Sorcellerie ou magie cérémonielle ?

Par Artus.

Au départ, la wicca était à la fois une société secrète et une religion. Les deux concepts étant opposés, cela a apporté pas mal de confusion dans la wicca. J’avais déjà évoqué ce problème il y a quelques années. Une société secrète est par nature beaucoup plus fermée et figée qu’une religion. La religion est plus vivante, plus libre, destinée à évoluer et à connaître des schismes. Tout cela est encore plus vrai aujourd’hui avec la démocratisation de la lecture et les médias dont nous disposons. Au temps des copistes, il était encore possible de contrôler une religion. Mais l’invention de l’imprimerie a été suivie de près par la réforme protestante.

La wicca des origines a également apporté une autre source de confusion. D’un côté, la wicca est une tradition sorcière. Mais du fait de son héritage occultiste, elle a beaucoup emprunté à la magie cérémonielle. Et cette fois encore, les deux concepts sont opposés. Dans la magie cérémonielle, tout est organisé. Il existe une hiérarchie basée sur des grades, des initiations, des secrets, des serments… La sorcellerie est tout le contraire de cela. Il s’agit en effet d’une approche solitaire, libre et sauvage de la magie. C’est du moins ce qu’elle représente le plus souvent dans l’imaginaire moderne. Car pour les gens qui croyaient aux théories de Margaret Murray, la sorcellerie représentait quelque chose de différent. Mais en anglais, sorcier se dit « warlock », ce qui signifie « briseur de serments ».

Gerald Gardner était un magicien cérémoniel bien plus qu’un sorcier. Il était en effet très attaché à la pratique en groupe, aux initiations, aux secrets… D’ailleurs il ne se reconnaissait pas en tant que warlock mais en temps que witch, même si l’usage masculin de ce mot est désuet. Cette vision de la sorcellerie basée sur le groupe, les initiations et les secrets a très rapidement été remise en question, y compris par Doreen Valiente qui était pourtant au cœur de la tradition. Scott Cunningham qui a popularisé la wicca a continué dans cette logique. En contredisant les théories de Murray, les historiens ont également fait pencher la balance dans le sens d’une sorcellerie solitaire. Mais j’ai le sentiment qu’encore aujourd’hui la notion de sorcellerie reste confuse. C’est pour cela que certaines personnes se sentent obligées de préciser les choses, avec par exemple le concept d’hedgewitch.

La magie cérémonielle possède quelques avantages. La pratique spirituelle implique certains dangers et la magie cérémonielle propose, en théorie, une structure progressive pour mieux l’aborder. Mais bien souvent, elle se transforme en piège. Le néophyte attiré par la pratique en groupe cherche avant tout un moyen pour aller vers les autres. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Mais comme son intention n’est pas la bonne, cela le détourne de la vie spirituelle. La magie cérémonielle constitue également un piège pour « l’initié ». Est-il aussi initié qu’il le croit ? Connaît-il vraiment le chemin sur lequel il doit guider les néophytes ? Sa tradition a-t-elle été créée par quelqu’un qui comprenait l’intérêt de la structure initiatique ? Ou cette tradition est-elle seulement la manifestation de la vanité de son créateur ?

De son côté, la sorcellerie se pratique sans filet. Chacun est seul face à ses responsabilités. Cette approche est peut-être plus dangereuse. Mais elle est aussi plus naturelle. Et elle comporte bien moins de risques de se perdre. Il est souvent dit que le seul véritable maître se trouve à l’intérieur. La sorcellerie ne laisse pas d’autre choix que de découvrir rapidement cette réalité. Le maître intérieur est la raison. Une personne qui apprend à observer les événements avec le recul de la raison se relèvera rapidement malgré les difficultés. Et elle évitera de répéter constamment les mêmes erreurs.

Mais est-ce que tout cela a encore du sens à notre époque ? Aujourd’hui, avec l’abondance d’informations dont nous disposons, nous vivons dans une ère de sorcellerie. Cela est vrai même pour une personne qui ne se sent pas proche de l’imaginaire sorcier. Les enseignements des sociétés secrètes sont largement diffusés sur internet. Lorsque quelqu’un en crée une nouvelle, c’est toujours un copié-collé plus ou moins réussi d’autres traditions. Si bien que le néophyte moderne a toujours plusieurs longueurs d’avance sur ce qu’on lui enseigne. Il est libre de choisir son chemin et de faire ses erreurs.

Préface de High Magic’s Aid, par Patricia Crowther

Retour au menu « les propos de Gardner ». Traduction et adaptation : Lune.

Préface du livre de Gardner, High Magic’s Aid, par Patricia Crowther.

En 1949, lorsqu’il a été publié pour la première fois, High Magic’s Aid était l’un des ouvrages les plus importants sur la magie et la sorcellerie. Dans ce roman à l’ambiance captivante, qui se déroule au 12e siècle en Angleterre, Gerald B. Gardner, son auteur, a intégré des rituels magiques fascinants qui emportent le lecteur de scène en scène, comme s’il les vivaient vraiment lui-même.

Il a été écrit avant l’abrogation de la loi contre la Sorcellerie, en 1951, quand les livres en faveur de ces sujets étaient plus ou moins tabous. En outre, l’auteur a lui-même déclaré plus tard être une sorcière et un membre initié du coven de la New Forest ! Il a également inclus dans ce livre des rituels de sorcellerie, qui n’avaient encore jamais été publiés.

Ce roman magique a aussi annoncé ce qui allait devenir la renaissance de l’Ancienne Religion au cours des années qui suivraient sa publication.

Immédiatement, lorsque Gerald Gardner a fait part de ses réflexions au sujet de ce livre à sa grande prêtresse, Dorothy St Quintin Fordham, connue de ses amis sous le nom d’Old Dorothy, s’est opposée à l’idée dans sa globalité de façon assez catégorique. Toute publicité, a-t-elle dit, entraînerait une reprise des persécutions, sous une forme ou une autre. Et à l’époque, ça s’est terminé là-dessus !

Mais, ayant été une amie proche de Gerald, je sais qu’il pouvait être très persuasif et convaincant dans ses idées. Il a souvent évoqué l’affaire et dit qu’il ne voulait pas voir l’Art disparaître. Et comment les gens pourraient-ils s’y intéresser s’ils ne savaient pas qu’il existait toujours ?

Comme le dit Jack Bracelin dans sa biographie, Gerald Gardner, Witch ! : « Il faudra encore 7 ans avant que ses camarades sorciers ne lui permettent de révéler certaines de leurs idées, jusqu’à leur existence même, au monde entier. » Bracelin fait référence à la période entre 1939, lorsque Gerald fut initié à l’Art, et 1946, quand il obtint finalement la permission sollicitée depuis si longtemps.

Peu à peu, à la manière dont l’eau userait la pierre, Gardner a continué à présenter son projet à Old Dorothy. Il lui expliquait ses craintes : sans du sang neuf, l’Art était voué à disparaître. Et qu’adviendrait-il des Dieux anciens ? Comment pourraient-ils revenir sans reconnaissance ? Et ainsi de suite.

Il ne fait aucun doute que son enthousiasme révolutionnaire pour le domaine de l’édition l’empêchait de connaitre les rites intérieurs de l’Art. La porte était à présent hermétiquement close dans CETTE direction.

Puis, en 1946, sa grande prêtresse céda finalement dans la mesure où toute information sur l’Art devait être écrite seulement sous forme de fiction.

Seules, a-t-on dit, les paroles de Morven, l’héroïne du livre, doivent être considérées comme authentiques. Ceci est intéressant au vu de ce que Gerald m’a dit quand il m’a remis une copie de High Magic’s Aid en 1960 :

« Ma chère, prenez bonne note des paroles de Morven, elles vous apprendront beaucoup de choses. »

Ensuite, Gerald lui-même, dit à la fin de l’introduction de son livre, sous la rubrique « note » :

« Les rituels magiques sont authentiques, ils sont en partie tirés de la Petite Clef de Salomon (la traduction de MacGregor Mather) et en partie du manuscrit magique en ma possession » (c’est moi qui le souligne).

Et maintenant en 1992, quarante-trois ans après la rédaction de ce roman : 4 + 3 = 7, le chiffre de Saturne, le Seigneur du Temps ; une lettre a refait surface en Amérique. Il s’agit d’une lettre manuscrite de Gerald Gardner adressée à Monsieur Gordon B… et elle contient certains passages pertinents.

« En fait, je voulais écrire au sujet d’une sorcière et de ce qu’elle m’avait confié. Et elle a refusé que je dise quoi que ce soit à propos de la sorcellerie, mais je lui ai demandé : pourquoi ne pas me laisser écrire du point de vue de la sorcière ? Vous êtes toujours persécutés et malmenés… Elle m’a dit alors que je pouvais le faire, à la condition que je ne révèle aucune magie sorcière et qu’il s’agisse uniquement d’une fiction. Ainsi, comme je devais y parler de magie, j’ai simplement puisé dans la magie rituelle juive, principalement « La petite clef de Salomon ». On pensait que le roi Salomon pouvait commander aux esprits et les faire œuvrer pour lui. Et que si vous connaissiez ces paroles et sceaux, vous pouviez en faire autant. Cette clef est généralement en latin ou en hébreu, mais il existe une traduction anglaise réalisée par MacGregor Mathers. Même si personnellement, je ne crois pas que cela fonctionne. Tout cela est très difficile et compliqué… »

Donc à la fin (ou au début), Gerald a défié le Temps et a confirmé ses propres propos et actions par-delà le gouffre des années. Nous ne devrions pas être trop étonnés par un tel événement. Les adeptes des voies ésotériques font souvent face à l’inattendu dans leur quête de vérité. Par ailleurs, il est  bon de sortir de notre zone de confort de temps en temps. Comme nous l’enseignent les Mystères : il n’y a rien, à part nos propres doutes, qui puisse empêcher l’aide de la magie, qu’elle soit haute ou non.

Pour conclure, nous devons nous rappeler que des milliers d’hommes et de femmes doivent leur découverte de la Vieille Religion au travail d’un Aîné de l’Art : Gerald Brosseau Gardner. Dans cet esprit, remercions l’éditeur, Keith Morgan, de Pentacle Enterprises, pour avoir permis que ce livre soit à nouveau mis à la disposition d’une toute nouvelle génération.

Patricia C. Crowther 1

Dès 1939, Gardner s’intéresse à la sorcellerie de façon érudite… Cependant, il faudra encore sept années avant que ses compagnons sorciers ne lui permettent de révéler leurs idées, et leur existence même, au monde entier.

Il le fera sous la forme d’une fiction : un roman appelé High Magic’s Aid. Où seuls les propos de la sorcière, qui en est l’héroïne, furent déclarés comme authentiques. Il parut trois ans plus tard, en 1949.2

1 HMA 1

1 GGW 183

Divers [propos de Gardner sur la wicca]

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Autre…

Qu’est-ce qu’une sorcière retire de la sorcellerie ? D’une part, elle a la satisfaction de savoir qu’elle sert un credo qu’elle croit vrai. De nos jours, beaucoup de gens n’ont que le plaisir simple d’être eux-mêmes et de s’adonner à ce qui les intéresse, parmi des amis qui les comprennent. Pour certains, il est amusant de faire partie d’une société secrète. C’est un type de divertissement inoffensif, proposé par de nombreuses organisations telles que la franc-maçonnerie.

