{"id":1933,"date":"2015-04-12T10:18:41","date_gmt":"2015-04-12T08:18:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/?p=1933"},"modified":"2015-04-12T10:18:41","modified_gmt":"2015-04-12T08:18:41","slug":"la-sorciere-de-freibourg","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.le-sidh.org\/wicca\/sur-la-wicca-la-sorcellerie\/histoire\/la-sorciere-de-freibourg\/","title":{"rendered":"La sorci\u00e8re de Freibourg"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>La sorci\u00e8re de Freibourg<\/strong><br \/>\nAuteur inconnu, traduction &amp; adaptation V\u00e9ro<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ndlt : En faisant des recherches sur le net j\u2019ai trouv\u00e9 ce texte, une version romanc\u00e9e du proc\u00e8s des sorci\u00e8res pour lesquelles une plaque comm\u00e9morative a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e sur le Predigertor de Fribourg en Brisgau. Je n\u2019ai pas le nom de l\u2019auteur. Je ne peux donc pas le citer, je ne peux que vous donner le nom du site \u00ab\u00a0drucila666.de\u00a0\u00bb\u2026. par contre je peux le traduire pour vous.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sorci\u00e8re de Fribourg<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils vinrent durant la nuit pour emmener Catharina Stadellmenin, la veuve du ma\u00eetre serrurier Bantzer Entrav\u00e9e elle marcha en tr\u00e9buchant, entre deux bourreaux jusqu\u2019\u00e0 la Predigertor. Au dessus du Burberg l\u2019aube pointait \u00e0 peine, le brouillard s\u2019\u00e9tait d\u00e9gag\u00e9 et cela promettait d\u2019\u00eatre une claire journ\u00e9e de f\u00e9vrier. Il y avait peu de gens dans les rues \u00e0 cette heure l\u00e0. Selon le cas ils s\u2019arr\u00eataient, curieux, pour la d\u00e9visager, ou bien ils se h\u00e2taient de passer leur chemin et de s\u2019\u00e9loigner des bourreaux. Dans la clart\u00e9 de deux torches Catharina voyait d\u00e9j\u00e0 de loin un petit attroupement devant la porte du Predigerturm. En s\u2019approchant elle distingua d\u2019autres bourreaux et quelques autres femmes. Un homme maintint un document dans la lueur des torches et d\u00e9clama froidement le nom des prisonni\u00e8res, qui devaient \u00eatre enferm\u00e9es au Predigerturm.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eMagdalena Beurin, Catharina Stadellmenin\u2026.\u201cCatharina n\u2019\u00e9coutait d\u00e9j\u00e0 plus. Elle avait reconnu ses compagnes d\u2019infortune : deux femmes de Betzenhausen, qu\u2019elle connaissait depuis sa prime enfance, sa voisine \u00e9pouse d\u2019un marchand de toile, du nom de Anna Wolff\u00e4rtin, qui vivait dans la maison \u201eau lion blanc\u201c, juste en face de la maison des Bantzer, et son amie Margaretha M\u00f6\u00dfmerin. Catharina regarda Margaretha et vit la terreur dans ses yeux. Elle essaya de s\u2019approcher d\u2019elle, mais le plus petit des hommes qui l\u2019accompagnaient lui tordit violemment le bras dans le dos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eNe bouge pas\u201c siffla-t-il.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors elles entr\u00e8rent l\u2019une derri\u00e8re l\u2019autre par la petite porte dans la pi\u00e8ce de l\u2019huissier, et mont\u00e8rent un escalier de bois : une colonne silencieuse de 10 hommes lourdement arm\u00e9s et de 5 femmes. Ils arriv\u00e8rent \u00e0 une pi\u00e8ce sombre d\u2019environ 10 pieds de c\u00f4t\u00e9, de laquelle partaient un autre escalier et deux toutes petites pi\u00e8ces, \u00e0 peine plus grandes que des soues. Elles \u00e9taient ferm\u00e9es par une lourde porte de bois, \u00e0 hauteur de hanches, de telle sorte que le ge\u00f4lier puisse \u00e0 tout moment voir ce qui s\u2019y passait. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019on poussa la Wolffartin et Margaretha, les autres femmes durent monter; l\u00e0 o\u00f9 se trouvaient, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une porte de fer verrouill\u00e9e, trois autres petites pi\u00e8ces comme celles d\u2019en bas. Catharina fut pouss\u00e9e dans celle du milieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eAssieds toi\u201c.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle se laissa glisser au sol, couvert d\u2019une fine couche de paille. Avec des gestes ma\u00eetris\u00e9s les bourreaux lui attach\u00e8rent les poignets dans des fers eux m\u00eames fix\u00e9s au mur par de lourdes cha\u00eenes. Vaincue elle ferma les yeux, quand enfin on la laissa seule. Autant elle avait \u00e9t\u00e9 tout d\u2019abord effray\u00e9e de voir qu\u2019on avait aussi pris son amie, autant \u00e0 pr\u00e9sent se sentait elle rassur\u00e9e de voir qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas la seule femme de rang \u00e9lev\u00e9 \u00e0 \u00eatre arr\u00eat\u00e9e. Il y avait des r\u00e8glements et certainement qu\u2019ils devraient \u00eatre suivis. Certainement que dans le courant de la journ\u00e9e un repr\u00e9sentant du tribunal viendrait \u00e0 la tour et d\u00e9clarerait aux femmes que les faits qui leurs \u00e9taient reproch\u00e9s \u00e9taient sans fondement. D\u2019en bas lui parvenait la voix de Margaretha :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201en\u2019aies pas peur Catharina, nous serons bient\u00f4t sorties\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eje sais\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eferme la\u201c tonna une voix masculine, sans doute celle du ge\u00f4lier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina bougea les bras, elle pouvait les \u00e9carter jusqu\u2019\u00e0 toucher le mur de chaque c\u00f4t\u00e9. Mais les cha\u00eenes \u00e9taient trop courtes pour lui permettre de se lever. Si elle s\u2019asseyait bien droite contre le mur elle pouvait voir au del\u00e0 du portillon de bois, \u00e0 travers un trou dans le mur en face d\u2019elle le paysage ext\u00e9rieur. Comme sur une peinture se d\u00e9coupaient dans la lumi\u00e8re du matin les contours des murailles de la ville. Le jour se levait avec son cort\u00e8ge de bruits habituels : le grincement des charrettes de bois, les aboiements des chiens, les jurons des charretiers, les cris, les rires. Mais dans la tour tout \u00e9tait silencieux. Les prisonni\u00e8res n\u2019osaient plus parler, seul un l\u00e9ger ronflement s\u2019\u00e9levait de la cellule \u00e0 gauche de Catharina. Elle aussi finit par \u00eatre vaincue par la fatigue. Elle s\u2019allongea, aussi bien que le lui permettaient ses cha\u00eenes, sur la paille. Bien qu\u2019il fit frais la cellule puait l\u2019urine et le vomi. Y avait il des rats ? se demanda encore Catharina avant de s\u2019endormir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle ne v\u00e9cut rien d\u2019autre ce jour l\u00e0. Catharina fut r\u00e9veill\u00e9e par le bruit des cha\u00eenes et des voix masculines. Une des femmes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle \u00e9tait men\u00e9e hors de sa cellule, et quand Catharina redressa la t\u00eate elle la vit dispara\u00eetre derri\u00e8re la porte de fer, emmen\u00e9e par quelques hommes. La porte fut verrouill\u00e9e bruyamment. De toute \u00e9vidence il y avait une autre pi\u00e8ce au del\u00e0. La salle des tortures ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant on n\u2019entendait rien. Environ une heure plus tard la femme revint, debout, ne semblant pas avoir subi d\u2019outrages. Le reste de la journ\u00e9e se d\u00e9roula lentement, entre attente angoissante et ignorance quant \u00e0 l\u2019avenir. Catharina essayait d\u2019ordonner ses pens\u00e9es, elle se demandait ce qu\u2019elle pourrait bien dire au tribunal, avec quels mots elle pourrait contrer ce qui aurait \u00e9t\u00e9 dit \u00e0 son sujet par une femme qu\u2019elle connaissait \u00e0 peine. La femme s\u2019appelait Margret Vischer et apr\u00e8s qu\u2019elle eut subit de terribles tortures elle donna les noms de ses suppos\u00e9es compagnes, ce que voulaient entendre les juges. Alors CAtharina pensa \u00e0 son cher Christophe, qui sans doute ne savait pas encore dans quelle dramatique situation elle se trouvait. Tous deux s\u2019\u00e9taient toujours aim\u00e9s. Mais tout d&rsquo;abord leur amour ne fut pas approuv\u00e9 et chacun se maria de son c\u00f4t\u00e9, sans toutefois cesser de penser l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Le mariage de Catharina ne fut pas heureux, son d\u00e9funt mari, Michael Bantzer la battait, la trompait et l\u2019humiliait. Christophe non plus ne connut pas le bonheur. A la mort de leurs \u00e9poux respectifs ils purent enfin \u00eatre ensemble. Oui, ils voulaient se marier bient\u00f4t. Ce bonheur devait il aussi lui \u00eatre refus\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque fois que la porte de la tour s\u2019ouvrait, en bas, elle tremblait d\u2019effroi et pourtant personne ne vint \u00e0 elle, comme si on l\u2019avait oubli\u00e9e. Elle fixait le mur jaune sale de sa prison, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle connaisse par c\u0153ur chaque fissure, chaque tache, chaque creux. R\u00e9guli\u00e8rement elle se laissait vaincre par le sommeil jusqu\u2019\u00e0 ce qu&rsquo;un bruit de cha\u00eene ne la r\u00e9veille en sursaut. Ses poignets commen\u00e7aient \u00e0 la faire souffrir, parfois un bras ou une jambe s\u2019ankylosaient. Avec la nuit vint le froid, et personne ne leur apporta une couverture ou un sac de paille. Combien de temps devrait elle rester ici ? Des jours ? des semaines ? Elle croisa les mains et pria Dieu le P\u00e8re et la Vierge Marie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain on la r\u00e9veilla d\u2019un coup de pieds.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eOn se r\u00e9veille ! les Ma\u00eetres inquisiteurs sont l\u00e0\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ge\u00f4lier lui \u00f4ta ses cha\u00eenes et la mit debout. Malgr\u00e9 le froid et l\u2019inconfort elle avait d\u00fb dormir profond\u00e9ment car elle se sentait plus forte que la veille. Tandis qu\u2019elle suivait le ge\u00f4lier elle d\u00e9barrassa ses v\u00eatements de la paille qui s\u2019y \u00e9tait accroch\u00e9e. La porte de fer \u00e9tait ouverte. Catharina observa la pi\u00e8ce sombre mis \u00e0 part un bureau chichement illumin\u00e9 par une lampe \u00e0 huile. Trois hommes, debouts dans un coin, discutaient ensemble, derri\u00e8re le bureau le greffier organisait ses papiers et son encre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bient\u00f4t un homme se d\u00e9tacha du groupe, grand, soign\u00e9, les cheveux grisonnants. Sans doute \u00e9tait ce le juge d\u2019instruction. Au second abord Catharina le reconnut : c\u2019\u00e9tait le docteur Textor, qu\u2019elle avait rencontr\u00e9 l\u2019une ou l\u2019autre fois dans la maison d\u2019un ami, Jakob Baur, et qui, dix ans plus t\u00f4t, avait pris une propri\u00e9t\u00e9 seigneuriale \u00e0 Lehen. Elle retint un soupir de soulagement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201e\u00eates-vous Catharina Stadellmenin ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201emais oui Docteur Textor, nous nous connaissons d\u00e9j\u00e0. Nous nous sommes rencontr\u00e9s chez Monsieur Baur, avec Margaretha M\u00f6ssmerin. Comme elle va \u00eatre heureuse de savoir que c\u2019est vous qui menez l\u2019instruction, nous sommes\u2026.