La sorcellerie rationnelle

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Par Artus.

Dans cet article, je vais vous décrire mon approche de la sorcellerie. Encore une fois, cet article va être long, mais il vous aidera probablement à démêler et clarifier un certain nombre de choses.

Cela vous semble probablement étrange de voir l’association des mots « sorcellerie » et « rationnelle ». Dans notre culture, nous avons tendance à opposer spiritualité et raison. Mais cette opposition est purement culturelle et assez récente. Il est tout à fait possible et même souhaitable d’envisager les choses autrement. Nous avons tous reçu un minimum d’éducation et c’est dommage de sombrer dans la superstition d’un paysan illettré du Moyen Âge sous prétexte que l’on s’intéresse à la spiritualité.

Cette opposition entre spiritualité et raison vient du positivisme du XIXe siècle. La philosophie des Lumières était anticléricale, mais pas anti-spirituelle. L’école de Jules Ferry nous donne une image positiviste des Lumières et vous pensiez probablement que cette philosophie est matérialiste. Voici une citation du Discours de la méthode de Descartes qui vous montrera le contraire :

Enfin, s’il y a encore des hommes qui ne soient pas assez persuadés de l’existence de Dieu et de leur âme, par les raisons que j’ai apportées, je veux bien qu’ils sachent que toutes les autres choses, dont ils se pensent peut-être plus assurés, comme d’avoir un corps, et qu’il y a des astres et une terre, et choses semblables, sont moins certaines.

Lorsque nous nous tournons vers la spiritualité, nous ne savons pas trop pourquoi. Nous ressentons une attirance. Nous avons l’impression d’avoir une sensibilité particulière. Nous souhaitons découvrir un monde invisible. Nous approchons une tradition ou une autre pour des raisons purement émotionnelles. Nous adoptons des croyances sans avoir vérifié leur utilité. Mais au fond, quelle est l’utilité de notre démarche ? Que va-t-elle nous apporter ? Bien des personnes ne réfléchissent pas à ces questions. Elles ne savent pas vraiment ce qu’elles font là ni ce qu’elles recherchent. Elles ont juste l’impression d’être différentes. Mais en réalité, cette impression est universelle. Tout le monde à l’impression d’être différent.

Donc, qu’est-ce que la spiritualité ? Quelle est son utilité ? Que faites-vous ici ? Avez-vous déjà réfléchi à ces questions ?

Selon ma propre vision des choses, le but de la spiritualité est de développer l’équanimité, c’est-à-dire, la capacité à rester joyeux dans l’adversité. Bien entendu, cela n’est pas facile et il arrive de rater. Dans ce cas, il faut essayer de retrouver au plus vite sa bonne humeur. C’est ma vision des choses et je ne cherche pas à l’imposer. Mais si je vois les choses ainsi, c’est parce qu’en associant la spiritualité à un but observable, cela permet de vérifier l’efficacité de ce que nous faisons.

J’envisage la sorcellerie comme une spiritualité incarnée. Cela signifie que dans la sorcellerie notre vie sur terre est importante. Nous devons réfléchir aux rêves que nous souhaitons vraiment réaliser. Et nous devons tout mettre en œuvre pour qu’ils se manifestent dans nos vies. Cette fois encore, ce n’est que ma vision des choses. Mais c’est toujours mieux que de se prétendre sorcier, d’avoir une vie « métro, boulot, dodo » et de se plaindre constamment de ne pas aimer sa vie. Quel est l’intérêt de se prétendre sorcier si c’est pour être esclave de sa vie ?

L’intérêt de ma vision est qu’ainsi, la sorcellerie possède des objectifs vérifiables. Dans le milieu de la sorcellerie, il est fréquent d’avoir des pratiques foireuses, de se raconter des histoires et de rester ainsi bloqué pendant toute sa vie. En se fixant des objectifs concrets, cela n’est plus possible. Lorsqu’une pratique ne donne pas les résultats attendus sur le long terme, c’est qu’il faut en changer.

Pour atteindre ces différents buts, il est nécessaire d’avoir deux types d’outils. Nous avons besoin de méthodes pour cultiver la joie. Cela permet d’être moins sensible aux conditions extérieures. Et nous avons besoin de méthodes pour engendrer des changements. Cela permet de guérir du passé, d’apprendre à réagir moins négativement aux événements désagréables. Et cela permet également de transformer notre vie. Et toutes ces méthodes passent par des changements d’état de conscience.

En parlant d’états de conscience, j’aimerais différencier la transe et l’extase. La transe entraîne une certaine ivresse. Il est par exemple impossible de conduire une voiture tout de suite après une forte expérience de transe. L’extase est un état beaucoup plus paradoxal. Il est possible de se concentrer sur son cœur, d’être au septième ciel et de ressentir tout l’épanouissement qu’il est possible de ressentir. Il suffit alors de se concentrer sur le monde extérieur pour être instantanément en possession de tous nos moyens.

Tout comme les buts que je me suis fixés, la transe et l’extase sont des états de conscience qu’il est plus ou moins possible d’objectiver. Si après quelque temps de pratique quotidienne, une technique n’engendre ni transe ni extase, c’est très certainement qu’elle est mauvaise. Cette vision des choses évite la confusion entre la spiritualité véritable et un formalisme purement folklorique. Cela permet au cœur de notre pratique d’être vraiment solide.

