Le cercle en tant qu’espace sacré personnel

Le cercle en tant qu’espace sacré personnel. Extrait de «Witchcrafting». Par Phyllis Curott, traduction & adaptation Véro.

Un cercle est aussi votre temple, celui où vous ferez de la magie. Il peut être créé n’importe où : votre maison, votre jardin, votre endroit de prédilection dans la nature, même l’endroit où vous travaillez. Vous pouvez même tracer un cercle autour de vous pour une protection ou une énergie immédiate à n’importe quel endroit ou moment où vous en ressentez le besoin, simplement en visualisant et extériorisant un anneau de lumière. Travailler dans un cercle nous apprend que le temple existe dans chacun de nous, et qu’il est partout autour de nous.

C’est merveilleux d’avoir un espace dans votre maison qui serait dédié à être votre temple, l’endroit où vous tracerez vos cercles. Mais la plupart d’entre nous n’ont pas ce luxe, ainsi donc travaillons-nous dans nos salons, nos chambres à coucher, ou nos cours si elles sont privées. Quand on travaille dans un endroit qui a une autre utilisation, c’est toujours une bonne idée de commencer par purifier l’espace pour le débarrasser des énergies qui ne sont pas appropriées au travail sacré (nous en parlerons brièvement). C’est incroyable comme le simple fait de débrancher le téléphone, dresser l’autel, allumer des bougies aux quatre directions, et brûler un encens transformera une pièce vouée aux activités télévisuelles ou au sommeil en un temple mystique. (Mais je ne peux que répéter l’importance de correctement refermer ou « bannir » comme il est dit traditionnellement, votre cercle après votre travail magique ! J’ai d’innombrables histoires d’équipement électronique grillé chez mes étudiants, après quelques semaines d’intense travail magique. Les énergies que nous manipulons sont effectives et, si elles peuvent changer le monde, elles peuvent certainement faire griller nos appareils électriques !)

À quelque endroit que vous traciez votre cercle, il vous faudra faire deux tests avant d’entrer dans ce temple sacré où on fait de la magie et où une sorcière travaille :

  • tout d’abord il vous faut relever le défi posé au temple de Delphes : « connais-toi toi-même ».
  • Ensuite, avant d’entrer dans un sanctuaire sacré, vous devez vous purifier. La purification vous prépare à rencontrer le divin, débarrassé des soucis du quotidien, des pensées chaotiques, des anxiétés, des problèmes d’ego et du doute de soi-même.

Le cercle en tant que chaudron

Le cercle en tant que chaudron. Extrait de « Witchcrafting ». Par Phyllis Curott, traduction & adaptation Véro.

Alors, pourquoi traçons-nous un cercle ? L’explication la plus répandue est que vous nécessitez un contenant pour retenir l’énergie qui est émise, tout comme il faut un pot dans lequel on puisse faire bouillir de l’eau. Le cercle est un conteneur fait d’énergies élémentaire, psychique et sacrée, qui retient l’énergie magique. Ce n’est pas là un principe abstrait, mais bien un fait physique qui devient évident quand vous tracez un cercle. Vous ne verrez pas le cercle que vous tracerez, mais vous sentirez ses effets, tout comme le sentiront les autres.

Je n’oublierai jamais la puissance de cette leçon : c’était la toute première fois que je dirigeais un cercle pour d’autres, l’été qui suivait mon initiation. Une camarade de coven et moi-même avions décidé de diriger une célébration du solstice d’été pour un groupe d’amis à Mystery Hills dans le New Hampshire, où se trouve un très ancien cercle de pierres, sans doute érigé par les premiers Scandinaves ou les Celtes, bien avant l’arrivée de Christophe Colomb.