Mais la sorcellerie peut offrir bien davantage. Si vous possédez un quelconque pouvoir, vous serez parmi des personnes qui vous enseigneront comment l’utiliser. Comme l’a dit une sorcière à un journaliste : « Ce que j’en retire ? J’ai une vie avec d’infinies possibilités qui me satisfait pleinement sur tous les plans de la conscience. J’ai le pouvoir de voyager dans d’autres dimensions et royaumes de l’être. Je communique avec des entités, diverses formes de vie et, en développant en moi des talents nouveaux et magiques, j’ai acquis certains pouvoirs de perception extra-sensorielle. J’ai les connaissances et la capacité de provoquer tout ce que je veux vraiment dans ma propre vie. Je fais l’expérience de formes de plaisir dont l’existence même est inconnue à la majorité des gens. J’ai vaincu la peur. J’ai découvert la structure organisée derrière des choses apparemment sans rapport. »

Une autre femme, convertie à la sorcellerie, m’a dit : « lorsque j’étais petite fille, j’avais une peur panique du noir et de rester seule, car j’éprouvais souvent la sensation de présences invisibles autour de moi. Nous n’avons jamais été encouragés à tenter de comprendre le monde des esprits. Le sujet des « esprits » était soit totalement banni des conversations, soit considéré avec terreur comme maléfique. Toutefois, depuis que j’ai étudié ces choses je n’en ai plus peur. À présent, je comprends que ce n’est pas parce qu’une entité est désincarnée qu’elle est nécessairement mauvaise, simplement ces esprits sont comme les êtres humains sur ce point ; certains sont des compagnons souhaitables et d’autres pas. Je sais maintenant comment gérer les « indésirables », alors je ne les redoute plus. C’est l’une des choses que la sorcellerie a faites pour moi. »1

La Sorcellerie en Grande-Bretagne

« Elles (les sorcières) sont sincères dans leur conviction satanique selon laquelle leur culte est l’ancienne religion de la Grande-Bretagne ; elles affirment qu’elle est plus ancienne que le Christianisme et supérieure à lui. »

Ce paragraphe a figuré dans une série d’articles sur la sorcellerie publiée dans un journal du dimanche. C’est parfaitement vrai. Je suis une sorcière et c’est ce que je crois. Le seul terme avec lequel je suis en désaccord est « satanique ». Que ma religion soit supérieure ou non au christianisme est une question d’opinion, mais qu’elle soit bien plus ancienne est un fait, comme vous le diront d’éminents anthropologues.

Alors pourquoi les gens persistent-ils à m’accuser d’adorer le diable ? L’idée du diable est propre au christianisme. Le bouc émissaire que les hommes ont inventé pour excuser leurs propres folies et crimes. Je ne crois pas au diable, alors comment pourrais-je l’adorer ? À qui les sorcières vouent-elles un culte ? Elles vénèrent les anciens Dieux de cette terre de Grande-Bretagne, dont la tradition est profondément enracinée dans le sol britannique. Les anciens Dieux ne sont pas morts, je le sais d’expérience.

Au cours de la dernière guerre, un coven de sorcières a invoqué les Dieux anciens pour protéger ce pays de la menace d’invasion d’Hitler, comme l’avaient fait leurs ancêtres contre Napoléon et, plus tôt encore, contre l’Armada espagnole (ou telle que l’histoire nous a été transmise.) Je les ai vues les invoquer dans de nombreux buts et je les ai invoqués moi-même ; mais je ne les ai jamais vues accomplir d’invocation dans de mauvaises intentions. Et ces buts ont été atteints si souvent qu’appeler cela des coïncidences, comme beaucoup le voudraient, exigerait un plus gros effort de crédulité, s’ils ne connaissaient pas tous les détails, que de croire qu’il y a du vrai là-dedans.

Vous voulez savoir comment se déroulent les cérémonies. Eh bien, je peux vous dire ceci, elles ne comportent pas les obscénités ridicules qui leur sont si souvent attribuées. Combien de sorcières y a-t-il en Grande-Bretagne ? Très peu de véritables, et la plupart d’entre elles viennent de familles sorcières au sein desquelles la tradition a été transmise. Nous croyons en la réincarnation et que ceux qui ont appartenu au culte dans des vies antérieures retourneront à lui. Nous n’avons nul besoin de « duper » ou de « piéger » qui que ce soit dans les filets de la sorcellerie. Les nôtres viendront à nous. Quand les gens veulent nous rejoindre, nous savons s’ils sont des nôtres ou non. Les amateurs de sensations fortes en quête de rites infâmes et érotiques, sachez que nous ne voulons pas de vous !

Nous nous réunissons pour célébrer nos rites dans la nature, aussi loin que possible de la prétendue civilisation. Peut-être dans un cercle de pierres usées par le temps ou au sommet d’une colline ou encore dans les profondeurs d’une forêt. Dans ces endroits, et non dans de luxueux appartements comme cela a été décrit, nous nous sentons proches des puissances invisibles de l’univers  ; nous pouvons entonner de vieilles chansons dans un langage perdu, exécuter les anciennes danses et accomplir d’autres choses dont je ne peux vous parler (même si elles ne sont ni mauvaises ni obscènes.) Et viennent les anciens Dieux. J’ai été possédée par la Déesse des sorcières ; c’était comme si je brûlais d’un feu froid et blanc. Une autre fille que je connais a vécu la même expérience et son visage a tant changé qu’elle semblait être une personne différente.

J’ai également fait l’expérience de sortir hors de mon corps et de rendre visite à une personne qui se trouvait à des centaines de kilomètres ; j’ai pu plus tard identifier, en chair et en os, les choses que j’avais vues lors de cette visite « astrale ». (D’ailleurs, c’est ce pouvoir qui est à l’origine de l’ancienne idée selon laquelle les sorcières volaient !) Et j’ai vu au cours d’une cérémonie le pouvoir s’élever du corps du grand prêtre, telles de fines et légères spirales de fumée.

J’ai vu aussi des esprits se joindre au rite ; mais il s’agissait d’esprits d’hommes et de femmes (non pas des démons) et j’ai senti qu’ils venaient en amis. L’un de nos rites consiste à demander au Seigneur des portes de la mort de permettre à nos amis, qui sont passés dans son royaume, de revenir pendant un moment pour parler avec nous. Si je vous dis qu’ils sont revenus, que je leur ai parlé et qu’ils m’ont répondu, vous ne me croirez peut-être pas ; mais c’est la vérité et je connais d’autres personnes qui ont vécu la même expérience.

Pensez-vous vraiment que si la sorcellerie n’était qu’un tissu d’obscénités et d’absurdités ou une parodie de la religion chrétienne, elle se serait perpétuée de génération en génération, de siècle en siècle ? Pourquoi donc, si la sorcellerie n’est pas maléfique, l’Église s’oppose-t-elle à nous ? Ma réponse est : parce qu’elle a peur de nous. Elle sait qu’au cours des siècles de persécution, elle n’est pas parvenue à nous éradiquer et ne le pourra jamais, en outre elle a perdu son emprise sur les gens, qui sont aujourd’hui insatisfaits de ses dogmes. C’est pourquoi elle nous craint, comme elle l’a toujours fait : comme une rivale. Je pense qu’un jour les peuples du monde se détourneront de la voie de la civilisation orthodoxe et scientifique qui s’est révélée si pleine d’embûches et retourneront à la vie et à la religion de la nature.2

Quelqu’un d’autre a déclaré : « Nous choisissons toujours ceux qui possèdent un peu de pouvoir immanent et nous leur donnons un enseignement. Ils s’entraînent par deux et développent ces pouvoirs. Nous cherchons simplement à vivre paisiblement, à adorer nos dieux à notre manière, à prendre du bon temps à notre façon, à être heureux et en paix. L’Art vient seulement en développant votre pouvoir personnel et non pas d’un coup de baguette magique. C’est une expérience mystique étrange. Vous vous sentez différent, comme si vous vous étiez dépouillé d’innombrables impuretés. Il y a un curieux mystère de dévotion, délicat comme un rêve. C’est comme si j’étais en transe durant les rites. Je me souviens à peine de ce qu’il s’est passé. Quelque chose semble avoir effleuré mon âme et j’y repense toujours avec excitation : les anciens secrets de joie et de terreur me fouettent les sangs. »

Rappelez-vous ceci : vous ne pourrez jamais avancer si votre sang n’est pas exalté et stimulé, car en vérité « le sang est la vie ». Le fait est que les rites affectent un grand nombre de personnes, sinon toutes, d’une curieuse façon et celles-ci se sentent généralement beaucoup mieux après les avoir accomplis. Ce n’est pas uniquement de la suggestion, car les initiés qui n’en savent rien ressentent la même chose.3

Je dois d’abord préciser que je suis seulement un humble membre d’un coven. Je ne suis en aucun cas son chef ou leader et je dois faire ce que l’on me dit.4

La sorcellerie n’était pas un culte pour tout le monde, pas plus qu’elle l’est aujourd’hui. À moins d’éprouver une attirance pour l’occulte, un sentiment d’émerveillement et l’intuition de pouvoir glisser hors de ce monde pendant quelques instants et d’accéder à l’autre monde féerique, la sorcellerie ne vous sera d’aucune utilité. Grâce à elle, vous pouvez parvenir à un état de paix, à apaiser votre nervosité et à bien d’autres bienfaits rien qu’avec de la camaraderie, mais pour bénéficier d’effets plus fondamentaux vous devez tenter de développer tout pouvoir occulte latent. Toutefois il est inutile d’essayer de développer ces pouvoirs, à moins d’avoir du temps et le bon partenaire. Et ce n’est pas un endroit où amener votre tante célibataire, même si elle est romantique, car les sorcières, soyons réalistes, ont peu d’inhibitions et si elles veulent produire certains effets, elles doivent le faire dans le plus simple appareil.5

Après avoir écrit ceci, j’ai reçu une lettre datée du 19 septembre 1952, me narrant une assemblée tenue dans un bois du sud de l’Angleterre environ deux mois auparavant, dans la traditionnelle nudité (heureusement, il faisait chaud.) Elles ont projeté le cercle avec l’Athamé, elles ont exécuté les danses de fertilité sur des balais, célébré les rites saisonniers appropriés ainsi que d’autres rites et ont accompli certaines des anciennes danses. La lettre mentionnait aussi trois assemblées en intérieur au cours des derniers mois durant lesquelles tout avait été fait de manière très satisfaisante et les sortilèges effectués avaient réussi !6

Les sorcières sont des farceuses consommées. C’est en partie leur marque de fabrique.7

Le regretté Aleister Crowley apprenait à bêler à ses disciples, « Fais ce que tu voudras sera toute la loi’. Ils ont découvert trop tard ce que cela signifiait en pratique : « Fais ce que veut Aleister Crowley sera toute la loi. »8

