Le mythe de la création selon la tradition Feri

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Comme je m’intéresse actuellement à la tradition Feri, j’ai pensé que ce serait une bonne idée de partager mes explorations sur le sujet à travers une série d’articles et de traductions. J’ai réuni pas mal de documents, déjà lu quelques livres et j’en suis au stade où je tente de mettre de l’ordre dans toutes ces informations.

Commencer par le mythe de la création de cette tradition me semble être un bon premier article.

Oui, voilà ! Faisons cela, commençons par le début ;o)

Donc, quand je parle du mythe de la création de la tradition Feri, je devrais plutôt dire ses mythes, car même si l’idée générale reste plus ou moins la même, les récits et les noms varient, se transforment et s’enrichissent, en passant d’une personne à l’autre.

J’ai donc choisi de traduire et compiler quatre récits de la création Feri issus de quatre initiés Feri.

Nous débuterons avec le récit de Francesca de Grandis qui est tiré de son livre « Be a Goddess ! » dont Jacques a réalisé une sorte de compilation/résumé, disponible sur ce site. Elle explique que Victor Anderson, le fondateur de la tradition Feri, lui a narré ce mythe et qu’elle nous le retransmet en l’ayant sensiblement embelli, adapté et quelque peu modifié. Elle précise en effet qu’un barde se doit de transformer les vieux contes, car si une histoire demeure inchangée, sa sagesse meurt.

Ensuite, nous enchaînerons avec le récit de Tony Spurlock, alias Brian Dragon (décédé le 24.10.2014). Je l’ai découvert sur le site the faerie tradition et une note précise que dans cette version Mari et Krom sont les aspects les plus féminin et masculin de la Déesse Étoile, mais aussi ceux qui s’en éloignent le plus. Plus proches, Nimüe et Dian-y-Glas sont les divinités juvéniles qui s’écartent d’elle, et Arddu et Ana, les divinités âgées qui retournent à elle. Tous quatre sont androgynes.

Nous continuerons avec la version de Starhawk que je trouve bien écrite et poétique. Elle provient de son livre « Spiral Dance ».

Et enfin, la version de Storm Faerywolf, extraite de son livre « Betwixt & Between: Exploring the Faery Tradition of Witchcraft » et qu’il présente sous le titre : « un mythe Faery de la création. » Elle est assez descriptive, ce qui est agréable quand on est quelqu’un de visuel.

Et donc, voici la version de Francesca de Grandis, tirée de son livre Be a goddess ! :

La Mère d’Avant la Création marche dans l’obscurité extérieure. Ses pas ne touchent rien, Ses pas touchent Elle-même. Elle emploie l’espace comme miroir. Ce miroir est connu comme le Miroir d’Obscurité. En lui, la Mère d’Avant la Création est aussi vaste qu’un univers sans étoiles, qu’un sommeil sans rêve, qu’un sommeil en qui tous les rêves résident. Elle attire dans l’espace l’image du miroir et l’appelle « Miriel », ce qui signifie « La Belle de Dieu ». Chacune est vierge : une sexualité préservée dans toute sa fraîcheur. Et pourtant vieille au-delà de tout temps, chacune embrasse l’autre avec toute la maturité et l’expérience d’une courtisane sur la fin. Elles font l’amour, chacune désirant l’autre autant qu’elles désirent le Soi.

Puis Miriel s’écarte de la Mère d’Avant la Création, ainsi le vide noir s’éclaire et devient bleu cobalt, alors qu’elle devient Dian-y-glas, le Dieu bleu. La Grande-Mère lui dit :

« Jamais, ils ne nous sépareront. Quelle que soit la forme que tu prennes, car tu es ma parole, mon marteau et mon sceau, tu retourneras à moi sous ta forme actuelle. Et notre amour sera éternel. Et par notre union sexuelle, toutes choses seront et sont créées, toutes choses qui étaient et ne sont pas, et qui sont encore à venir. »

Le récit de Brian Dragon :

Le vide « fécondé » est l’origine ultime de toute existence, représenté par le concept mystique mathématique du zéro. Ce vide est la créatrice ultime, la déité suprême des monothéistes. Nous appelons ceci la Déesse Étoile et faisons ainsi référence aux vastes voûtes de l’espace, le sombre ventre de la nuit infinie. Afin de faire l’expérience du frisson de la création, cette Déesse Étoile, en tant que grand-mère des Dieux, s’est polarisée pour devenir l’ultime dualisme dont toutes les autres dualités tirent leur nature. Par le simple fait de distinguer la lumière ou le mouvement comme un nouvel évènement, la Déesse devint alors un objet de comparaison, l’obscurité pour adoucir la lumière, la tranquillité pour couronner le mouvement. En ce sens, elle est comme sa propre fille, elle est à présent devenue « féminine » en se comparant au « masculin », qui peut être mythiquement son frère, amant et/ou fils.

