{"id":845,"date":"2014-08-04T15:02:40","date_gmt":"2014-08-04T13:02:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/?p=845"},"modified":"2020-10-05T10:16:29","modified_gmt":"2020-10-05T08:16:29","slug":"les-moissons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/folklore-sorcier\/les-moissons\/","title":{"rendered":"Le folklore des Moissons"},"content":{"rendered":"<p>Les moissons, par V\u00e9ro \u00a9 2006.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De tout temps, les moissons et les r\u00e9coltes ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s importantes pour la population. Donc, depuis les p\u00e9riodes les plus recul\u00e9es il y a eu des rites et des c\u00e9r\u00e9monies en rapport avec ces m\u00eames r\u00e9coltes. Je me souviens qu\u2019il y a encore peu d\u2019ann\u00e9es, quand nous faisions de la route, je voyais dans les champs de c\u00e9r\u00e9ales des carr\u00e9s qui avaient \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s debout. Je savais que c\u2019\u00e9tait une pratique en rapport avec un dieu, mais je ne savais plus quoi au juste\u2009? En faisant des recherches r\u00e9cemment, j\u2019ai trouv\u00e9 divers textes traitant de ce sujet et je vous en livre ici une synth\u00e8se.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LES DIVINIT\u00c9S<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les pays germaniques Freir et Holda \u00e9taient les protecteurs de l\u2019agriculture, Hertha et Nerthus avaient \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames r\u00f4les. Les f\u00eates au printemps, en mai et en \u00e9t\u00e9 \u00e9taient l\u00e0 pour garantir la protection des champs et des animaux domestiques. La croyance voulait que les plantes cultiv\u00e9es soient repr\u00e9sent\u00e9es par une divinit\u00e9 \u00e0 visage humain. Ainsi les P\u00e9ruviens louaient-ils une m\u00e8re du ma\u00efs et une m\u00e8re des pommes de terre que l\u2019on peut associer \u00e0 la \u00ab\u00a0Kornmutter\u00a0\u00bb (m\u00e8re du bl\u00e9) ou \u00ab\u00a0Roggenmuhme\u00a0\u00bb (tante du seigle). Dans les deux cas, on les repr\u00e9sentait par des poup\u00e9es v\u00e9g\u00e9tales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais qui dit divinit\u00e9s protectrices, dit forc\u00e9ment divinit\u00e9s mal\u00e9fiques, car sinon quel serait l\u2019int\u00e9r\u00eat des premi\u00e8res ? Parmi elles, citons le Deus spiniensis (dieu des ronces) romain, ou le Robigo qui amenait les incendies et les chardons. Chez les Germains, il y avait le Roggenwolf (loup du seigle), le Bilwitz, le Tauschlepper, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Roggenwolf est un d\u00e9mon, qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre quand le vent souffle dans les bl\u00e9s et les d\u00e9truit, ou quand le seigle est ergot\u00e9. Mais le Diable en personne devient le Bilwitz. Il va dans les champs les nuits sans lune et mange les \u00e9pis. Particuli\u00e8rement durant la nuit de Walpurgis (30 avril) et durant celle de la Saint-Jean (24 juin). On trouve des \u00e9crits \u00e0 son sujet d\u00e8s le 13e si\u00e8cle. Ses pieds sont comme des faucilles et quand il court dans les r\u00e9coltes il les coupe par la m\u00eame occasion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Tauschlepper est un personnage qui durant les p\u00e9riodes s\u00e8ches prend la ros\u00e9e des pr\u00e9s (Tau = ros\u00e9e, Tauschlepper = celui qui tra\u00eene la ros\u00e9e)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le li\u00e8vre est \u00e9galement une repr\u00e9sentation du d\u00e9mon du bl\u00e9. Afin de s\u2019en prot\u00e9ger, on s\u2019enduisait les mains de graisse de li\u00e8vre avant de semer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LES RITES DE PROTECTION<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors de la r\u00e9colte, on laissait un bouquet sur pied pour Odin et Holda. On cherchait aussi \u00e0 emprisonner le d\u00e9mon du bl\u00e9 qui volait de gerbe en gerbe, dans la toute derni\u00e8re. Parfois, plut\u00f4t que de la laisser, on la ramenait avec soi, sous l\u2019appellation de \u00ab vieil homme \u00bb elle participait ainsi aux f\u00eates de la r\u00e9colte, on la bichonnait durant tout l\u2019hiver et au printemps suivant on l\u2019\u00e9parpillait dans le champ. Cette poup\u00e9e \u00e9tait souvent arros\u00e9e de bi\u00e8re ou d\u2019hydromel, on la d\u00e9corait d\u2019herbes, d\u2019ail, de fleurs des champs, de camomille, de ronces, de rubans de couleur. On posait du pain et parfois des pierres pr\u00e8s d\u2019elle. Ainsi on se garantissait une prochaine r\u00e9colte fructueuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9videmment ces rites pa\u00efens ont fini par \u00eatre remplac\u00e9s par des traditions plus \u00ab\u00a0catholiques\u00a0\u00bb. Ainsi \u00e0 la fin du 19e si\u00e8cle, quand on arrivait \u00e0 la derni\u00e8re gerbe, tout le monde s\u2019agenouillait et remerciait le Seigneur lors d\u2019une pri\u00e8re. Et la gerbe, cette derni\u00e8re gerbe qui avait \u00e9t\u00e9 une poup\u00e9e adul\u00e9e autrefois, qui s\u2019\u00e9tait appel\u00e9e \u00ab\u00a0le vieil homme\u00a0\u00bb, devenait une \u00ab\u00a0Betgarde\u00a0\u00bb (gerbe \u00e0 pri\u00e8re).