Gardner possède une charte venant de Crowley, l’autorisant à accomplir les rites de l’O.T.O., même s’il ne l’a jamais fait… « Je n’en ai ni l’argent, ni l’énergie, ni le temps. »

Les mouvements d’attaque et de défense entre les sorcières et la presse n’étaient, toutefois, pas la majorité des activités qui faisaient rage. Au beau milieu de ces périodes de publicité, une figure nouvelle émergea. Il s’agissait d’une sorcière autoproclamée [Ndlt : il s’agit d’un homme] qui prétendait avoir hérité de certaines reliques sorcières et qui voulait prendre le contrôle du musée [de la sorcellerie]. Pourquoi et comment cette idée lui est-elle venue reste incertain (car il n’avait pas connaissance du genre de rites sorciers pratiqués par la Wica.)9

Les journaux emploient des termes à sensations, il est question de tambours vaudous, de boissons gratuites, de chants et de danses, ce qui donne une certaine connotation vaudoue, mais ce n’est pas l’art des sorcières.10

À propos d’un autre article de journaux à sensation : Qu’a à voir le « sang égyptien » avec la figure d’autorité d’un coven britannique ? Doit-on en déduire que les Égyptiens sont des sorcières ? Quand je suis allé là-bas, ils étaient tous musulmans et coptes. Mais on considère préférable pour la Grande Prêtresse d’une communauté vaudoue d’avoir du sang noir. Les noirs américains et antillais croient que toute magie vient d’Égypte, et donc une personne qui serait à moitié égyptienne aurait une certaine autorité magique parmi eux. De cette façon seulement pourrait s’expliquer la déclaration extraordinaire que fait la grande prêtresse lors de son initiation. Je ne souhaite en aucun cas sembler défendre les pratiques qu’elle a décrites. Au contraire, je les trouve profondément néfastes, stupides et méchantes. Mais prétendre qu’il s’agit de « sorcellerie » et que les gens qui les pratiquent sont des « sorcières » organisées en « covens sorciers » est ridicule et faux.11

Il existait plusieurs armées privées en fonction à l’époque (1930) et Gardner, en quête d’une vie plus libre et aventureuse, rejoignit l’une d’entre elles. Car il s’est toujours senti à l’aise avec les armes, comme si une sorte de mémoire héritée lui disait que cela faisait partie de son vrai soi. Il a rejoint la Legion of Frontiersmen. Ses membres étaient principalement des colons, des hommes expérimentés, aguerris à la brousse ou au désert et qui portaient toujours des armes. Ces précurseurs des commandos étaient formés à donner des instructions au combat dans les régions difficiles. C’était en réaction au manque de préparation britannique, révélée si dramatiquement lors de la Guerre des Boers, alors que pratiquement aucun des citoyens qui s’étaient portés volontaires en si grand nombre n’avaient vu de fusil de leur vie.

Cette légion et des mouvements analogues devaient remporter plus de succès, huit ou neuf ans plus tard, dans leur lutte contre les Allemands. Gardner a pu étudier ces méthodes de combat qu’il a rapportées à Ceylan où il est devenu membre du Planter’s Rifle Corps.12

1938. La région de la New Forest était le seul endroit en Angleterre où il [Gardner] avait des amis et il a réussi à y trouver une maison où furent dûment installées sa femme et sa collection. C’était la fin de l’année, le club naturiste auquel il avait adhéré était fermé pour l’hiver et il fut forcé de se débrouiller tout seul. Lors d’une de ses longues balades à vélo, Gardner est tombé sur un curieux bâtiment à Christchurch. Gravée dans la pierre, la légende disait : LE PREMIER THÉÂTRE ROSICRUCIEN EN ANGLETERRE. Il devait découvrir plus tard ce que cela signifiait. C’est cette découverte qui l’a conduit à intégrer le culte des sorcières.13

Or donc, aux assemblées [du premier théâtre rosicrucien], Gardner avait remarqué un groupe de personnes qui se tenait à part. Ils paraissaient plutôt intimidés par les autres et restaient entre eux. Cependant, c’étaient les membres les plus intéressants. Contrairement à beaucoup d’autres, ils devaient gagner leur vie, ils étaient gais et optimistes, et ils avaient un réel intérêt pour les sciences occultes. Ils avaient lu avec attention de nombreux livres sur le sujet : à la différence de la grande majorité censée avoir tout lu, mais qui ne connaissait rien.

Gardner s’est tout de suite senti à l’aise en leur compagnie. Il était invité chez eux et il a eu de nombreux entretiens avec eux. Un jour est venu où l’un d’eux lui a dit : « je t’ai déjà rencontré ». Intéressé, Gardner a demandé où. « Dans une vie antérieure. » Ils se sont alors tous rassemblés autour de lui et ont convenu que tel était le cas. Ce qui fut tout à fait remarquable pour Gardner c’est que l’un d’entre eux a ensuite décrit une scène : « Exactement comme celle que j’avais écrite dans ‘A Goddess Arrives’ qui, en fait, fut publiée la semaine suivante. »

Alors quelqu’un a dit : « Tu étais des nôtres autrefois : pourquoi ne pas revenir parmi nous ? »

« Dès lors, je me suis beaucoup attaché à eux et j’ai découvert qu’ils avaient toutes sortes de croyances magiques », poursuit Gardner. « Ils ont été très intéressés lorsque je leur ai dit qu’une de mes ancêtres avait été brûlée vive, en tant que sorcière, à Newborough en Écosse vers 1640 ; bien que je n’ai pas parlé de Grand-Père. Et j’aurais traversé vents et marées pour chacun d’entre eux. »

Il était persuadé qu’ils avaient un secret, car il devait bien y avoir quelque chose qui leur permettait de prendre les affronts au théâtre avec détachement. Il continuait à penser qu’ils devaient pratiquer une sorte de Yoga ou quelque chose dans ce genre. Il leur a demandé pourquoi ils faisaient partie de cette communauté et s’ils croyaient qu’Aurelius avait quelque chose à offrir. Ils lui ont expliqué qu’ils avaient été co-maçons et qu’ils avaient suivi Mabs (Mrs Scott) lorsqu’elle s’était installée à cet endroit. Ils ont ajouté qu’ils appréciaient la camaraderie.

Gardner se réjouissait à l’idée que leur secret lui soit révélé. Ainsi, quelques jours après le début de la guerre, il fut emmené dans une grande maison du voisinage. Celle-ci appartenait à « Old Dorothy », une dame de renom dans la région et très fortunée. Elle portait invariablement un collier de perles, d’une valeur environnant les 5000 livres de l’époque.

C’est dans cette maison qu’il a été initié au sein de la sorcellerie. Il a tout d’abord été très amusé lorsqu’il a été déshabillé et conduit dans un endroit, « correctement préparé » pour passer son initiation.

C’est à la moitié du rite que le terme Wica a été prononcé pour la première fois : « et j’ai alors su que ce que je pensais éteint depuis des centaines d’années avait survécu. »

Son premier sentiment à ce propos fut : « Comme il est merveilleux de penser que ces choses subsistent encore. » Son intérêt en tant que folkloriste avait été éveillé. Jusque-là, son opinion à propos de la sorcellerie reposait sur l’idée que les sorcières tuaient dans le but d’obtenir du pouvoir ou d’en générer. Et il croyait que leurs persécutions étaient pleinement justifiées. Il a compris que ses amis, après avoir suivi Mabs quand elle a déménagé, avaient découvert un ancien coven et qu’ils étaient restés ici pour cette raison. « J’ai découvert qu’Old Dorothy et d’autres comme elle, ainsi que de nombreux habitants de la New Forest, avaient gardé la flamme bien vivante. C’était, je pense, la plus belle nuit de ma vie. Dans le plus pur style sorcier, nous avons ensuite dansé jusqu’à l’aube. »

Pour la première fois, il a réalisé que le pouvoir des sorcières venait du corps même du croyant. Il était d’avis que tout ceci devait être su par tout le monde et s’il pouvait mettre ses nouvelles connaissances à la disposition de tous, les oppositions au culte disparaîtraient. Mais sa requête pour qu’on lui permette d’écrire à ce sujet fut rejetée. Personne ne devait jamais rien savoir. L’interdiction ne fut levée (et seulement partiellement) qu’à la mort de Dorothy.

Quelle était la vérité au sujet de la religion des sorcières ? Les documents publiés par des chercheurs en Histoire et les informations communiquées depuis par Gardner sur les mille dernières années, montrent clairement que pas une, mais plusieurs religions païennes ont survécu au christianisme imposé en Europe. D’autres ont pu apparaître ou se développer indépendamment. Dans les écrits anciens et les lois ecclésiastiques, ces croyances sont reconnues comme des sectes ou cultes religieux (hérétiques et païens sans doute, mais comme des religions néanmoins). C’est un développement beaucoup plus tardif dans la pensée inquisitoriale qui les a toutes regroupées en une religion, pour en faire un complot diabolique contre l’église.

Le culte de fertilité, représenté par le groupe dont faisait maintenant partie Gardner, était l’une de ces religions, prétendait être le plus ancien, appelé la Wica par ses membres. Ainsi, ce sont les sorcières d’aujourd’hui.14

1 Gardner 2 37-38

2 Gardner 2 231-232

3 Gardner 1 140-141

4 Gardner 1 138

5 Gardner 1 29

6 Gardner 1 54

7 Gardner 1 27

8 Gardner 2 182

9 GGW 194

10 GGW 197

11 Gardner 2 221

12 GGW 119

13 GGW 159

14 GGW 164-166

Que souhaiteriez-vous trouver dans un manuel de wicca ?

Par Artus.

Le livre « La wicca au-delà des rituels » est un manuel conçu pour la pratique avancée. Pour qu’une personne qui débute avec ce livre puisse profiter de son contenu, il possède une introduction à la wicca. Mais ce n’est pas forcément le meilleur manuel pour débuter.

Je me dis que ça serait une bonne chose d’écrire un autre manuel plus adapté aux débutants. Et plutôt que de l’écrire dans mon coin, j’aimerais vous demander votre avis.

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Ces questions ne sont que des exemples, vous pouvez formuler n’importe quelle autre demande qui vous semble adaptée. N’hésitez pas à développer vos demandes et à être précis.

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Le fait d’avoir commencé par écrire un manuel avancé avant de réfléchir à un manuel de base vous semble peut-être étrange. C’est parce que j’ai écrit le manuel que j’aurais aimé lire il y a 15 ans. J’ai débuté avec différentes traditions chamaniques et néo-chamaniques et lorsque j’ai découvert la wicca j’ai trouvé qu’elle manquait de méthodes simples et directes pour aborder les mondes spirituels. Plutôt que de visiter directement ces mondes, on avance bien souvent en aveugle en utilisant des moyens détournés. On utilise un pendule et on pose des questions fermées (avec une réponse oui/non) aux esprits. On cherche des signes dans tout ce qui nous entoure, pour les surinterpréter…

La wicca est issue de l’occultisme. Et la plupart des occultistes étaient des spéculatifs. Ils avaient peur et préféraient inventer toutes sortes de superstitions plutôt que d’explorer activement les mondes spirituels. Les gens qui ont développé et propagé la wicca avaient une vision plus moderne, tournée vers la pratique. Mais ils ont eu du mal à se libérer de la maladresse de l’occultisme. Les traditions animistes classiques proposent des méthodes plus simples et plus directes.

