La magie sans dogme

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La magie sans dogme. Par Phyllis Curott, traduction et adaptation Véro. In Witch crafting ©

C’est tout à fait excitant de réaliser que la magie existe, et que vous avez le pouvoir de faire se réaliser vos rêves. Mais la plupart d’entre nous sont un peu effrayés par leur propre pouvoir –effrayés par le fait que, comme l’apprenti sorcier, nous pourrions être incapables du moindre contrôle. Comme tous les autres enfants qui regardaient Fantasia de Disney, j’enviais Mickey qui commandait aux balais pour qu’ils portent l’eau à sa place, depuis le puits jusqu’à la grotte du sorcier. Puis je regardais, avec une réelle crainte, les balais qui refusaient d’obéir quand Mickey leur demandait d’arrêter, et qui l’entraînaient dans un tourbillon d’eau. Le message était clair : on ne plaisante pas avec la magie !

Tout livre sur la wicca vous dira qu’il n’y a pas lieu de craindre que les sorcières abusent de leur pouvoir, car il y a une règle qui nous protège, et qui protège les autres, du pouvoir que nous dégageons. Ça s’appelle la loi du triple retour. Les sorcières n’utiliseront jamais leur magie pour nuire ou manipuler les autres, car quoi qu’elles fassent, la magie qu’elles enverront leur reviendra au triple. Mais j’ai de sérieux doutes quant au principe du triple retour, et l’éthique afférente à la pratique de la magie est l’un des plus gros problèmes que notre religion en pleine expansion doit prendre en compte. En fait les problèmes avec le triple retour perturbent un grand nombre de pratiques et d’idées wiccanes actuels. Il y a un autre précepte wiccan, appelé le Wiccan Rede « fais ce que tu veux tant que tu ne nuis à personne » qui est, malheureusement, populairement expliqué en termes rejoignant le triple retour. Je souhaite proposer une toute nouvelle base pour l’éthique wiccane, qui donnera également une meilleure explication de la Rede. Mais tout d’abord commençons par nous pencher sur le problème tel qu’il débuta.

  • Pourquoi craignons nous le pouvoir ?

La peur du pouvoir de la magie, de la sorcellerie et de l’occulte (ce qui signifie simplement « ce qui est caché ») ont tenus beaucoup de gens éloignés de la grotte d’Aladin. Cette crainte a séparé notre culture d’un héritage de sagesse et de pouvoir, et elle continue à nous léser. Nous sommes entourés par les préjudices et les peurs des autres – en tant qu’activiste et femme de loi je vois beaucoup trop de conséquences tragiques de ces forces d’oppression. Et d’une façon plus subtile mais non moins importante, nous, les sorcières, avons absorbé une partie de cette peur dans nos psychismes et nos idées au sujet du pouvoir magique. Nous ne pouvons pas pratiquer notre religion avec la peur, donc essayons de trouver comment nous en défaire. Étudions la vraie moralité de l’acte magique.

La plupart des gens ne comprennent pas que la source de la vraie magie est sacrée, et ainsi ils sont effrayés par le concept d’humains qui accèdent à ce pouvoir. Ils craignent que nous ne soyons pas à la hauteur de ce cadeau, que nous ne pourrions rien faire d’autre que de mal nous en servir. Ils se demandent si nous, humains, sommes bons ou mauvais, et choisissent la seconde possibilité. Étant donné ce que nous nous faisons les uns les autres et ce que nous faisons subir à la planète, les gens ont de bonnes raisons de douter pouvoir nous faire confiance quand nous possédons un tel pouvoir.

Le plus drôle est que nous avons libéré un pouvoir qui est au delà de notre contrôle et qui n’a rien à voir avec la magie, mais avec la science et la technologie. La fission atomique a amené à l’utilisation d’armes nucléaires et à une course à l’armement qui est comme une épée de Damoclès au dessus de nos têtes, nous menaçant de destruction imminente, et conséquemment nous terrifiant. Et notre technologie a donné lieu à tant de pollution que nous risquons l’extinction. Autant pour les peurs des sceptiques qui pensent que la magie représente le plus grand danger pour l’humanité !

L’autre ironie est que les sorcières elles-mêmes, bien loin d’avoir utilisé leurs pouvoirs pour contrôler ou opprimer les autres, ont été les victimes d’actes parmi les plus vils et les plus inhumains de l’histoire de l’humanité.

