{"id":2012,"date":"2015-04-18T17:15:22","date_gmt":"2015-04-18T15:15:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/?p=2012"},"modified":"2019-06-10T12:13:22","modified_gmt":"2019-06-10T10:13:22","slug":"stregheria-magie-vernaculaire-en-italie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/sur-la-wicca-la-sorcellerie\/histoire\/stregheria-magie-vernaculaire-en-italie\/","title":{"rendered":"Stregheria &#038; magie vernaculaire en Italie : une comparaison"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Stregheria &amp; magie vernaculaire en Italie : une comparaison. <\/strong>Par Sabina Magliocco. Traduction &amp; adaptation Lune<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9cemment, la distinction entre la stregheria contemporaine et la magie, la gu\u00e9rison &amp; la pratique spirituelle traditionnelles italiennes a fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats sur un certain nombre de listes de discussion et de sites web. Dans ce bref essai, je vais tenter de r\u00e9sumer \u00e0 un public non universitaire certaines de mes publications universitaires sur ce th\u00e8me et d\u2019inviter \u00e0 davantage de recherches, de questions et de discussions sur ce sujet. Il convient que je pr\u00e9cise d&rsquo;abord mon approche universitaire : en tant qu\u2019anthropologue et folkloriste, je consid\u00e8re la stregheria et la magie vernaculaire italienne comme d\u2019importantes facettes de la culture en elles-m\u00eames. Mon intention n\u2019est pas d&rsquo;appuyer ou de nier l\u2019authenticit\u00e9 de l\u2019une ou de l\u2019autre, mais d\u2019aider les lecteurs \u00e0 comprendre les contextes dans lesquels elles se sont d\u00e9velopp\u00e9es et comment cette premi\u00e8re s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir de cette derni\u00e8re dans le contexte de la diaspora italo-am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La stregheria est une variante italo-am\u00e9ricaine de la sorcellerie n\u00e9o-pa\u00efenne. Elle doit ses origines \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/download\/aradia.pdf\" >Aradia ou l'\u00e9vangile des sorci\u00e8res<\/a> (1889), une collection de sortil\u00e8ges, de comptines et de l\u00e9gendes qui, selon le folkloriste amateur Charles G. Leland, lui viendrait d\u2019une diseuse de bonne aventure florentine nomm\u00e9e <em>Maddalena<\/em>. D&rsquo;apr\u00e8s Leland, Maddalena appartenait \u00e0 une famille de sorci\u00e8res qui pratiquaient une forme de religion pa\u00efenne centr\u00e9e sur l&rsquo;adoration de la d\u00e9esse de lune <em>Diana<\/em>. Leland a interpr\u00e9t\u00e9 le mat\u00e9riel qu&rsquo;il avait collect\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s les th\u00e9ories du folklore populaire de la fin du XIXe si\u00e8cle : comme des vestiges d\u2019anciennes religions pa\u00efennes, en particulier celles des Romains et des \u00c9trusques, des civilisations qui ont jadis domin\u00e9 l\u2019Italie centrale. Il a surnomm\u00e9 la sorcellerie \u00ab\u00a0<em>la vecchia religione<\/em>\u00a0\u00bb (la vieille religion). D\u00e8s le d\u00e9but, le travail de Leland a \u00e9t\u00e9 controvers\u00e9. Certaines parties de son mat\u00e9riel (comme la conjuration des citrons et des \u00e9pingles, par exemple) sont analogues au folklore italien. D&rsquo;autres extraits semblent \u00eatre des versions de comptines populaires italiennes, r\u00e9\u00e9crites pour correspondre \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie de Leland. Et le personnage d&rsquo;<em>Aradia<\/em> semble bien \u00eatre bas\u00e9 sur une figure du folklore m\u00e9di\u00e9val italien : l\u2019<em>H\u00e9rodias<\/em> biblique (<em>Erodiade<\/em> en italien) qui, selon la croyance populaire, volait dans les airs, la nuit, \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;un cort\u00e8ge fantomatique. Mais ces \u00e9l\u00e9ments du folklore n&rsquo;apparaissent nulle part ailleurs dans la tradition italienne dans le cadre d&rsquo;un seul texte. Si l\u2019\u00c9vangile des Sorci\u00e8res avait \u00e9t\u00e9 un document authentique issu d&rsquo;une tradition populaire, d\u2019autres versions de celui-ci auraient \u00e9t\u00e9 recueillies par les folkloristes ou historiens italiens. Aucun ethnologue italien n\u2019a encore retrouv\u00e9 de texte similaire. C\u2019est pourquoi l&rsquo;<em>Aradia<\/em> de Leland est depuis toujours soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019\u00eatre un faux. Plus r\u00e9cemment, l&rsquo;historien Robert Mathiesen a propos\u00e9 une nouvelle explication : <em>Aradia<\/em> doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un texte dialogique et