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle fut interrompue par le greffier \u201edois je noter tout cela Monsieur le Commissaire ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eStupide bourrique ! r\u00e9pondit un des \u00e9chevins en lieu et place de Textor, bien s\u00fbr que non !\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina n\u2019avait pas remarqu\u00e9 qu\u2019un court instant Textor s\u2019\u00e9tait crisp\u00e9 alors elle croisa son regard et il lui dit \u201econtentez vous de r\u00e9pondre \u00e0 mes questions. Rien de plus. Etes vous Catharina Stadellmenin ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eoui votre honneur\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle comprit que les questions suivaient un ordre pr\u00e9cis qu\u2019elle ne devait pas interrompre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201equel \u00e2ge avez vous, et o\u00f9 r\u00e9sidez vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; je vais sur mes 50 ans et j\u2019habite dans la Schiffsgasse<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; de quoi vivez vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; je dirige une petite brasserie<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; o\u00f9 \u00eates vous n\u00e9e<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; ici \u00e0 Fribourg<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; vos parents ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Anna Meierin, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e peu d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s ma naissance. Mon ^\u00e8re \u00e9tait le peintre Hieronymus Stadellmen, il est mort quand j\u2019avais 14 ans<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Avez vous \u00e9t\u00e9 en apprentissage apr\u00e8s cela ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Oui dans le restaurant de ma tante, Marthe Stadellmenin. Vous connaissez l\u2019endroit, puis j\u2019ai travaill\u00e9 au Schneckenwirtshaus<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Mari\u00e9e ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Je suis veuve depuis quelques ann\u00e9es. Mon mari \u00e9tait le ma\u00eetre serrurier et magistrat Michael Bantzer. Mais votre honneur sait tout cela.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eSilence ! vous devez vous contenter de r\u00e9pondre \u00e0 ce qui vous est demand\u00e9\u201c ces mots furent dits d\u2019un ton neutre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eavez vous des enfants ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Non, elle sentait le courage l\u2019abandonner. Quel absurde questionnaire !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; des proches qui seraient encore en vie ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; non, enfin je ne sais pas trop, ce que votre honneur entend par \u201eproches\u201c J\u2019ai encore des cousins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; ce n\u2019est pas ce qui nous int\u00e9resse\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Textor fit un signe au greffier, qui rangea ses affaires. Les hommes quitt\u00e8rent la salle sans un mot, le commissaire Textor en dernier. Il passa devant Catharina sans la regarder. Elle ne savait plus que penser. Ce n\u2019\u00e9tait quand m\u00eame pas tout ? Elle n\u2019avait m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 \u00e9cout\u00e9e !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le retour vers sa cellule elle s\u2019arr\u00eata en haut de l\u2019escalier et cria vers le bas \u201eMargaretha, le docteur Textor \u00e9tait l\u00e0, m\u2019entends tu ?\u201c<br \/>\nLe ge\u00f4lier lui donna alors un coup dans les c\u00f4tes \u201epas de communication avec les autres prisonni\u00e8res, sinon \u00e7a sera la torture tout de suite\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le soleil matinal dardait ses rayons \u00e0 travers les vitraux de la salle du conseil municipal. Le gouverneur Johann Jacob Renner, chef du conseil des 24 qui se r\u00e9unissait aujourd\u2019hui marchait \u00e9nergiquement de long en large devant les \u00e9chevins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201ecomment \u00e7a d\u00e9licat ? dans ce proc\u00e8s comme dans tous les autres nous devons oeuvrer r\u00e9glementairement. Moi non plus, Monsieur Textor, je ne pouvais pas pr\u00e9voir que dans notre lutte contre la sorcellerie dans notre bonne ville nous en arriverions \u00e0 un point o\u00f9 trois femmes seraient impliqu\u00e9es qui sont toutes trois veuves de bourgeois hautement estim\u00e9s.<br \/>\nJe r\u00e9capitule : la Wolff\u00e4rtin, veuve du tisserand Alexander Schell, la M\u00f6ssmerin, veuve de notre colonel d\u00e9c\u00e9d\u00e9 Jacob Baur, la Stadellmenin, veuve du magistrat et ma\u00eetre de corporation Michael Bantzer. Ajoutez-y la quatri\u00e8me, Beate M\u00fcllerin, fille de notre tr\u00e8s estim\u00e9 confr\u00e8re du conseil des 12, Georg M\u00fcller. Le fait que nous connaissions personnellement des femmes (et il jeta un regard d\u2018incompr\u00e9hension \u00e0 Textor) peut poser probl\u00e8me \u00e0 certains d\u2019entre nous, pour ce qui concerne la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 et les interrogatoires des accus\u00e9es, toutefois (il frappa violemment la table de son poing ferm\u00e9 et sa voix se fit plus grave encore) y aurait il dans cette pi\u00e8ce, parmi nous, quelqu\u2019un qui penserait que l\u2019adversaire de Dieu serait susceptible de faire des diff\u00e9rences sociales dans le choix de ses ouailles ? Il est un fait que l\u2019exp\u00e9rience a prouv\u00e9 que les gens simples, sans rang ni culture sont plus susceptibles de devenir des supp\u00f4ts de Satan, mais personne, et particuli\u00e8rement le sexe faible, n\u2019est \u00e0 l\u2019abri et c\u2019est pour cela que nous devons suivre chaque piste, j\u2019insiste, chaque piste. Peut \u00eatre certains d\u2019entre vous se souviennent ils, m\u00eame si cela remonte maintenant \u00e0 15 ans, que la M\u00f6ssmerin a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 accus\u00e9e de sorcellerie par le pass\u00e9. L\u2019affaire n\u2019avait pas connu de suite car l\u2019accusatrice \u00e9tait particuli\u00e8rement connue pour \u00eatre m\u00e9disante. E t \u00e0 peine quelques mois plus tard elle fut accus\u00e9e encore par un homme, connu pour \u00eatre un vil fripon et il fut condamn\u00e9 pour calomnie.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Carolus Textor se balan\u00e7ait sur sa chaise, visiblement mal \u00e0 l\u2019aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eN\u2019\u00e9tait-ce pas l\u00e0 ce Friedlin Metzger, demanda-t-il au gouverneur, qui en son temps avait d\u00e9mont\u00e9 une partie des murailles de la Neuburg et avait vendu les pierres ? Un fieff\u00e9 coquin \u00e0 la parole de qui je ne peux pr\u00eater foi\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eDeux t\u00e9moins \u00e0 charge ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9bout\u00e9s en leur temps\u201c, continua Renner, apparemment peu impressionn\u00e9 par l\u2019interruption de Textor, \u201eun peu trop prestement si on me demande \u00e0 mon avis. Car ce ne peut \u00eatre le hasard qui voudrait que cette m\u00eame femme soit \u00e0 nouveau accus\u00e9e aujourd\u2019hui, pour la troisi\u00e8me fois, et par 4 t\u00e9moins, toutes des femmes qui sont connues pour actes de sorcellerie et appointantes avec le Malin. D\u2019ailleurs ces 4 t\u00e9moignages concernent aussi la W\u00f6lff\u00e4rtin, la M\u00fcllerin et la Stadelmenin\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Renner but une grande gorg\u00e9e d\u2019eau puis reprit la parole :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eAu sujet de Margaretha M\u00f6ssmerin, au d\u00e9but de mon r\u00e9quisitoire j\u2019ai parl\u00e9 de hautes personnalit\u00e9s de la communaut\u00e9. Le fait d\u2019\u00eatre une telle personne n\u2019implique pas forc\u00e9ment que votre \u00e9pouse m\u00e8ne une vie respectable. Le meilleur exemple de conduite d\u00e9prav\u00e9e apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s du mari est celui de la veuve de notre tr\u00e8s estim\u00e9 Michael Bantzer. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es vous avez re\u00e7u les plaintes de plusieurs voisins : bruit et musique jusque tard dans la nuit, allers et venues d&rsquo;hommes inconnus, des relations beaucoup trop amicales avec le personnel f\u00e9minin, la location d\u2019une chambre \u00e0 un jeune homme c\u00e9libataire, et j\u2019en passe. On a m\u00eame observ\u00e9 des comportements hautement compromettants dans sa cour : danses et chants \u00e0 la pleine lune. Les mises en garde du ma\u00eetre de la corporation des serruriers, qui est pour elle comme un p\u00e8re, n\u2019ont servi \u00e0 rien. Et maintenant au moment m\u00eame o\u00f9 d\u00e9bute ce proc\u00e8s, on me signale le t\u00e9moignage d\u2019un homme qui pourrait apporter un \u00e9clairage nouveau \u00e0 toute cette affaire. Faites entrer le t\u00e9moin.