  • La peur des sorcières

Pendant des siècles, des millions de gens ont choisi de ne pas chercher à savoir d’où venaient leurs peurs, s’interdisant ainsi de transformer ces peurs en liberté. Au lieu d’affronter leurs fantômes, ils ont projeté leurs terreurs sur les autres. En conséquence de quoi, durant le Moyen Age les sorcières –et d’autres femmes qui n’en étaient pas- ont été accusées d’utiliser leurs pouvoirs « démoniaques » pour blesser, séduire, imposer leurs volontés aux autres, contrôler le temps, tuer des vaches, détruire les récoltes et les gens. Elles furent même accusées de faire disparaître le pénis des prêtres, selon le Maleus Malifacarum, dans lequel le pape Innocent VIII autorisa l’utilisation de la torture pour obtenir des aveux. Les herboristes des villages, les guérisseuses et les sage femmes furent accusées de tuer alors qu’elles guérissaient. Les chamans des villages, les femmes et les hommes de sagesse furent accusés de diablerie plutôt que de communion avec le divin.

Ces stéréotypes ont pris naissance il y a six cents ans, pendant l’inquisition contre les Juifs et sa croisade pour une domination religieuse. Les Juifs étaient accusés de fricoter avec Satan, et de tuer les enfants chrétiens durant leurs supposés rituels satanistes. Ils furent persécutés et faussement accusés, et leurs tortionnaires tournèrent aussi leur attention vers les femmes et ceux qui gardaient des réminiscences de paganisme et de chamanisme en Europe, ce que nous appelons l’ancienne religion. Même l’image du Juif, laid et au nez crochu, fut recyclée pour devenir la représentation de la sorcière.

Des centaines de milliers furent torturées et tuées, faussement accusées d’être des sorcières vénérant Satan, et l’hystérie atteignit son comble quand l’église les accusa d’être cause de la peste noire. La plupart de ces victimes étaient des femmes. C’était en fait un holocauste féminin, et le statut légal des femmes subit un changement radical. Les femmes ne furent bientôt plus des personnes, mais des objets contrôlés par leurs pères, maris, ou leurs proches masculins. On leur interdit le droit à l’éducation. Elles ne purent plus prétendre être herboristes, guérisseuses ou sage femmes. Et la lutte que mènent les femmes aujourd’hui –pour des droits égaux, des emplois, une éducation, le droit aux soins, le contrôle de leurs corps- n’est rien d’autre que la suite logique de la persécution des sorcières, et l’accusation qu’on fit aux femmes et aux sorcières, d’être des suppôts de Satan.

Mais bien évidemment il n’y a pas de diable dans l’ancienne religion et les sorcières n’ont sûrement pas affaire à lui. Il appartient strictement aux religions de la Bible. Il est leur démon, leur personnification du mal, leur fantôme, et il est grand temps pour les membres des croyances bibliques de cesser de le projeter sur les autres, et de simplement se débrouiller avec leurs propres ténèbres. Tant que les gens n’accepteront pas d’affronter leurs peurs, ils seront contrôlés par elles. Et c’est là toute l’histoire de l’Inquisition, des crémations de sorcières, de l’holocauste, cela ne peut conduire qu’à un désastre. Les conséquences se font ressentir même à l’ère actuelle.

Parallèlement à la misogynie, une importante raison aux persécutions de l’Eglise durant la chasse aux sorcières, était que le chamanisme païen permet aux gens de communiquer avec le Divin et d’avoir accès au pouvoir sacré. Si tout le monde est capable de communiquer avec les déités, et de vivre des vies pleines de puissance divine, tout la hiérarchie, et toute la base théologique de l’église est remise en question. Ce serait vraiment très gênant pour une institution basée essentiellement sur la hiérarchie.

Le succès qu’ont connu ces persécutions médiévales est la raison pour laquelle, aujourd’hui, les gens voient les sorcières comme étant dangereuses et hostiles, et ont des idées fausses au sujet de la magie, comme étant sataniste, supranaturelle, manipulatrice et destructrice. Les puissants réécrivent l’Histoire, et l’ancienne religion, le chamanisme en Europe, qui existaient des milliers d’années avant le judaïsme, le christianisme et l’islam ont été diabolisés, et les anciens Dieux et Déesses ont été soit diabolisés à leur tour, soit ont été « transformés » en « saints ».