intersubjectif, un produit de l\u2019\u00e9troite interaction entre Leland et Maddalena, pendant laquelle Maddalena a s\u00e9lectionn\u00e9 et r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 des fragments du folklore de mani\u00e8re \u00e0 int\u00e9resser son riche client. Le r\u00e9sultat est un document dans lequel de nombreux \u00e9l\u00e9ments issus du folklore ont \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9s et assembl\u00e9s de mani\u00e8re si peu commune que cela leur donne une interpr\u00e9tation unique et atypique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d\u00e9pit des controverses qui l\u2019entourent, le texte de Leland est devenu assez influent : il a assimil\u00e9 la magie populaire \u00e0 une antique religion impliquant l\u2019adoration d\u2019une d\u00e9esse et il a situ\u00e9 tout cela en Italie. Leland a clairement influenc\u00e9 Gerald B. Gardner qui est largement reconnu pour avoir d\u00e9velopp\u00e9 la Wicca sous sa forme actuelle et, via Gardner, une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re de Sorci\u00e8res. L\u00e9o Louis Martello (1933-2001) fut l\u2019un des tout premiers \u00e0 se pr\u00e9senter ouvertement comme pratiquant de la sorcellerie italienne. Martello a pr\u00e9tendu avoir \u00e9t\u00e9 initi\u00e9, jeune homme, par un membre de sa famille. Il a d\u00e9crit une tradition secr\u00e8te h\u00e9r\u00e9ditaire fond\u00e9e sur une version sicilienne du mythe de <em>Proserpina<\/em> (Pers\u00e9phone). Avec la pr\u00eatresse Lori Bruno, \u00e9galement pratiquante h\u00e9r\u00e9ditaire, il a fond\u00e9 le \u00ab\u00a0<em>Trinacrian Rose of New York City\u00a0\u00bb, <\/em>un des premiers covens italo-am\u00e9ricains d\u2019Am\u00e9rique du Nord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le v\u00e9ritable h\u00e9ritier de Leland est Raven Grimassi, l\u2019architecte de la stregheria. Comme Martello et Bruno, Grimassi affirme avoir \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 au sein d\u2019une tradition familiale de pratique magique qu\u2019il d\u00e9crit comme h\u00e9r\u00e9ditaire, domestique et secr\u00e8te. La m\u00e8re de Grimassi est originaire de la r\u00e9gion de Campanie, en dehors de Naples. Elle appartient \u00e0 une famille dont les membres pratiquent nombre de traditions magiques, dont le bannissement du mauvais \u0153il, la fabrication de liqueurs et huiles m\u00e9dicinales, et la divination. \u00c0 l&rsquo;instar des traditions d\u00e9crites par Martello, Bruno et un certain nombre d\u2019ethnologues italiens, elle se compose d\u2019un ensemble d\u2019enseignements secrets r\u00e9serv\u00e9s aux membres de la famille, transmis uniquement \u00e0 ceux qui \u00e9taient per\u00e7us comme ayant une capacit\u00e9 magique inn\u00e9e et de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour cela. Mais ce n\u2019est pas de cette tradition que parle Grimassi dans ses livres : <em>The Ways of the Strega<\/em> (1995), <em>Hereditary Witchcraft<\/em> (1999) et <em>Italian Witchcraft<\/em> (2000). \u00c0 la place, il pr\u00e9sente une \u00e9laboration de ce qu&rsquo;a d\u00e9crit Leland : une religion semblable \u00e0 la Wicca dans sa structure et sa pratique, \u00e0 laquelle il a ajout\u00e9 une saveur italienne, de par les noms des d\u00e9it\u00e9s, des esprits et des sabbats. Selon lui, les Sorci\u00e8res italiennes se divisent elles-m\u00eames en trois clans : les <em>Fanarra<\/em> du nord de l\u2019Italie, les <em>Janarra<\/em> et les <em>Tanarra<\/em> de l\u2019Italie centrale. Aucune mention n\u2019est faite de l\u2019Italie m\u00e9ridionale, en d\u00e9pit du fait que la majorit\u00e9 des immigr\u00e9s italiens (venus s\u2019installer en Am\u00e9rique du Nord), dont la m\u00e8re de Grimassi fait partie, en est originaire. Chaque tradition est dirig\u00e9e par un leader connu sous le nom de \u00ab\u00a0<em>Grimas<\/em>\u00ab\u00a0. Comme les noms des trois clans Strega, le mot \u00ab\u00a0<em>Grimas\u00a0\u00bb<\/em> n\u2019est pas un mot du vocabulaire italien ni d&rsquo;aucun\u00a0 dialecte italien. Les \u00ab\u00a0cercles\u00a0\u00bb du culte des Streghe italo-am\u00e9ricains sont appel\u00e9s <em>boschetti<\/em> (\u201cbosquets\u201d), ils sont conduits par une grande pr\u00eatresse et un grand pr\u00eatre. Ils se rencontrent lors des pleines lunes et nouvelles lunes et observent les huit sabbats. Ils v\u00e9n\u00e8rent une d\u00e9esse lunaire et un dieu cornu, inspir\u00e9s des divinit\u00e9s \u00e9trusques <em>Uni et Tagni<\/em>, \u00e9galement connus comme <em>Tana et Tanus<\/em>, <em>Jana et Janus<\/em>, <em>Fana et Faunus<\/em>. Les esprits ancestraux connus sous le nom de <em>Lasa<\/em>, veillent sur chaque famille et divers esprits de la nature, tels <em>Fauni, Silvani, Folletti et Linchetti<\/em>, jouent des r\u00f4les clefs dans la stregheria. Les gardiens des quatre directions sont connus sous le nom de <em>Grigori<\/em>. Bien que les livres de Grimassi aient exerc\u00e9 une grande influence aux \u00c9tats-Unis, les covens stregheria ind\u00e9pendants qui ne descendent pas du sien peuvent ne pas n\u00e9cessairement suivre ses enseignements. Comme dans tout Art n\u00e9o-pa\u00efen, il existe une grande diversit\u00e9 et adaptation parmi les groupes et solitaires. Le fil conducteur qui relie tous les covens stregheria semble se trouver dans leurs efforts \u00e0 donner \u00e0 leurs pratiques une saveur italienne, que ce soit \u00e0 travers les types de d\u00e9it\u00e9s v\u00e9n\u00e9r\u00e9es, dans la nourriture servie lors des rituels ou dans l\u2019adaptation des pratiques culturelles italiennes et italo-am\u00e9ricaines \u00e0 un contexte pa\u00efen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le g\u00e9nie de Grimassi est plus cr\u00e9atif qu\u2019\u00e9rudit. Il ne pr\u00e9tend jamais reproduire exactement ce qui a \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9 en Italie, admettant que les Streghe ont adapt\u00e9 \u00ab\u00a0quelques \u00e9l\u00e9ments wiccans \u00e0 leur mani\u00e8re\u00a0\u00bb (1995:xviii). Il reconna\u00eet ouvertement qu&rsquo;il d\u00e9veloppe sa tradition familiale, en y ajoutant des \u00e9l\u00e9ments pour la reconstituer dans ce qu&rsquo;il imagine \u00eatre son \u00e9tat originel. Mais de ses tentatives de reconstruction d&rsquo;une tradition, une toute nouvelle tradition a \u00e9merg\u00e9 : une tradition qui poss\u00e8de peu de ressemblances avec tout ce qui a \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9 en Italie ou au sein de communaut\u00e9s ethniques italo-am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien que fond\u00e9e sur la magie populaire italienne, les r\u00e9cits historiques et les collectes de folklore, la stregheria est, comme la grande majorit\u00e9 du renouveau de la sorcellerie, une tradition moderne. Le folkloriste Robert Klymasz, \u00e9crivant sur ce qui arrive au folklore apr\u00e8s une immigration au sein d&rsquo;une nouvelle culture, a identifi\u00e9 trois strates de folklore pr\u00e9sentes dans toute communaut\u00e9 ethnique. Celles-ci sont :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">la traditionnelle, avec de clairs liens aux formes de l&rsquo;Ancien Monde ;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">la transitionnelle, dans laquelle se cristallisent des \u00e9l\u00e9ments de l\u2019Ancien Monde, tandis que d\u2019autres s\u2019adaptent au nouveau contexte ;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">et la novatrice, dans laquelle un nouveau folklore est d\u00e9velopp\u00e9 pour compenser les formes anciennes qui ont \u00e9t\u00e9 perdues (Klymasz, 1973).<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">La stregheria appartient \u00e0 la derni\u00e8re cat\u00e9gorie. Elle poss\u00e8de certains points communs avec la magie vernaculaire italienne, que je d\u00e9crirai ci-apr\u00e8s, mais elles ont davantage de diff\u00e9rences que de similitudes. Sa vraie valeur r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 fournir aux Italo-am\u00e9ricains contemporains un nouveau contexte dans lequel interpr\u00e9ter les pratiques populaires magiques rest\u00e9es dans leur famille pendant de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations, en donnant \u00e0 ces traditions une nouvelle vie. Ainsi, elle joue un r\u00f4le vital dans la cr\u00e9ation et le maintien de l\u2019identit\u00e9 de ses pratiquants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La magie vernaculaire italienne, en revanche, n\u2019est ni une religion ni un syst\u00e8me de pratiques formalis\u00e9es. C\u2019est \u00e0 la fois une vision du monde et un ensemble de coutume li\u00e9s au cycle agropastoral qui est fortement ancr\u00e9 dans la vie de ses pratiquants, quasiment jamais de mani\u00e8re consciente. Pour la plupart de ces personnes, c\u2019est une fa\u00e7on ordinaire de faire les choses et de se comporter. Bien qu\u2019elle puisse avoir des racines historiques dans les pratiques pr\u00e9chr\u00e9tiennes, il ne s&rsquo;agit clairement pas d&rsquo;une tradition pa\u00efenne. Mais elle est fermement ancr\u00e9e dans une matrice culturelle catholique romaine. Dans un des mes plus r\u00e9cents travaux, je ai appel\u00e9 cela \u00ab\u00a0la vision enchant\u00e9e du monde\u00a0\u00bb, en jouant sur le trope de Max Weber, \u00e0 propos du d\u00e9senchantement