Sur la théologie wiccane [partie 2]

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Sur la Théologie Wiccane. Par Rene Delaere & Dr. David L. Oringderff © 2002, traduction Artus.

  • Caractère Transcendent et immanent du Divin

Le Niveau I illustre clairement le caractère transcendantal du Divin, alors que le Niveau IV illustre son caractère immanent.

Les Niveaux II et III sont entre les deux et illustrent les caractéristiques du Divin qui sont plus proches de la psyché humaine.

Dans une direction opposée, du Niveau IV à III, on peut observer comment un personnage à l’origine « historique » peut devenir un personnage « héroïque », puis un personnage « légendaire » et finalement évoluer en personnage « mythique » en tant que « dieu » ou « déesse ».

Dans la direction de III vers IV, un dieu ou une déesse peut être illustré à travers le mythe en tant que personnage mythique et évoluer vers quelque chose d’interprété comme un personnage légendaire avec les racines historiques possibles. Il est par exemple impossible de dire si le « roi Arthur », le « roi Bran », ou le « roi Lear » étaient des « dieux » à l’origine dont un roi historique a utilisé le nom, ou s’ils étaient des rois qui ont ensuite évolué dans une dimension mythique et sont devenus une sorte de « dieux ».

On peut aussi voir comment le Niveau II se reflète dans la psyché humaine à travers ce qui est appelé « animus » et « anima » dans la psychologie Jungienne. L’animus est l’aspect masculin d’une femme, et l’anima est le masculin d’un homme. Cet « aspect contre-sexuel » dans la psyché humaine est extrêmement complexe et au-delà de l’étendu de cette présente discussion. (Les références appropriées sont citées dans la Liste des Lectures Recommandées pour ce module). Le niveau II est généralement considéré comme le plus typique pour la Wicca en tant que religion et est utilisé pour différencier la Wicca des autres religions, qui peuvent inclure d’autres niveaux mais où le niveau II n’est jamais explicité en tant que polarité basée sur le genre.

  • Deux formes essentielles de bi-théisme

Le bi-théisme est essentiellement un système avec deux divinités qui ont une relation spécifique. Dans un bi-théisme orienté sur le genre, la relation est synergique. Les deux divinités aspirent à une forme d’union mystique, ou ré-union. Le concept central « d’amour » (Eros), et la polarité est créative et libératrice.

Dans un bi-théisme orienté vers l’éthique (politique), la relation est antithétique. Les deux divinités tentent de se détruire l’une l’autre. Le concept central est « la mort » (Thanatos), et la polarité (ou plutôt la dualité) est liée au contrôle et à la destruction.

Comme le bi-théisme est au Niveau II, il est situé sur une dimension connectée plus étroitement à la psyché humaine. Les deux formes de bi-théisme trouvent leur parallèle dans la psyché humaine dans ce que Freud appelle Eros et Thanatos. Une analyse psychologique du bi-théisme synergique peut être trouvée dans le concept d’animus et anima de Jung. Une analyse psychologique du bi-théisme antithétique reflété dans la psyché humaine peut être trouvée dans le Dr. Jekyll et Mr. Hyde de Louis Stevenson.

Exemples de bi-théismes basés sur le genre :

En dehors de la Wicca aujourd’hui, on peut trouver de nombreux systèmes païens anciens ou ce niveau était central.

  • Grèce

La période classique s’est stabilisée autour du polythéisme de Niveau III, où sous l’influence des philosophes classiques, le panthéon a largement évolué par étapes, vers une religion politique (une religion de la « polis », la cité). La religion Grecque Classique est devenue par essence une religion « éthique ». Une religion « éthique » est une religion dans laquelle les gens pensent (comme aujourd’hui dans la civilisation Occidentale) que la croyance dans les dieux (ou en Dieu) est la seule garantie que le peuple se « comporte » de façon morale. C’est précisément pour cela que la forme « d’athéisme » de Socrate été vue comme une menace pour l’état et considérée comme « immorale ». Cependant, dans le mythe original, on se rappelle d’un état « plus ancien » où les divinités centrales étaient Ouranos (Uranus) et Gaïa et tous les dieux « cadets » étaient des enfants et petits enfants du couple Divin originel. Maintenant, le mot grec « Ouranos » signifie également « les cieux » et le mot « Gaïa » signifie « terre » : Donc nous avons le Père Ciel et la Terre Mère. Evidement, cela fait référence à une plus ancienne période où le paradigme Divin central était sur le Niveau II et était un bi-théisme orienté sur le genre. Nous voyons également dans cet exemple (en Grèce) que les « noms » des divinités au Niveau II sont très abstraits et non spécifiques.