  • La crainte du pouvoir magique :

Pendant des centaines d’années nous avons souffert de l’incompréhension qui voulait que la magie soit démoniaque. Et même ceux qui ne croient pas au diable partagent cette opinion, juste au cas où le fait de jouer avec la magie pourrait libérer des pouvoirs surnaturels que nous ne pourrions pas maîtriser. Les sceptiques, évidemment, se moquent de la magie car elle est selon eux irrationnelle, et, à la lumière de l’histoire de l’humanité, ils se méfient de ceux qui ont une confiance trop zélée en l’irrationnel. Les sceptiques se sentent sécurisés par le fait qu’ils « savent » que l’inexplicable peut être expliqué en termes de folie, de superstition sans fondement, mais ils craignent tout ce qu’ils ne peuvent ni expliquer ni contrôler. En tant qu’humains nous avons une peur ancestrale de ce que nous ne connaissons pas, et c’est certainement cela que signifie le pouvoir magique pour nous : une force inconnue venant d’une source inconnue. Nous craignons de perdre le contrôle de nous-mêmes, et du monde dans lequel nous évoluons.

On nous apprend également que si on n’est pas encadré -par une autorité religieuse par exemple- quand on a à faire avec un tel pouvoir extraordinaire, on va devenir fou, ou aveugle, voire les deux. (beaucoup de nos plus anciens mythes traitent de ce sujet, telle l’histoire de Sémélé, qui est détruite quand son amant, Zeus, accède à sa demande et se montre à elle sous son véritable aspect, ou encore Moïse, qui devient aveugle quand il voit Yahweh lors de la remise des 10 commandements). Et pendant des millénaires, nous, occidentaux, avons été élevés dans l’idée que nous ne sommes pas dignes de ce pouvoir, car nous sommes incapables d’être en présence d’une déité. Il est temps d’oublier ces mythes.

  • La séparation d’avec le divin

C’est une terrible cicatrice au cœur de notre civilisation et au centre de nos âmes qui donne naissance à toutes ces peurs. Cela vient du mythe central de notre culture religieuse, qui dit que nous avons été expulsés du paradis et que chaque jour nous devons lutter contre nos péchés et contre les tentations du malin. Beaucoup d’entre nous ont été élevés dans la croyance qu’ils n’accéderaient jamais au paradis sur terre car nous nous sommes séparés du divin. Et même ceux qui ne sont pas croyants vivent dans une culture influencée par de telles idées.

Ces convictions erronées ont de dangereuses implications pour nous-mêmes et notre planète.

Et se sont même infiltrées dans la wicca et ses pratiques. Comme je l’ai expliqué récemment, les religions bibliques ont enseigné que la divinité n’est pas présente dans le monde. Elles disent, comme un rabbin me l’a expliqué, que Dieu est comme un potier qui a créé un pot (la terre) et que retravailler ce pot serait de l’idolâtrie. Et, dans la Genèse, Dieu nous a donné le droit d’utiliser et d’exploiter ce « pot » comme il nous plaît, et d’en disposer comme bon nous semble.

Cette attitude est l’une des principales causes de tragédies environnementales, que nous avons créées, particulièrement ces cent dernières années. En moins de deux siècles les humains ont augmenté le taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère de plus de 25%, simplement en brûlant des combustibles fossiles et en détruisant les forêts. Nous avons pollué la nappe phréatique dans tous les états des Etats-Unis. Il ne reste que 3% de la barrière de corail. Et ce ne sont là que quelques exemples….

L’idée que le monde est inanimé, sans valeur, et vide de toute divinité, a fait que les gens n’ont eu aucun remord à exterminer des espèces entières, à balayer de la planète des forêts ancestrales, à polluer l’eau, et à détruire la couche d’ozone. Quand nous réagissons ainsi nous ne reconnaissons pas que les forêts sont en fait les poumons de la terre et que sans elles nous mourrons. Nous ne voyons pas que les cours d’eau de la Terre courent dans nos veines, car nous ne percevons pas les relations étroites entre nous-mêmes et la Terre. Pire, nous n’avons pas su reconnaître le caractère sacré de la terre et des ses créatures. Et voilà comment nous détruisons la divinité.

