Une femme ceinte d’une épée

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Une femme ceinte d’une épée. Par Jack Parsons, traduction et adaptation Véro

Extrait de Freedom is a Two-Edged Sword de John Whiteside Parsons (alias Jack Parsons alias Frater 210).

C’est à toi, femme, belle rédemptrice perdue de la race, que j’ose adresser ce chapitre. Ce qui maintenant remue en toi n’est pas déséquilibre, n’est pas péché, n’est pas folie, mais c’est la vie, une nouvelle vie, et une joie et un feu qui engendreront une nouvelle race, et créerons un nouveau ciel et une nouvelle terre.

Quand tu fus une enfant, le vent et le soleil ne te parlaient-ils pas ? N’as-tu pas entendu la voix de la montagne, les voix du fleuve et de la tempête ? As-tu entendu le bourdonnement des étoiles, et les voix dans le silence ?

Es-tu allée nue dans la forêt, avec le vent sur ton corps, et as-tu senti la caresse de Pan ? Et ton cœur a gonflé au printemps, s’est développé en été, et fût triste avec le loup en hiver. Ces choses sont l’engagement, et en elles est la vérité qui est là pour toujours.

Et tu as cherché des compagnons dont le cœur serait aussi grand que le tien, et tu ne les as pas trouvés, cachés dans les mémoires secrètes des rêves et des chants. Tu as trouvé une maladie au-dessus du monde, une maladie de silence et douleur, et tes compagnons ont marché dans la culpabilité et la honte, dans la crainte et la haine, le péché et la douleur du péché, et tu étais seule. Ah, il y avait un rire, mais un rire forcené; du plaisir mais un plaisir furtif, inassouvi et honteux. Et maintenant ton cœur est triste. Mais ne sois pas triste, mon aimée. Sois heureuse et sans crainte. En toi se trouve le chant qui brisera le silence, en toi se trouve la flamme qui exterminera la crasse.

Tu es la rédemptrice; la rédemptrice du péché et de la douleur, de la culpabilité et de la honte, toi, oh femme, splendeur incarnée.
Combien de temps as-tu été enchaînée, esclave de la convoitise et de la culpabilité des porcs ? Combien de temps as-tu subi la dégradation infecte de ton nom saint, putain, ou souffert silencieusement de la dégradation infâme que l’on nomme vertu ?

À quel point as-tu connu le bâton, le fouet, les chaînes, l’emprisonnement, la mise à mort au service de ton maître.

Était-ce la crainte de l’esclavage, était-ce de la faiblesse, de la lâcheté et de l’infériorité ? Honte sur l’homme, ce n’était rien de cela, ce n’était que de l’amour. Un homme a été crucifié pour une rédemption qui a échoué. Même si on crucifiait dix fois dix millions d’hommes, cette infamie ne serait pas rachetée.

Prêtre, père ; mari, amant ; geôlier ; juge, bourreau ; voleur ; séducteur ; destructeur ; il fut ton amant ; ton maître ; oh, femme salie.

Pourtant, plains-le, car il a lui aussi cherché l’amour.

Mais il y a une fin, et un commencement et avec toi seront le commencement et tout futur. Car tu es la mère de la nouvelle race, le rédemptrice et l’amante des nouveaux hommes, les hommes qui seront libres.

Maintenant je te parlerai des hommes. Les hommes désirent trois choses d’une femme, une mère qui sera plus grande qu’eux, une épouse qui le sera moins qu’eux, et une maîtresse qui sera leur égale. Ils se révoltent toujours contre leur mère, ils n’ont que mépris pour l’épouse, l’amante toujours leur échappe.

Observe le mari ; comme il déteste la femme et fuit, craignant de la frapper.

Observe le grand amoureux ; comme il est, cherche l’amour et ses mains se referment sur le néant.

Ils sont décontenancés, comme des enfants craintifs, jouant pour oublier l’obscurité. Et ceux qui portent les armes, qui paradent et assassinent, ne sont-ils pas les plus effrayés de tous ? Plains-les, pardonne-leur.
Dans l’Ancien Monde, il y avait des hommes pour une saison, puis les villes ont été construites, puis sont arrivés les loisirs, les énigmes du sphinx, et ils devinrent des perroquets dorés, acceptant de bonne grâce la futilité.

Ensuite vint le christianisme, une futilité pour les esclaves, un fouet pour leurs maîtres, et dont les barbares firent une surconsommation.
Oui, Faust est le prototype du moyen-âge, mais pas le Faust dont parle Kit Marlowe. C’est un Faust plus sombre, Gilles de Ray, qui trahit la pucelle dans sa soif de puissance; puis, abruti, prie Dieu dans sa chapelle et se livre à toutes les horreurs dans ses caves.