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour se prot\u00e9ger du Bilwitz, on plantait trois croix \u00e0 chaque coin du champ, le jour de la Saint-Jean.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9but des r\u00e9coltes se faisait environ un mois plus tard. Le jeudi pr\u00e9c\u00e9dent les moissonneurs et les lieurs recevaient un repas et une boisson \u00ab\u00a0fortifiants\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier jour on ne travaillait que l\u2019apr\u00e8s-midi, dans une ambiance de liesse, les chants et les bruits devaient \u00e9loigner les mauvais esprits. Les faux et les faucilles \u00e9taient d\u00e9cor\u00e9es de fleurs et de rubans. Mais le premier coup de faux \u00e9tait donn\u00e9 dans le plus grand silence. L\u2019\u00e9tat des \u00e9pis de la parcelle laiss\u00e9e sur pieds l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente laissait augurer si la nouvelle r\u00e9colte serait bonne ou non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y avait une tradition qui voulait que l\u2019on entour\u00e2t le bras gauche des lieurs d\u2019un lien fait de tiges de bl\u00e9 (plus tard on utilisera du ruban vert) tout en disant une pri\u00e8re \u00e0 Odin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre tradition \u00e9tait que lors du premier jour le propri\u00e9taire vint au champ avec sa famille et salu\u00e2t son personnel. Alors le premier faucheur s\u2019avan\u00e7ait, caressait sa faux afin qu\u2019elle \u00e9m\u00eet un doux bruit, et souhaitait une bonne r\u00e9colte. Il recevait alors une pi\u00e8ce de monnaie. Ensuite une des lieuses prenait trois tiges de bl\u00e9 avec leurs \u00e9pis, et de longs rubans, et les nouait autour du bras droit de la famille du propri\u00e9taire (trois \u00e9pis pour chacun), accompagnant son geste d\u2019une incantation. Elle aussi recevait une pi\u00e8ce de monnaie en retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Afin de prot\u00e9ger la r\u00e9colte des souris, il fallait fabriquer les liens des futures gerbes \u00e0 Carnaval. Et afin qu\u2019ils ne se rompent pas, on les enduisait de saindoux de carnaval. Ces m\u00eames liens ne devaient \u00e0 aucun prix \u00eatre jet\u00e9s apr\u00e8s usage, sous peine que l\u2019on devienne \u00e9pileptique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LES RITES DE REMERCIEMENT<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme je l\u2019ai dit plus haut on laissait en place une gerbe dans laquelle l\u2019esprit du bl\u00e9 \u00e9tait enferm\u00e9. On l\u2019appelait \u00ab\u00a0Erntebock\u00a0\u00bb (le bouc de la r\u00e9colte) ou \u00ab\u00a0Wold\u00a0\u00bb (Odin). On dansait autour d\u2019elle. La notion de \u00ab\u00a0bouc\u00a0\u00bb serait en rapport avec Donar\/Thor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par contre, les premiers \u00e9pis r\u00e9colt\u00e9s \u00e9taient jet\u00e9s au coq de la basse-cour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre gerbe \u00e9tait jet\u00e9e dans le pr\u00e9 ou dans une eau courante, en offrande \u00e0 Frigg, en tant que Kornfrau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans certaines r\u00e9gions, on laissait les derniers \u00e9pis pour \u00ab les petits oiseaux du bon Dieu \u00bb une version christianis\u00e9e d\u2019une ancienne tradition qui consistait \u00e0 les laisser pour les \u00e2mes des d\u00e9funts. En effet Wotan et Holda sont tous deux en rapport avec les d\u00e9funts et la chasse sauvage. Et comme l\u2019automne est tout pr\u00e8s, et qu\u2019apr\u00e8s lui viendront l\u2019hiver et la chasse sauvage\u2026 Mieux vaut faire une offrande !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le m\u00eame esprit quand on r\u00e9coltait les pommes on laissait pendre trois fruits pour le chasseur sauvage ou pour Frau Holle \u2013 \u00e9galement appel\u00e9e Frau Percht (je vous rappelle que pour entrer dans le sidh, on passe sous un portique o\u00f9 pendent trois pommes d\u2019argent).