  • Le péché originel

Je vous entends déjà protester « mais c’est pas moi ! ce n’est pas cela que je crois ! je suis une sorcière ! je recycle mes déchets ! »
Vous seriez étonnés de voir à quel point ces anciennes idées ont des implications dans les idées et les pratiques de la sorcellerie moderne. Je ne veux pas diaboliser les anciennes idées, mais si nous ne les traitons pas avec précaution, nous resterons inconsciemment sous les influences, répétant inlassablement les mêmes erreurs qui nous tiennent éloignés du sacré.

Beaucoup d’entre nous ont appris qu’à cause d’Adam, qui a défié Dieu en mangeant un fruit de l’arbre de la connaissance, que lui avait apporté Eve qui avait été conseillée par le démon, l’homme est à présent abandonné à lui-même, expulsé du Paradis, et tenu loin de la présence de Dieu. Il est né marqué par le péché originel, et il est condamné à vivre avec cela, dans un royaume, qui, comme lui, est tombé en disgrâce. L’esprit et la matière sont séparés pour l’éternité, et le Divin est pour toujours en dehors de nous et de notre monde. Le mieux que nous puissions espérer est de gagner les faveurs de Dieu en ayant une vie « pure » en accord avec les enseignements de la Bible, de la Torah ou du Coran –ou éventuellement à travers une rédemption via Jésus. Mais le message derrière tout cela est que nous sommes privés de divinité et que nous avons besoin d’être sauvés.

  • Règles et autorité :

Si Dieu n’est pas présent dans notre monde, alors nous vivons dans une réalité style « le Dieu des Mouches ». Et si vous même, vous êtes un « pécheur » vous avez besoin de quelque chose qui vous dise la différence entre ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. Vous avez besoin de règles –une Bible, et ses 10 commandements, une Torah ou un Coran- qui aurait été offerte par une source transcendante et surnaturelle (et masculine). Vous avez besoin de saints qui intercéderaient pour vous, et parce que Dieu n’est pas personnellement là pour vous entendre, vous avez besoin d’églises, de temples, de mosquées avec une pléiade de personnes d’autorité qui savent tout mieux que vous. Vous ne pouvez pas interpréter toutes ces règles vous-même. Et voilà comment les institutions religieuses deviennent rapidement des institutions de pouvoir sur les autres.

Les règles disent que si vous ne vous y pliez pas, vous serez punis. Si vous tuez, convoitez la femme de votre voisin, ou volez, vous serez punis, ici ou en enfer. Mais les gens violent ces règles sans arrêt. Quand nous voyons des guerres qui n’en finissent pas, des persécutions atroces, un nombre incroyable de crimes et de violence, quand nous nous penchons sur notre matérialisme, notre avarice, notre hypocrisie, on voit bien que cet ensemble de règles n’est pas suffisant. Pas plus que ne le sont les menaces de damnation, enfer et punition.

Est ce donc que nous sommes si égoïstes et enclins à faire le mal, que nous ne puissions être sauvés de nous-mêmes ? Quand on voit à quel point tout va mal, qu’en serait-il sans ces règles ? C’est sans doute cette crainte qu’ont exprimée le rabbin et le prêtre que j’avais rencontrés quand ils m’ont dit qu’ils avaient appris beaucoup sur la wicca, et qu’ils avaient compris beaucoup de choses qui leur échappaient jusque là, mais qu’ils étaient inquiets de savoir que nous n’avons pas de Bible qui nous dise ce qui est bien et ce qui est mal, que les wiccans n’ont pas de règles religieuses pour leur servir de fil conducteur en matière de morale et de social.

  • Les « règles » concernant la magie

Évidemment nous autres sorcières apprenons, tant par les livres, que par le travail en coven, le bouche à oreille, que nous avons des règles qui gouvernent notre magie, et nous empêchent de pratiquer de ce qu’on appelle la magie noire (un terme implicitement raciste que les sorcières rejettent), d’utiliser la magie à de mauvaises fins, de manipuler, détruite, de faire ce que les sorcières appellent la « magie vénéneuse ». La première règle qu’on apprend est celle du triple retour, que j’ai décidé récemment d’appeler la loi du boomerang, car elle dit bien que tout ce qu’on envoie magiquement nous revient au triple. C’est une sorte de karma magnifié, tu n’auras pas seulement ce que tu mérites, mais tu en auras d’avantage et celle seule pensée devrait limiter ton tempérament et ta magie.