C’était une nuit magnifique, mais très froide, et j’étais émerveillée par les innombrables étoiles dans le ciel. Nous avons dressé l’autel et chacun s’assit autour, en forme de cercle. Nous avons expliqué le sens du sabbat et ce que nous allions faire. Nous avons aussi expliqué que le cercle agirait comme un conteneur pour retenir l’énergie qui serait émise par notre travail, et qu’il était très important de ne pas briser le cercle et se levant et sortant. Nous montrâmes à tous la simple technique pour quitter le cercle qui consiste à se placer dos au centre du cercle, et à «découper une porte » en forme d’arc, de la gauche vers la droite (suivant le modèle d’une vague d’énergie qui se meut –dans le sens des aiguilles d’une montre, le sens de la croissance- autour du cercle). Ensuite vous traversez ce proche, et le refermez derrière vous, d’un mouvement de la main de la gauche vers la droite. Quand il s’agit de retourner dans le cercle, vous coupez un autre arc, cette fois de la droite vers la gauche (toujours dans le sens dans lequel circulerait l’énergie), vous entrez et refermez le porche derrière vous.

Nous traçâmes le cercle et célébrâmes le solstice dans un merveilleux rituel. Nous œuvrions depuis un certain temps et tout le monde y prenait du plaisir lorsque soudain nous réalisâmes que nous étions tout simplement gelées.

‘Que se passe-t-il ?’ me demanda l’une de mes amies, ‘il n’y a pas de vent pourtant !’

C’est alors que je remarquais que quelqu’un avait quitté le cercle. Je compris tout de suite qu’il n’avait pas suivi mes conseils, mais avait brisé l’intégrité du cercle qui contenait toute l’énergie que nous avions créée, et qui nous tenait au chaud. Nous nous sommes enroulées dans nos sweat-shirts et avons attendu qu’il revienne. Comme prévu, lorsqu’il revint quelques minutes plus tard, il alla droit à sa place, sans créer de porte. Je lui demandais s’il avait créé une porte, et il avoua que non. Nous étions tous étonnés et impressionnés par ce changement tangible dans l’énergie et dans la température !

Au fil des années j’ai toujours remarqué que j’avais de plus en plus chaud dans le cercle au fur et à mesure de l’avancée des travaux, et j’ai aussi remarqué que la température baissait après que les travaux magiques fussent finis, et que l’énergie fut libérée de son conteneur.

Certaines traditions wiccanes ont hérité de la vision d’anciennes traditions cérémonielles, qui veulent que le cercle ne soit pas seulement ce conteneur, mais aussi une barrière protectrice contre les énergies négatives du dehors. Dans ma tradition nous ne ressentons pas ce besoin de protection contre une invasion négative, mais il est vrai qu’il y a toutes sortes de nuisances –depuis les voisinages bruyants jusqu’au son de la télévision des voisins- qui appartiennent à l’extérieur, et le fait de tracer le cercle a le pouvoir de les garder à leur place. Les bruits du monde extérieur diminuent, et il se crée un sentiment de sécurité et d’espace privé. Les chats, certains chiens et les bébés peuvent entrer et sortir sans briser le cercle, et mon chien, Webster, qui est souvent avec nous dans le cercle, prend place de lui-même entre le cercle et la porte comme le ferait notre gardien.

Le choix devant nous

Le choix devant nous. Par Starhawk, traduction et adaptation Gaialina.

Cette nuit, quelque part en Irak, une petite fille dort étendue, qui dans quelques semaines pourrait être un amas de chair écorchée ensevelie sous le béton.

Sur un terrain de basket, quelque part aux États-Unis, un jeune homme atterrit après être monté au panier, qui d’ici quelques semaines pourrait n’avoir plus ni jambes ni yeux, ou avoir déjà des tumeurs naissantes dans son cerveau à cause de l’uranium appauvri dans nos propres armes.

Un jeune garçon qui est sain et vibrant aujourd’hui sera détruit par le cancer. Une mère entendra ses enfants pleurer de faim, et n’aura rien à leur donner si ce n’est de l’eau polluée pour calmer leur soif. De la terre aujourd’hui riche et fertile sera, d’ici peu, contaminée par une radioactivité qui durera plus longtemps que toutes les années entre les anciennes Sumer et Babylone et aujourd’hui.