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019employ\u00e9 de toujours du mari de Catharina, Hartmann Sifer entra. On voyait nettement qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s fier de pouvoir parler devant tant de grands hommes. Renner s\u2019assit et le second pr\u00e9sident, un homme taciturne prit la rel\u00e8ve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201evotre nom ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Hartmann Siffer<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-R\u00e9sidant de la ville de Fribourg ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-oui votre honneur<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-de quoi vivez vous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-je suis comptable au Nornhaus, je suis employ\u00e9 municipal en fait<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Veuillez r\u00e9p\u00e9ter \u00e0 pr\u00e9sent devant cette assembl\u00e9e le t\u00e9moignage qu\u2019avant hier vous avez fait devant MM Statthalter et Schultheiss<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-J\u2019ai dit \u00e0 ces tr\u00e8s respectables messieurs, que du temps de Ma\u00eetre Bantzer, chez qui j\u2019ai \u00e9t\u00e9 comptable pendant de nombreuses ann\u00e9es, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de sc\u00e8nes tr\u00e8s graves<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-C\u2019est \u00e0 dire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Mon patron, avait reproch\u00e9 \u00e0 son \u00e9pouse, Catharina Stadellmenin, de l\u2019avoir ensorcel\u00e9 et de lui avoir pris sa virilit\u00e9 par des moyens magiques. Bantzer n\u2019\u00e9tait pas seulement mon patron mais c\u2019\u00e9tait aussi quelqu\u2019un qui m\u2019avait toujours fait confiance dans tous les domaines. Et\u2026.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Revenez en aux faits Siferlin !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Eh bien oui, il m\u2019a confi\u00e9 bien souvent qu\u2019il ne pouvait plus coucher avec aucune femme<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-\u00c0 part vous quelqu\u2019un d\u2019autre savait il que la Stadellmenin avait ensorcel\u00e9 son mari ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Certainement, mais je ne peux pas vous donner de noms, mais \u00e0 l\u2019\u00e9poque tout le monde \u00e9tait au courant. Vous pouvez demander \u00e0 Elsbeth Lauberin, la bonne. Elle s\u2019\u00e9tait fort plainte des ragots qui circulaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Donc la Stadellmenin savait forc\u00e9ment ce qui se disait \u00e0 son sujet ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Oui<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le second pr\u00e9sident se tourna vers Retter : \u00ab est ce que la Stadellmenin s\u2019est jamais d\u00e9fendue officiellement contre ces accusations ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-non il n\u2019y a jamais eu de plainte \u00e0 ce sujet<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-voici un indice ! grommel\u00e8rent certains \u00e9chevins<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-passons \u00e0 un autre point Siferlin, Vous pouvez donc t\u00e9moigner du fait que la Stadellmenin, du vivant de son mari, avait des relations charnelles avec d\u2019autres hommes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-oui votre honneur, il y a de nombreuses ann\u00e9es<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-qui \u00e9tait cet homme ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Benedikt Hofer, un de nos clients, un type tr\u00e8s orgueilleux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-et o\u00f9 se passaient ces \u00e9v\u00e9nements ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-la plupart du temps au Hoffers Kammer pr\u00e8s de la Lehener Tor, tard le soir. Mais aussi parfois dans la cuisine de mon ma\u00eetre, autant dire pratiquement sous son nez\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un brouhaha s\u2019\u00e9leva des rangs. Le second pr\u00e9sident resta de bois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201ecet homme vit-il toujours \u00e0 Fribourg ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-non votre honneur, il a quitt\u00e9 la ville il y a des ann\u00e9es<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Merci Sifferlin, vous pouvez disposer.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ce moment un employ\u00e9 entra dans la salle avec une feuille de papier qu\u2019il donna \u00e0 Renner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eaha ! une p\u00e9tition dans l\u2019affaire Stadellmenin\u201c grommela-t-il. Il d\u00e9plia la feuille. \u201ed\u2019un certain Christoph Schiller, restaurateur \u00e0 Villingen, un cousin de l\u2019accus\u00e9e\u201c Sa voix devint plus forte \u201ePuisse le tribunal constater la vie irr\u00e9prochable de l\u2019accus\u00e9e, sa droiture et sa serviabilit\u00e9, qui pourra \u00eatre confirm\u00e9e par des t\u00e9moins : ma s\u0153ur, Lene Schillerin, r\u00e9sidant \u00e0 Constance, le Schneckenwirt de Fribourg et sa femme, Georg Matti, charron \u00e0 Lehen, Babett Heisslerin, de Lehen, ainsi que\u2026.\u201c Renner leva les yeux \u201esans int\u00e9r\u00eat\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019appr\u00eatait \u00e0 reposer la feuille lorsqu\u2019il ajouta :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eBabett Heisslerin de Lehen ? elle est bien pass\u00e9e devant ce tribunal il y a longtemps pour infanticide ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques \u00e9chevins approuv\u00e8rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201emais reconnue innocente\u201c s\u2019empressa de dire Textor \u201eelle avait fait plusieurs fausses couches avant cela, mais on n\u2019a pas pu prouver qu\u2019elle avait tu\u00e9 cet enfant l\u00e0. .Que dit Schiller \u00e0 son sujet ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eLa Stadellmenin l\u2019aurait assist\u00e9e, jeune fille, lors de la naissance de son fils Hieronymus et lui aurait ensuite r\u00e9guli\u00e8rement rendu visite pour prendre des nouvelles de l\u2019enfant et pour l\u2019aider de diverses mani\u00e8res\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Renner sauta de sa chaise \u201esi ce n\u2019est pas l\u00e0 une preuve du rapport direct entre les fausses couches et l\u2019art sorcier de l\u2019accus\u00e9e ! Que l\u2019on fasse venir cette Heisslerin, il faut qu\u2019elle soit examin\u00e9e !\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au troisi\u00e8me jour de son enfermement Catharina fut \u00e0 nouveau men\u00e9e dans la pi\u00e8ce avec la porte en fer. A force de rester assise ou couch\u00e9e sur la paille humide, ses jambes \u00e9taient devenues faibles, et elle vacilla quant elle se trouva devant les \u00e9chevins et le docteur Textor. Durant les derni\u00e8res 24 heures elle avait tent\u00e9 autant que possible de cesser de penser \u00e0 sa situation, le temps s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 dans la semi obscurit\u00e9, uniquement ponctu\u00e9 par la faim, la soif et la puanteur de ses propres d\u00e9jections, qu\u2019elle tentait autant que le lui permettaient ses cha\u00eenes, d\u2019\u00e9loigner le plus possible de l\u2019endroit o\u00f9 elle se couchait. Sa robe \u00e9tait sale, ses cheveux poisseux de paille, de poussi\u00e8re et de sueur. Ses r\u00eaves \u00e9taient des cauchemars. Quand elle se trouva devant ses juges elle rougit de honte. Que doivent ils penser de moi, sale et puante ! Suis-je seulement encore Catharina Stadllmenin ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Textor s\u2019\u00e9claircit la gorge :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201epourquoi pensez vous avoir \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e ici ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-je ne suis certes pas \u00e0 mon avantage, mais on m\u2019a emmen\u00e9e sous un faux pr\u00e9texte.\u201c Sa propre voix lui semblait \u00e9trang\u00e8re, comment avait elle bien pu se retrouver dans cette situation ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201esavez vous lire et \u00e9crire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-oui votre honneur<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-avez vous pass\u00e9 un pacte avec le diable ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-non je suis innocente<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-quand vous \u00eates vous donn\u00e9e au Malin ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-je n\u2019ai jamais eu affaire \u00e0 lui, pas plus que je n\u2019ai eu affaire \u00e0 d\u2019autres sorci\u00e8res<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-sous quelle forme le d\u00e9mon vous est-il apparu ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-je suis innocente, croyez moi. De toute ma vie je n\u2019ai pas eu affaire \u00e0 la magie, que ce soit pour le bien ou pour le mal<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-il vaudrait mieux avouer, sinon nous devrons faire venir des t\u00e9moins et vous remettre entre les mains du bourreau<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-et m\u00eame si vous aviez mille t\u00e9moins, je n\u2019ai rien sur la conscience. Je ne suis pas une sorci\u00e8re ! que pourriez vous bien faire pour prouver le contraire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Textor la regarda d\u2019un air fatigu\u00e9 : \u201epersisteriez vous \u00e0 crier votre innocence, m\u00eame sous la torture ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina fut prise d\u2019un vertige. Que lui voulait on ? Pourquoi aurait elle d\u00fb avouer quelque chose qu\u2019elle n\u2019avait jamais fait ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eje n\u2019ai jamais menti \u00e0 Dieu, dit elle \u00e0 mi voix, et je ne le renierai pas m\u00eame dans les plus grandes souffrances, et si vous ne voulez pas me croire, j\u2019endurerai la mort en souvenir de la souffrance du Christ.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le greffier notait scrupuleusement chaque mot. La plume crissait sur le papier. Textor continua : \u201equ\u2019elle soit men\u00e9e cet apr\u00e8s midi pour une audition au Christoffelsturm\u201c et il quitta la pi\u00e8ce, accompagn\u00e9 des \u00e9chevins et du greffier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle se laissa tomber sur sa paillasse humide. Depuis son incarc\u00e9ration elle n\u2019avait mang\u00e9 que du pain sec et de l\u2019eau, mais \u00e0 pr\u00e9sent elle se sentait si mal qu\u2019elle aurait rendu m\u00eame la viande la plus fine. Qu\u2019allait on lui faire \u00e0 pr\u00e9sent ? Elle savait que le mot \u201eaudition\u201c avait \u00e0 voir avec les mots, \u00e7a ne pouvait donc pas \u00eatre douloureux. Alors pourquoi avoir si peur soudain ? Peu \u00e0 peu elle comprit qu\u2019innocente ou non elle ne pourrait pas \u00e9chapper \u00e0 ce qu\u2019on lui r\u00e9servait. Le d\u00e9roulement de l\u2019inquisition \u00e9tait aussi immuable que le passage des saisons. Ayant perdu tout espoir elle attendit qu\u2019on vint la chercher. Chacun de se muscles \u00e9tait tendu. Elle \u00e9tait presque soulag\u00e9e quand dans la soir\u00e9e un jeune surveillant apparut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201evous venez me chercher ?