du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vision italienne enchant\u00e9e du monde est ancr\u00e9e dans des syst\u00e8mes \u00e9conomiques et sociaux de pr\u00e9commercialisation sp\u00e9cifiques. En raison des activit\u00e9s de subsistance li\u00e9es \u00e0 la terre, le temps est organis\u00e9 en fonction des cycles saisonniers ; ceux-ci se refl\u00e8tent dans l&rsquo;ann\u00e9e rituelle qui est domin\u00e9e par les formes liturgiques catholiques. Celles-ci sont presque toujours interpr\u00e9t\u00e9es localement de mani\u00e8re \u00e0 ce qu&rsquo;elles soient reli\u00e9es au cycle \u00e9conomique : par exemple, en Campanie, o\u00f9 les cultures de bl\u00e9 et de chanvre ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par celle du tabac dont la saison de v\u00e9g\u00e9tation est identique, l&rsquo;ann\u00e9e rituelle d\u00e9bute au moment des plantations vers la Saint Martin \u00e0 la mi-novembre et s&rsquo;\u00e9tend jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la saison des r\u00e9coltes \u00e0 la Saint Cosimo et la Saint Damiano en octobre. Dans les r\u00e9gions pastorales telles que la Sardaigne et les Apennins, mai et septembre, les mois qui encadrent la transhumance, sont marqu\u00e9s par des pratiques rituelles locales. La forme exacte de l&rsquo;ann\u00e9e rituelle diff\u00e8re donc nettement d&rsquo;une r\u00e9gion \u00e0 l&rsquo;autre. Les symboles (les Madonnes et les saints) sont les m\u00eames, mais chaque canton diff\u00e8re par la fa\u00e7on dont il situe ces personnages au sein de son syst\u00e8me symbolique et \u00e9conomique. La vision enchant\u00e9e du monde n&rsquo;est pas seulement enracin\u00e9e dans le cycle de l&rsquo;ann\u00e9e rituelle ; elle est omnipr\u00e9sente dans le cycle de vie de l&rsquo;individu. Elle commence \u00e0 la naissance et impr\u00e8gne toutes les \u00e9tapes de la vie et tous les rites de passage, d\u00e8s la naissance, lorsque la plupart des b\u00e9b\u00e9s italiens qui ne sont pas <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Coiffe_c%C3%A9phalique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">n\u00e9s coiff\u00e9s<\/a> (la <em>camicia<\/em>, ou la \u201cchemise,\u201d en italien) re\u00e7oivent une\u00a0 chemise de fin linon de la part d&rsquo;un parent, souvent un parrain ou une marraine, afin de les prot\u00e9ger contre les influences mal\u00e9fiques, \u00e0 des enterrements, o\u00f9 diverses croyances \u00e0 propos de l&rsquo;autremonde se manifestent \u00e0 travers la coutume.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le c\u0153ur de la magie et de la religion vernaculaires italiennes se trouve donc dans la corr\u00e9lation de ses syst\u00e8mes symboliques avec les structures sociales et \u00e9conomiques locales. Le lien primaire n&rsquo;est jamais celui des structures dominantes de l&rsquo;\u00e9glise et de l&rsquo;\u00e9tat. Les structures h\u00e9g\u00e9moniques peuvent ou non co\u00efncider avec les structures indig\u00e8nes, mais l\u00e0 o\u00f9 aucun lien n&rsquo;est \u00e9tabli, elles\u00a0 sont simplement ignor\u00e9es. Si un \u00e9l\u00e9ment particulier n&rsquo;a pas de sens selon les conceptions locales du temps, de l&rsquo;espace et de la nature du monde, les gens le traiteront comme s&rsquo;il n&rsquo;existait pas, comme s&rsquo;il n&rsquo;avait aucune cons\u00e9quence. C&rsquo;est pourquoi la sc\u00e8ne de la vision enchant\u00e9e du monde en Italie est, partout, locale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 son caract\u00e8re extr\u00eamement local, la vision enchant\u00e9e du monde est pr\u00e9sente dans toute l&rsquo;Italie, dans le nord comme le sud, avec beaucoup plus de points communs qu&rsquo;on pourrait le penser, \u00e9tant donn\u00e9 les diff\u00e9rences linguistiques, culturelles et \u00e9conomiques qui caract\u00e9risent les vingt r\u00e9gions de l&rsquo;Italie. Certains concepts sont omnipr\u00e9sents : par exemple, on retrouve dans toutes ses r\u00e9gions le mauvais \u0153il et son diagnostic, et ses rem\u00e8des sont partout tr\u00e8s similaires. Pourtant, la vision enchant\u00e9e du monde d\u00e9fie toute syst\u00e9matisation. Les croyances et les pratiques ne sont nulle part normalis\u00e9es ni m\u00eame organis\u00e9es en un ensemble de principes qui s&rsquo;articulent ais\u00e9ment ; elles font partie de la vie quotidienne, elles font partie de la praxis. L&rsquo;ethnologue allemand Thomas Hauschild qui a pass\u00e9 pr\u00e8s de vingt ann\u00e9es \u00e0 \u00e9tudier la magie en Basilicate, une r\u00e9gion du sud de l&rsquo;Italie, a \u00e9crit :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">&lsquo;Il n&rsquo;y a pas de syst\u00e8me, il n&rsquo;y a que la pratique.