Et ainsi va l’histoire effrayante jusqu’à ce que l’homme, pâle d’effroi devant ses propres cauchemars, se tourne finalement vers le rêve de liberté

C’est la voix de Voltaire, fatigué, cynique, las de la folie, qui annonce l’ouverture d’un prélude redoutable et abusif. Tom Paine, un homme, un vrai homme, brisé et finalement trahi par tous les champions de pacotille, Will Blake, parlant dans la langue des anges sans être compris, Shelley et sa gestuelle magnifique et futile, Swinburne, qui a pratiquement recréé hélas avant d’être détruit, Byron, Pushkin, Gautier, tous sont les instruments du prélude d’une symphonie qui ne fut jamais jouée.
Et la science qui était censée nous sauver ! Ce merveilleux monde moderne d’Huxley, Darwin, Hegel et H G Wells, avec la seule de voix de Spengler pour les contredire. La science refaisant le monde, un langage international, une fraternité universelle, au-delà des nationalités, des inégalités ou des confessions. Ce château de cartes, vision merveilleuse, comme il s’est écroulé ! Ces créateurs d’un nouvel âge qui n’osent ni parler, ni penser, ni bouger sans demander la permission aux autorités militaires. Titans sans limites, qui vous pencherez par-dessus une frontière pour parler, où est votre Nouveau Monde ?

Champions, où est la liberté ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Un homme peut deviner, mais nul homme ne peut trouver la solution. Nous devons nous tourner vers les femmes pour trouver la réponse.
Le changement s’est fait il y a des millénaires, avant que l’histoire ne fût écrite. Il faut remonter bien plus loin dans nos mémoires, pourquoi ne le pourrions-nous pas, nous qui venons de là, donc c’était il y a bien longtemps, le temps d’Isis, appelé à tort le matriarcat. Ce n’est pas un matriarcat tel que nous l’imaginons, un club de femmes, ou de poulettes frustrées. C’est une égalité. La femme est la prêtresse, en elle reposent les mystères. Elle est la mère, elle nourrit tendrement, elle est l’amante, tout à la fois passionnée et lointaine, elle est l’épouse, révérée et chérie. Elle est la femme sorcière. C’est équivalent. De la même façon l’homme est le chef, le chasseur, l’époux, l’amant, le penseur, celui qui fait. La femme, prêtresse, gardienne du mystère,

Sibylle de l’inconscient, prophétesse des rêves. Ceci assure l’équilibre, la stabilité.

Puis vint l’indicible catastrophe, le patriarcat. Dont l’archétype est le monstre monosexuel démoniaque, Jehova. Et voilà que dans le groupe des prêtres la femme se trouve réduite au rang de l’animal, l’homme est un dieu supérieur, elle est isolée et à la merci d’une intelligence sans pitié. C’est la guerre, la guerre totale entre les différentes parties, entre les émotions qui doivent et l’intellect qui ne devra pas. Chaque religion patriarcale est une monstruosité qui se contredit : judaïsme, chrétienté, bouddhisme, islamisme, fascisme, communisme, démocratie, science et toute autre foi de l’histoire du monde. C’est un dogme, une confession basée sur des axiomes qui s’envolent comme des fétus de paille dans le vent de l’intellect, et l’homme a trébuché sur cette structure et il faudra qu’il échoue, car il sait à quel point tout cela est futile et pourtant il se bat pour cela avec toute la folie furieuse que lui confèrent ses frustrations. Il sait qu’il est un petit garçon qui joue avec le feu, qui joue au gendarme et au voleur dans un jeu qui le dépasse et va trop loin.

Il a perdu sa mère, son épouse le trompe, son amante le rejette. Le mystère a fui le temple, banni par un concile de barbus séniles et suffisants. Femme, femme, où es-tu ? Reviens vers nous, femme ! Pardonne, oublie, assieds-toi dans nos temples, prends-nous par la main, embrasse nos lèvres, dis-nous que tu nous aimes, que nous ne sommes pas seuls. Femme sorcière, sortie des cendres du bûcher, élève-toi à nouveau !

Voyez-vous, c’est dans le culte dianique que l’ancienne façon a perduré. Toutes ces femmes splendides et terribles, Messaline, Toffana, La Voisin et de Brinvilliers, ont pris des revanches magnifiques. Et d’autres, femmes mais aussi hommes, ont caché les mystères interdits dans des rites secrets, et connurent une brève réunion qu’ils payèrent d’un lourd prix.

C’était là l’espoir qu’on mit dans la pucelle d’Orléans, l’espoir de millions d’êtres désespérés qui croyaient qu’enfin était venue la femme qui les sauverait. Que leur foi et leur échec vous fassent comprendre que l’innocence n’est pas une protection.