\u201c le jeune homme secoua la t\u00eate et lui tendit une \u00e9cuelle emplie d\u2019eau saum\u00e2tre, elle en but une gorg\u00e9e tandis qu\u2019il l\u2019observait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eVous \u00eates de Lehen, non ? demanda-t-il en r\u00e9cup\u00e9rant l\u2019\u00e9cuelle vide. Elle le regarda, incr\u00e9dule. C\u2019\u00e9tait comme si depuis des semaines un \u00eatre humain lui eut enfin parl\u00e9 aimablement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201evous me connaissez ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-pas personnellement, j\u2019ai grandi dans la maison voisine de Hieronymus, le fils de la Heisslerin, elle parlait beaucoup de vous\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina ferma les yeux. C\u2019\u00e9tait une chaude journ\u00e9e de printemps, la paysanne \u00e9tait allong\u00e9e au bord du chemin, Christoph \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Christoph, un jeune homme mont\u00e9 en graine, qui d\u00e8s le d\u00e9but avait conquis son c\u0153ur. De loin lui parvint la voix du surveillant<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201enormalement en cas de condamnation \u00e0 mort je n\u2019ai pas le droit de le faire. Prenez vite et ne me d\u00e9noncez pas. Et n\u2019oubliez pas d\u2019\u00e9teindre la lumi\u00e8re\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il lui donna un papier froiss\u00e9, posa son bout de chandelle pr\u00e8s d\u2019elle et s\u2019en alla vite. Aussit\u00f4t tous les sens de Catharina furent en \u00e9veil. Elle tint la lettre tout pr\u00e8t de la flamme et d\u00e9chiffra les mots jet\u00e9s l\u00e0 la h\u00e2te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201etr\u00e8s ch\u00e8re Cathi, ma seule et unique. Je souffre en pensant \u00e0 ce qui t\u2019arrive, mais que sont mes pauvres souffrances par rapport \u00e0 ta douleur et \u00e0 l\u2019ignorance dans laquelle tu te trouves. Il faut reprendre courage, car je fais tout ce qui est en mon pouvoir, afin de te faire sortir de l\u00e0 sans dommage. J\u2019ai fait une p\u00e9tition et j\u2019am\u00e8nerais tous les t\u00e9moins qui pourront parler en ta faveur. J\u2019ai envoy\u00e9 une lettre \u00e0 Constance. Peut \u00eatre mon beau fr\u00e8re pourra-t-il faire quelque chose par la voie de la l\u00e9gislation autrichienne. Et aussi : le docteur Textor, m\u2019a-t-on dit, est quelqu\u2019un de juste et de bon. Ne perds donc pas courage ! Je suis tout pr\u00e8s de toi et le resterai. Jusqu\u2019\u00e0 ce que tu sois hors de danger. Avec tout mon amour, Christoph\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina observa sa propre ombre sur le mur. Non, elle ne renoncerait pas. Elle n\u2019\u00e9tait plus seule \u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme le lendemain on ne l\u2019avait toujours pas emmen\u00e9e au Christoffelsturm elle se demanda si elle devait voir l\u00e0 un bon ou un mauvais pr\u00e9sage. Elle ne pouvait pas savoir que ce retard \u00e9tait d\u00fb au docteur Textor. Le commissaire luttait contre sa propre conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eHonorables coll\u00e8gues. Je dois dire en toute honn\u00eatet\u00e9 que j\u2019ai des doutes quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de soumettre \u00e0 l\u2019inquisition ces 4 femmes. Chacune d\u2019elle a ni\u00e9 farouchement avoir jamais eu affaire au Malin. Leurs paroles semblaient venir du plus profond de leur c\u0153ur et chacune d\u2019elle a dit \u00eatre pr\u00eate \u00e0 continuer \u00e0 clamer son innocence m\u00eame sous la torture\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il essuya son front en sueur quand il sentit un mouvement parmi ses confr\u00e8res juges.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eJ\u2019ai bien conscience que le fait que je connaisse personnellement l\u2019une d\u2019entre elles, \u00e0 savoir Catharina Stadellmenin, ne joue pas en ma faveur, aussi ai-je demand\u00e9 qu\u2019elle soit confi\u00e9e \u00e0 un autre juge d\u2019instruction\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La claire lumi\u00e8re du jour \u00e9blouit Catharina. Apr\u00e8s une semaine pass\u00e9e dans la p\u00e9nombre elle ne supportait plus le soleil. Elle tr\u00e9bucha, les yeux \u00e0 moiti\u00e9 clos. Elle \u00e9tait libre. Mais les gens l\u2019\u00e9vitaient. Deux gamins la bouscul\u00e8rent et lui cri\u00e8rent des insultes. Il s\u2019en fallut de peu qu\u2019elle ne fut renvers\u00e9e par une charrette. \u201ehors de mon chemin, fille perdue\u201c cria le conducteur en lui envoyant un coup de fouet. Et alors elle se trouva devant la maison o\u00f9 elle avait v\u00e9cu avec Michael Bantzer. Il va me gronder si je rentre dans cet \u00e9tat songea-t-elle en voyant l\u2019\u00e9tat de ses v\u00eatements. Il va me battre. Non, il vaut mieux que j\u2019aille \u00e0 Lehen chez tante Marthe. Chez Lene et Christoph. Catharina avait perdu l\u2019esprit et dans son d\u00e9sarroi ne se rendait m\u00eame pas compte que Michael Bantzer \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 depuis longtemps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle fut malade \u00e0 nouveau. Depuis deux jours elle souffrait de crampes et de diarrh\u00e9e du fait de l\u2019eau croupie que l\u2019on buvait dans la tour, sa t\u00eate \u00e9tait fi\u00e9vreuse. Elle faiblissait, mais juste avant qu\u2019elle ne s\u2019\u00e9croule un bras secourable la rattrapa. Elle retrouva ses esprit dans l\u2019instant quand elle vit qui la tenait ainsi : le m\u00eame bourreau qui l\u2019avait fait sortir une heure plus t\u00f4t.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201ela promenade est termin\u00e9e, dit il en riant m\u00e9chamment, en route pour le Chrstoffelsturm, l\u00e0 bas on s\u2019occupera bien de toi\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir vainement essay\u00e9 de se d\u00e9fendre elle se laissa emmener. Elle remarquait \u00e0 peine les visages hilares et moqueurs qui la suivaient alors qu\u2019on la tra\u00eenait en haut de la grand rue. Parfois il lui semblait reconna\u00eetre quelqu\u2019un. Elle essaya de rassembler ses esprits quand elle sentit quelque chose de chaud couler le long de ses jambes couvertes de piq\u00fbres de vermine<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eelle se chie dessus, elle se chie dessus\u201c criaient les enfants dans la rue, fascin\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eje vous en conjure, lib\u00e9rez cette femme, elle est innocente\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Devant eux se tenait un homme mal ras\u00e9, aux yeux brillants de col\u00e8re, et<br \/>\nqui leur barrait la route. Catharina se laissa tomber \u00e0 genoux et cria \u201eChristoph !\u201c Il se laissa tomber pr\u00e8s d\u2019elle sur la chauss\u00e9e et la serra dans ses bras, la caressant doucement, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un coup de b\u00e2ton du bourreau le jeta loin d\u2019elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201edisparaissez, ou vous serez enferm\u00e9 \u00e0 votre tour\u201c hurla le bourreau, et il tra\u00eena Catharina sur les derniers m\u00e8tres qui les s\u00e9paraient de la tour. Elle tourna une derni\u00e8re fois la t\u00eate et vit Chriostoph debout au milieu de la route, les larmes roulant le long de ses joues creuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la semi obscurit\u00e9 du Christofflesturm l\u2019attendait un homme qu\u2019elle n\u2019avait jamais vu auparavant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201ela Stadellmenin, votre R\u00e9v\u00e9rence\u201c annon\u00e7a le bourreau \u201eavec votre autorisation je tiens \u00e0 vous pr\u00e9ciser que la merde lui a coul\u00e9 le long des jambes comme de l\u2019eau.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019homme fron\u00e7a le nez d\u2019un air d\u00e9go\u00fbt\u00e9 \u201ed\u00e9calons votre examen. Je ne supporte pas cette puanteur, Voyez si vous pouvez trouver un rem\u00e8de contre la diarrh\u00e9e, mais un moyen qui soit efficace avant demain. Encha\u00eenez cette femme l\u00e0 haut et amenez moi la Wolffartin \u00e0 sa place. Mais faites vite.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina d\u00fb monter deux vol\u00e9es de marches et se trouva dans une pi\u00e8ce sombre, sur les murs de laquelle \u00e9taient fix\u00e9es des cha\u00eenes, tout autour. La seule petite fen\u00eatre \u00e9tait bouch\u00e9e avec de la paille, et l\u2019odeur qui r\u00e9gnait \u00e9tait pestilentielle. Apr\u00e8s que ses yeux se furent habitu\u00e9s \u00e0 l\u2019obscurit\u00e9 elle constata qu\u2019elle \u00e9tait seule. Peu apr\u00e8s arriva un vieil homme qu\u2019elle reconnu comme \u00e9tant le bourreau officiel de la ville. Il d\u00e9posa un bol de bois, avec de la bouillie de flocons d\u2019avoine sal\u00e9e et du vin amer \u00e0 m\u00eame le sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina secoua la t\u00eate, la seule vue du repas lui donnait des naus\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201evVous allez le manger, m\u00eame si je dois vous gaver de force\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 l\u2019apparente duret\u00e9 des paroles le ton restait aimable. Et il est un fait qu\u2019apr\u00e8s ce repas, le premier repas correct depuis des jours, Catharina se sentit mieux. Elle essaya de ne pas penser \u00e0 ce qui l\u2019attendait, mais bien plut\u00f4t de diriger ses pens\u00e9es vers Christoph.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme il avait l\u2019air malheureux ! Dans un demi sommeil fi\u00e9vreux elle ressentit une fois encore sa courte \u00e9treinte. Il l\u2019aimait malgr\u00e9 le fait qu\u2019elle soit aussi mis\u00e9rable et sale que le premier chemineau venu. Le sentiment de honte fit place au bonheur d\u2019avoir pu voir Christoph encore une fois. Alors le vin fit son effet et elle s\u2019endormit. Un bref et lugubre g\u00e9missement la r\u00e9veilla en sursaut. Qu\u2019\u00e9tait-ce ? Elle dressa l\u2019oreille. De loin en dessous elle entendait des voix \u00e9touff\u00e9es. Encore un g\u00e9missement puis soudain un long et terrible hurlement. Horrifi\u00e9e elle pressa ses poings sur ses oreilles et pria \u00e0 voix haute \u201eNotre P\u00e8re qui \u00eates au cieux, que Votre nom soit sanctifi\u00e9, que Votre r\u00e8gne arrive\u2026.