Et de jeunes hommes et de jeunes femmes, qui, dans l’innocence de leur cœur, se sont portés volontaires pour servir leur pays seront amenés à perpétrer des crimes qui hanteront leurs nuits et flétriront le reste de leurs vies. Quand ils se plaindront d’étranges maux, l’administration des vétérans n’admettra pas qu’il puisse y avoir un quelconque rapport. Et dans les années qui suivront, comme cela s’est passé depuis la première guerre du Golfe, ils s’enlèveront la vie, source régulière de suicides. Ils ne seront pas les fils et les filles des hommes et des femmes qui sont assis au Congrès et à la Maison-Blanche. Un certain nombre d’entre eux viendront des communautés de notre pays qui elles-mêmes souffrent de pauvreté, de dépossession, de discrimination.

Et tout cela sera fait sur l’ordre d’hommes qui n’ont jamais eux-mêmes été au combat ou mené une guerre, qui volent nos écoles et nos hôpitaux pour payer leurs propres armes de destruction massive, qui promeuvent un agenda pour bâtir leur propre empire qui n’apportera pas la sécurité qu’ils promettent.

Car la terrible injustice d’avoir attaqué un pays qui ne nous avait pas attaqués provoquera tant de peur et de haine envers nous qu’aucun de nos missiles, de nos bombes, de nos policiers et de nos espions ne pourra nous assurer la sécurité.

Les médias et les politiciens nous disent que la guerre est inévitable, que nous ne pouvons l’arrêter, que nos protestations et nos suppliques ne font aucune différence. Ils murmurent une constante incantation à notre impuissance, nous berçant dans un sommeil cauchemardesque.

Mais nous pouvons encore nous réveiller. Nous pouvons choisir de sortir du cauchemar, et rêver un rêve différent. Tout ce que cela nous demande, c’est que chacun d’entre nous pour qui la vie des enfants est précieuse refuse d’être silencieux, dise non à la guerre, et dise oui à la paix. Et nous devons nous demander comment nous avons abandonné notre pays, notre destin, aux mains d’hommes insensibles, qui n’ont aucun remords à sacrifier des vies. Quel sort a été jeté qui embrume nos yeux et lie nos mains ? Quels mensonges avons-nous cru ? Quel pouvoir avons-nous laissé s’échapper?

Remplaçons le cauchemar avec ce rêve : qu’au moment où un des pouvoirs du monde a amassé une force militaire indéniable, pour mettre une mise pour son projet d’empire global, son propre peuple se lève et dit : « Non. Ce n’est pas ce que nous voulons être. Nous ne voulons pas régner sur le monde à travers des corps d’enfants mutilés. Nous ne voulons pas de sang sur nos mains. Nous voulons que les enfants malades aient les meilleurs soins possible, en Irak et dans notre propre pays. Nous voulons des écoles et du travail, des parcs et des hôpitaux, et à manger pour les affamés. Nous voulons joindre nos mains aux peuples du monde, et raffermir les institutions qui apprennent lentement et péniblement à résoudre les conflits sans verser de sang, et qui nous apprennent à respecter nos différences. Nous savons que la paix doit être bâtie sur la justice, et nous voulons la paix. »

Rêvons que nous nous réveillons, que nous nous levons, que nous élevons nos voix, pas juste quelques milliers de personnes, mais quelques millions, nous joignant à d’autres millions à travers le monde. Rêvons que les soldats refusent d’exécuter les ordres, que les dockers refusent de charger les bateaux, que les secrétaires éteignent leurs ordinateurs, que les travailleurs ferment les usines, et que même les politiciens trouvent le courage de se dresser pour ce qui est juste.