Après un an de pratique, j’ai souhaité écrire un livre pour proposer une approche plus extatique et plus vivante de la wicca. Mais plus le temps passait, plus je me rendais compte qu’il manquait un élément essentiel pour que ma méthode soit sans dangers. Certaines personnes trouvent l’approche de la wicca tout à fait satisfaisante. Selon elles, une approche plus directe est trop dangereuse. Et chaque fois que je les ai croisées, ces personnes me prenaient pour un fou.

Elles avaient à moitié raison. À l’époque, je n’avais pas de méthode complète pour vivre cette ouverture sans agitation. C’est pour cela que j’ai arrêté d’écrire sur la wicca ces dernières années. Mais au fond, elles avaient tort, puisqu’il existe des cultures au sein desquelles une telle vie est tout à fait possible. J’ai trouvé l’élément manquant l’été dernier. Et j’ai très rapidement écrit ce livre qui ne demandait qu’à sortir depuis 15 ans. Voilà pourquoi j’ai créé un manuel avancé en premier.

J’ai commencé à réfléchir à un manuel pour débutants et j’ai déjà quelques idées sur les modules qu’il devrait contenir :

  • Un module de découverte pour apprendre par exemple à ressentir, canaliser et diriger l’énergie.
  • Un module plus théorique sur le sens des sabbats et le folklore associé.
  • Un module pour débuter la pratique rituelle et la rendre vivante (activation des éléments, évocations, invocations…)
  • Un module sur les chakras et la kundalini.
  • Un module sur la magie (pratiques formelles, utilisation de symboles…)

Ma manière d’envisager un manuel pour débutants est de prendre les gens par la main et de les guider pas à pas, en commençant par le commencement. Mais ce n’est pas pour autant que je souhaite rester en surface. Je considère qu’un manuel avancé doit pouvoir être utilisé par un débutant. Mais je considère également qu’un manuel pour débutants doit apporter quelque chose aux personnes expérimentées. Par exemple, l’association de la wicca et des chakras est assez commune aujourd’hui. Bien des manuels modernes en parlent, mais aucun ne propose de techniques vraiment efficaces sur le sujet. Ces techniques efficaces (par exemple les contractions) sont intenses et demandent une certaine expérience. Mais il est tout à fait possible de guider un débutant vers ces techniques en passant par des pratiques intermédiaires plus douces.

Pour le reste du livre, je me pose encore quelques questions. Même si je partage déjà un cours sur le voyage au tambour, est-ce que je reprends ou non ce sujet ? J’ai écrit cela il y a longtemps et ma vision a pas mal évolué depuis. Cela pourrait être une bonne idée de réactualiser un peu les choses. Il y a aussi le sujet de la divination et des méthodes indirectes si populaires dans la wicca. Je ne sais pas encore comment je vais aborder le sujet. Autant pour la magie, je comprends l’intérêt des pratiques formelles, autant pour la divination, les méthodes indirectes me donnent l’impression d’utiliser un télégraphe à l’heure de l’ADSL.

En répondant à ce sondage ouvert, vous m’aiderez probablement à répondre aux questions que je me pose et à étoffer le plan de ce manuel.

Merci d’avance à celles et ceux qui participeront.

Non, les alewives du Moyen Âge ne correspondent pas à l’archétype de la sorcière dans la pop culture moderne

Par Braciatrix, traduction Artus

NDT : À une certaine époque chez les Anglo-saxons, le brassage de la bière était souvent une affaire de femmes, les alewives (littéralement, les épouses de la bière). Il y a quelques années, History Channel a diffusé une vidéo affirmant que la représentation actuelle des sorcières (avec un chapeau pointu, un balai et un chat) s’inspirait des alewives du XVIe siècle. Cette information a beaucoup circulé depuis. Vous pouvez par exemple la retrouver dans cette vidéo francophone. Du fait de leur rôle important dans l’économie à une époque où l’autonomie de la femme n’était pas encore acceptée, les alewives ont effectivement été diabolisées et persécutées pendant la chasse aux sorcières. Cependant, Braciatrix (Christina Wade) démontre que l’image populaire de la sorcière ne vient pas des alewives. Braciatrix possède un doctorat d’histoire. Elle est présidente fondatrice de l’association « Ladies Craft Beer Society of Ireland ». Si cela vous intéresse, l’article original contient de nombreuses références bibliographiques que je n’ai pas notées dans cette traduction.

Halloween est là !! Et je suis excitée.

C’est vraiment ma fête préférée et c’est un vrai chantier dans ma maison. J’ai prévu mon costume depuis janvier. La citrouille a été sculptée. Je travaille sur mon modèle de broderie au point de croix depuis des mois et la construction du mur de chauve-souris se déroule comme prévu. Le reste de mes décorations sont sorties de leur carton et j’ai fouillé sur Pinterest pour trouver plus d’idées d’artisanat infernal — quelqu’un veut des bouteilles de poison ? Rameutez les goules.

Mais mon moment préféré pendant cette période de l’année est le visionnage obligatoire de Hocus Pocus. Parce qu’il y a des sorcières.

Les sorcières (ou, devrais-je plutôt dire, les stéréotypes de la sorcière) sont incontestablement un élément essentiel de la saison d’Halloween. En fait, la sorcière portant un chapeau noir, chevauchant un balai et aimant les chats est omniprésente dans la culture occidentale moderne. Apparaissant partout, des films populaires aux costumes pour enfants, elles fascinent depuis des décennies.

La chaîne History Channel a récemment diffusé une vidéo qui affirmait que nos représentations des sorcières dans la culture populaire moderne sont inspirées des vêtements et des outils des alewives et que cette image provenait du XVIe siècle. Du chapeau pointu au compagnon félin noir, ces brasseuses étaient, selon leurs dires, à l’origine de cette représentation.

Il existe également de nombreux articles de blog et de sites d’actualités affirmant que les représentations de sorcières dans notre pop culture moderne proviennent des alewives du Moyen Âge (avant même le XVIe siècle). Je ne vais pas vous donner les liens, mais ils sont faciles à trouver grâce à une rapide recherche dans Google.

Seulement, il y a un problème. Historiquement, ces arguments ne sont pas corrects. Pas du tout.

Salut, je m’appelle Christina, Briseuse de Mythes, et aujourd’hui, je suis ici pour réfuter l’idée selon laquelle les représentations de sorcières de la pop culture moderne sont inspirées des vêtements et de la culture des alewives médiévales ou du XVIe siècle. Prenez un candy corn (NDT Bonbon typique de la fête d’Halloween) et installez-vous confortablement — ça va être long.

Chapeau pointu noir :

L’une des hypothèses essentielles, pour soutenir le fait que les alewives médiévales ou du XVIe siècle constituent le modèle des sorcières, semble fondée sur l’idée qu’elles portaient de grands chapeaux pour attirer l’attention sur les marchés et que ces grands chapeaux ont conduit à la représentation des sorcières avec une tenue similaire.

Laissant de côté le (faux) concept d’une chapellerie paneuropéenne pour alewives, les sorcières affublées d’un chapeau pointu semblent être apparues au XVIIIe siècle dans les chapbooks pour enfants (une brochure contenant des contes). Par exemple, cette gravure du XVIIIe siècle représente mère Shipton, une sorcière présumée.

Ceci est tiré de « Chap-Books of the Eighteenth Century » de John Ashton et c’est un livre fascinant. Jetez un coup d’œil à certaines gravures, vous ne serez pas déçu.

Une autre source impressionnante d’images similaires est « The History of Witches and Wizards: Giving a True Account of All Their Tryals in England, Scotland, Sweedland, France, and New England » rassemblé par W. P. Il existe différentes dates pour l’apparition de ce livre, certains suggérant 1720, d’autres 1760. Vous pouvez obtenir ce livre gratuitement sur Google et approfondir vos connaissances sur les procès de sorcellerie au Moyen Âge et au début de la période moderne (NDT La période moderne commence à la fin du XVe siècle), avec une forte dose de préjugés du XVIIIe siècle.

Cette source commence par une longue phrase qui donne indéniablement le ton de tout le livre :

« Ce petit traité ne peut être considéré comme démodé en ce temps, pour vous informer qu’il y a vraiment des magiciens, des conjurateurs et des sorcières, qui font commerce et sont familiers avec les mauvais esprits, il a pour but de clarifier, à la fois par les saintes Écritures, les conciles, le canon et les lois civiles dans toutes les nations ; que seuls les athées qui s’efforceraient de se persuader qu’il n’y a pas d’esprits ; et par conséquent, aucune autre vie après celle-ci vous diront le contraire ; depuis que la réalité de cette conversation avec les démons, ainsi que leurs apparitions et leurs possessions, ont été clairement démontrées au cours des siècles passés, mais surtout, par des personnes ayant le jugement et l’érudition les plus aigus, et qui ont pleinement répondu à toutes les objections contraires. »

Donc, comme vous le voyez, cela est juste un tout petit peu partial. Un tout petit peu.

Mais l’iconographie affichée par ces images n’était pas la seule représentation, ni même la plus dominante de cette époque. Par exemple, Goya a représenté des chapeaux pointus un peu différents sur un groupe de sorciers masculins. Avant l’introduction et l’usage généralisé du chapeau pointu, les sorcières étaient généralement représentées nues et la tête nue, ou revêtues d’une tenue historique appropriée selon le contexte, durant tout le début de la période moderne, au plus fort des persécutions contre la sorcellerie.

Vuelo de brujas par Francisco de Goya

Elles étaient représentées sous l’apparence de personnes ordinaires, ce qui les rendait probablement si terrifiantes pour ceux qui étaient pris par la fureur meurtrière. Par exemple, ces images médiévales et du début de l’époque moderne :

Miniature anonyme représentant une exécution de sorcières XIVe siècle. Appartiens à la collection de la British Library.
Brochure décrivant les sorcières de Northampton datant de 1612

Alors d’où viennent les chapeaux pointus ? La réponse courte est qu’il n’y a pas de consensus académique, c’est-à-dire que nous n’avons pas de certitude. Il existe quelques théories, par exemple :

  1. C’est peut-être une exagération du bonnet de cancre qui était populaire dans les cours royales du XVe siècle.
  2. Une autre théorie est qu’ils sont inspirés des hennins médiévaux, une coiffe en forme de cône, certains pointus, d’autres tronqués. Le but aurait pu être de représenter la sorcière comme une étrangère, mais cela constituerait un grand retour arrière dans l’histoire.
  3. Ils pourraient s’inspirer des représentations classiques de la déesse Diane, qui était associée à la sorcellerie tout au long de ces époques.