Dans une évolution naturelle, une religion peut se développer sur le Niveau II ; ensuite le couple Divin originel aura des « enfants » et la génération suivante de dieux et déesses permettra à la religion de se développer au Niveau III. Quand une tribu ou un groupe de tribus conquièrent une tribu voisine ou un pays voisin, les habitants locaux sont généralement absorbés (au « statut » social le plus bas) plutôt que d’être directement exterminés. La même chose arrive à leurs dieux de Niveau III (ou même de Niveau II s’ils n’ont pas encore développé un Niveau III) : à la fois la population d’origine, mais également leurs dieux sont rangés à un « statut » subalterne. Comme par exemple les rois Achéens, qui ont fait accepter leur royauté en se mariant aux reines locales, leur Zeus « viola » les déesses locales. En revenant de leurs expéditions Troyennes, de nombreux rois Achéens ont trouvé leurs épouses qui avaient récupéré le trône, le partageant avec leurs nombreux suiveurs et amants. Cependant, progressivement Zeus et les rois établirent leur suprématie. Le panthéon devint de plus en plus important et les mythes ont du être intégrés, expliquant le rôle de chaque divinité de Niveau III.

Simultanément, nous voyons ici une autre caractéristique du Niveau III : par lui-même, le Niveau III n’est jamais entièrement stable, le panthéon n’est jamais « plat ». Il y a toujours une tendance qui conduit une des divinités à devenir le « chef ». Nous reviendrons à cela plus tard.

  • Égypte

Des traces du bi-théisme Niveau II peuvent être trouvées dans l’ancien mythe de Geb et Nout. Ici, les polarités sont inversées, Nout est la Déesse des Cieux et Geb le Dieu de la Terre. À un stade plus avancé, la religion égyptienne a évolué vers un polythéisme de Niveau III, avec des rivalités typiques entre les différentes castes de prêtres. Les rivalités célestes sont généralement issues de rivalités plus terrestres entre les différentes castes de prêtres pour la richesse et le pouvoir. La religion devient un sujet politique, l’affaire de l’État (tous les biens immobiliers et les récoltes ont appartenu aux prêtres d’Amon et la révolution religieuse d’Akhenaton a donné une fin violente à ce règne). Cette partie de la population qui a développé une insatisfaction envers la religion d’État s’est mise en quête d’expériences religieuses plus profondes offertes par une religion à « mystères », et ont fondé le mythe d’Isis et Osiris. Bien que nous ayons ici trois divinités : Isis, Osiris et Horus, Horus est une incarnation d’Osiris et le culte d’Isis/Osiris est un exemple de mutation, et la religion égyptienne s’est retrouvée de nouveau à un Niveau II à partir d’un foyer central de Niveau III.

Dans pratiquement tous les bi-théismes orientés sur le genre les plus anciens, l’un du couple Divin est associé à la Terre, et l’autre au Ciel. Dans les bi-théismes orientés sur le genre plus récent, l’un est associé à la Lune et l’autre au Soleil. Les polarités peuvent varier. Encore plus tard, on observe le développement de quatre entités Divines : le Ciel et la Terre, le Soleil et la Lune. Ces entités ont généralement la même polarité correspondante au genre des quatre éléments : le Ciel et la Terre (Air et Terre), le Soleil et la Lune (Feu et Eau).

Le concept de bi-théisme basé sur le genre est si profondément ancré dans la psyché humaine que nous pouvons même le trouver, bien que sous une forme cachée, dans la tradition Judéo-Chrétienne. L’église représente souvent « l’épouse » du Christ. Et il y a un peu de poésie érotique dans la Chanson de Salomon dans l’Ancien Testament. Historiquement, c’était la chanson utilisée par Salomon pour courtiser la reine (Éthiopienne) de Sheba. Les théologiens l’interprètent généralement comme une chanson d’amour où IHVH est l’homme, et l’esprit humain la femme.

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