Et rendez le rêve vrai. Si vous avez déjà parlé par le passé, maintenant est venu le temps de parler à nouveau, de faire un autre téléphone, d’écrire une autre lettre, de monter une autre garde. Si vous avez manifesté auparavant, manifestez encore et cette fois, amenez encore plus d’amis et de voisins. Si vous n’avez pas manifesté, si vous avez été noyé dans les demandes de votre propre vie, si vous avez l’impression que votre petite voix ne fait aucune différence, maintenant, il est temps de parler de toute façon, d’interrompre vos activités ordinaires, pour devenir la petite goutte en plus qui pourrait bien faire changer la marée.

Si vous le pouvez, rejoignez une grande manifestation le week-end du 15-16 février, parce qu’il sera particulièrement important d’être nombreux.

Si vous ne pouvez pas, ralliez une manifestation, une marche, une veille dans le pays. Trouvez-en une ou lancez vous-même un appel.

Soyez public. Soyez visibles. Soyez la conscience bruyante et inconfortable qui a disparu des halls du pouvoir.

Et croyez que la vérité est plus forte que les mensonges, que l’amour triomphe de la peur, et qu’aucune cabale au pouvoir ne peut contenir les multitudes lorsque nous nous réveillons et choisissons la vie.

  • Starhawk

Starhawk est l’auteure de“Webs of Power: Notes from the Global Uprising” et de huit autres livres sur l’activisme et la spiritualité païenne et féministe. Son site internet est : www.starhawk.org.

S’il vous plaît, sentez-vous libre de reproduire et de distribuer ceci le plus largement possible.

Jour de la Dame : l’équinoxe vernal

Extrait de The Witches’ Sabbats. Par Mike Nichols. Traduction & adaptation Lune.

Vient maintenant l’équinoxe vernal, la saison printanière parvient à son apogée, à mi-chemin entre la Chandeleur et Beltane. Une fois encore, le jour et la nuit sont en parfait équilibre, les pouvoirs de la lumière gagnent du terrain. Le Dieu de la Lumière remporte à présent la victoire sur son jumeau, le Dieu des Ténèbres. Dans la reconstruction des mythes des Mabinogion que j’ai proposée, il s’agit du jour durant lequel Llew ranimé prend sa revanche sur Goronwy, en le transperçant de sa lance de lumière solaire. Car Llew a été ranimé/est né à nouveau au solstice d’hiver et il est à présent assez bien/assez vieux pour vaincre son rival/jumeau, le compagnon de sa bien-aimée/mère. Et la grande déesse mère, qui a recouvré son aspect de jeune fille à la Chandeleur, accueille l’étreinte du jeune dieu soleil et conçoit un enfant. L’enfant naîtra neuf mois plus tard, au solstice d’hiver. Et ainsi le cycle s’achève enfin.

Nous pensons que les coutumes liées à la célébration de l’équinoxe de printemps ont été importées des pays méditerranéens, même s’il ne fait aucun doute que les premiers habitants des îles britanniques les observaient, comme le prouvent les sites mégalithiques. Mais elle était plus populaire dans le sud, où les gens célébraient la fête comme le jour du Nouvel An et l’ont déclaré premier jour du premier signe zodiacal, le bélier. Toutefois, quel que soit votre point de vue, il s’agit assurément de la période des nouveaux départs, des commencements, comme un simple coup d’œil à la nature nous le démontrera.

Au sein de l’Église catholique romaine, deux fêtes se mêlent à l’équinoxe vernal. La première, qui a lieu sur le calendrier fixe à la date du 25 mars et selon l’ancien calendrier liturgique, est appelée la Fête de l’Annonciation à la bienheureuse Vierge Marie (…). C’est le jour où l’archange Gabriel a annoncé à Marie qu’elle « attendait un enfant ». Naturellement, il a fallu le lui annoncer puisque Marie, étant toujours vierge, n’avait aucun moyen de le savoir. (Cesse de te moquer, homme/femme de peu de foi !) Pourquoi l’église a-t-elle choisi l’équinoxe vernal pour commémorer cet événement ? Parce qu’il était nécessaire que Marie attende l’Enfant Jésus neuf mois complets avant sa naissance au solstice d’hiver (c’est-à-dire Noël, célébré sur le calendrier fixe à la date du 25 décembre.) La grossesse de Marie a nécessité la période naturelle de neuf mois, même si la conception était peu orthodoxe.