Un argument peut-être plus plausible vient de l’éminent universitaire Peter Burke, qui soutient dans son ouvrage intitulé « Eyewitnessing : The Use of Images as Historical Evidence », que le chapeau de sorcière, et également l’image de la sorcière au nez crochu, découlent d’un antisémitisme virulent. Il décrit la représentation de la sorcière, assimilant et amalgamant les représentations contemporaines du peuple juif, comme une « migration de stéréotypes ». Burke cite un décret de Buda en Hongrie, datant de 1421, déclarant que toutes les personnes arrêtées pour sorcellerie devaient porter des chapeaux pointus et au début de l’époque moderne en Espagne, les hérétiques étaient également obligés de porter une tenue similaire. Il qualifie cela de « code visuel exprimant la sous-humanité ».

Un autre argument convaincant est qu’il découle des chapeaux de tous les jours. Je voudrais vous montrer le capotain et les bonnets phrygiens. Popularisés à la fin du XVIe et au XVIIe siècle, ces chapeaux étaient souvent représentés ornant les têtes des femmes européennes riches ou nobles, mais aussi des hommes.

Cela ne vous rappelle rien ?

Ce chapeau était associé au costume puritain dans les années précédant la guerre civile anglaise et l’ère du Commonwealth. Habituellement, les chapeaux de ces portraits avaient un sommet plat et non pointu. Mais certains étaient pointus, comme ce dernier exemple, appartenant actuellement à la collection de Tate.

En ce qui concerne les alewives, j’ai déjà écrit au sujet de leurs représentations dans l’art et la littérature. Vers la fin du Moyen Âge, lorsque la chasse aux sorcières commença sérieusement, les alewives étaient souvent représentés nues et la tête nue ou portant le chapeau du diable, une coiffe en forme de cornes, communes à l’époque et associées à la vanité. Pensez à Maléfique (NDT Le personnage de Disney).

C’était un type de hennin, bien que celui-ci en particulier était méprisé par l’église (considéré comme scandaleux), car il représentait une forme de vanité.

Donc, tout cela contredit l’argument qui affirme que le costume des alewives médiévales, ou du XVIe siècle, a inspiré nos représentations modernes de sorcières. Clairement, les chapeaux et leur association à la sorcellerie ne sont apparus que beaucoup plus tard. Mais pour le plaisir, approfondissons un peu les deux autres liens supposés : les balais et les chats.

Balais :

Un second point avancé est que les balais que les sorcières chevauchaient sont inspirés du alestake (NDT Littéralement, pieu de la bière) des alewives — une sorte de bâton avec une couronne ou une gerbe attachée (NDT Une couronne ou une gerbe d’orge), signalant de la bière à vendre. Cela est faux.

Pour commencer, les sorcières sont décrites chevauchant de véritables balais, mais aussi toutes sortes de bouts de bois, des bâtons, des pelles et même des tridents et des fourches. Bien sûr, un alestake peut être qualifié de bout de bois ou de bâton, mais parmi les sources primaires médiévales ou du début de l’époque moderne dans lesquelles j’ai recherché, je n’ai pas encore trouvé de références affirmant que ce dernier était utilisé comme engin volant par des sorcières.

Elles sont également souvent représentées chevauchant des animaux, par exemple dans le tableau de 1613 de Pierre de Lancre — Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons. Cela est peut-être inspiré des adeptes de Diane — je détaillerai ce point dans une minute. Parfois, les sorcières volaient sans aucun instrument, simplement avec le vent du diable.

Lors du procès d’Alice Kyeteler dans la ville de Kilkenny en Irlande en 1324, l’accusation déclara que « en fouillant au plus de prêts de la dame [c.-à-d. Alice], ils ont trouvé un tube d’onguent utilisé pour graisser un bâton, sur lequel elle a marché et galopé contre vents et marées ». Et dans les procès des sorcières de Salem de 1692 à 1693, Mary Lacy et Martha Carrier ont utilisé des bouts de bois pour se rendre au sabbat des sorcières.

Bien que le balai soit l’objet le plus populaire dans notre société moderne, pour représenter les vols de sorcières, ce n’était clairement pas le cas pour de vastes périodes de l’histoire. Par exemple, les recherches de Rosemary Guiley ont conclu qu’aucun balai n’est mentionné dans les procès anglais et que la croyance selon laquelle les sorcières volent sur un balai est beaucoup plus répandue dans les archives d’Europe continentale. Encore une fois, cela souligne le fait que les sorcières n’étaient pas représentées de la même manière dans toute l’Europe.

La croyance selon laquelle les sorcières peuvent voler était habituellement contredite par la pensée médiévale. Au lieu de cela, ils pensaient qu’il s’agissait d’une hallucination provoquée par le diable.

On peut trouver un exemple de ce point de vue dans le Corrector de Burchard de Worms, l’évêque de Worms du Saint-Empire romain germanique, datant de 1008-1012. Et ceci se reflète également dans ce qui est peut-être le plus célèbre de tous les écrits sur les sorcières, le Malleus Maleficarum, ou Marteau des sorcières, datant de 1487, qui considère la métamorphose comme une illusion démoniaque : « Il est donc évident que les démons ne peuvent réellement effectuer aucune transformation permanente dans le corps humain ; c’est-à-dire aucune véritable métamorphose ».

Alors pourquoi le balai ? Comme le souligne Brian Levack, le balai était associé aux femmes et son utilisation « n’exprimerait donc rien de plus que la prépondérance des femmes sorcières ». Peut-être était-ce un symbole simplement utilisé pour refléter le nombre de femmes sorcières et un objet auquel elles avaient facilement accès dans leur vie quotidienne.

Et d’où vient le concept des femmes qui volent ?

L’idée de la sorcière volant la nuit est née de la fusion de plusieurs courants folkloriques et d’une conception ecclésiastique qui a émergé à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle, lorsque des moines ont créé une image hégémonique de l’hérétique : « secret, nocturne, sexuellement désinhibé et adorateur du diable ».

Ceci représente la fusion de deux idées distinctes existant depuis longtemps en Europe. La première est la strigae, qui date de la période classique (NDT L’Antiquité). La légende raconte que des femmes se transformaient en chouettes, volant et hurlant la nuit et dévorant des bébés. Elles étaient aussi connues sous le nom de lamiae, un mot latin pour désigner les sorcières. La seconde idée concerne les femmes qui quittaient leur maison la nuit pour suivre Diane dans la chasse sauvage, également appelée « Les dames de la nuit ». La croyance en ces deux idées était si forte chez les gens du peuple que certaines femmes ont juré qu’elles s’étaient livrées à ces pratiques. Jusqu’au XIVe siècle, la plupart des érudits ne croyaient pas ces déclarations, affirmant au contraire qu’il s’agissait d’illusions du diable, comme je l’ai mentionné plus tôt. Cependant, cela allait changer avec la fusion de toutes ces idées et ces supposées illusions devinrent une réalité.

Et ce qui est le plus important pour notre démonstration est que tout cela est bien antérieur à la diabolisation de l’alewife dans l’art et la littérature. Un poème anonyme du XIIIe siècle de la région du Tyrol mentionne : « En effet, ajoute-t-il, ce serait une chose merveilleuse de voir une femme chevauchant un veau, un balai ou un tisonnier au-dessus des montagnes et des villages ».

Cette fois encore, l’association des balais et de la sorcellerie n’a rien à voir avec les alewives.

Chats :

Nous allons maintenant nous tourner vers les soyeux, adorables et petits… Serviteurs de Satan ?

Les chats étaient associés aux hérétiques à l’époque médiévale et il existe de nombreuses sources qui démontrent cela. Cependant, ils n’étaient que rarement associés à la sorcellerie au Moyen Âge. Ils étaient par exemple couramment associés au diable. Kathleen Walker-Meikle cite un exemple du théologien français du XIIe siècle, Alan de Lille, qui affirmait « que le nom même des cathares venait du mot chat et que les cathares adoraient un chat noir, le diable déguisé, et en embrassaient le fondement pendant leurs rites ». *Tremblez* Bien sûr, cette vision des cathares était essentiellement de la foutaise, une propagande destinée à effrayer et horrifier la populace au sujet d’une menace hérétique. Et ce n’était pas limité à ce groupe — les Templiers ont été traités de la même manière au cours de leur procès au Moyen Âge, où on les a accusés d’adorer un chat.

Walker-Meikle affirme que l’association des chats avec l’hérésie (et finalement avec la sorcellerie au début de la période moderne) était liée au fait qu’ils sont à la fois domestiques et sauvages. Le chat est un animal fondamentalement indépendant en raison de ses instincts naturels. Ceci est mis en évidence dans les écrits de Hildegarde von Bingen qui les qualifiait d’infidèles et dans Le Conte de l’Économe de Chaucer (tiré de sa célèbre collection d’histoires du XIVe siècle, Les Contes de Canterbury), où le chat est décrit comme possédant les plus somptueux attributs, mais il abandonne malgré tout son propriétaire pour chasser une souris.

Mais cela ne semble pas nécessairement dissuader les gens de les accueillir comme animaux de compagnie. Les récits de l’époque médiévale et du début de l’époque moderne indiquent clairement que les gens avaient des chats comme compagnons. Et posséder des animaux domestiques n’était pas nécessairement une chose rare et la variété d’animaux accueillis comme animaux domestiques était grande à cette époque, allant des chiens, des singes, des écureuils jusqu’aux oiseaux chanteurs.

Pour faire simple, quoiqu’il s’agisse d’un raccourci terriblement déprimant, il y avait beaucoup d’inquiétudes sur le fait que les femmes possèdent des animaux domestiques, particulièrement au début de la période moderne. La professeur Erica Fudge, experte des animaux à la Renaissance et de leurs relations avec les humains (entre autres), soutient qu’il existait un courant « manifestement profondément misogyne » contre les animaux domestiques possédé par des femmes, affirmant que :

« Les attaques contre les animaux domestiques possédés par des femmes insinuaient un certain nombre de choses : sans une main ferme (masculine), la femme connaîtrait une régression mentale, si bien qu’elle ignorerait les différences entre les espèces et se révélerait proche de la bête ; qu’elle pourrait, d’une manière encore plus subversive, ne plus reconnaître le rôle de l’homme au point de considérer qu’un animal pourrait le remplacer ; et que, au lieu de rechercher la perfection, elle reproduirait la tentation d’Ève par le diable et rendrait les animaux non seulement sauvages, mais sataniques. »

En résumé, certains pensaient que les femmes et les animaux domestiques constituaient une combinaison particulièrement dangereuse. Si bien que les femmes pourraient facilement confondre leurs animaux avec leurs maris. Face à cela, je ne peux pas lever les yeux au ciel assez haut. Trop de misogynie.

