Aradia, ses origines

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Aradia, ses origines
Par Yvonne Rathbone, traduction Lune

N. B. : A Pantheacon, en 2001, J’ai suivi une conférence sur Aradia. Cette conférence avait pour titre « Qui était Aradia ? » et était donnée par Sabina Magliocco.

Je vais transcrire mes notes ici. L’un des défauts de cette conférence est lié au fait que Mme Magliocco n’a pas écrit la plupart des noms qu’elle a mentionné. Nous lui avons demandé d’en épeler clairement quelques-uns, mais j’ai des doutes. Si quelqu’un connaît les orthographes correctes de chaque nom, postez-les s’il vous plaît. Merci.

Les origines d’Aradia

Tout d’abord, parlons un peu des légendes. Les légendes sont des contes qui prennent place en des temps historiques, ce qui n’est pas le cas des « contes de fée ». A la différence de ces derniers, certains croient aux légendes et d’autres non, et il existe toujours une tension entre qui croient en telles ou telles autres parties de la légende.

Il existe des légendes qui sont narrées à la première personne du singulier et d’autres à la troisième :

(…)

Aradia – contexte :

Les éléments clefs de l’histoire d’Aradia. Aradia est la fille de Diane et Lucifer et elle est envoyée sur Terre pour aider les pauvres à se défendre contre les riches.

L’Histoire de Diane/Herodius/Irodiade/Féérie

Le nom d’Hérodias est citée pour la première fois par un Evêque (de Regino ? Regino de Viegi ?) aux environs de 890-974 après J. C. Elle est la femme de Herode qui a une fille, Salomé, qui réclame la tête de Jean-Baptiste. Dans cette histoire biblique, Salomé est immédiatement envahie de remords et est condamnée à danser pour l’éternité. Selon les conventions de l’époque, le nom d’Hérodias peut réellement faire référence soit à la femme d’Hérode, soit à la fille d’Hérode, ainsi il y a peut être fusion des deux, dans la manière dont ce noms à circuler oralement.

En 899, l’Evêque de Regino met en garde les autres évêques contre la fausse croyance de femmes en la Déesse païenne Hérodias. Les légendes à cette époque disent que les femmes sortent la nuit sur des animaux et festoient et s’amusent beaucoup. Ce n’est pas clair, on ne sait si des femmes sortent réellement et font ce qu’on dit qu’elles font ou bien qu’elles croient que d’autres le font.

Hugo, Abbé de St. Victor, au XIIème siècle, fait référence à de mauvaises croyances en Irodiade, un nom manifestement lié à Hérodias. Hugo confond Irodiade avec Diane et Minerve, mais il est impossible de dire s’il a reconnu des éléments d’Irodiade qui paraissaient « semblables à ceux de Diane » et a fait sa propre connexion, ou s’il a rapporter cette confusion que d’autres ont fait via la connaissance orale. Mais ce sont les plus anciens écrits faisant un lien entre les noms de la Déesse.

Cette connexion à Diane est un pas de plus qui la relie à la sorcellerie. Diane est liée à la sorcellerie depuis, au moins, les Métamorphoses d’Ovide, au Ier siècle après J. C. A l’époque classique, Diane était souvent confondue avec Hécate, l’éminente déesse des sorcières et Séléné, toutes deux déesses de la lune.

Hécate possède, en particulier, certains aspects que l’on retrouve dans les histoires concernant Hérodias/Irodiade. Elle est une déesse des morts et du foyer (elle est assez ancienne pour venir de l’époque où les gens enterreraient leurs mort sous leurs foyers). Elle est souvent vue la nuit aux carrefours (particulièrement lorsque trois routes se croisent) et elle est suivie par une horde d’esprits et de chiens hurlants.

Durant l’époque romaine, on célébrait Diane la nuit du 13 août. Les femmes se réunissaient et faisaient des choses. Beaucoup d’hommes faisaient des remarques à ce sujet, disant qu’elles devaient faire l’amour entre elles, mais c’est une supposition rebattue, faite par de nombreux hommes, au cours des siècles à propos des réunions strictement féminines.

Corrélations entre Hérodias et Diane :

Hérodias :

– Vols nocturnes
– Groupes d’esprits
– Réunions, fêtes, danses.

Diane :

– Lune, ensorcellement
– Vols nocturnes, réunions nocturnes
– Leader féminin

Peuple de Féérie :

Au Xème siècle, nous commençons à voir un type d’histoires émerger, impliquant le petit peuple de féérie qui entre dans les maisons par le trou des serrures, qui mange la nourriture des hôtes et même qui régénère celle-ci. Si les hôtes étaient hospitaliers, avaient une jolie maison avec de la bonne nourriture, le peuple de féérie leur accorderait la bonne fortune. Si ce n’était pas le cas, alors ils auraient mauvaise fortune. Ces êtres de féérie étaient dirigés par une Reine. En Italie, nous avons des noms pour elle : Irodiade, Irodiana (notez la fusion entre Irodiade et Diana). En Allemagne, il existe des contes similaires à propos de Holda, Berchta et Frau Holle. En France, Satia, Dame Habonde (comme dans Habondia).

Cela change aux environs du XIVème siècle. Jusqu’à présent, les voyages dans ses légendes passent grandement pour être des voyages de l’esprit. Au XIVème siècle, deux choses commencent à arriver. La première : les contes commencent à être pris pour de véritables événements matériels. Et la deuxième : ils sont assimilés à d’autres contes qui parlent de Stria (ou Strega) et de vraies, réelles guérisseuses.

