel des nombreux mystères » à la fin de l’invocation, le texte est de la plume de Doreen Valiente, qui a également composé une version complète rimée.