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois la r\u00e9colte termin\u00e9e les faucheurs s\u2019asseyaient sur la terre pour signifier ainsi que le champ pouvait \u00e0 pr\u00e9sent se reposer. Dans d\u2019autres r\u00e9gions, c\u2019\u00e9taient les lieuses qui s\u2019asseyaient afin de donner leur force \u00e0 la terre, elles plantaient alors dans le sol un bouquet de bl\u00e9 ou de pavot.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s que la derni\u00e8re charrette fut rapport\u00e9e \u00e0 la ferme, et que la fermi\u00e8re l\u2019eut arros\u00e9e d\u2019un peu d\u2019eau pour conjurer le risque de pluie, on fa\u00e7onnait une couronne de bl\u00e9 et de fleurs champ\u00eatres, on y ajoutait des rubans et des figurines en bois peint, parmi lesquelles le coq, symbole de prosp\u00e9rit\u00e9. Ailleurs, on fa\u00e7onnait une poup\u00e9e emplie de pois. Elle \u00e9tait d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Thor. Plus tard les grains de ces couronnes seront rendus \u00e0 la terre afin que tout ne lui soit pas pris. Ainsi se garantissait-on une bonne r\u00e9colte pour l\u2019ann\u00e9e \u00e0 venir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a des traditions similaires pour la fenaison. Quand celle-ci est termin\u00e9e, les faucheurs se mettent en rond, poussent un cri par trois fois, et passent la pierre \u00e0 aiguiser sur le fil de leurs faux. Autrefois, ils se mettaient en rond et faisaient une offrande de boisson \u00e0 la terre, puis ils frappaient trois fois leur faux en criant \u00ab\u00a0Wotan\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Wold\u00a0\u00bb. L\u2019offrande de boisson s\u2019est perdue, le cri est rest\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">TRADITIONS DIVERSES<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans certaines r\u00e9gions on s\u2019entraide entre voisins, on se r\u00e9unit tout d\u2019abord un peu \u00e0 l\u2019avance, autour d\u2019un bon repas et on pr\u00e9voit un planning. Si ensuite une parcelle n\u2019est pas termin\u00e9e dans le temps imparti alors celui \u00e0 qui elle appartient aura un gage. On \u00ab\u00a0lui fait l\u2019ours\u00a0\u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019un des travailleurs se d\u00e9guise en ours, d\u2019autres deviennent des chasseurs ou des chiens et on d\u00e9marre une poursuite \u00e0 travers les collines. L\u2019ours sera finalement \u00ab\u00a0abattu\u00a0\u00bb et il d\u00e9valera la pente. Ainsi essayera-t-on toujours de finir l\u2019ouvrage \u00e0 temps afin de ne pas \u00eatre celui que l\u2019on \u00ab\u00a0fera ours\u00a0\u00bb. Il semblerait toutefois que cette tr\u00e8s vieille fa\u00e7on de faire ait subi quelques changements. En effet, en vieux dialecte le mot \u00ab\u00a0B\u00e4r\u00a0\u00bb (ours) ne d\u00e9signe pas seulement le plantigrade, mais aussi un homme particuli\u00e8rement r\u00e9pugnant. Un \u00ab\u00a0gros porc\u00a0\u00bb. On comprend alors mieux que personne ne veuille qu\u2019on l\u2019assimile \u00e0 cela parce que sa r\u00e9colte n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 finie \u00e0 temps\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la r\u00e9colte venait le moment o\u00f9 on battait le bl\u00e9 (ou d\u2019autres c\u00e9r\u00e9ales ou l\u00e9gumes secs). Celui qui donnait le dernier coup de fl\u00e9au avait un gage. On lui fabriquait une sorte de mitre en bl\u00e9 et en rubans (rouges), il devait monter dans une charrette et les autres batteurs le faisaient parader ainsi \u00e0 travers le village. Ensuite \u00e9tait pris un repas, o\u00f9 il avait la place d\u2019honneur, on lui donnait les meilleurs morceaux, mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa belle assiette s\u2019en trouvait une autre, emplie de fiente de poulet, accompagn\u00e9e d\u2019un couteau et d\u2019une fourchette. Et il gardait son couvre-chef durant tout le repas, subissant les quolibets que l\u2019on imagine ! Mais la tradition connaissait quelques variantes selon les endroits. Parfois on lui passait un garrot de paille autour du cou et on l\u2019enduisait de suie. En fait celui qui donne le dernier coup est consid\u00e9r\u00e9 comme ayant tu\u00e9 le d\u00e9mon du bl\u00e9 et son gage aura un rapport avec la forme qu\u2019on donne au d\u00e9mon en question. Selon l\u2019endroit on dira que le batteur a \u00ab\u00a0attrap\u00e9\u00a0\u00bb tel animal et c\u2019est de la chair de cet animal qu\u2019on mangera au repas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les moissons, par V\u00e9ro \u00a9 2006. De tout temps, les moissons et les r\u00e9coltes ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s importantes pour la population. Donc, depuis les p\u00e9riodes les plus recul\u00e9es il y a eu des rites et des c\u00e9r\u00e9monies en rapport avec ces m\u00eames r\u00e9coltes. 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