Les Stria étaient des femmes qui pouvaient se transformer en oiseau de proie. Elles volaient la nuit, elles déchiquetaient et mangeaient leurs victimes, particulièrement des bébés. Ces contes étaient utilisés pour expliquer d’une autre façon les maladies inexpliquées et la mort infantile. Ce sont également des connexions aux contes de cogi (coga pluriel, esp. ?) sur des esprits qui feraient cuire des bébés.

Les Fattuchiera étaient des guérisseuses, utilisant souvent des remèdes à base d’herbes comme les infusions dans l’huile d’olive. C’étaient de vrais gens, votre herboriste, de base, du coin.

En Sicile, en Sardaigne et dans deux autres endroits que je ne saurai citer, ces trois types de personnages/gens étaient bien distincts les uns des autres. Mais dans d’autres parties de l’Europe, nous commençons à les voir s’entremêler pour esquisser quelque chose d’effrayant, qui se terminera plus tard en une partie normalisée de procès de sorcière.

Il y a un précédant.

Johannes Salsberg (1110-1180) attribue à Hérodias le fait de présider aux banquets des Stria. Et il parle également de son offrande de bébés aux Lamiei (pluriel de Lamia, serpent à tête de démons). Cela montre la fusion de légendes classiques et du savoir oral contemporain.

Retournons au XIVème siècle, Jacobo Passavanti (je ne sais pas qui est-ce, désolée) évoque pour la première fois le sabbat et les contes qui parlent de femmes qui volent dans les cieux, qui s’adonnent aux plaisirs de la chair, de vielles sorcières faisant la cuisine (thème « coga »), des serpents, des démons qui essayent de tromper les gens et les pousser à pécher, d’Hérodias et Diane.

Il y a trois procès de sorcière en particulier qui mettent en valeur quelques changements importants de ces mythes.

En 1384, une guérisseuse nommée Sibilla confesse, sans torture, croire qu’elle était présente aux Jeux de la Seniora Oresta. Elle fut emprisonnée pour avoir cru en de fausses légendes. En 1390, elle fut jugée et exécutée pour réelle participation aux jeux. Ce qui est important ici, c’est le passage du fait de croire que les légendes n’ont rien de vrai, au fait de croire qu’elles se sont réellement produites.

Également en 1390, une autre femme confesse, sans torture, qu’elle s’est rendue aux Jeux d’Irodiade où la nourriture se régénérait toute seule, elles visitaient de riches demeures, recevaient une connaissance des plantes, les adeptes juraient le secret, Hérodias avait un esprit qui l’aidait, nommé “Lucifeius” ou “Luciferros”. Cet esprit était jeune, beau, bel et, evidemment, richement vêtu de rouge et de turquoise.

Ici nous avons vu une fusion des histoires de Féérie, d’Hérodias et de la nourriture qui se renouvelle. Nous avons vu l’introduction de Lucifer, mais notez qu’il n’est pas vêtu de noir. Remarquez également que les adeptes ont juré le secret.

En 1540, une célèbre guérisseuse, Balazza (esp. ?) fut jugée et sous la torture confessa de nombreux « crimes » (lire : « répondez par un oui à la check-list »). Parmi ces crimes :

– société secrète de sorcières,
– initiation,
– rejet du christ et de l’église,
– s’oindre d’huile et s’envoler ensuite pour Benevento (il y a un célèbre noyer, qu’on appelle le Noyer des Sorcières là-bas, qui était bien connu comme étant un lieu de réunions sorcières.)
– un diable nommé “Mohammet” qui était séduisant et vêtu de noir,
– jeu sexuel et danse avec des diables,
– équipes de groupes sorciers par régions (coven ?), tous régis par la Reine Bevania,
– manger des boulettes de viande de bébés (stria, coga)
– Le 1er Novembre, une période particulière.

Il est important de noter que cette confession a été faite sous la torture, ainsi il est peu probable que Balazza ait vraiment cru avoir fait ces choses. Plus vraisemblablement, les tortionnaires possédaient une check-list d’actes qu’on croyait être perpétrés par les sorcières et lui avaient fait répondre par un oui aux charges. Ainsi cette liste est importante pour comprendre ce qu’était le Mythe Chrétien de la Subversion à cette époque (l’Église en fait tenir le rôle aux sorcières et blasphémateurs)

Le premier type de contes tournait autour de femmes qui montaient des animaux, se réunissaient la nuit, dansaient et faisaient bonne chère d’une nourriture inépuisable. Le dernier type tourne autour d’une sexualité licencieuse (souvenez-vous des spéculations à propos de l’association d’une sexualité effrénée entre femmes et des réunions exclusivement féminines), d’une société secrète, du Diable, des noms secrets.

On voit la transition entre l’un et l’autre à travers un changement de perception de la légende en tant que légende, et de la légende en tant que fait (cela pourrait inclure des exemples d’ostentation, de femmes pensant « Enfer ! Toutes ces autres femmes sortent et font toutes ces choses et je ne suis même pas invitée ! Je vais faire ma propre fête. ») et la création d’un Mythe Chrétien de Subversion centré sur des réunions nocturnes impliquant festins, danses et comportements pécheurs.

Pour conclure, l’histoire d’Aradia au XIXème siècle apparaît comme étant un mélange des premiers contes à propos d’Hérodias et des derniers contes à propos de diableries, d’ensorcellement et du Mythe Chrétien de Subversion.

Une fois encore, ce ne sont que mes notes. Je peux m’être trompée sur les dates et les noms. Que ceci serve comme point de départ à une recherche plus approfondie.