Sois intuitive, oh femme, sois savante, sois subtile, sois sans pitié. J’ai dit : comprends, pardonne, oublie. Mais n’oublie pas trop. Ne fais confiance qu’à toi même.

J’ai parlé de ces grandes empoisonneuses, mais c’est une vengeance amère. Sache que toute vengeance est une vengeance sur soi même, et la plus terrible est celle perpétrée par une femme frigide. Il y en a des millions, des dizaines de millions. Ne te fie pas à ce qu’elle dit à son mari ou son amant, fie-toi à ce qu’elle raconte à son docteur, à ses intimes.
Mais pour beaucoup la cause est plus profonde. Elle repose sur deux choses : l’échec de son compagnon à se conduire comme un homme et son propre échec à être honnête avec elle même.

C’est cette culpabilité noire et assassine avec laquelle les parents empoisonnent leurs propres enfants et qui est la cause de la frigidité.

C’est la suppression des amours incestueuses.

C’est la peur de la maladie et des enfants.

Mais toi qui as connu l’un de ces cas, n’en sois pas honteuse. La force n’est pas innée, elle s’acquiert en comprenant et surmontant ses épreuves.

Alors, sois libre ! Alors, chante le vieux chant sauvage :

EVOE IO, EVOE IACCHUS IO PAN IO PAN EVOE BABALON!

Va dans les montagnes, dans les océans et la forêt, va nue en été pour retrouver l’ancienne joie et l’amour heureux et libre sous les étoiles.
Mais le corps n’est pas beau ? Voilà le secret. Le corps est forgé par l’esprit. Accepte la peur, la répression, la haine et alors regarde le corps, ou plutôt ne le regarde pas ! Mais va, libre, joyeuse, sans restreintes, cours un peu nue. Ensuite, regarde les joues rosies, les seins gonflés, les souples contours, le rythme lancinant. Toutes les maladies et les malformations sont nourries par la peur et la haine. C’est pour cela, femme, que tu es appelée « guérisseuse ».

Femme, prêtresse du monde irrationnel ! Irrationnel et pourtant si important, si vital, car son concept est refusé et dénié.

Nous ne souhaitons pas être ivres, assassins, frustrés, pauvres, malheureux sans raison. Ces choses ne sont pas raisonnables ou objectives, pourtant elles existent. Nous disons que nous ne voulons pas la guerre. Mais la cause de la guerre est une nécessité psychologique et elle continuera jusqu’à ce que cette nécessité trouve un autre accomplissement.

Il ne servirait à rien de dire que nous aimons ou détestons telle personne parce que c’est « raisonnable ». Notre moteur est plutôt à chercher du côté de la volonté inconsciente, du monde irrationnel, des forces qui nous parlent sous forme de rêve, de symboles ou par nos propres actions incompréhensibles, et cela ne pourra être endigué que par la compréhension de qui sont les femmes. Ce n’est qu’après cela que la volonté et l’intelligence prévaudront, sinon elles ne seront qu’une force aveugle et autodestructrice.

Femme, lève bien haut les armes indignes. Utilise la ruse et le poison, une
fausse frigidité et la stupidité feinte. Tire l’épée, l’épée au double tranchant de la liberté, et provoque un homme en combat singulier, un homme qui pourra être ton époux, qui pourra être un père convenable pour tes enfants.

Invite-le, teste-le par l’épée et il sera digne de toi. Car vous êtes les archétypes de la nouvelle race.

Quelque part dans le monde, il y a aujourd’hui une femme pour qui l’épée est forgée. Quelque part il y a une femme qui a entendu les trompettes du nouvel âge et qui y répondra.

Cette nouvelle femme répondra à la clameur des trompettes des étoiles ; elle viendra comme une flamme périlleuse, une chanson dévoyée, une voix dans la grande salle du jugement, une bannière face à l’ennemi.
Elle viendra, ceinte de l’épée de la liberté, et devant elle les rois et les prêtres trembleront, et les villes et les empires tomberont, et elle sera appelée BABALON, la femme écarlate. Car elle sera fière et emplie de luxure, elle sera à la fois délicate et mortelle, elle sera droite et invincible, comme l’est une lame nue. Et les femmes lui répondront par un cri de guerre, et se débarrasseront de leurs jougs et de leurs chaînes, et les hommes répondront à leur défi, reniant les manières basses et folles d’agir, et elle, qui brillera comme la brutale étoile du soir d’un coucher de soleil sanglant du crépuscule des Dieux, elle brillera à nouveau comme l’étoile du matin quand la nuit sera terminée, et qu’une nouvelle aurore s’étendra sur le jardin de Pan.

Pour toi femme inconnue, l’épée est un gage. Garde la foi !