La seconde règle qui est souvent citée est la Wiccan Rede (en fait Rede veut dire « conseil » mais beaucoup pensent que c’est une règle) qui dit « tant que tu ne nuis à personne, fais ce que tu veux ». Cela est généralement interprété comme signifiant que nous avons tous une grande liberté d’agir mais que nous devons penser aux conséquences de nos actes. Et ces conséquences sont généralement expliquées en terme de triple retour. Une autre interprétation, qui n’inclue pas le triple retour, est que vous êtes libres de dire ce que vous pensez, mais qu’il n’est pas éthique de crier « au feu » dans un endroit bondé alors que ce n’est pas vrai. Je peux être en colère contre vous et exprimer ma colère, mais ma liberté de le faire s’arrête juste un centimètre avant le contact de mon poing sur votre visage.

Une autre règle morale du comportement en terme de magie (surtout au sujet des sorts) est une extension du Triple retour et de la Rede : les sorcières ne font pas de magie pour acquérir du pouvoir sur qui que ce soit d’autre qu’elles mêmes. C’est pour cela qu’une sorcière ne devrait jamais jeter un sort pour blesser ou avoir du pouvoir sur quelqu’un d’autre (par exemple, les sorcières ne devraient pas jeter de sort pour briser un couple, et pour éliminer un concurrent). Les sorcières ne devraient pas envoûter quelqu’un pour s’attirer son amour, car elles seraient finalement plus embrouillées dans leurs sentiments que ce que cet amour pourrait leur apporter. En fait, du fait de cette règle, les sorcières ne devraient même pas jeter de sorts de guérison sans avoir obtenu au préalable la permission de la personne concernée, car sinon elles imposeraient leur volonté à un tiers.

Mais, ces règles et cette éthique sont elles vraiment une part de la sorcellerie ? Et si elles ne le sont pas, qu’est ce qui nous empêche d’utiliser un mauvais sort contre quelqu’un ou d’utiliser notre pouvoir pour contrôler un tiers ?

  • Ce qui ne va pas avec la loi du triple retour

Il ne fait aucun doute que cette loi n’est pas de tradition wiccane. Elle reflète une influence du concept hindou du karma –ce que tu fais te revient- tel qu’il fut popularisé dans ce pays pendant les années 60. Elle reflète aussi le vieux principe magique de la cause et de l’effet, dérivé, dans une certaine mesure, des philosophies orientales, et incorporant divers modèles de philosophies et même de pensées scientifiques occidentales : il y a des conséquences à nos actions. Le fait que ces philosophies se mélangent à la wicca moderne n’est pas vraiment un problème.

Je pense que la loi du triple du retour est inadéquate, inexacte et inappropriée pour l’éthique wiccane. Ça ne devrait pas et n’est pas la raison pour laquelle les sorcières n’agissent pas mal. Je souhaite proposer quelque chose qui, je le pense, est indispensable à notre croissance et à la maturité de notre mouvement spirituel, et qui je l’espère sera valable pour vous quand vous pratiquerez la magie. Les sorcières ne demandent pas de règles qui leur diraient comment pratiquer la magie de façon éthique. Nous avons besoin de quelque chose de totalement différent, quelque chose que nous possédons mais que nous ignorons du fait de notre enracinement culturel au sujet des réglementations.