Lorsque la Déesse Étoile a fait l’expérience de la création, elle s’est regardée à droite dans le miroir noir de l’espace et a vu ses reflets s’examiner avec attention. Lorsqu’elle se tenait proche du miroir, ses différents reflets lui ressemblaient beaucoup, mais dès qu’elle s’en éloignait, elle revêtait une apparence totalement nouvelle, celle du roi Krom, le père et le dieu de toute lumière colorée, le pôle éloigné de l’énergie. En regardant à gauche, elle vit de la même façon le nouveau concept de « féminité » dans les reflets de son propre visage. Elle les perçut de nombreuses manières et prenant de nombreux aspects, comprenant tous les aspects de la Déesse. Sous son aspect le plus éloigné, elle se vit comme le féminin ultime : Mari.

Les dieux peuvent se manifester sous d’infinis aspects et tout aspect peut être nommé. Les « Reflets de la Déesse Étoile » nous enseignent à interpréter ces « nombreux » visages comme des « nuances » de la Déesse Étoile. Ces « nuances » sont classées selon la fonction du dieu en question. Trois fonctions sont généralement utilisées, appelées : Croissante, Pleine et Décroissante (d’après les termes astronomiques). Alors que les dieux de la fonction croissante se sont développés en surgissant de la Déesse Étoile, ils sont les premiers et lui sont très similaires, partageant tout spécialement sa vigueur juvénile. Cette vigueur est leur attribut le plus important, éclipsant toute fonction de genre accessoire ; par conséquent, ces dieux sont considérés comme androgynes à divers degrés. En s’éloignant le plus possible du ventre éternel de la Déesse Étoile (dans une direction et l’autre), nous la voyons se manifester sous une forme totalement masculine et une forme totalement féminine. Les dieux Mari et Krom sont le plus grand artifice de son génie créatif.

La version de Starhawk :

Seule, terrible, complète en elle-même, la Déesse, celle dont on ne peut prononcer le nom, flottait dans l’abîme des ténèbres extérieures avant le commencement de toutes choses.

Alors qu’elle regardait dans le miroir convexe de l’espoir noir, elle vit, grâce à sa propre lumière, son rayonnant reflet et en tomba amoureuse. Par le pouvoir qui résidait en elle-même, elle la fit émerger du miroir et se fit l’amour à elle-même, et lui donna le nom de « Miria, la merveilleuse ».

Leur extase jaillit sous la forme d’un unique chant sur tout ce qui est, qui fut et qui sera un jour. Et par ce chant, vint le mouvement, des vagues se répandirent vers l’extérieur et devinrent toutes les sphères et les cercles des mondes. La Déesse fut emplie d’amour, devint ronde d’amour et donna naissance à une pluie d’esprits lumineux qui remplirent les mondes et devinrent toutes les créatures vivantes.

Mais dans ce grand mouvement, Miria fut emportée et à mesure qu’elle s’éloignait de la Déesse, elle devint plus masculine. Tout d’abord, elle devint le Dieu Bleu, le dieu de l’amour, doux et rieur. Puis, elle devint le [Dieu] Vert, couvert de vigne, enraciné dans la terre, l’esprit de tout ce qui pousse. Enfin, elle devint le Dieu Cornu, le chasseur dont le visage est le rougeoyant soleil et pourtant sombre comme la Mort. Mais toujours le désir le ramène vers la Déesse, de sorte qu’il tourne autour d’elle éternellement, cherchant à retrouver son amour.

Toutes choses commencent dans l’amour ; toutes choses cherchent à retourner à cet amour. L’amour est la loi, le professeur ou la sagesse, et le plus grand révélateur des mystères.

La version de Storm Faerywolf :

En un temps avant le temps, tout était vide, immobile et sombre. Et celle/celui dont le nom est indicible, Dieu elle-même, flottait seule dans les ténèbres infinies du vide. Elle se tourna pour regarder dans le miroir noir et convexe de l’espace et vit son propre reflet lui sourire en retour. Émue par l’image de beauté rayonnante devant elle, Dieu elle-même connut l’amour et s’approcha pour qu’elles puissent s’étreindre.

Elle émergea du miroir. Par leur premier baiser, leur amour s’enflamma pour devenir un profond désir. Alors que leurs corps se touchaient et s’entremêlaient, leur passion grandit, dans un crescendo de sainte concupiscence, Dieu elle-même céda aux vagues de plaisir et son orgasme donna naissance aux étoiles et aux planètes… aux nébuleuses et à la vie… à tout ce qui est… tout ce qui était… et tout ce qui sera un jour.