\u201c mais rien n\u2019y fit. Les hurlements passaient par toutes les pores de sa peau, lui p\u00e9n\u00e9traient la t\u00eate comme autant de coups de couteau, faisaient dispara\u00eetre jusqu\u2019\u00e0 la plus infime trace du courage et de la confiance en l\u2019avenir qu\u2019elle aurait pu avoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201epourquoi croyez vous avoir \u00e9t\u00e9 conduite ici ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils se trouvaient dans la cave de la tour. Il faisait un froid glacial dans le local \u00e0 peine illumin\u00e9 par deux flambeaux. Devant Catharina se trouvait ce m\u00eame homme qui \u00e9tait l\u00e0 la veille quand on l\u2019avait amen\u00e9e. Son visage \u00e9tait extr\u00eamement dur, comme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 sculpt\u00e9 grossi\u00e8rement dans la pierre, avec un menton prognathe, et de tous petits yeux rapproch\u00e9s. Elle comprit avec horreur que le docteur Textor avait demand\u00e9 \u00e0 \u00eatre d\u00e9charg\u00e9 de son cas. Impatiemment le nouveau Commissaire reposa sa question. Derri\u00e8re lui se tenait le tourmenteur, v\u00eatu de son tablier gris en cuir, et se grattant le cou. Catharina rassembla toutes ses forces et r\u00e9pondit \u00e0 voix haute et claire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201epar une grande malchance\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le juge la regarda froidement. \u201eEcoutez moi bien, Stadellmenin, vous \u00eates un sorci\u00e8re. Reconnaissez le ou je devrai demander au tourmenteur de faire son office\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle secoua la t\u00eate \u201eje ne suis pas une sorci\u00e8re, je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 jur\u00e9 devant le docteur Textor\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201evous avez \u00e9t\u00e9 reconnue comme \u00e9tant leur compagne par Margret Vischerin, Magdalena Schreinerin, Magdalena Kerrein et Hedwig J\u00fcdin. Connaissez vus ces femmes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-seulement la Vischerin. Je vous en prie, faites la venir ici, afin qu\u2019elle puisse me r\u00e9p\u00e9ter ses accusation en face.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-elle n\u2019est plus que cendres.\u201c R\u00e9pondit-il froidement \u201eavouez que vous avez particip\u00e9 plusieurs fois \u00e0 des sabbats sur le Bromberg, et dans votre jardin de la Schiffsgasse. Avouez que par trois fois gr\u00e2ce \u00e0 un onguent que vous a fourni le diable vous avez fait mourir les nouveaux n\u00e9s de Babett Heisslerin\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina fut prise de tremblements. \u201ecomment pourrais je avouer cela alors que je ne l\u2019ai pas fait ? Croyez moi je n\u2019ai jamais eu affaire au Diable\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le commissaire fit un signe au tourmenteur et s\u2019assit entre le greffier et les deux \u00e9chevins pr\u00e9sents. Au dessus d\u2019eux \u00e9tait suspendu un tr\u00e8s grand crucifix en bois. Catharina fut prise par les \u00e9paules par le tourmenteur et il l\u2019emmena \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la salle. Sur un banc se trouvaient des objets inconnus en m\u00e9tal qui rappelaient un peu \u00e0 Catharina l\u2019atelier de serrurerie de son d\u00e9funt mari.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Doucement, avec des mots simples, comme il avait d\u00fb le faire des centaines de fois, l\u2019homme expliqua comment fonctionnaient les poucettes. \u201eVous placez les pouces de vos mains entre les deux plaques de m\u00e9tal, qui seront resserr\u00e9es petit \u00e0 petit avec ces vis, l\u00e0. Les rivets \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur vont \u00e9craser les pouces, jusqu\u2019\u00e0 ce que le sang coule de dessous les ongles. C\u2019est le premier stade de la torture. Pour la seconde partie on utilise les brodequins espagnols.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina se cacha le visage dans les mains. Un jeune homme \u00e0 la l\u00e8vre barr\u00e9e d\u2019une cicatrice, et qu\u2019elle n\u2019avait pas remarqu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, lui \u00e9carta les mains brutalement. \u201evous \u00eates pri\u00e9e de regarder quand mon p\u00e8re vous explique quelque chose\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201ele c\u00f4t\u00e9 plat sera appliqu\u00e9 sur le mollet, le c\u00f4t\u00e9 avec les pointes en acier sur le tibia. Lorsqu\u2019on resserrera le tout par vissage les pointes entreront dans la peau, et si on continue elles iront jusque dans l\u2019os\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite il lui d\u00e9signa une grande structure en bois, semblable \u00e0 un grand montant de porte, aux c\u00f4t\u00e9s de laquelle \u00e9tait fix\u00e9e une gigantesque roue. Cette roue \u00e9tait reli\u00e9e \u00e0 un cric, qui \u00e0 l\u2019aide d\u2018une grosse corde, qui passait par dessus un rouleau et \u00e9tait fix\u00e9e au plafond, pouvait \u00eatre tract\u00e9 vers le haut. Pour l\u2019instant la corde se balan\u00e7ait mollement dans le vide.<br \/>\n\u201eDans l\u2019hypoth\u00e8se o\u00f9 vous n\u2019auriez toujours pas entendu raison vous seriez alors soumise \u00e0 l\u2018estrapade\u201c Il lui expliqua tranquillement comment on lui lierait les mains dans le dos, qu\u2019on les attacherait \u00e0 la corde et qu\u2019on la tracterait doucement vers le haut. Pour rendre la chose plus p\u00e9nible on pouvait lui attacher des poids aux pieds, ou bien la laisser tomber d\u2019une grande hauteur. Il \u00e9tait aussi possible de la fouetter en plus, ou accessoirement de lui arracher les ongles des orteils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eN\u2019oublie pas de lui dire, intervint le fils, que nous pouvons lui poser des empl\u00e2tres de poix br\u00fblante, ou lui briser les \u00e9paules \u00e0 coup de gourdin, ou lui r\u00e9pandre de l\u2019alcool \u00e0 br\u00fbler sur le dos et y mettre le feu. Parfois m\u00eame les Messieurs montent manger et laissent les sorci\u00e8res pendues l\u00e0 en attendant.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le tourmenteur jeta un regard courrouc\u00e9 \u00e0 son fils. Mais \u00e0 vrai dire<br \/>\nCatharina n\u2019\u00e9coutait presque plus. Elle s\u2019\u00e9tait laiss\u00e9e tomber au sol et regardait toujours les poucettes avec effroi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le tourmenteur se pencha vers elle et murmura \u201eje vous en supplie \u00e9coutez moi, avouez quelque chose, n\u2019importe quoi. Vous ne tiendrez pas le coup. Et vous ne sortirez jamais d\u2019ici.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201epouvons nous enfin commencer ?\u201c le juge d\u2019instruction s\u2019\u00e9tait lev\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-oui votre honneur\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rapidement il attacha les mains de Catharina devant la poitrine, puis elle d\u00fbt s\u2019agenouiller devant le banc et poser ses pouces dans l\u2019\u00e9tau. Le commissaire se tint tr\u00e8s pr\u00e8s d\u2019elle, dans son dos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eje vous le demande une derni\u00e8re fois, avec bont\u00e9. Quand le diable vous est il apparu la premi\u00e8re fois ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; j\u2019ai la conscience tranquille, jamais je ne l\u2019ai rencontr\u00e9, non !!!!\u201c<br \/>\nSon hurlement s\u2019\u00e9leva dans la cave, encore une fois le tourmenteur serra les vis et encore une fois elle ressentit une \u00e9pouvantable douleur. A la troisi\u00e8me fois ses pouces \u00e9taient si douloureux que c\u2019\u00e9tait comme si on les lui avait arrach\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eles bottes\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fils du bourreau s\u2019empressa de les lui installer \u00e0 la jambe gauche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201esous quelle forme le diable vous est il apparu ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; je le dis\u2026.encore \u2026je ne l\u2019ai \u2026..jamais rencontr\u00e9\u2026.laissez \u2026.non ..arr\u00eatez!\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201equ\u2019est ce que le diable vous a promis ? continuez \u00e0 serrer les vis\u201c<br \/>\nElle hurla comme une b\u00eate que l\u2019on sacrifie, g\u00e9mit et pleura, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019\u00e9cume lui vint \u00e0 la bouche et que sa langue pendit hors de ses l\u00e8vres. Alors elle perdit connaissance. Quand elle revint doucement \u00e0 elle, elle \u00e9tait de nouveau menott\u00e9e dans son coin et ses mains et sa jambe gauche \u00e9taient soigneusement band\u00e9s. Elle ne ressentait ni douleur ni frayeur, mais avait plut\u00f4t l\u2019impression de voler, tr\u00e8s loin au dessus, dans un vide infini. Est ce l\u00e0 la mort, se demandait elle. Mais alors elle entendit un g\u00e9missement tout pr\u00e8s d\u2019elle. Elle n\u2019\u00e9tait pas seule. Cela prit un moment avant qu\u2019elle arriv\u00e2t \u00e0 parler, car sa bouche et sa gorge \u00e9taient s\u00e8ches . \u201eil y a quelqu\u2019un ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas de r\u00e9ponse. On n\u2019entendait que le grattement des pattes des rats qui venaient grignoter sa robe.<br \/>\n\u201equi est l\u00e0 ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore un g\u00e9missement, puis une voix enrou\u00e9e \u201eCatharina ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son amie Margaretha ! Elle voulut r\u00e9pondre mais \u00e0 ce moment l\u00e0 la douleur se r\u00e9veilla avec une telle vigueur qu\u2019elle faillit s\u2019\u00e9vanouir \u00e0 nouveau. Elle attendit que cela passe puis elle murmura \u201eoui c\u2019est moi\u201c Malgr\u00e9 qu\u2019il fit si sombre elle sentit combien souffrait celle qui r\u00e9pondit \u201eCatharina, Beate est libre, son p\u00e8re a r\u00e9ussi \u00e0 la sortir de l\u00e0, mais pour nous\u2026. C\u2019est fini. Anna Woffartin est l\u00e0 aussi, ils l\u2019ont \u00e9tir\u00e9e quatre fois, elle est quasi morte\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina murmura encore quelques fois le nom de Margaretha mais elle n\u2019obtint pas d\u2019autre r\u00e9ponse. Elle fixa l\u2019obscurit\u00e9. Pourquoi sa vie devait elle prendre fin maintenant ? Sa vie ne faisait que commencer vraiment ! Du dehors Christoph l\u2019appela. J\u2019arrive mon amour, attend encore un peu. Bient\u00f4t ce sera le printemps, alors nous nous allongerons dans le pr\u00e9. Il est tout jaune \u00e0 cause des pissenlits en fleurs. Et les champs pr\u00e8s de la rivi\u00e8re commencent \u00e0 verdir. Les yeux de Catharina la br\u00fblaient, mais elle n\u2019avait plus de larmes. Elle cacha son visage contre son \u00e9paule tremp\u00e9e de sueur. Notre p\u00e8re, soyez assez bon pour ne pas me laisser souffrir trop longtemps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201ealors, o\u00f9 en \u00eates vous docteur Frauenfelder ?