Le premier problème est que la loi du triple retour est principalement une théorie de punition. « Je ne me conduirai pas mal, car si je le faisais quelque chose de pire m’arriverait (trois fois), voilà pourquoi je me contrôle afin de m’éviter cela. »

J’ai toujours eu un problème avec le concept de la punition comme base d’une éthique, car en elle-même elle n’est pas éthique. (…) La punition ne nous rend pas, pas plus qu’elle ne rend notre magie, moraux. Elle nous apprend juste à être motivé par la peur, et la peur, comme nous l’avons vu précédemment, n’est pas une bonne chose. Ca peut aussi amener à des pensées particulières : « hey, et si je pouvais m’en tirer en brisant juste une règle, pourquoi pas ? »

Ce sont là des pensées qui nous viennent des religions et des cultures dans lesquelles nous avons été élevés. C’est une réminiscence d’idées religieuses patriarcales, basées sur la punition, la damnation et la notion de péché. C’est une règle basée sur la peur qui vient du sentiment que Dieu n’est pas présent dans le monde. Ca ne découle pas de la cosmologie wiccane et ce n’est tout simplement pas assez bon. Mais, si nous n’avons pas la loi du triple retour, quel est alors notre précepte éthique, et d’où vient il ?

  • La vraie morale de la magie

La vraie raison qui fait que les sorcières ne font pas (ou ne devraient pas faire) le mal, ne font pas de magie venimeuse et n’utilisent pas leur pouvoir pour agir sur des tiers, est qu’elles connaissent la divinité inhérente à tout. A travers les pratiques wiccanes vous communiquerez avec le Divin, et une fois que vous aurez été touché par cela, que cela vous aura empli et transformé, ça ne vous viendra même plus à l’idée de nuire à autrui. Ça ne cadre pas avec votre expérience et votre conscience de faire le mal, car vous savez que le monde dans lequel vous vivez est saint, et sacré, et divin. Tout notre comportement, notre magie, notre éthique, sont dictés par cette épiphanie qui fait que le divin est en nous, dans les autres, et dans le monde.

La façon dont nous pratiquons la magie, faisons des charmes, dont nous travaillons avec le pouvoir qui est en chacun de nous, est très simple une fois qu’on a expérimenté la communion avec le sacré. Vous ne ferez tout simplement jamais de mal, ni ne manipulerez quelqu’un d’autre car vous saurez qu’il ou elle est une représentation du divin. Cela est aussi une partie de l’expérience mystique de l’Unité –tout est une partie et une expression de la déité. Tout est saint, et tout ce qui est saint doit être traité comme étant sacré.

L’expérience d’être en présence de la divinité change tout –votre perception de vous même et de tout ce qui vous entoure. Et cela change votre relation au monde. Votre conduite est motivée non pas par la peur de la punition, mais par le respect, l’appréciation et, le plus important, la révérence pour la divinité inhérente au monde. Votre générosité, votre compassion, coulent aussi naturellement que le soleil se lève le matin et se couche le soir. Nous vivons dans un état de grâce. Et, tout comme notre magie découle de notre connexion avec le divin, notre éthique découle de cet état de grâce. Nous n’avons pas besoin d’un livre de règles, pour savoir la différence entre le bien et le mal car, comme le disent les amérindiens et les bouddhistes « vivre en bonne relation » est naturel.

Contrairement à l’ancien modèle de réalité biblique, la magie n’est pas quelque chose que nous faisons pour manipuler ou contrôler l’Univers, c’est une œuvre de communion, de co-création, c’est une façon de laisser à votre propre pouvoir sacré la possibilité de s’exprimer, ou se manifester de la façon la plus totale. La seule personne que nous essayons de contrôler par la magie, c’est nous-mêmes. La magie, quand elle est pratiquée correctement, vous met en alignement avec les pouvoirs de l’univers, afin qu’ils vous assistent quand vous donnez forme à votre vrai dessein, votre vraie raison d’être. L’énergie avec laquelle vous faites de la magie est sacrée et ainsi, la façon et la raison pour lesquelles vous faites de la magie sont sacrées. Et cette expérience personnelle et universelle de la divinité inhérente comme source de notre éthique, est la vraie explication de « ne nuis à personne, fais ce que tu veux » comme précepte wiccan. Les sorcières ne nuisent à personne, non pas par peur du triple retour, mais parce que tout est sacré. Avec cette connaissance profonde et cette expérience pour vous guider, vous êtes libre de décider vous-même de ce qui est bien ou mal pour vous car vous formez vous-même la sorcière que vous êtes.