Dans sa pure joie d’être en vie, le reflet se transforma en une enfant rieuse. Elle était Nimüe, la demoiselle aux fleurs, innocente et sauvage, à la peau blanche comme la neige et aux yeux emplis d’étoiles. Ses cheveux roux étaient coiffés de serpents entrelacés et le croissant de la nouvelle lune ceignait son front. Elle arborait un large sourire et gloussait, le son de son rire apportait du ravissement à tous les mondes.

Ensemble, elles se reposèrent et au cours d’un rêve Dieu elle-même eut la vision de deux esprits lumineux, brillants comme des étoiles dans l’immobilité de la nuit. Ils tournoyaient… l’un autour de l’autre… deux lumières dans l’obscurité vide… le serpent et la colombe… des flammes jumelles… se combattant l’une l’autre, puis s’étreignant dans une passion torride… deux flammes qui ensuite s’unissaient. Puis, en l’espace d’un souffle, elle les accueillit dans sa matrice, pour les parfaire et créer Dieu.

Lorsqu’elle s’éveilla, son corps était devenu la terre fertile, son sang les rivières et sa matrice les mers abondantes de vie. La pleine lune sur sa couronne, elle s’aperçut que son ventre s’était arrondi et que ses cheveux noirs pendaient comme un voile sur sa peau à la blancheur argentée. Ses seins à présent lourds de lait, elle devint Mari, la Mère. Se tenant à la fois sur terre et sur mer, elle donna naissance à son fils, le Dieu bleu éternellement jeune, le Dian y Glas.

Fièrement nu, vêtu d’étoiles, avec des plumes de paon piquées dans ses cheveux, le phallus dressé et un serpent vert enroulé autour de son cou, il était son fils, son amant et son autre moitié. Il était l’esprit suprême, l’Étoile du Matin, et sa beauté brillait plus puissamment que toutes les étoiles du ciel. Poser les yeux sur lui signifiait en tomber amoureux. Lorsqu’il commença à jouer de sa flûte d’argent… tous ceux qui entendirent sa musique féerique tombèrent sous le charme et rejoignirent sa danse.

Alors qu’il s’éloignait de la Mère, il commença à changer… à vieillir… devenant plus fort… devenant Krom, le Roi de l’été. Sa tête était celle d’un cerf, sa peau musclée et dorée brillait sous la lumière du jour et il portait une guirlande de fleurs autour de son cou. Son sexe rigide et dressé, il rayonnait comme le soleil doré et irradiait son amour sur toute la terre.

Il dansa… Retournant à présent à la Déesse et il vieillit plus encore… s’obscurcissant. Il rassembla les ténèbres autour de lui, comme un manteau, et quand il ouvrit ses grandes ailes de chauve-souris, il devint l’Arddu, le Seigneur du sexe et de la mort. Avec une tête de chèvre, une torche enflammée entre ses cornes et un joyau rouge ceignant son front, son souffle était celui de la froideur de l’hiver et sienne était la connaissance de ce qui vient après la vie.

Alors qu’il commençait à se rapprocher de la Déesse, elle lui révéla sa face âgée et ouvrit ses robes noires comme la nuit pour le recevoir. Car elle était à présent Ana, la Crone. Couronnée d’un coven d’étoiles bleues, le corbeau à ses côtés, elle le guida jusqu’à elle pour le recevoir avec sa faux de l’oubli en argent, alors que sa lumière retournait à elle, comme toutes choses retournent de là où elles viennent.

Sainte Mère,
En toi, nous vivons, évoluons et réside notre être.
De toi, toutes choses émergent.
Et à toi,
Toutes choses retournent.

Si je découvre d’autres récits Feri, je les ajouterais à cet article. Si vous en connaissez, n’hésitez pas à me le signaler en commentaire sur notre page Facebook.

Je poursuivrai mon exploration de la Feri par la traduction de l’interview de Victor Anderson, extraite du livre de Margot Adler « Drawing down the Moon », où il évoque une vision reçue lorsqu’il était enfant.

Sources :

  • Spiral Dance, par Starhawk.
  • Die Kraft der Großen Göttin, par Starhawk. Traduit par Véro pour les Portes du Sidh. La Puissance de la Grande Déesse. Fichier PDF.
  • Be a Goddess ! Par Francesca de Grandis. Résumé par Jacques pour les Portes du Sidh.
  • Betwixt & Between: Exploring the Faery Tradition of Witchcraft, par Storm Faerywolf.
  • The dustbunnies book, par Valerie Walker (veedub).
  • Le site web the Faery Tradition : http://www.oocities.org/athens/rhodes/5569/faecreation.html?201911