\u201c se renseigna Renner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Frauenfelder jeta un regard incertain vers Textor et se caressa le menton.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201ela M\u00f6ssnerin et la Stadellmenin ont pour l\u2019instant continu\u00e9 \u00e0 mentir de fa\u00e7on \u00e9hont\u00e9e. La Wolffartin a d\u2019abord avou\u00e9 quand on l\u2019a \u00e9tir\u00e9e, mais elle s\u2019est r\u00e9tract\u00e9e le lendemain\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Textor se leva d\u2019un bond \u201eet si malgr\u00e9 tout elles \u00e9taient innocentes ?<br \/>\n-allons donc, elle sont r\u00e9sistantes comme le cuir, c\u2019est tout. Dans les trois cas il faut tout simplement utiliser des m\u00e9thodes plus radicales. Mais je pense que \u00e7a peut attendre lundi\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Renner opina. \u201ec\u2019est vrai. Demain nous avons un bapt\u00eame dans la famille. Alors ? allons nous manger ensemble ? Au restaurant \u00e0 l\u2019ours ils ont eu un arrivage de truites fra\u00eeches\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le lundi Catharina fut emmen\u00e9e, d\u00e8s l\u2019aube, dans la cave pour y subir \u00e0 nouveau la question, elle tremblait de peur et tenait \u00e0 peine sur ses jambes. Docteur Frauenfelder fit glisser vers elle un tabouret branlant. Catharina y prit place et posa ses mains douloureuses sur ses genoux. Il s\u2019adressa aux \u00e9chevins : \u201ele greffier ne devrait pas tarder, il a \u00e9t\u00e9 retenu \u00e0 la facult\u00e9 \u00e0 cause d\u2019un rapport \u00e0 finir. Bourreau expliquez \u00e0 cette sorci\u00e8re comment nous allons continuer\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les juges prirent place autour d\u2019une table sur laquelle tr\u00f4naient une cruche de vin et quatre verres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201esi vous n\u2019avouez pas maintenant je vais \u00eatre oblig\u00e9 de vous \u00e9tirer.\u201c Dit le bourreau puis il continua \u00e0 mi voix \u201een bas dans la rue un homme m\u2019a abord\u00e9, il ne m\u2019a pas donn\u00e9 son nom, mais il avait des yeux bleus qu\u2019on ne peut oublier. Il m\u2019a pri\u00e9 de vous dire qu\u2019il est toujours pr\u00e8s de vous\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le greffier et le fils du bourreau arriv\u00e8rent, Frauenfelder se leva et s\u2019approcha \u00e0 pas mesur\u00e9s de Catharina. \u201ereconnaissez vous \u00eatre une sorci\u00e8re et avoir forniqu\u00e9 avec le malin ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-je suis innocente<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-vous ne revenez pas sur vos paroles ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-non votre honneur<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-\u00e9tirez la et voyez si elle ne cache pas d\u2019amulettes ou autres objets magiques sur elle\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Impatiemment le fils du bourreau la souleva de son si\u00e8ge et lui arracha ses v\u00eatements. Elle \u00e9tait nue comme un ver devant 6 hommes, expos\u00e9e \u00e0 leurs regards. A cet instant pr\u00e9cis elle eut l\u2019impression que Dieu l\u2019avait abandonn\u00e9e, en punition d\u2019une quelconque faute dont elle ne se souvenait pourtant pas. Elle se laissa raser la t\u00eate, sans opposer de r\u00e9sistance, puis ce furent les aisselles et enfin la toison pubienne. Elle ne r\u00e9agit pas plus quand le jeune bourreau lui posa ses mains calleuses sur les fesses et les lui \u00e9carta pour s\u2019assurer qu\u2019elle n\u2019y cachait rien. Ensuite on lui fit enfiler la robe de bure des martyres. Le jeune homme la conduisit \u00e0 l\u2019estrapade et lui lia les mains dans le dos, tandis que son p\u00e8re accrochait le cric \u00e0 la poulie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eQu\u2019on la fasse monter le temps d\u2019un misere puis qu\u2019on la laisse tomber\u201c furent les ordres de Frauenfelder. Il \u00e9tait en train de go\u00fbter le vin grenat pos\u00e9 sur la table. La partie libre de la corde fut fix\u00e9e au lien qui entourait ses mains, puis ses mains sous la traction de la corde mont\u00e8rent tout doucement. Tout d\u2019abord elle ne sentit rien, mais lorsque ses pieds quitt\u00e8rent terre et que tout son poids tira sur ses \u00e9paules tir\u00e9es en arri\u00e8re elle crut que le ciel et la terre disparaissaient. C\u2019\u00e9tait comme si une \u00e9norme pince \u00e9crasait sa cage thoracique, elle aurait voulut crier, mais manquait d\u2019air, et de sa bouche grande ouverte ne sortait qu\u2019un faible gargouillis. Au moment o\u00f9 elle songea que tout \u00e9tait fini, qu\u2019elle allait enfin \u00eatre autoris\u00e9e \u00e0 mourir on la laissa tomber d\u2019une grande hauteur sur le sol de pierre, o\u00f9 elle resta allong\u00e9e \u00e0 demi inconsciente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eremontez la encore, mais cette fois plus doucement, et laissez la pendre.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina n\u2019entendit pas ses propres pleurs et g\u00e9missements, ni m\u00eame le bruit que firent ses bras lorsqu\u2019ils se d\u00e9log\u00e8rent de ses \u00e9paules. Un voile noir obscurcissait ses yeux et tout son corps n\u2019\u00e9tait que souffrance. Frauenfelder donna une cravache de cuir au tourmenteur. Alors il commen\u00e7a \u00e0 bombarder Catharina de questions, chacune d\u2019elles soulign\u00e9e d\u2019un coup de cravache. \u201evous \u00eates vous unie charnellement au malin ? sous quelle forme vous est il apparu ? quand fut ce la premi\u00e8re fois ? qu\u2019avez vous promis au diable ? que vous a-t-il donn\u00e9 ? combien de fois \u00eates vous all\u00e9e au Sabbat ? Qui \u00e9taient vos compagnes ? Combien de fois avez vous influ\u00e9 sur la m\u00e9t\u00e9o ? A qui avez vous nuit avec vos sorcelleries ? Etes vous all\u00e9e nuitamment au cimeti\u00e8re y d\u00e9terrer des enfants ? Combien d\u2019humains, d\u2019animaux, d\u2019enfants avez vous assassin\u00e9s ? qui vous a aid\u00e9 ? parle plus fort sorci\u00e8re, je ne t\u2019entends pas\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eJ\u2019avoue\u2026.. tout\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur un signe de Frauenfelder le bourreau lacha la roue, Catharina tomba sur le sol avec un bruit mat et elle resta couch\u00e9e l\u00e0 les membres d\u00e9sarticul\u00e9s et le dos couvert de sang.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eApportez lui quelque chose \u00e0 boire\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle cherchait un peu d\u2019air, quand le bourreau la releva prudemment. Elle cracha du sang, car les deux chutes lui avaient bris\u00e9 quelques dents, et ouvert le front<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eessayez de boire une petite gorg\u00e9e\u201c lui dit le tourmenteur et il lui posa le gobelet contre les l\u00e8vres. Et alors Catharina passa aux aveux. La plume du greffier galopait \u00e0 toute vitesse sur le papier, il se mordait la l\u00e8vre \u00e0 force d\u2019application, tandis que Catharina, r\u00e9guli\u00e8rement ramen\u00e9e \u201edans le droit chemin\u201c par les questions de Frauenfelder, d\u00e9bitait d\u2019une voix cass\u00e9e une litanie de crimes. Oui elle s\u2019\u00e9tait donn\u00e9e au Diable, d\u00e9j\u00e0 toute petite. Il lui \u00e9tait arriv\u00e9 sous forme d\u2019un jeune homme dans la carri\u00e8re de glaise en dehors de la ville, il l\u2019avait flatt\u00e9e et elle s\u2019\u00e9tait donn\u00e9e \u00e0 lui charnellement. Oui il \u00e9tait d\u2019un naturel froid et elle avait reni\u00e9 Dieu pour Lui, mais elle l\u2019avait aussit\u00f4t regrett\u00e9 du fond du c\u0153ur. Dans les ann\u00e9es qui suivirent il lui appar\u00fbt sous d\u2019autres formes. Mais toujours avec des cheveux noirs et la peau sombre. Elle avait utilis\u00e9 la magie \u00e0 plusieurs reprise contre des hommes \u2013elle ne pouvait plus dire lesquels. Le diable l\u2019avait aussi aid\u00e9e contre son mari, le ma\u00eetre serrurier Bantzer car durant les derni\u00e8res ann\u00e9es de leur union il l\u2019avait mal trait\u00e9e, quand il \u00e9tait ivre et qu\u2019elle se cachait la moiti\u00e9 de la nuit au grenier pour \u00e9chapper \u00e0 ses coups. Non elle n\u2019a pas fait de mal aux enfants de Heisslerin. Mais elle avait un jour tu\u00e9 son propre nouveau n\u00e9 par amour pour son mal\u00e9fique amant. Plusieurs fois elle avait vol\u00e9 sur un b\u00e2ton couvert d\u2019onguent pour aller au Bromberg ou dans le M\u00f6sle, il y avait l\u00e0 des tables, couvertes des mets les plus fins, des r\u00f4tis et du vin, que son amant lui donnait \u00e0 boire dans un gobelet d\u2019argent. Et il y avait des musiciens. Qui \u00e9taient ils ? Pour la premi\u00e8re fois le flot de paroles de Catharina s\u2019interrompit. Il fallait qu\u2019elle donne des noms. Sainte m\u00e8re de Dieu. Il fallait qu\u2019elle donne des noms maintenant. Non elle ne connaissait pas la plupart d\u2019entre eux, murmura-t-elle, sauf la Vischerin, la M\u00f6ssmerin et la Wolffartin. Oui oui elles \u00e9taient l\u00e0 \u00e0 chaque fois. Catharina laissa tomber sa t\u00eate sur sa poitrine et se tut. Frauenfelder se frottait les mains avec satisfaction.