&rsquo; (Hauschild, 2003:19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pratique est le syst\u00e8me. Les pratiques et croyances existent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une cosmologie particuli\u00e8re, mais leurs d\u00e9tails pr\u00e9occupent rarement ses technologues. Ainsi une structure comme celle qui est d\u00e9crite par Grimassi, avec des branches organis\u00e9es dans diverses r\u00e9gions d&rsquo;Italie, chacune avec son propre leader et corpus de traditions syst\u00e9matique, est intrins\u00e8quement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la vision italienne enchant\u00e9e du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La principale caract\u00e9ristique de la vision enchant\u00e9e du monde est la croyance en l&rsquo;omnipr\u00e9sence d&rsquo;\u00eatres spirituels qui peuvent influencer les vies humaines. Parmi ces \u00eatres figurent les d\u00e9funts, les saints, la vierge Marie et J\u00e9sus (qui ne sont, apr\u00e8s tout, rien de plus que des d\u00e9funts particuli\u00e8rement puissants). Il y a \u00e9galement les esprits tels que les <em>folletti<\/em>, <em>linchetti<\/em> et <em>monachelli<\/em>, qui font \u00e9cho \u00e0 la flore et la faune spirituelles des livres de Grimassi, mais sont souvent plus probl\u00e9matiques qu&rsquo;utiles : ils emm\u00ealent les crini\u00e8res des chevaux, effraient les \u00e2nes et d\u00e9boussolent les voyageurs qui croisent leur chemin. Certains esprits sont associ\u00e9s \u00e0 des types particuliers de maladies, bien que les liens exacts soient g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9termin\u00e9s par une tradition locale. Par exemple, en Basilicate, on dit que les morts sans repos sont la cause des maladies de peau telles que l&rsquo;<span class=\"tlid-translation translation\" lang=\"fr\"><span class=\"\" title=\"\">\u00e9rysip\u00e8le <\/span><\/span>et le feu de Saint Antoine (zona) ; en Campanie, on dit que les enfants ayant un retard de croissance sont emport\u00e9s par les sorci\u00e8res lors de leurs vols nocturnes dans les airs et qu&rsquo;ils sont \u00e9puis\u00e9s par le vol et la danse ; en \u00c9milie-Romagne, en Pouilles et en Sardaigne, les araign\u00e9es et\/ou les insectes sont responsables de nombreuses maladies : du <em>tarantismo<\/em> \u00e0 l&rsquo;argismo en passant par l&rsquo;<em>arl\u00eca<\/em>. Certains chercheurs sugg\u00e8rent que ces b\u00eates incarnaient autrefois les esprits des anc\u00eatres qui poss\u00e9daient ensuite leurs victimes par la morsure ou la piq\u00fbre (De Martino, 2005 [1961]). M\u00eame les esprits tels que les saints et la Madone, qui appartiennent \u00e0 un plus grand panth\u00e9on catholique, sont partout locaux : la Madone est habituellement ador\u00e9e sous une ou plusieurs de ses manifestations locales et les d\u00e9vots ont leurs favorites personnelles, en fonction des attributs et qualit\u00e9s de chaque Madone, sur lesquels elle \u00ab\u00a0veille\u00a0\u00bb ou r\u00e8gne, et de leurs besoins individuels ou int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partout en Italie, il y a des experts qui se sp\u00e9cialisent dans la communication avec le monde des esprits. Ce sont les \u00e9quivalents italiens des <a href=\"https:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/folklore-sorcier\/les-cunning-folk-sorciers-et-rebouteux-de-la-campagne-anglaise\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">cunning folk<\/a> britanniques et des <a href=\"https:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/folklore-sorcier\/cunning-folk\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">tradipraticiens europ\u00e9ens<\/a>. Et une grande partie de leur travail consiste \u00e0 diagnostiquer et gu\u00e9rir les maladies spirituelles. Leurs noms varient selon les r\u00e9gions ; ils peuvent \u00eatre connus sous le nom de <em>guaritori<\/em> (gu\u00e9risseurs), <em>donne che aiutano<\/em> (femmes qui aident), <em>praticos<\/em> (gens de savoir ou personnes sages), <em>fattucchiere<\/em> (rebouteux), <em>maghi<\/em> (magiciens), et par de nombreux autres termes dialectiques ; ils s\u2019appellent rarement eux-m\u00eames <em>streghe<\/em> sorciers. Ce terme est extr\u00eamement n\u00e9gatif dans le folklore italien et fait presque toujours r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une personne qui cause du tort \u00e0 autrui. Le folklore italien est riche de l\u00e9gendes \u00e0 propos des sorci\u00e8res qui volent dans les airs vers leurs r\u00e9unions l\u00e9gendaires autour d&rsquo;un noyer de <em>Benevento<\/em>, qui se rapetissent elles-m\u00eames \u00e0 tel