Comme mentionné précédemment, le plus ancien équivalent païen à cette scène se concentre sur le processus joyeux de la conception naturelle, lorsque la jeune Déesse vierge (dans ce cas-ci, « vierge » au sens originel du terme, c’est-à-dire « non mariée ») s’unit au jeune Dieu solaire, qui vient juste d’évincer son rival. Toutefois, il ne s’agissait probablement pas de leur première union.

Au sens mythique, le couple est peut-être amant depuis la Chandeleur, lorsque le jeune Dieu a atteint la puberté. Mais la jeune Déesse est devenue mère récemment (au solstice d’hiver) et elle se consacre encore probablement tout à son bébé. Par conséquent, la conception est naturellement retardée de six semaines environ et, malgré ses relations antérieures avec le Dieu, elle ne conçoit pas avant (surprise !) l’équinoxe vernal. Il peut aussi s’agir de leur handfasting, le mariage sacré entre le Dieu et la Déesse appelé hiérogamie, l’ultime Grand Rite. La plus belle étude de ce thème est probablement celle d’Esther Harding dans son livre, « Les mystères de la femme ». Sa plus belle description se trouve dans le roman de Marion Zimmer Bradley, « Les brumes d’Avalon », au cours de la scène où Morgane et Arthur assument leurs rôles sacrés. (Bradley suit la coutume britannique qui transfère l’épisode à Beltane, lorsque le climat est plus adapté à sa célébration en plein air.)

L’autre fête chrétienne qui se mêle à l’équinoxe vernal est Pâques (ndlt : Easter en anglais). La fête de Pâques célèbre aussi la victoire du Dieu de lumière (Jésus) sur les ténèbres (la mort), il est donc logique de la placer à cette saison. Ironiquement, le mot “Easter1” vient du nom d’une Déesse lunaire teutonique, Ēostre (c’est également de son nom que provient le mot pour l’hormone femelle, œstrogène2). Ses symboles principaux étaient le lapin (pour la fertilité, mais aussi parce que ses fidèles voyaient un lièvre dans la pleine lune) et l’œuf (symbole de l’œuf cosmique de la création), des représentations que les chrétiens ont eu beaucoup de mal à expliquer. Sa fête, l’Eostara, avait lieu à la pleine lune de l’équinoxe vernal. Bien sûr, l’église ne célèbre pas les pleines lunes, même si c’est elle qui les calcule, elle a donc établi ses Pâques au dimanche suivant. Ainsi, Pâques tombe toujours le premier dimanche après la première pleine lune qui suit l’équinoxe vernal. Si vous vous êtes toujours demandé pourquoi Pâques était mobile sur le calendrier, à présent, vous le savez. (D’ailleurs, l’Église catholique était si résolue à ne pas intégrer le symbolisme de la Déesse lunaire qu’elle a introduit un calcul supplémentaire : si le dimanche de Pâques tombe lors d’une pleine lune, la fête de Pâques est reportée au dimanche suivant.)

Par ailleurs, ceci soulève un autre point : certaines traditions païennes ont commencé à nommer l’équinoxe vernal, « Eostara ». Historiquement, c’est incorrect. Eostara est une fête lunaire, pour honorer une déesse lunaire, à la pleine lune vernale. Par conséquent, il est préférable de réserver le terme « Eostara » à l’esbat le plus proche du sabbat, plutôt qu’au sabbat lui-même. Comment cela est-il arrivé ? Il est difficile de le dire. Toutefois, il est à noter que certains parmi ces mêmes groupes ont détourné le terme « Lady Day » pour l’attribuer à Beltane, ce qui ne laisse aucune dénomination vernaculaire valable pour l’équinoxe. « Eostara » a ainsi été détourné pour nommer l’équinoxe, parachevant la réaction en chaîne des substitutions. Inutile de dire que le nom vernaculaire ancien et répandu pour l’équinoxe vernal est « Lady Day ». Les chrétiens insistent parfois sur le fait que le titre est en l’honneur de Marie et son annonciation, mais cela fait sourire les païens.