<br \/>\n\u201efinalement elles avouent toutes \u00e0 la fin. A chaque fois il est prouv\u00e9 combien notre institution est fiable. Autant elles sont faciles \u00e0 s\u00e9duire autant elles sont peu r\u00e9sistantes \u00e0 la torture. Comment est il dit dans le Malleus maleficarum ? Les femmes sont imparfaites que ce soit dans leur corps ou dans leur \u00e2me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le greffier opinait \u00e9nergiquement. On voyait sur son visage combien il admirait Frauenfelder. Le commissaire lui donna un coup dans les c\u00f4tes. \u201evous avez not\u00e9 tous les aveux ? D\u2019ici demain il faut que tout soit mis au propre. Et vous\u201c dit il \u00e0 l\u2019adresse de Catharina \u201ed\u00e8s que le tourmenteur vous aura \u00e0 peu pr\u00e8s remise sur pieds, vous devrez r\u00e9p\u00e9ter votre d\u00e9position devant 7 t\u00e9moins\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A travers un brouillard gris bleu Catharina vit que tous les hommes sauf le bourreau et son fils quittaient la pi\u00e8ce. Alors elle ferma les yeux. Soudain elle ressentit une violente douleur, quelqu\u2019un l\u2019avait tourn\u00e9e sans \u00e9gards pour l\u2018allonger sur son dos martyris\u00e9 et un poids tr\u00e8s lourd reposait sur son corps. Tout d\u2019abord elle crut que finalement la torture continuait, mais c\u2019\u00e9tait le fils du bourreau qui, le pantalon ouvert, s\u2019\u00e9tait allong\u00e9 sur elle et cherchait \u00e0 la p\u00e9n\u00e9trer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eon va voir si ton amant diabolique va venir \u00e0 ton secours, esp\u00e8ce de tra\u00een\u00e9e. En tout cas moi \u00e7a ne me fait pas peur. Ouvre les jambes saloppe\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina resta encore 5 longues journ\u00e9es dans l\u2019obscurit\u00e9 du Christoffelturm, cinq jours durant lesquels le tourmenteur lui remit les \u00e9paules en place, changea les bandages de ses doigts \u00e9cras\u00e9s, soigna sa jambe gauche avec de l\u2019huile de mandragore, et nettoya les plaies sur son dos. Avec une recette secr\u00e8te contenant de la val\u00e9riane et de la cigu\u00eb il fit baisser la fi\u00e8vre et la douleur. Le vieux connaissait son travail car il n\u2019avait pas seulement apprit \u00e0 tuer, mais aussi \u00e0 gu\u00e9rir. Mais elle se rendit \u00e0 peine compte de tout ce qui se passa durant ces 5 jours. Elle ne savait pas que tout pr\u00e8s d\u2019elle \u00e9tait attach\u00e9e son amie mourante Margaretha M\u00f6ssmerin, et qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tage du dessous se trouvait la veuve du riche marchant de toiles, Anna Wolffartin. Elle eut un de ses rares moments de lucidit\u00e9 quand un matin le juge d\u2019instruction vint avec 7 t\u00e9moins lui lire le compte rendu de tout ce qu\u2019elle avait avou\u00e9 sous la torture. Elle \u00e9tait sid\u00e9r\u00e9e d\u2019entendre ces phrases qui \u00e9taient cens\u00e9es avoir \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es par elle. Des mots \u00e9tranges, des choses bizarres, qui apparemment avait un rapport avec elle. Elle secoua la t\u00eate, non cela ne pouvait pas avoir \u00e9t\u00e9 dit par elle. Peu apr\u00e8s arriva le bourreau avec un brodequin qu\u2019il appliqua sur sa jambe valide. Et il suffit d\u2019un seul tour de vis pour que Catharina jura devant Dieu que tout ce qui \u00e9tait \u00e9crit \u00e9tait vrai. Alors elle les pria de bien vouloir l\u2019autoriser \u00e0 \u00e9crire son testament et qu\u2019on voulut bien lui envoyer un pr\u00eatre. Le pr\u00eatre arriva le jour m\u00eame, il n\u2019\u00e9tait pas seul.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eCh\u00e8re Madame, auriez vous encore un souhait que je pourrai exaucer dans les jours qui viennent ?\u201c la voix de Textor tremblait<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eNon\u2026. Rien, c\u2019est \u2026. Fini. Mais\u2026. Pourquoi ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Catharina avait du mal \u00e0 parler, soudain une douleur traversa son corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eou plut\u00f4t si, je voudrais \u00e9crire une lettre \u00e0 mon amie Lene Schillerin, elle, ses enfants, ma fille, doivent savoir que je suis innocente\u201c<br \/>\nTextor opina \u201eoui nous vous laisserons faire cela\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s que les hommes furent partis elle replongea dans son \u00e9tat de semi conscience. Seules les visites de Textor la tiraient de ce carcan, l\u2019arrachaient \u00e0 son h\u00e9b\u00e9tude. A travers la plume de Textor elle emplit des pages et des pages, pleines de mots qui \u00e0 pr\u00e9sents coulaient \u00e0 flot par la bouche de Catharina, venus du plus profond d\u2019elle m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201edoucement\u201c la calmait r\u00e9guli\u00e8rement Textor, \u201enous avons le temps, n\u2019oubliez pas qu\u2019aux yeux des magistrats je r\u00e9dige l\u00e0 un trait\u00e9 scientifique\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais m\u00eame ce temps l\u00e0 eut une fin et quand Textor, pour la derni\u00e8re fois, rangea ses ustensiles, et qu\u2019il la quitta, le visage p\u00e2le, elle retourna dans son royaume d\u2019ombres, o\u00f9 rien ni personne ne pouvait la rejoindre. S\u2019il y avait un sentiment qu\u2019elle pouvait encore avoir c\u2019\u00e9tait la tranquille qui\u00e9tude d\u2019un malade qui sait que bient\u00f4t il sera soulag\u00e9. Elle rencontra Marthe, qui \u00e9tait comme une m\u00e8re pour elle, et se trouva avec elle dans un verger en fleurs. Elle rencontra son chien Moses, qui \u00e9tait mort depuis longtemps, et courut avec lui dans les champs et les pr\u00e9s, elle se laissa porter par Chrsitoph dans des vagues bleu fonc\u00e9, elle se trouva assise avec sa fille dans le port de Constance, sa ch\u00e8re Marthe-Marie, \u00e0 travers laquelle elle continuerait \u00e0 vivre. Sa fille que peu apr\u00e8s sa naissance elle avait donn\u00e9e \u00e0 Lene Schiller, la fille de Marthe et meilleure amie de Catharina. Bient\u00f4t Marthe-Marie saurait la v\u00e9rit\u00e9, et saurait qui \u00e9tait sa vraie m\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis apparut son amie Lene, au milieu de la nuit, avec une lampe \u00e0 huile \u00e0 la main, et elle lui caressa le visage. Ses cheveux \u00e9taient devenus gris, ses joues \u00e9taient mouill\u00e9es de larmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201ene pleure pas, tout va bien, lui dit Catharina, bien que ces paroles lui fissent du mal, comment vont les enfants ? Les as tu amen\u00e9s ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-Ferdi m\u2019a accompagn\u00e9e, il nous attend chez toi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">-C\u2019est gentil \u00e0 toi de venir me rendre visite, mais il faut que je dorme \u00e0 pr\u00e9sent. J\u2019ai beaucoup de travail demain matin, il faut que je m\u2019occupe des semis et la bonne n\u2019arrive pas \u00e0 se d\u00e9brouiller toute seule avec la brasserie. Et j\u2019aimerais faire un g\u00e2teau pour la f\u00eate de Marthe Marie. Reviens un autre jour, tu veux bien ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Lene vint trop tard. Catharina avait cess\u00e9 de se battre pour sa vie. Pourtant tout \u00e9tait pr\u00e9vu. Lene avait d\u00e9couvert que durant la nuit une porte n\u2019\u00e9tait pas surveill\u00e9e. En bas attendait Christoph afin d\u2019emmener Catharina \u00e0 B\u00e2le. De lui Lene tenait un petit sac de pi\u00e8ces d\u2019or pour acheter le silence du surveillant. Christoph pensait bien faire quand il envoya Lene dans la tour. Il pensait qu\u2019une femme serait plus \u00e0 m\u00eame d\u2019amadouer le surveillant. Les pi\u00e8ces d\u2019or ne suffisaient pas \u00e0 l\u2019homme, et pour Lene il y eut un de ces moments dans la vie, o\u00f9 on ferme les yeux et on essaye d\u2019oublier, quand elle dut se donner au surveillant. Lene prit Catharina par les \u00e9paules, elle voulut la secouer doucement, mais celle ci lui posa sa main band\u00e9e sur la bouche :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201echut ! doucement, Christoph dort encore. Va-t-en maintenant Lene, \u00e0 bient\u00f4t\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors elle s\u2019allongea sur la paille puante et ne bougea plus. Lene s\u2019allongea \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, la prit dans ses bras et d\u00e9cida de ne plus jamais la laisser seule. Mais \u00e0 un moment donn\u00e9 le surveillant monta et for\u00e7a Lene \u00e0 retourner dans la rue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain matin le bourreau entra dans la cellule de Catharina et commen\u00e7a par arracher la paille qui obturait la fen\u00eatre. La lumi\u00e8re envahit le petit local. Effray\u00e9s les rats cherch\u00e8rent \u00e0 se cacher. Ensuite il lib\u00e9ra Margaretha et Catharina de leurs cha\u00eenes, et Catharina en profita pour se masser les poignets avec ses poings band\u00e9s. Comment se faisait il qu\u2019il fit si clair soudain ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eL\u2019heure est venue, dit l\u2019homme, \u00e0 11 heures on viendra vous chercher, Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention de votre bailli et oncle de Villingen (il regardait Margaretha) vous serez d\u00e9capit\u00e9es avant d\u2019\u00eatre br\u00fbl\u00e9es. Avant notre d\u00e9part je vous apporterai votre dernier repas et je vous laverai, ensuite viendra le pr\u00eatre, et le docteur Textor aimerait vous voir une derni\u00e8re fois.\u201c Il s\u2019agenouilla pr\u00e8s de Catharina \u201ececi est pour vous\u201c Il posa \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle une feuille de papier d\u00e9pli\u00e9e. Catharina reconnut l\u2019\u00e9criture de Christoph, mais les lettres dansaient devant ses yeux. Elle jeta un regard d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 au bourreau mais il haussa les \u00e9paules.<br \/>\n\u201eje ne sais pas lire malheureusement\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec force difficult\u00e9 Catharina r\u00e9ussit \u00e0 lire la missive. \u201eMon tr\u00e8s cher amour ! Jour et nuit j\u2019\u00e9tais pr\u00e8s de toi en pens\u00e9es, et le fait de ne pas savoir si nous nous retrouverions un jour m\u2019emp\u00eachait de dormir. Pourquoi a-t-il fallu que je te laisse seul \u00e0 Fribourg, pourquoi ne t\u2019ai je pas amen\u00e9e ici avec moi ? A quoi me sert \u00e0 pr\u00e9sent mon h\u00e9ritage et tout cet argent ? Quand hier Lene est ressortie seule de la tour j\u2019ai tenu conciliabule toute la nuit avec Dieu et je pense qu\u2019il comprendra ma d\u00e9cision de m\u2019en aller avec toi et qu\u2019il me pardonnera ce p\u00e9ch\u00e9, car il est motiv\u00e9 par l\u2019amour. Sois donc rassur\u00e9e, comme je le suis moi m\u00eame \u00e0 pr\u00e9sent, car bient\u00f4t nous serons ensemble pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Aucun juge, aucun bourreau ne pourra plus jamais nous s\u00e9parer.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le soleil de mars chauffait l\u2019atmosph\u00e8re et la grande rue devant le Christoffelstor \u00e9tait en f\u00eate. Les boulangers distribuaient aux enfants des \u201epetits pains du bourreau\u201c, de croustillants petits pains blancs, aux coins des rues les n\u00e9gociants en vin n\u2019en finissaient plus d\u2019offrir des d\u00e9gustations. Quelques jeunes occupaient leur temps \u00e0 jeter des cailloux \u00e0 un chat \u00e0 trois pattes. Quand la charrette des condamn\u00e9es arriva, tir\u00e9e par un solide cheval noir, et que la porte de la tour s\u2019ouvrit, une clameur traversa la foule. On fit fonctionner des cr\u00e9celles, on fit du bruit avec des couvercles de casseroles qu\u2019on entrechoquait, des cris se firent entendre \u201equ\u2019on fasse sortir les sorci\u00e8res\u201c \u201eon veut les voir br\u00fbler\u201c.