Il est important de rappeler que l’Europe du Moyen Âge et du début de l’époque moderne n’était pas monolithique. Selon les villes, les pays, les régions et les différentes périodes, il pouvait exister des différences dans les relations avec les félins. Sans parler de la diversité des relations des individus avec leurs compagnons animaux. Par exemple, en Irlande au début du Moyen Âge, les chats pouvaient avoir une valeur élevée. Selon le texte de loi médiéval : catslechtae, ou sections des chats, un chat avait la valeur de trois vaches s’il savait chasser les souris. Un autre exemple est le chat Martino, le fils-félin d’Isabelle d’Este, mort en 1510. Après sa mort, il a été beaucoup pleuré et il a reçu une cérémonie somptueuse célébrée par un courtisan des d’Este, Mario Equicola, il a même eu un texte funéraire gravé sur sa pierre tombale.

Cependant, alors qu’au Moyen Âge, les chats étaient associés à l’hérésie, c’est au début de la période moderne qu’ils ont commencé à être liés à la sorcellerie et mentionnés conjointement avec des sorcières et des diableries. Mais le concept de familier, si courant dans nos représentations modernes de la sorcellerie, était rare en Angleterre. Selon Walker-Meikle, la première occurence de familier dans un procès anglais pour sorcellerie s’est produit en 1556 avec le cas d’Elizabeth Francis à Chelmsford, où elle a été accusée de « tenir compagnie à un grand chat tacheté de blanc qu’elle avait appelé Satan, son familier ».

Et les familiers n’étaient pas seulement des chats. Les animaux accusés d’être des familiers étaient généralement les animaux domestiques de l’accusé. Ceux-ci variaient : chats, chiens, crapauds et chauves-souris. Ils n’étaient juste pas aussi répandus que les chats dans leur association avec les sorcières ; on pensait également que les sorcières elles-mêmes pouvaient se transformer en n’importe lequel de ces animaux. Ce concept de métamorphose était plus répandu dans l’Europe continentale et au-delà.

Par exemple, une brochure de 1652 indique que Joan Peterson avait ensorcelé un enfant pour qu’il ressemble à un chat. Et Anne Bodenham, dans une brochure de 1653, se transformait apparemment en chat, en mastiff, en lion noir, en ours blanc, en loup, en cheval, en taureau et en veau.

Donc, pour résumer l’histoire des chats et de la sorcellerie qui a été très brièvement abordée ici. Les chats ont longtemps été associés au mal et à l’hérésie. Lorsque les procès pour hérésie ont cédé la place aux affaires de sorcellerie, les félins ont également été associés à la sorcellerie. Cela n’était pas lié au fait que les alewives possédaient les chats pour attraper les souris dans leur réserve de grain, mais plutôt à une ancienne et profonde méfiance, et à l’association de cet animal avec les forces occultes et démoniaques.

***

TL:DR : Les alewives médiévales ou du XVIe siècle ne sont pas à l’origine du stéréotype moderne de la sorcière, qui semble s’être consolidé dans les chapbooks pour enfants du XVIIIe siècle.

Donc, qu’avons-nous appris ?

Ne faites confiance à personne.

Plus sérieusement, méfiez-vous de tout ce que vous lisez. Faites vos propres recherches et soyez responsables de vous-mêmes. Nous pouvons tous nous tromper parfois.

La tradition [de la Wicca]

Retour au menu « les propos de Gardner ». Traduction et adaptation : Lune.

Tradition

Il [Gerald Gardner] pensait que le contact, au sens mystique, entre l’Égypte ancienne et les Grecs pourrait éventuellement expliquer les ressemblances entre les cultes. Un courant d’enseignement pourrait s’être étendu de l’Égypte à l’Afrique de l’Ouest et même jusqu’à l’Europe. Selon la tradition des sorcières anglaises, a-t-il remarqué, le culte viendrait de l’Est : du Pays de l’Été. Parallèlement, observe-t-il, il est possible que les pratiques sorcières aient été amenées très tôt par les sorcières en Afrique de l’Ouest, afin d’échapper aux persécutions européennes.1

Bien sûr, la pratique proprement dite de la sorcellerie s’est maintenue. Les différents covens ont continué leurs assemblées et perpétué leurs rites comme ils l’ont fait depuis la préhistoire (d’après leur enseignement traditionnel).2

« Ce qui m’intéresse », écrivit-il [Gardner] dans le numéro du printemps 1955 de l’English Digest, « c’est que de nombreuses personnes se rencontrent chaque année et célèbrent les rites sorciers parce qu’elles y croient. »3

À ce jour, les sorcières conservent ces traditions : la flamme sur l’autel et le couteau rituel avec lequel le cercle magique est tracé. Leur origine pourrait bien remonter au tout début de la civilisation humaine.4

Les quatre talismans magiques que les Tuatha dé Dannan, les anciens dieux irlandais, ont apporté avec eux en Irlande étaient : l’épée de Nuada, la lance de Lugh, le chaudron de Dagda et la pierre de Fal. Lesquels sont analogues à l’épée, la baguette, la coupe et le pentacle et qui composent ce qu’A. E. Waite a appelé « les quatre symboles primaires du Tarot. » Et l’épée de Nuada, « dont personne n’a jamais échappé au coup ni ne s’en est jamais remis », n’est autre que l’épée de l’ancien Dieu de la Mort lui-même, laquelle est encore portée symboliquement par son représentant au cours des rites de sorcellerie.5

Il existe une histoire chez les habitants de la New Forest selon laquelle les sorcières ont l’habitude de danser autour d’un certain arbre de la forêt, appelé le Naked Man [ndlt : l’homme nu]. Peu d’entre eux croient que la légende est vraie : et pourtant les sorcières y dansent toujours ! « L’arbre a été abattu juste après la guerre. Mais j’ai entendu dire qu’elles utilisent toujours le site. »6

Par ailleurs, les preuves que donne Boissier montrent également que : les personnes qui assistaient aux sabbats étaient nues ; pour la plupart, les sorcières étaient celles qui venaient de familles sorcières et qui avaient été instruites par leurs parents ; celles, souhaitant se glisser hors de leur maison sans être vues pour assister au sabbat, avaient pour habitude de passer par les immenses cheminées traditionnelles ; trois « marques » étaient données aux sorcières à trois différents moments, mais seules les plus anciennes avaient les trois, qui « faisaient d’elles des magiciennes » (c’est-à-dire les « trois degrés » modernes) et que les sorcières  effrayaient les gens en imitant la chasse sauvage pour les tenir éloignés de leurs lieux de rencontre. J’ai consigné tout ceci dans mon livre précédent, Witchcraft Today, tel que me l’avaient raconté les survivants actuels du culte des sorcières, avant même que le livre de Boissier, plutôt rare, n’entre en ma possession et que j’entende parler de lui.7

Pas un instant je ne souhaite donner l’impression que les sorcières sont des personnes plus éthiques que les autres. Je pense que lorsqu’elles sont attaquées en premier lieu, elles ripostent. Mais les « sorcières réellement initiées » sont peu nombreuses à la différence de la « Congrégation ». L’Église dans son ensemble était une force puissante et intelligente, qui savait frapper vite et, dans une certaine mesure, se protéger de la magie. Selon la tradition des sorcières, pour une sorcière des milliers de personnes ont été torturées et brûlées ; et à chaque fois qu’une sorcière ripostait, des milliers d’autres gens étaient martyrisés.

Les sorcières se sont rencontrées et ont décidé ceci : « nous ne pouvons pas lutter contre cette terreur, à chaque fois que nous répliquons des milliers de personnes sont massacrées, nous cacher est la seule façon pour nous de survivre, sans jamais causer de mal à quiconque, peu importe le tort qu’on nous a fait, et ensuite, avec le temps, on nous oubliera. » Grâce à une propagande adroite, elles ont ainsi donné à la sorcellerie une image amusante : une vieille femme volant sur un balai avec un chat noir et ainsi, peu à peu, elles ont été oubliées, toutes les lois contre elles ont été abrogées dès qu’il fut connu qu’elles étaient inoffensives. 8

Une autre façon dont les artisans britanniques d’autrefois préservaient les signes et les symboles de l’Ancienne Religion consistait en leurs fameuses « marques de maçons » qu’ils utilisaient pour marquer les pierres qu’ils taillaient.9

Au bon vieux temps, lorsque vous vous éloigniez la nuit d’un demi-mile du village, vous pouviez être sûr que personne ne vous espionnerait, car tous ceux qui ne faisaient pas partie de l’Art avaient peur de sortir dans le noir. Il était possible d’exécuter les anciennes danses, avec beaucoup de musique, de crier les appels, de scander les chants et de faire tout le bruit que vous vouliez.

Mais de nos jours, vous devez pratiquer dans de petites pièces, où vous ne pouvez pas faire le moindre bruit sans que les voisins ne se plaignent. En conséquence, les anciennes danses ont été oubliées. La danse dans le cercle peut continuer à être exécutée, tant que vous dansez tranquillement, mais les appels (de longs cris aigus, qui vibrent et épouvantent) ne peuvent plus être utilisés. La danse en spirale ou danse de rencontre est parfois accomplie s’il y a de la place. C’est une danse du style « suivez le chef10« , conduite habituellement par la prêtresse qui l’exécute en formant une spirale dextrogyre dirigée vers le centre, ensuite elle se tourne tout à coup et déroule la spirale. Ce faisant, elle embrasse chaque homme qu’elle rencontre et toutes les autres filles font de même.

Elles disent que cela s’appelle la danse de rencontre parce qu’autrefois, les gens venaient de régions éloignées, ils ne se connaissaient pas et qu’elle a été conçue pour les présenter les uns aux autres. Mais un homme m’a raconté qu’il l’avait dansée dans la salle paroissiale lorsqu’il était enfant ; il peut donc s’agir simplement d’un ancien jeu d’enfants que les sorcières ont adopté ou inversement. De nos jours, la seule musique dont elles peuvent disposer est celle du gramophone, ou parfois celle d’un sistre, d’un hochet ou d’un petit tambour, joué doucement.

Il y a quinze ans, j’ai entendu de nombreux anciens airs. Malheureusement, je ne connais rien à la musique et je ne les ai pas retenus.

Elles m’ont montré un tour étrange avec de la musique que j’ai décrit dans mon roman High Magic’s Aid, au chapitre intitulé « Music Magic ». Elles m’ont dit pouvoir me rendre fou de rage ; je n’y croyais pas alors elles m’ont fait asseoir, elles m’ont attaché à une chaise afin que je ne puisse me lever. Ensuite, l’une d’entre elles s’est assise face à moi en jouant sur un petit tambour ; ce n’était pas une mélodie, juste un tom-tom-tom régulier. Au début, nous avons ri et discuté… Cela m’a semblé durer longtemps, mais je pouvais voir l’horloge et je savais que ce n’était pas le cas. Le tom-tom-tom continuait et je me suis senti ridicule ; elles me surveillaient et me souriaient de toutes leurs dents et ces sourires me mettaient en colère. J’ai réalisé que les battements de tambour semblaient un peu plus rapides et mon cœur semblait battre très fort. J’avais des bouffées de chaleur, j’étais en colère à cause de leurs sourires idiots. Soudain, je me suis senti furieusement en colère, j’ai voulu me dégager de la chaise, j’ai tiré sur les liens et je les aurais frappées, mais dès que j’ai commencé à m’agiter, elles ont changé le rythme et ma colère s’est dissipée.11

J’ai trouvé ces vers dans le livre [ndlt : des ombres] d’une sorcière. Le propriétaire qui les a recopiés ne se souvenait plus de leur provenance, s’ils étaient anciens ou modernes, s’ils avaient été écrits par quelqu’un qui a vu la danse ou qui possède simplement une vive imagination. Je vous les livre avec toute ma reconnaissance pour l’auteur inconnu12 et mes félicitations pour cette belle description ou imagination :

Twilight is over, and the noon of night
Draws to its zenith, as beyond the stream
Dance the wild witches, fair as a dream
In a garden, naked in Diana’s sight,
Flaming Censers on the sweet altar, light
Gleams on the waters, drifting vapours teem,
Laughter and swaying white shoulders gleam.
Oh joy and wonder at their lovely sight !