Un autre thème mythique qui doit sûrement retenir notre attention à cette époque de l’année est celui de la descente du Dieu ou de la Déesse dans le Monde-d’en-Bas. Peut-être que nous le voyons plus clairement dans la tradition chrétienne. À compter de sa mort sur la croix le Vendredi saint, il est dit que Jésus est « descendu aux enfers » pendant les trois jours où son corps reposait au tombeau. Mais au troisième jour (qui est le dimanche de Pâques), son corps et son âme se sont réunis, il s’est relevé d’entre les morts et monté au ciel. Par une étrange « coïncidence », les plus anciennes religions païennes parlent de la descente de la Déesse dans le Monde-d’en-Bas, également pour une période de trois jours.

Pourquoi trois jours ? Si nous nous souvenons qu’ici nous traitons de l’aspect lunaire de la Déesse, la raison sera évidente. Comme l’explique le texte d’un Livre des Ombres : « Comme la lune croit et décroît, puis parcourt trois nuits dans les ténèbres, la Déesse passe également trois nuits dans le Royaume de la Mort. » Dans notre monde moderne, éloignés comme nous le sommes de la nature, nous avons tendance à voir la période de la nouvelle lune (lorsque la lune n’est pas visible) comme une unique date sur le calendrier. Nous avons tendance à oublier que la lune est également cachée à notre vue la veille et le lendemain de la date calendaire. Mais cela ne passait pas inaperçu auprès de nos ancêtres, qui parlent toujours du séjour de la Déesse au pays des morts pour une durée de trois jours. Est-il donc étonnant que nous célébrions la prochaine pleine lune (Eostara) comme le retour de la Déesse des régions chtoniennes ?

Naturellement, c’est la saison où est célébrée la victoire de la vie sur la mort, comme tout amoureux de la nature le confirmera. Et la religion chrétienne ne s’est pas trompée en célébrant la victoire du Christ sur la mort au cours de cette même saison. Le Christ n’est pas le seul héros solaire à voyager dans le Monde-d’en-Bas. Par exemple, le Roi Arthur fait la même chose lorsqu’il embarque sur son navire magique, Prydwen, pour rapporter de précieux trésors (c’est-à-dire, les trésors de vie) du pays des morts, comme nous le dit le Mabinogi. Les triades galloises font allusion à Gwydion et Amaethon qui font à peu près pareil. En fait, ce thème est si universel que les mythologues y font référence en utilisant l’expression commune : « les tourments de l’enfer. »

Cependant, on peut supposer que la descente aux enfers ou au pays des morts était accomplie à l’origine, non pas par une déité solaire masculine, mais par une déité lunaire féminine. C’est la nature elle-même qui, au printemps, remonte du Monde-d’en-Bas avec son trésor de vie abondante. Les héros solaires ont peut-être revendiqué ce thème beaucoup plus tard. Le fait même que nous ayons affaire à une période d’absence de trois jours nous informe qu’il s’agit d’un thème lunaire et non solaire. (Bien qu’il faille faire une exception pour les rares déités lunaires masculines, comme le dieu assyrien, Sin.) En tout cas, l’une des plus belles interprétations modernes des tourments de l’enfer apparaît dans de nombreux livres des ombres, il s’agit de « la Descente de la Déesse ». Lady Day se prête sans doute tout spécialement à la célébration de ce thème, sous la forme d’une narration, d’une lecture ou d’une reconstitution théâtrale.