À propos de folklore, les rationalistes attaquent souvent la spiritualité sur son folklore irrationnel. Pour ma part, je considère le folklore comme une fiction stimulante pour l’imaginaire. Il n’est pas facile de se concentrer sur son cœur et d’y faire naître de la joie. Mais c’est beaucoup plus facile en se racontant des histoires de déesses et de dieux, de héros légendaires ou tout autre récit qui nous fait vibrer. Lorsqu’on a conscience que le folklore n’est que du folklore, qu’il est une histoire et non une vérité, il n’a pas besoin d’être rationnel. Tant que nous ne prenons pas le folklore au premier degré, nous ne risquons pas de sombrer dans la superstition. En envisageant le folklore ainsi, la seule question rationnelle qu’il faut se poser est « le folklore dans lequel je baigne me fait-il vibrer ou non ? »

Même si n’importe quel folklore peut fonctionner, j’ai tendance à préférer les folklores riches, complexes, profonds et organisés par une certaine logique. Pour cette raison, le folklore que j’apprécie le moins est la pseudoscience qui est superficielle et source de confusion entre folklore et réalité. Les pseudosciences expriment la volonté de raccorder à la science, sans aucune expérimentation, des choses qui n’ont rien à voir avec la science. Alors qu’il est tout à fait possible d’envisager la spiritualité selon une approche similaire à celle de la science, en se fixant des objectifs vérifiables et en observant le résultat de nos pratiques.

Prenons l’exemple de la lithothérapie. L’utilisation de certaines pierres est traditionnelle et ancienne. Mais dans la plupart des cas, la lithothérapie repose sur un syncrétisme new age qui associe les couleurs de l’arc-en-ciel aux chakras. Il s’agit de magie par similitude. Telle pierre a telle couleur, elle est donc associée à tel chakra qui a telles propriétés. Telle pierre a donc telles propriétés.

Pour rendre tout cela plus rationnel, certaines personnes racontent que les pierres ont des propriétés liées à leur structure atomique (et autre pipotron quantique) qui a une influence subtile sur l’esprit. Cette vision ne rend pas la lithothérapie plus rationnelle, mais plus confuse. Si vous voulez rendre la lithothérapie plus rationnelle, fixez vous des objectifs clairs et observez objectivement les résultats de votre pratique avec les pierres. Pour ma part, je trouvais que la lithothérapie me permettait de générer certains états intérieurs. Mais à chaque fois, au bout de quelques jours, j’arrivais à reproduire ces mêmes états intérieurs sans utiliser de pierres. J’ai donc laissé tomber cette pratique. Malgré tout, associer une pierre à un état intérieur peut constituer un bon aide mémoire pour nous rappeler qu’il faut pratiquer et susciter cet état intérieur.

Lorsque je m’intéresse à un domaine, je me renseigne un minimum sur son histoire. Par exemple, dans le domaine de la sorcellerie, la confusion est totale. De nombreuses personnes ont une croyance proche de la vision de Margaret Murray et identifient plus ou moins ce qu’elles font à la sorcellerie de la chasse aux sorcières. Pourtant, depuis les travaux de Norman Cohn et de Richard Kieckhefer dans le milieu des années 70, tous les historiens considèrent que la sorcellerie de la chasse aux sorcières était un ennemi imaginaire. Même si cette vision des choses contredit totalement l’hypothèse à l’origine de la wicca, je trouve qu’il est plus intéressant d’envisager l’histoire d’une manière objective plutôt que de prendre des légendes au premier degré.

Déjà, si nous ne sommes pas capables d’être objectifs pour un sujet qui ne nous concerne pas personnellement, nous ne serons jamais capables d’avoir les idées claires face à nos problèmes personnels. Et ensuite, il est toujours plus intéressant de connaître l’histoire. Dans mon exemple de la sorcellerie, cela nous invite à tout repenser. Il est intéressant d’observer comment un ennemi imaginaire a engendré toute une culture et divers mouvements religieux comme la wicca. Avoir une vision objective de l’histoire n’empêche pas de fantasmer sur la légende tout en sachant qu’elle n’est pas réelle.

Je ne peux pas tout connaître, mais j’évite également d’adopter des croyances qui sont contredites par de nombreux travaux de recherche. L’exemple qui me vient en premier est l’astrologie. Il existe une quantité de travaux de recherche sur l’astrologie. Certains montrent qu’il n’existe pas de corrélation au niveau de la personnalité ou de la vie des jumeaux astraux. D’autres montent qu’une personne ne se reconnaît pas plus dans un thème astral réalisé sur mesure que dans un thème distribué au hasard… Avec tous les travaux de recherche qui existent sur le sujet, croire en l’astrologie c’est un peu comme penser que la terre est plate. Et pourtant, c’est une croyance souvent adoptée par les personnes qui se tournent vers la spiritualité.

Voici dans les grandes lignes comment j’envisage la sorcellerie d’une manière moderne et rationnelle.