Le crépuscule a pris fin, et la mi-nuit
est à son zénith, alors qu’au-delà du ruisseau
Dansent les sorcières sauvages, belles comme un rêve
Dans un jardin, nues à la vue de Diane,
Les flamboyants encensoirs sur le bel autel, reflètent
leurs lumières sur les eaux, où flottent d’abondantes vapeurs,
Les rires éclatent et brillent les blanches épaules oscillantes.
Oh joie et émerveillement devant leur beau spectacle !

L’auteur ne croit manifestement pas à la fable selon laquelle les sorcières sont vieilles et ignobles.13

L’une des lois de la Wica stipule qu’il est interdit de gagner de l’argent avec la religion…14

Il [Gardner] connaissait autant d’hommes que de femmes chez les sorcières. L’autre sorcière venait d’un bord légèrement différent.

La sorcellerie était plus ancienne et bien plus sensée que la magie pratiquée au Moyen-Âge. Voler sur un balai était une blague « aux dépens des étrangers15 crédules ». Avec une assurance indéniable et sans équivoque qui rappelle la propre phraséologie de Gardner et sa façon de traiter le sujet dans ses livres, cette sorcière termine ainsi : « Nos rites anciens sont peut-être simples, rudimentaires et primitifs, mais ils n’ont rien de mauvais et peut-être qu’ils fonctionnent parce qu’ils sont simples. Signé : UNE SORCIÈRE. »

C’est sans aucun doute ces déclarations catégoriques, faites par les sorcières qui l’ont initié, qui ont tout d’abord impressionné Gardner, de par leur sincérité. En même temps, il n’est pas difficile de comprendre que l’assurance sans équivoque des déclarations de ces sorcières a eu pour effet de rendre uniques les œuvres de Gardner. Il se devait de conserver ex cathedra l’assurance de ses informatrices avec le respect que nécessite ce type de matériau de recherche. En parallèle, son approche académique l’a contraint à théoriser les méthodes et moyens par lesquels parvenir à de telles déclarations. Dans Witchcraft Today et The Meaning of Witchcraft abondent de ce qui pourrait être considéré comme des sophismes par ceux ne se rendant pas compte qu’il avait affaire à un matériau inhabituellement empathique.16

Une fois qu’il a été établi que la sorcellerie telle qu’elle est connue et pratiquée par l’organisation appelée la Wica, est une religion, et non un culte mené par des excentriques, sans but lucratif, la question de son nom s’est naturellement posée. Pourquoi, ont demandé certains sympathisants, ne pas échapper à la mauvaise publicité en changeant de nom ? Selon les explications de Gardner, la Wica (les sages) était un mot anglo-saxon, probablement donné aux adeptes du culte par les immigrés germaniques, relativement nouveaux, qui venaient d’outre-Manche. Mais des aspects psychologiques rendent un tel changement aujourd’hui peu probable. Tout d’abord, le nom est établi : on ne peut pas changer de nom, pas plus qu’on ne change de monture au milieu du gué.

Ensuite, il existe une conscience identitaire, un sentiment de parenté avec les neuf millions de personnes tuées durant la persécution des sorcières du passé. Ces événements font partie de l’héritage de l’Art. Si la Wica n’a pas de théologie [écrite] et a peu de hiérarchie, elle possède une tradition. Et le simple fait qu’on s’oppose à elle, qu’il s’agisse des alarmistes de la presse, de l’Église ou qui que ce soit d’autre, ne saurait être considéré comme un motif qui justifierait un changement. C’est pourquoi les sorcières sont restées des sorcières.17

1 GGW 175-176

2 GGW 185

3 GGW 193

4 Gardner 2 97

5 Gardner 2 124

6 GGW 140

7 Gardner 2 142

8 Gardner 2 150

9 Gardner 2 180

10 Ndlt : « follow-my-leader » dans le texte ou jeu de l’imitation, qui est un jeu pour les enfants. Un enfant est désigné comme le chef et un groupe d’enfants se place derrière lui en file indienne et doit imiter chaque geste de ce chef de file.

11 Gardner 1 141-142

12 Ndlt : Le début du poème est d’Aleister Crowley. Il a subi des modifications. Voici la version intégrale de « By the Cam », extrait de Songs of the Spirit par Crowley, publié en 1898.

BY THE CAM

Twilight is over, and the noon of night
Draws to its zenith. Here beyond the stream
Dance the wild witches that dispel my dream
Of gardens naked in Diana’s sight.
Foul censers, altars desecrated, blight
The corpse-lit river, whose dank vapours teem
Heavy and horrible, a deadly steam
Of murder’s black intolerable might.

The stagnant pools rejoice ; the human feast
Revels at height ; the sacrament is come;
God wakes no lightning in the broken East;
His awful thunders listen and are dumb;
Earth gapes not for that sin ; the skies renew
At break of day their vestiture of blue.

Notez que le texte original possède des rimes, je n’ai pas cherché à les reproduire à la traduction.

13 Gardner 1 143

14 GGW 195

15 Ndlt : Personnes extérieures à la Wica, non-sorcières.

16 GGW 198-199

17 GGW 203

Photo d’entête : Doreen Valiente devant ce qui reste de l’arbre nommé « the naked man » dans la New Forest, en Angleterre.

Cours de magie à télécharger

Par Artus.

On nous demande souvent des rituels magiques spécifiques pour traiter une situation donnée. Et d’une manière plus générale, les gens qui pratiquent la magie ont souvent du mal à l’intégrer dans leur vie de tous les jours. Pourtant, une pratique magique quotidienne est bien plus efficace qu’un sort lancé de temps en temps.

Il faut dire que la plupart des pratiques magiques sont trop lourdes pour être pratiquées quotidiennement. Même si elles sont puissantes parce qu’elles font appel à des états de transe profonds, des symboles qui court-circuitent le mental et un décorum qui stimule l’imaginaire, nous avons tendance à trouver tout un tas d’excuses pour ne pas les pratiquer.

Dans ce cours, je vous propose une méthode pour pratiquer la magie quotidiennement. Cette méthode est basée sur des affirmations positives et vous pourrez l’utiliser pour traiter n’importe quelle situation. Vous n’aurez pas besoin de rituels spécifiques, ni de réunir des composants et de passer une heure pour lancer un sort. Au lieu de cela, la magie deviendra une habitude quotidienne. Et en développant cette habitude, vous transformerez votre vie bien plus facilement qu’en lançant des sorts (en réalité, vous pouvez bien entendu combiner les deux approches pour plus d’efficacité).

Si vous débutez, vous pouvez également découvrir la magie avec ce cours. La méthode que je vous propose est simple et accessible à tous.

Vous pouvez dès maintenant télécharger ce cours en cliquant ici.

Cours de néo-chamanisme à télécharger

Par Artus.

Je suis en train de déménager progressivement les articles de mon blog sur les Portes du Sidh. Et au lieu de déménager un par un les articles sur le voyage au tambour, j’ai décidé de les organiser sous la forme d’un cours. Ce cours contient les pratiques de base (et quelques autres) du néo-chamanisme de Michael Harner.

J’avais déjà écrit une introduction pour cette série d’articles, il y a une dizaine d’années, lors d’un changement de blog. Et j’ai profité de cette nouvelle réorganisation pour compléter cette introduction par un autre article. Dans cet article je vous propose une manière pour bien vivre l’ouverture spirituelle engendrée par la pratique du voyage au tambour.

Vous pouvez dès maintenant télécharger ce cours.

Si vous n’avez pas de tambour, vous pouvez utiliser cet enregistrement disponible sur YouTube.

D’ici quelques temps, mon ancien blog va disparaître. Je l’avais créé pour des raisons techniques. À l’époque, l’algorithme de Google aimait qu’un site soit composé de plusieurs sous-domaines. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui et je n’ai pas envie de me compliquer la vie inutilement avec des blogs dans tous les sens.

Vous pouvez retrouver tous mes articles à cette adresse.

Pour ne rien rater de ce qu’il se passe sur le Sidh, vous pouvez également nous suivre sur notre page Facebook.

Recette salée pour la cérémonie des Biscuits et du Vin

Voici une version salée pour la cérémonie des gâteaux et du vin. La recette a été conçue par Artus. Pour une recette sucrée, suivez ce lien.

  • 250 grammes de farine
  • 1 sachet de levure chimique
  • 1 œuf
  • 2 petits-suisses (ou 1 yaourt nature)
  • 1 cuillère à soupe d’huile
  • 100 grammes d’allumettes de bacon
  • un peu de lait
  • Environ 30 grammes de parmesan finement râpé

Mélangez dans un premier temps les ingrédients « secs », c’est-à-dire la farine, la levure, le bacon et le parmesan. Ensuite, rajoutez l’œuf, les petits-suisses, l’huile et un peu de lait jusqu’à l’obtention d’une pâte qui ne colle pas.

Préchauffez votre four (210°C)

Divisez en 20 boules.

Disposez-les sur une plaque farinée ou une feuille de papier sulfurisé.

Enfournez et laissez cuire pendant 15 minutes à 210°C. Surveillez bien la cuisson, car d’un four à l’autre les températures peuvent varier et adaptez la température si besoin.

Les biscuits doivent être légèrement dorés et moelleux.

Ces biscuits sont à consommer assez rapidement car c’est une recette légère, qui contient très peu d’huile. L’idéal serait de les manger encore chauds ou tièdes.

L’Histoire

Retour au menu « les propos de Gardner ». Traduction et adaptation : Lune.