Pour les sorcières modernes, la Fête de la Dame (ndlt : ou Jour de la Dame, « Lady Day » en anglais) est l’un des sabbats mineurs ou petites fêtes de l’année, l’un des quatre « quarter days »1. Et à quelle date les Sorcières choisissent-elles de la célébrer ? Elles choisiront peut-être la date vernaculaire traditionnelle fixée au 25 mars et qui commence la veille. Ou peut-être, la date du véritable équinoxe, lorsque le soleil traverse le plan équatorial terrestre et entre dans le signe astrologique du bélier.

1 NdlT : Le dictionnaire en ligne Oxford explique l’étymologie du mot Easter (Pâques) : « Anglais ancien ēastre ; d’origine germanique et relatif à l’allemand Ostern et east ; peut-être de Ēastre, le nom d’une déesse associée au printemps. » Ostern signifie Pâques et east, l’est.

2 NdlT : L’étymologie proposée ici par l’auteur est erronée. Selon le dictionnaire en ligne Oxford, l’étymologie du mot estrogen est « oestrus + -gen ». Oestrus vient du grec ancien, οἶστρος, oîstros, qui désigne au sens figuré la fureur, le désir, la passion.

3 NdlT : voir cet article complet sur le sujet.

La wicca au-delà des rituels

Par Artus.

J’ai commencé à bloguer sur la wicca et le chamanisme dans le but de développer un livre. Dans ce livre, je souhaitais proposer une approche plus moderne pour la pratique de la wicca. J’ai fini par prendre conscience qu’un blog n’est pas le meilleur outil pour écrire un livre. J’ai également pris conscience que l’approche extatique que je partageais engendrait pas mal de remue-ménage. En fait, il me manquait un ingrédient essentiel pour assurer la stabilité nécessaire à cette exploration. C’est pour cela que pendant des années, j’ai mis mon projet de côté. Quinze ans plus tard, j’ai enfin trouvé une recette satisfaisante, ce qui m’a permis d’écrire ce livre. Il sera bientôt disponible.

Sur le plan pratique, mon approche repose sur quatre grands piliers.

Un retour aux sources

Le rituel d’ouverture de la wicca est très proche d’une pratique de la Golden Dawn diffusée par Israël Regardie. La principale différence est que la version Golden Dawn utilise la vibration de mots pour induire la transe. Mais cet élément pourtant essentiel a été supprimé de la wicca.

J’en avais déjà parlé sur le blog il y a une dizaine d’années. J’avais supposé que la vibration des mots avait été remplacée par le fouet. Le fouet était la méthode fétiche de Gardner pour induire la transe. Mais aujourd’hui, il est rarement utilisé comme à l’époque et le rituel d’ouverture de la wicca est devenu une coquille vide.

J’ai donc mis au point une méthode pour faire vibrer les mots. Cette méthode est basée sur mon expérience du toning. Elle est à la fois plus facile à pratiquer et plus percutante que l’approche de la Golden Dawn.

Plus tard dans le rituel, lors des invocations, on prend la posture de la déesse et du dieu sans méthode interne. J’ai toujours eu le sentiment qu’il manquait un élément essentiel dans la pratique des invocations. Et j’ai découvert que la Golden Dawn pratique les mêmes gestes qu’elle associe à une pratique interne appelée « assomption d’une forme divine ».

La version Golden Dawn est un peu lourde. Il faut commencer par le rite du pentagramme, puis de l’hexagramme… En gros, une usine à gaz de magie cérémonielle. La chaos magick propose une version simplifiée, mais peut être un peu trop. Pour ma part, j’ai mis au point une méthode inspirée de la simplicité des chaoticiens, tout en revenant un peu vers la version de la Golden Dawn, histoire de ne pas rater l’essentiel.