<br \/>\nAnna Wolffartin apparut en premier et monta dans la charrette, elle \u00e9tait la seule qui pouvait encore se tenir ses jambes. Ensuite Margaretha et Catharina furent tra\u00een\u00e9es hors de la tour et jet\u00e9es dans la carriole. Quand le cheval d\u00e9marra les trois femmes furent jet\u00e9es les unes contre les autres comme des poup\u00e9es de chiffon. Les pr\u00eatres, le maire et le gouverneur Renner ouvraient le chemin sur des chevaux blancs, suivis par les juges et les conseillers municipaux. Les repr\u00e9sentants des corporations avaient mis leurs plus beaux atours. Seul le docteur Textor manquait dans leurs rangs, la veille il avait renonc\u00e9 \u00e0 tous ses titres et ses responsabilit\u00e9s. Une bonne douzaine de bourreaux surveillaient la carriole et essayaient de prot\u00e9ger les condamn\u00e9es de la vindicte populaire. Et derri\u00e8re suivaient le tourmenteur et son fils.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La foule suivait comme une nu\u00e9e d\u2019abeilles en direction du M\u00fcnsterplatz, les chiens courant \u00e0 leur suite, et les premiers jets arriv\u00e8rent sur la carriole. Une pierre atteignit Anna Wolffartin \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la t\u00eate, et les cris de la foule devinrent clameur quand les cloches de la cath\u00e9drale se mirent \u00e0 sonner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gare \u00e0 la populace quand on la l\u00e2che, pensa Textor et il fit tomber une pierre de la main d\u2019un paysan. Il se demandait qui pouvait \u00eatre cet homme devant lui, en capeline noire, le capuchon largement tir\u00e9 sur le visage, et qui marchait aussi pr\u00eat de la carriole que le faisaient les bourreaux. Sur le parvis de la Cath\u00e9drale les juges et les \u00e9chevins firent tout d\u2019abord une halte sous les murs du tribunal r\u00e9cemment r\u00e9nov\u00e9. Apr\u00e8s que le dernier coup de cloche eut r\u00e9sonn\u00e9 le greffier s\u2019avan\u00e7a, gonfl\u00e9 de fiert\u00e9, car il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 pour lire en public les accusations et la condamnation des trois sorci\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201ece lundi 22 mars de l\u2019ann\u00e9e 1599, Margaretha M\u00f6ssmerin, veuve du sieur Baurer, a reconnut les faits de sorcellerie suivants : elle reconna\u00eet qu\u2018il y a dix ans un homme noir est venu \u00e0 elle dans son jardin, tard le soir, et il lui a intim\u00e9 l\u2019ordre d\u2019avoir des relations avec lui. Ce qu\u2019elle fit et il \u00e9tait d\u2019un naturel froid. Elle reconna\u00eet qu\u2019il s\u2019appelait Hemmerlin et qu\u2019il lui a donn\u00e9 un b\u00e2ton et une pommade dans une petite bo\u00eete, pour en enduire le b\u00e2ton ou la fourche. Elle reconna\u00eet que c\u2019est sur ce b\u00e2ton qu\u2019elle a vol\u00e9 au Bromberg o\u00f9 elle retrouvait la Wolffartin, et la Stadellmenin, et d\u2019autres qu\u2019elle ne connaissait pas, et qu\u2019elles y mangeaient et y buvaient. Elle reconna\u00eet\u2026.\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La foule, curieuse, regardait vers les trois femmes pendant cette litanie qui semblait ne jamais devoir finir, cherchant \u00e0 voir comment elles r\u00e9agissaient quand on leur lisait leurs actes r\u00e9pr\u00e9hensibles. Mais aucune d\u2019elles ne r\u00e9agissaient, elles restaient couch\u00e9es, comme des sacs de farine, les unes contre les autres, la t\u00eate baiss\u00e9e sur la poitrine, \u00e9taient elles seulement conscientes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Textor sentait son c\u0153ur se serrer. Chez lui, dans un coffre en ch\u00eane, s\u2019entassaient des centaines de feuillets manuscrits, o\u00f9 \u00e9tait retranscrite la v\u00e9rit\u00e9 sur ces trois femmes. Une v\u00e9rit\u00e9 que personne ne voulait entendre. Mais un jour il faudrait bien que l\u2019on pr\u00eate foi \u00e0 ces \u00e9crits, et lui, Carolus Textor, y consacrerait tous ses efforts. D\u00e8s demain il commencerait \u00e0 tout mettre au propre, et il en enverrait une copie \u00e0 Lenne Schillerin \u00e0 Constance. \u201ePas une seule fois dans leurs derni\u00e8res heures elles n\u2019ont fait montre de p\u00e9nitence\u201c dit une vieille femme \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui d\u2019un air contrit \u201ecomment le pourraient elles, continua une autre, alors que le Malin se tient toujours pr\u00e8s d\u2019elles ?\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Textor remarqua que l\u2019homme au v\u00eatement noir s\u2019avan\u00e7ait. Son regard ne quittait pas Catharina, sa voix \u00e9tait plus forte que celle du greffier \u201en\u2019aies crainte, je suis avec toi\u201c Lentement la Stadellmenin leva la t\u00eate. Les yeux hagards et le visage d\u00e9fait elle regarda l\u2019homme devant elle, et soudain elle sembla le reconna\u00eetre, et elle commen\u00e7a \u00e0 sourire, comme lorsqu\u2019on est en pr\u00e9sence d\u2019un cadeau inesp\u00e9r\u00e9. Ses l\u00e8vres pronon\u00e7aient des mots silencieux et Textor se demanda si elle parlait \u00e0 son vis \u00e0 vis ou \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le greffier parlait toujours plus vite et jetait des regards affol\u00e9s \u00e0 la foule qui devenait nerveuse \u201equ\u2019on commence !\u201c \u201eallumez le feu\u201c \u201equ\u2019attendez vous, qu\u2019on les jette au feu ces maudites sorci\u00e8res\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur un signe du maire la garde se pla\u00e7a devant la carriole et repoussa la foule. Puis on entendit une petite cloche. Le maire se reprit, alla se poster sous la gigantesque entr\u00e9e du portail et leva un b\u00e2ton d\u00e9cor\u00e9. Le silence se fit aussit\u00f4t. Le greffier se racla la gorge et essaya de donner \u00e0 sa voix une nouvelle force.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eR\u00e9sidents de Fribourg, entendez la sentence : en cons\u00e9quence de tout cela il est reconnu par le tribunal que Margaretha Mossmerin, veuve de Jacob Bauren, Anna Wolffartin, veuve de Alexander Schellen, et Catharina Stadellmenin, veuve de Michael Bantzer, sont des sorci\u00e8res, et que de ce fait elle seront tout d\u2019abord d\u00e9capit\u00e9es sur le Schutzrain, puis leurs corps seront conduits au Hochgericht et br\u00fbl\u00e9s. Que Dieu ait piti\u00e9 de leurs \u00e2mes. Amen\u201c<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u201eAmen\u201c dirent des centaines de voix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des roulements de tambour s\u2019\u00e9lev\u00e8rent, puis le maire brisa le b\u00e2ton et le jeta au sol devant la charrette des condamn\u00e9es. C\u2019\u00e9tait le signe de rupture. La foule se mit en mouvement et alla vers le Schutzrain, en dehors des murs de la ville, \u00e0 travers les ruelles. C\u2019est presque \u00e9paule contre \u00e9paule avec l\u2019homme en noir que Textor avan\u00e7ait. Quand le bourreau saisit l\u2018\u00e9p\u00e9e emball\u00e9e dans un tissu noir, le pr\u00eatre s\u2019avan\u00e7a. Sans descendre de cheval il brandit son crucifix et commen\u00e7a \u201eOra pro nobis\u201c mais sa voix \u00e9tait couverte par le bruit des couvercles de casseroles qu\u2019on entrechoquait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, lorsque Catharina entre les deux autres femmes s\u2019agenouilla devant le billot et que le bourreau leva son \u00e9p\u00e9e, le silence se fit. La plupart des gens se sign\u00e8rent l\u2019homme en noir au premier rang des spectateurs s\u2019agenouilla et baissa la t\u00eate. Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 ce moment l\u00e0 que Textor le reconnut : c\u2019\u00e9tait le bistrotier de Villigen, Christoph Schiller, proche de la Stadellmenin, et, comme il l\u2019avait apprit entre temps, son visiteur du soir. Textor vit comme Christoph relevait la t\u00eate et que son regard se planta dans celui de son aim\u00e9e, c\u2019\u00e9tait comme si \u00e0 travers ce regard les deux amants \u00e9taient soudain seuls au monde, tr\u00e8s loin de cet endroit. Une lueur passa sur le visage meurtri de Catharina, et ses yeux s\u2019emplirent d\u2019un incommensurable amour. Alors l\u2019\u00e9p\u00e9e siffla une fois, deux fois, trois fois. Textor pria tout haut, la pri\u00e8re la plus douloureuse de toute sa vie, \u201eJe vous salue Marie,\u2026.\u201c Ces mots requ\u00e9raient le pardon pour la responsabilit\u00e9 qu\u2019il pensait avoir dans la mort de ces femmes. Puis, d\u2019une seconde \u00e0 l\u2019autre tout fut fini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Personne, pas m\u00eame l\u2019ancien commissaire Carolus Textor n\u2019avait vu ce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 au milieu de leur rang\u00e9e, qu\u2019un homme \u00e9tait prostern\u00e9 sur le sol, comme s\u2019il avait voulu embrasser la terre, et qu\u2019il n\u2019avait pas boug\u00e9 d\u2019un pouce, m\u00eame quand les corps \u00e9t\u00eat\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 remis sur la carriole et que m\u00eame les plus vieux et les plus lents avaient quitt\u00e9 la place pour aller au b\u00fbcher. Ce n\u2019est que lorsque le brasier fut \u00e0 son apog\u00e9e et que la lueur illumina toute la ville qu\u2019un employ\u00e9 municipal revint pour nettoyer les billots. Il retourna le corps de l\u2019homme d\u2019un coup de pied et il vit alors qu\u2019un poignard \u00e9tait enfonc\u00e9 profond\u00e9ment dans sa poitrine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00c9pilogue :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout comme Catharina, les deux autres accus\u00e9es, quand on leur avait demand\u00e9 le nom de leurs compagnes de sabbat, n\u2019avaient donn\u00e9 que les leurs et ceux de personnes d\u00e9j\u00e0 d\u00e9c\u00e9d\u00e9es. Ainsi donc, faute d\u2019accus\u00e9es, la situation se tassa.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu\u2019\u00e0 ce que 4 ans plus tard, la chasse aux sorci\u00e8res ne reprit de plus belle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La sorci\u00e8re de Freibourg Auteur inconnu, traduction &amp; adaptation V\u00e9ro Ndlt : En faisant des recherches sur le net j\u2019ai trouv\u00e9 ce texte, une version romanc\u00e9e du proc\u00e8s des sorci\u00e8res pour lesquelles une plaque comm\u00e9morative a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9e sur le Predigertor de Fribourg en Brisgau. Je n\u2019ai pas le nom de l\u2019auteur. 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