L’Histoire

Les archéologues estiment que, du fait des immigrations successives du continent, la langue parlée vers 900 av. J.-C. en Grande-Bretagne devait être clairement celtique.1

La position du culte (des sorcières) à l’époque romaine et saxonne est une énigme. La grande question est de savoir si les sorcières et les druides étaient membres du même culte. Les sorcières n’ont pas de traditions précises sur le sujet. Personnellement, je pense que ce n’était pas le cas, le culte des sorcières était en quelque sorte la religion du sol, alors que la religion des druides était plus aristocratique. Un peu comme  mille ans plus tard, lorsque le culte des sorcières devint la religion des paysans, alors que l’Église romaine était la puissance dominante.2

Jusqu’à cette période (celle des invasions saxonnes), il est douteux que les Wica aient eu un nom distinctif. Ils étaient les gens, les prêtres et les prêtresses de l’Ancienne Déesse, qui étaient reconnus comme faisant partie du peuple. Les Saxons haïssaient et craignaient tout ce qui avait trait à la magie. Ils vénéraient Odin (Woden), Thor et les autres dieux scandinaves, et étaient extrêmement « respectables » d’un point de vue germanique. Et plus encore, lorsqu’ils devinrent chrétiens. Cet Odin avait une chasse sauvage semblable à celle de Herne. Et à certains égards, les Valkyries ressemblent aux sorcières des légendes, à la différence qu’elles traversent les airs non pas sur des chèvres ou des balais, mais sur des chevaux, ce qui est bien pire. Ils détestaient le souvenir d’Odin et des Valkyries parce qu’ils étaient des divinités païennes. On m’a demandé :  » Les Saxons ont-ils causé des changements au sein du culte des sorcières ? Ce à quoi je réponds : « Je ne le pense pas. » 3

César rapporte que les coutumes des « Germains » étaient totalement différentes de celles des Celtes. À l’époque où les Angles et les Saxons ont commencé à envahir la Grande-Bretagne, ils étaient plus civilisés que lorsque César et Tacite les avaient décrits. Malgré tout, il existait une grande différence entre eux et les cultivés et alphabètes britto-romains, dont beaucoup étaient des chrétiens de l’ancienne Église celtique. Si Arthur et ses chevaliers ont réellement existé, c’est à cette période de l’Histoire qu’ils devaient appartenir.

Les Saxons sont arrivés en conquérants païens. Ils ont pillé, tué et violé. La majeure partie de la population celtique s’est dispersée au cours de ses longues guerres et le reste vivait en des lieux inaccessibles. Les races se rencontraient et se mélangeaient uniquement dans les grandes villes, et même là ils restaient les conquérants haïs qui avaient dépossédé les Celtes de leurs terres ancestrales et les avaient forcés à vivre dans les régions éloignées. En outre, ils détestaient la magie. Ce qui n’a nullement favorisé le mélange des pratiques cultuelles.

Puis les Saxons devinrent des chrétiens intolérants d’un nouveau genre, c’est-à-dire des chrétiens de l’Église romaine, et la situation s’aggrava. Ensuite, alors que les Saxons s’étaient enfin apaisés, les invasions danoises commencèrent. Pour eux, les Saxons étaient des renégats qui avaient abandonné l’ancienne foi en Odin et Thor, et qui méritaient donc d’être exterminés. Mais au fil du temps, ces mêmes Danois furent baptisés et devinrent chrétiens, ils vécurent dans une confédération mouvementée avec les Saxons. Il est curieux de constater qu’en devenant anglophones, les sorcières adoptèrent le nom saxon « Wica ».4

Il y eut l’invasion romaine et plus tard l’invasion saxonne. Les rois, les nobles et les druides christianisés en souffrirent grandement et beaucoup se réfugièrent en Irlande et en Écosse, mais contrairement à ce que l’on pense souvent, la majorité de la population resta dans les villages. Les Saxons, d’abord païens, furent convertis au christianisme par les missionnaires de Rome et certaines lois contre la sorcellerie furent adoptées.

Après la conquête normande, les Saxons devinrent la race des serfs et leurs maîtres, les Normands. Plus tard, les deux races eurent tendance à se mélanger et à se marier entre elles, devenant anglaises au lieu de britanniques et saxonnes.

Comme il n’existe nulle trace de coutumes saxonnes dans le culte, ainsi il ne semble pas que des sorcières saxonnes y aient été admises. Mais, quand les Normands ont débarqué, elles avaient déjà une tradition semblable à la sorcellerie. Je ne saurais dire si elle provenait de la Norvège ou de la Gaule, mais elle existait sans aucun doute. En tout état de cause, les Britanniques ont toujours considéré les Saxons comme les oppresseurs qui leur avaient volé tout le meilleur de leur pays et les sorcières les détestaient pour avoir édicté des lois contre la sorcellerie. C’est pourquoi les Britanniques et les sorcières prirent beaucoup de plaisir à voir les Saxons se faire malmener à leur tour.5

On raconte qu’après la conquête normande, lorsque de nombreux soulèvements saxons dans les régions isolées se sont produits, les troupes normandes envoyées pour les réprimer étaient menées par « des sorcières francophones. » Cela peut signifier que les sorcières locales avaient reçu une meilleure éducation que la plupart et qu’elles parlaient français. Mais il est plus probable que les sorcières normandes soient venues lors de la conquête, qu’elles aient fraternisé avec les habitants des landes, les païens6, le peuple britannique des régions lointaines qui haïssait l’usurpateur saxon, et qu’elles aient découvert ce qu’il se passait. On dit que Hereward l’Exilé a tué l’une de ces sorcières venues pour le chasser des Fenlands.7

Je présume qu’il [Pennehorne Hughes] croit savoir de quoi il parle, alors permettez-moi de le rassurer, la plupart de ces accusations sont fausses autant que je sache. Les sorcières jetaient des sortilèges pour empêcher Hitler de débarquer après la capitulation de la France. Elles se réunissaient, érigeaient le grand cône de pouvoir et projetaient les pensées suivantes dans l’esprit d’Hitler : « Vous ne pouvez pas traverser la mer », « vous ne pouvez pas traverser la mer », « impossible de venir », « impossible de venir ». Tout comme leurs ancêtres l’avaient fait avec l’Armada espagnole avec ces paroles : « passez votre chemin », « passez votre chemin », « impossible de débarquer », « impossible de débarquer ». Est-ce que cela faisait d’elles les alliées des Rois ennemis ?

Je ne dis pas qu’elles ont stoppé Hitler. Tout ce que je dis, c’est que j’ai assisté à une cérémonie très intéressante accomplie dans l’intention d’implanter une certaine idée dans son esprit et que cela fut réitéré plusieurs fois par la suite. Et bien que la flotte d’invasion ait été prête, le fait est qu’Hitler n’a même jamais essayé de venir. Les sorcières m’ont dit que leurs arrières grands-parents ont tenté de projeter la même idée dans l’esprit de Boney.

À l’époque de l’Armada espagnole, la force d’invasion se trouvait près des côtes avant que le culte ne l’ait vraiment su. Elles savaient qu’il était inutile d’essayer d’atteindre le Roi Philippe, il était hors de contact avec l’Armada, il ne pouvait changer sa course et elles n’avaient pas la moindre idée de qui se trouvait aux commandes. La seule chose qu’il leur était possible de faire était d’envoyer une idée générale : « passez votre chemin », « passez votre chemin », « passez votre chemin », « vous ne pouvez pas débarquer », « vous ne pouvez pas débarquer » et  espérer que cela fonctionnerait. Si elles avaient pu déclencher une tempête, elles l’auraient également fait, mais elles ne savaient pas comment s’y prendre. Même si naturellement, elles ont prié leurs Dieux pour que des catastrophes s’abattent sur la flotte, et notamment des tempêtes selon toute probabilité.

Je doute que les sorcières n’aient jamais causé des ravages. Tout au moins, je n’ai jamais entendu parler de ça, et ni elles ni moi ne savons pas comment elles s’y prendraient. Je voudrais des informations à ce sujet : des dates et des lieux, s’il vous plaît ?8

Quand les Pays-Bas, la Belgique et la France ont capitulé, comme l’a dit Gardner :

« Nous attendions Hitler sur le rivage chaque jour. Nous n’avions aucune arme digne de ce nom. Dans mon secteur, une plage de trois miles, nous avions six fusils de chasse, mon Luger, le revolver de Donna et quelques autres pistolets, avec environ six cartouches pour chaque arme. Ensuite, nous avions mes piques et mes épées. Avant la fin de cette semaine, six soldats et un sergent ont été envoyés pour défendre ces trois miles. Sept jours plus tard, cinquante hommes les ont rejoints, sous les ordres d’un officier. Plus tard, d’autres sont arrivés les uns après les autres ; mais à part des fusils et peu de munitions, ils n’avaient rien. Pas d’artillerie ni d’armes automatiques. J’ai essayé de faire fonctionner un vieux canon malais, avec de la poudre noire et des explosifs, mais ça n’a rien donné. »

C’est là que les sorcières montent à nouveau en scène, de façon incongrue pourrait-on dire. La vieille Dorothy a appelé les « covens de toute part, bien que selon la loi sorcière, ils ne sont pas censés connaître l’existence des uns des autres. » Et ce fut le début de « l’opération cône de pouvoir » quand les sorcières, comme elles l’ont prétendu, ont envoyé une force contre l’esprit d’Hitler.

Selon les propres termes de Gardner, il s’agit d’un élément assez important de l’histoire de la sorcellerie d’un point de vue documentaire. Il y fait référence dans ses deux livres sur la sorcellerie et les critiques et les chroniqueurs en ont parlé à plusieurs reprises. Voici d’autres détails :

« Nous avons été conduits de nuit à un endroit dans la forêt où le grand cercle a été projeté. Ce qui a été accompli ne peut l’être qu’en cas d’extrême urgence. Et le grand cône de pouvoir a été érigé et lentement dirigé vers Hitler. L’ordre suivant à été donné : ‘Vous ne pouvez pas traverser la mer. Vous ne pouvez pas traverser la mer. VOUS NE POUVEZ PAS VENIR, VOUS NE POUVEZ PAS VENIR.’  Tout comme on nous l’avait raconté, au sujet de ce qui fut fait à Napoléon, lorsqu’il tint prête son armée à envahir l’Angleterre et jamais ne vint. Et comme ce qui fut fait à l’Armada espagnole, lorsque de puissantes forces ont été mises en œuvre, à propos desquelles je ne peux parler. Or donc, accomplir ceci implique l’utilisation de notre force vitale et beaucoup d’entre nous sont morts quelques jours après. Mon asthme, qui avait disparu depuis mon premier voyage en Orient, revint en force. Nous avons répété le rituel quatre fois ; et les Aînés ont dit : ‘nous pensons que nous l’avons stoppé. Nous ne devons pas tuer un trop grand nombre d’entre nous. Préservons-les jusqu’à ce que nous ayons besoin d’eux.' »9

1 Gardner 2 79

2 Gardner 2 85

3 Gardner 2 94-96

4 Gardner 2 94-96

5 Gardner 2 27-28

6 Ndlt : Heathens, les païens. Dwellers of the Heaths, les habitants des landes. Heathen, du Vieil Anglais hǣthen, avec une origine germanique. Relatif au néerlandais heiden et à l’allemand heide. Généralement considéré comme un usage spécifiquement chrétien d’un adjectif allemand qui signifie « habitants de la rase campagne. » Heath désigne une vaste zone de terres nues, incultes et recouvertes d’herbes folles et autres petites plantes sauvages. Une lande.

7 Gardner 2 97

8 Gardner 1 104

9 GGW 166-167

Image : Dream Idyll (A Valkyrie) par Edward Robert Hughes (1902)