point qu&rsquo;elles peuvent passer \u00e0 travers le trou des serrures, aspirer le souffle ou le sang de leurs victimes et causer toutes sortes de maladies et de m\u00e9faits chez leurs voisins. Clairement, ces activit\u00e9s font r\u00e9f\u00e9rence aux sorci\u00e8res du folklore ; elles n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9es par de v\u00e9ritables \u00eatres humains. Occasionnellement cependant, les gu\u00e9risseurs peuvent \u00eatre accus\u00e9s d&rsquo;\u00eatre des streghe par ceux qui croient \u00eatre victimes de magie noire ou par des clients dont la gu\u00e9rison fournie par le tradipraticien a \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la culture vernaculaire italienne, il existe deux types principaux de gu\u00e9rison : la gu\u00e9rison par l&rsquo;usage des herbes et la gu\u00e9rison spirituelle. Dans certains cas, les deux peuvent \u00eatre pratiqu\u00e9s par un m\u00eame individu. Des deux, la gu\u00e9rison par les herbes est moins consid\u00e9r\u00e9e comme une question de capacit\u00e9 spirituelle que de connaissances pratiques. En revanche, la gu\u00e9rison spirituelle est envisag\u00e9e comme \u00e9tant davantage li\u00e9e au pouvoir personnel. On appelle ceci de diverses mani\u00e8res :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>la forza<\/em> (puissance),<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>la virt\u00f9<\/em> (vertu ; \u00e9galement un attribut) ;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">ou <em>il segno<\/em> (le signe).<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et l&rsquo;on croit g\u00e9n\u00e9ralement qu&rsquo;il est inn\u00e9. Mais le pouvoir seul est inutile sans les pri\u00e8res, les formules et techniques magiques qui composent l&rsquo;art du tradipraticien. Le savoir et le pouvoir sont transmis par une initiation, g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 minuit, lors de la messe de la veille de No\u00ebl, pendant l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;hostie (ce moment magique de transformation de l&rsquo;ann\u00e9e liturgique catholique pendant lequel le monde est transform\u00e9 par la naissance du sauveur et l&rsquo;hostie est transform\u00e9e en son corps) et ainsi, par association, toute transformation peut se produire. La connaissance prend la forme de pri\u00e8res qui font appel \u00e0 un saint ou \u00e0 la Madone, et dans certains cas d&rsquo;une technique d&rsquo;accompagnement, qui varie selon la nature de la gu\u00e9rison spirituelle. Ces formules et techniques sont secr\u00e8tes ; elles ne peuvent \u00eatre transmises \u00e0 d&rsquo;autres sans que le gu\u00e9risseur\/la gu\u00e9risseuse ne perde son pouvoir, et elles ne peuvent \u00eatre transmises qu&rsquo;au moment convenu du cycle rituel. C&rsquo;est souvent la seule initiation et formation n\u00e9cessaire \u00e0 la transmission de simples charmes. Les connaissances et le pouvoir de gu\u00e9rison sont normalement transmis au sein de la famille ; dans certains cas, les membres de la famille (en g\u00e9n\u00e9ral un groupe de fr\u00e8res et soeurs ou de cousins) doivent travailler ensemble de fa\u00e7on \u00e0 obtenir la gu\u00e9rison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme des sp\u00e9cialistes l&rsquo;ont d\u00e9montr\u00e9 dans d&rsquo;autres parties de l&rsquo;Europe, les esprits occupent une place pr\u00e9pond\u00e9rante parmi les auxiliaires des tradipraticiens italiens. Alors que de nombreux Italiens ordinaires vivant au sein de communaut\u00e9s traditionnelles reconnaissent croire aux esprits et m\u00eame occasionnellement les contacter, les tradipraticiens semblent poss\u00e9der une aptitude accrue pour communier avec eux, bien sup\u00e9rieure \u00e0 celle des gens ordinaires. Dans de nombreuses r\u00e9gions, la gu\u00e9rison est essentiellement conceptualis\u00e9e sous la forme d&rsquo;une bataille contre des esprits mauvais (qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de morts sans repos, de sorci\u00e8res ou autres). Les gu\u00e9risseurs ont besoin d&rsquo;alli\u00e9s spirituels dans ces batailles et de nombreux gu\u00e9risseurs affirment en poss\u00e9der sous la forme d&rsquo;esprits qui les guident et les aident dans leur art. La nature de ces esprits, une fois encore, est tr\u00e8s localis\u00e9e et <span class=\"tlid-translation translation\" lang=\"fr\"><span class=\"\" title=\"\">idiosyncrasique<\/span><\/span> : il peut s&rsquo;agir de saints, d&rsquo;anc\u00eatres personnels ou de d\u00e9funts serviables. Ils peuvent appara\u00eetre au gu\u00e9risseur au cours de r\u00eaves et de visions : la transe et les \u00e9tats extatiques sont des \u00e9l\u00e9ments fondamentaux de la communication avec les esprits ; ce sont des portes qui donnent sur le monde spirituel pour les gu\u00e9risseurs et les praticiens de la magie. Lorsque les tradipraticiens ont recours aux saints ou \u00e0 la Vierge Marie pour les aider, ils peuvent entretenir des sanctuaires en leur nom, participer activement \u00e0 l&rsquo;organisation des f\u00eates en leur honneur et jouer un r\u00f4le actif au sein des fraternit\u00e9s et sororit\u00e9s religieuses qui collectent des fonds pour les f\u00eates. Les gu\u00e9risons de certaines maladies ne peuvent se produire que certains jours de f\u00eates particuli\u00e8res ou dans le cadre de la f\u00eate d&rsquo;un saint. Ainsi, la gu\u00e9rison est \u00e9troitement li\u00e9e au cycle saisonnier et \u00e9conomique de la communaut\u00e9, et au calendrier liturgique catholique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les tradipraticiens italiens peuvent utiliser une vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;outils au cours de leurs pratiques qui sugg\u00e8rent un lien entre la stregheria et la sorcellerie n\u00e9o-pa\u00efenne. Ils tiennent g\u00e9n\u00e9ralement des carnets dans lesquels ils notent charmes et pri\u00e8res : ce sont les pr\u00e9curseurs des livres des ombres modernes. Certains utilisent des armes de divers types (dagues, \u00e9p\u00e9es, ba\u00efonnettes et m\u00eame des fusils) pour effrayer les esprits mauvais ou pour \u00e9liminer symboliquement certaines maladies, telles que les vers. Des cordes et des cordelettes peuvent \u00eatre employ\u00e9es dans les charmes et sortil\u00e8ges d&rsquo;entrave, tandis que d&rsquo;autres outils peuvent \u00eatre enti\u00e8rement <span class=\"tlid-translation translation\" lang=\"fr\"><span class=\"\" title=\"\">idiosyncrasiques<\/span><\/span>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La tradition italienne de m\u00e9decine populaire et magique poss\u00e8de un certain nombre de caract\u00e9ristiques sugg\u00e9rant que des aspects de la stregheria moderne pourraient en partie en d\u00e9couler et que beaucoup d&rsquo;Italo-Am\u00e9ricains qui se per\u00e7oivent comme des vecteurs de la stregheria ont grandi dans des familles ayant conserv\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments de la vision enchant\u00e9e du monde de l&rsquo;Italie rurale. \u00c0 l&rsquo;instar du n\u00e9o-paganisme et du renouveau de la sorcellerie actuels, ce mode de vie s&rsquo;organisait autour d&rsquo;une ann\u00e9e rituelle qui suivait le cycle des saisons ; la lune et le soleil influen\u00e7aient les rythmes de travail de production. Les femmes \u00e9taient reconnues comme donneuses de vie et nourrici\u00e8res, et \u00e9taient \u00e9troitement impliqu\u00e9es dans l&rsquo;entretien des sanctuaires d\u00e9di\u00e9s \u00e0 une figure divine f\u00e9minine, la Vierge Marie. Leurs anc\u00eatres immigr\u00e9s ont peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 les vecteurs d&rsquo;une tradition de gu\u00e9rison qui impliquait des pratiques magiques et \u00e0 base de plantes. Ils ont peut-\u00eatre tenu des carnets de charmes et de pri\u00e8res qui \u00e9taient les pr\u00e9curseurs des livres des ombres n\u00e9o-pa\u00efens d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Parmi leurs outils, ils avaient peut-\u00eatre des couteaux, des \u00e9p\u00e9es et d&rsquo;autres armes con\u00e7ues pour faire fuir les esprits mauvais, et leur art impliquait la communication avec des alli\u00e9s qui prenaient la forme d&rsquo;esprits ancestraux. Comme ces traditions peuvent souvent \u00eatre confondues avec la sorcellerie des r\u00e9cits populaires, il est possible que ce lien ait perdur\u00e9 chez les seconde, troisi\u00e8me et quatri\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;apr\u00e8s immigration, donnant aux streghe contemporains l&rsquo;impression que leurs anc\u00eatres appartenaient \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e, hi\u00e9rarchique, mais secr\u00e8te de sorci\u00e8res. Mais l&rsquo;art italien de la m\u00e9decine traditionnelle et magique diff\u00e8re aussi de la stregheria n\u00e9o-pa\u00efenne moderne \u00e0 d&rsquo;importants \u00e9gards. Ce n&rsquo;est absolument pas une religion pa\u00efenne ; on ne parle pas d&rsquo;une d\u00e9esse et d&rsquo;un dieu, ni de faire descendre les d\u00e9it\u00e9s dans le corps des pratiquants. Il existe dans le cadre d&rsquo;une conception du monde en grande partie catholique, bien que remplie d&rsquo;esprits ancestraux, de pratique magique et d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments qui le d\u00e9signent comme \u00e9tant de nature vernaculaire, plut\u00f4t