  • Gérer la négativité

Parce que vous vivez dans un monde sacré et que vous êtes une sorcière, quand vous êtes confronté au mal, à la nuisance, qui sont destructifs ou cruels, votre impulsion ne devrait pas être d’y répondre avec encore plus de nuisance ou de cruauté. Vous pourrez être en colère, ou blessé –nous sommes des humains après tout. (…) Les sorcières apprennent à soigner là où il y a une blessure, à donner l’amour là où il y a la haine, la compassion là où il a la cruauté, à répondre à ce qui est mal par ce qui est bien. Et ainsi faisons nous de la magie pour restaurer l’équilibre, pour transformer l’énergie négative et énergie positive.
Transformer les défis en force, et le négatif en positif peuvent être les plus grandes épreuves de votre vie, mais ce sont aussi ses plus grands cadeaux spirituels. Le négatif révèle le positif : la colère vous montre le besoin d’amour, la guerre vous montre le besoin de paix, la souffrance vous montre le besoin de guérison.

  • Gérer le mal

Allumez la télé et vous verrez des humains qui commettent des actes apparentés au mal absolu. Et on se demande pourquoi.

Certains disent qu’ils sont nés mauvais, d’autres impliquent le diable.

  • Qu’en dit la Wicca ?

Pour répondre à cette question je dirais que la sagesse de la nature, est notre plus grand professeur. Si vous observez le monde, vous verrez qu’il n’y a pas le mal dans la nature. Si vous marchez dans la jungle et qu’un tigre décide de vous manger, cela ne fait pas de lui un monstre. Ca fait de lui un tigre, et de vous un repas ! Ce sera évidemment une tragédie pour vous et ceux qui vous aiment, mais il n’y aura pas de cruauté dans l’action du tigre. En devenant le repas du tigre vous participez à l’équilibre naturel (même si c’est une piètre consolation !) Et, de fait, les animaux chasseurs rendent service à l’espèce qui devient leur proie : ils prennent les malades, les vieux, et les jeunes, contrôlant ainsi la population d’une façon qui finalement sert tant leurs proies qu’eux-mêmes. Ils aident à maintenir l’équilibre naturel, et, tout comme le Dieu déposa son épée aux pieds de la Déesse, en agissant ainsi ils servent la vie.

Mais qu’en est il de la terrible cruauté des actions des hommes, la façon dont ils exploitent et torturent, violent et tuent Une fois encore la réponse vient de la nature : je pense que ces comportements sont le résultat de leur séparation d’avec le divin, et du monde naturel. Cette séparation a causé des blessures profondes, tant psychologiques que sociales, une amertume et même peut être une perte d’âme, qui se manifeste dans ces comportements aberrants que nous qualifions de « mal absolu ». Ce genre de comportement a rarement lieu dans des cultures indigènes qui vivent plus près de la terre. En d’autres termes le mal est un symptôme de la séparation d’avec le sacré, et non pas quelque chose d’inné. Il n’est pas difficile de voir comment nous pouvons trouver des solutions aux problèmes de ce type qui nous semblent insolvables depuis des millénaires. Il nous faut trouver le moyen de se reconnecter au Divin, en nous-mêmes et dans le monde. Quand vous vous engagez dans les pratiques spirituelles wiccanes, vous vous reconnectez au Divin et soignez vos bleus à l’âme.

Peu importe votre religion, pourvu que vous vous connectiez au Sacré. Une fois cela fait la guérison peut débuter. Cela commence en chacun de nous, individuellement, puis cela s’étendra à travers le monde.

Mais que dire de ceux qui disent avoir trouvé Dieu et la Vérité et qui continuent à tuer, opprimer, terroriser ? (…) Nous rejetons vivement ces façons de voir et d’agir, justifiées par une religion, mais qui ne servent qu’à opprimer les autres de diverses manières. Ceux qui nuisent aux autres, particulièrement s’ils le font au nom d’une religion, révèlent qu’ils ne sont pas connectés au Divin. S’ils l’étaient, ils traiteraient toute forme de vie avec révérence.

Quand vous expérimentez la présence du sacré, vous commencez à utiliser un système de valeurs riche et vital qui influence votre manière de pratiquer votre religion, et de vivre votre vie. Ces valeurs sont résumées dans la conclusion de Charge de la Déesse :

« que ma grandeur soit dans le cœur qui se réjouit, car, vois : tous les actes d’amour et de plaisir sont mes rituels. Pour cela que soient en toi la beauté et la force, le pouvoir et la compassion, l’honneur et l’humilité, la joie et la révérence. »