En fait, lorsqu’on s’inspire d’une tradition, il est très fréquent de jeter le fruit et de garder l’épluchure. J’ai déjà évoqué ce sujet il y a quelques semaines dans cet article. Et l’on retrouve un peu ce phénomène dans la manière dont la wicca s’est inspirée de la Golden Dawn. Rien qu’en faisant vibrer des mots et en enchaînant avec une assomption de forme divine, il n’y a même plus besoin du reste du rituel. Mais c’est pourtant ce qu’on a décidé de mettre de coté.

Une meilleure intégration du tambour à la wicca

Depuis que j’ai commencé à bloguer, j’ai cherché à combler le manque de pratiques extatiques de la wicca en utilisant des techniques de transe au tambour. Je ne suis pas le premier à l’avoir fait. Mais dans la wicca, le tambour arrive toujours un peu comme un cheveu sur la soupe. Il est rarement bien intégré. Certains wiccans pratiquent le tambour sans l’utiliser pour se rapprocher de leurs divinités. Ou alors ils ne pensent pas à l’utiliser pour la divination.

Je trouve également que les pratiques de tambour classiques sont très efficaces pour la divination. Mais tout cela manque de moyens d’action pour transformer nos vies. Je me suis alors intéressé à divers travaux de recherche sur la transe. Les résultats de ces travaux peuvent être utilisés avec le tambour pour lui apporter de nouveaux moyens d’action. J’ai pris tout ça et je l’ai assemblé d’une manière plus intégrée à la wicca.

Une meilleure intégration de la magie dans la vie quotidienne

Dans la wicca, on envisage souvent la magie d’une manière formelle et ponctuelle. On choisit un bricolage magique. On fait monter l’énergie. On l’insuffle dans notre souhait. Et l’on considère que c’est fini. Tout cela n’est finalement pas si éloigné du catholique pratiquant qui fait brûler un cierge lorsqu’il veut changer un élément de sa vie.

Mais, si la plupart du temps, nous sommes incapables d’agir, paralysés par nos peurs, la magie ne fonctionnera pas souvent. Certaines personnes se cachent derrière le prétexte d’un destin pourri. Mais le destin est la somme de toutes les limites qui nous ont été léguées par nos proches ou inculquées par le monde dans lequel nous vivons. Et le premier rôle de la magie devrait être de nous en libérer.

Au fil des années, j’ai fini par concocter une approche de la magie qui s’intègre mieux dans le quotidien que la vision classique.

L’accueil des ombres

Ce qui m’a bloqué toutes ces années pour proposer une méthode complète, c’est le fameux travail sur l’ombre. Jusqu’à maintenant, je n’avais pas trouvé l’approche idéale. Pendant des années, je me suis débrouillé avec des solutions bancales. Et au début de l’été 2018, j’ai enfin trouvé la méthode que je cherchais.

Plus qu’une méthode, cela repose sur un changement de paradigme. L’introspection est nécessaire à l’ouverture spirituelle. Mais elle est vécue comme une galère par la plupart des gens. Pourtant, ce n’est pas une fatalité. Le problème est que nous rejetons nos parts souffrantes. La plupart des méthodes sont basées sur le contrôle, la purification, ou l’exorcisme.

Si au contraire, nous accueillons nos parts souffrantes, l’introspection devient un vrai plaisir. C’est le rejet d’une part de nous-mêmes qui entretient la souffrance. L’accueil la fait disparaître rapidement.

Sur le plan de la réflexion, mon approche repose sur une vision plus rationnelle de la spiritualité.

Aujourd’hui, le new age domine la spiritualité et incite à appréhender le sujet d’une manière irrationnelle. Mais contrairement à ce que pratiquement tout le monde croit, cela n’a pas toujours été ainsi. Depuis Socrate jusqu’à la philosophie des lumières, la métaphysique a été abordée sous un angle rationnel. C’est ce que je vous propose de découvrir.

Je partage une approche extatique de la wicca et sans une réflexion rationnelle pour équilibrer les choses, cette méthode serait le meilleur moyen pour sombrer dans l’hystérie.