qu&rsquo;eccl\u00e9siastique. Le cadre rituel wiccan est \u00e9galement absent. M\u00eame s&rsquo;il peut exister certaines similarit\u00e9s entre le cycle annuel wiccan et celui de l&rsquo;Italie rurale, c&rsquo;est parce que ce premier est bas\u00e9 en grande partie sur le cycle agropastoral irlandais, qui partage un h\u00e9ritage commun avec d&rsquo;autres parties d&rsquo;Europe, dont l&rsquo;Italie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais une ancienne religion pr\u00e9chr\u00e9tienne, impliquant la v\u00e9n\u00e9ration de <em>Diana,<\/em> a-t-elle surv\u00e9cu au sein d&rsquo;une tradition paysanne italienne, pour ensuite \u00eatre apport\u00e9e en Am\u00e9rique du Nord par les immigrants italiens ? L&rsquo;absence de preuves \u00e9crites rend, au mieux, hypoth\u00e9tique toute r\u00e9ponse \u00e0 cette question, mais d&rsquo;apr\u00e8s les donn\u00e9es historiques, un tel sc\u00e9nario serait tr\u00e8s peu plausible. Trois facteurs rendent improbable la survivance d&rsquo;une religion pa\u00efenne en Italie au XXe si\u00e8cle et sa transmission par le biais de documents \u00e9crits comme l&rsquo;Aradia de Leland :<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">la forte pr\u00e9sence du christianisme dans toute la p\u00e9ninsule, assez t\u00f4t apr\u00e8s la chute de l&rsquo;Empire romain ;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">l&rsquo;absence d&rsquo;une culture et d&rsquo;un langage italiens communs jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle ;<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">ainsi que le relatif isolement et le manque de ressources des classes paysannes : celle-l\u00e0 m\u00eame qui aurait pr\u00e9serv\u00e9 la religion, selon le mythe n\u00e9o-pa\u00efen.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"text-align: justify;\">La stregheria &amp; la magie et la gu\u00e9rison vernaculaires italiennes sont donc des traditions tout \u00e0 fait diff\u00e9rentes, bien qu&rsquo;interconnect\u00e9es. De nombreux Italo-am\u00e9ricains qui se per\u00e7oivent comme les vecteurs de la stregheria ont grandi dans des familles qui ont pr\u00e9serv\u00e9 des aspects de la vision enchant\u00e9e du monde dans un contexte de l&rsquo;immigration. Si la stregheria aide peut-\u00eatre les Italo-am\u00e9ricains \u00e0 red\u00e9couvrir des aspects de leurs racines et \u00e0 \u00eatre fiers de leur identit\u00e9 ethnique, sa forme, sa structure et son contexte culture sont nettement diff\u00e9rents de ceux de la vision italienne enchant\u00e9e du monde et ses pratiques associ\u00e9es. Cependant, la stregheria ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme inauthentique, contrefaite ou invent\u00e9e, car l&rsquo;innovation et la r\u00e9cup\u00e9ration font partie du processus de la tradition. La vision enchant\u00e9e du monde ne peut exister dans le contexte urbain nord-am\u00e9ricain contemporain ; les Italo-am\u00e9ricains ont besoin de nouvelles fa\u00e7ons de construire et pr\u00e9server leur identit\u00e9 ethnique et, pour certains, la stregheria r\u00e9pond \u00e0 ses besoins.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/Franco-Pinna-fattucchiera-di-Colobraro-1952.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-6783 alignnone\" src=\"https:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/Franco-Pinna-fattucchiera-di-Colobraro-1952.jpg\" alt=\"\" width=\"736\" height=\"934\" srcset=\"https:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/Franco-Pinna-fattucchiera-di-Colobraro-1952.jpg 736w, https:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/Franco-Pinna-fattucchiera-di-Colobraro-1952-236x300.jpg 236w, https:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/wp-content\/uploads\/2015\/04\/Franco-Pinna-fattucchiera-di-Colobraro-1952-700x888.jpg 700w\" sizes=\"auto, (max-width: 736px) 100vw, 736px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Photos : <span id=\"fbPhotoSnowliftCaption\" class=\"fbPhotosPhotoCaption\" tabindex=\"0\" aria-live=\"polite\" data-ft=\"{&quot;tn&quot;:&quot;K&quot;}\"><span class=\"hasCaption\">Franco Pinna, <em>fattucchiera <\/em>de Colobraro, 1952.<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Stregheria &amp; magie vernaculaire en Italie : une comparaison. Par Sabina Magliocco. Traduction &amp; adaptation Lune R\u00e9cemment, la distinction entre la stregheria contemporaine et la magie, la gu\u00e9rison &amp; la pratique spirituelle traditionnelles italiennes a fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats sur un certain nombre de listes de discussion et de sites web. 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