Des bougeoirs « maléfiques » & insolites

Par Doreen Valiente. Extrait de « Doreen Valiente, Witch » de Philip Heselton. Traduction & adaptation par Lune.

Ndlt : Doreen Valiente avait l’habitude de fréquenter les boutiques d’antiquités et d’y dénicher fréquemment des objets qui avaient été utilisés, soupçonnait-elle, dans un contexte magique ou sorcier. Parfois, les circonstances de leur acquisition étaient totalement insolites. Dans « I am a witch », son manuscrit non-publié datant de 1966, elle raconte une anecdote à propos de la manière dont elle est devenue propriétaire de ses célèbres et étranges bougeoirs (et méga kitsch) :

Il m’est arrivé une expérience amusante une fois… C’était dans un petit magasin de meubles de seconde main, aux abords de la New Forest. En passant devant la vitrine, j’y ai jeté un coup d’œil et j’ai remarqué des bougeoirs étonnants, c’était une paire de sabots fourchus. De vrais sabots, de cerf ou de chèvres, ingénieusement adaptés ; et ils avaient évidemment déjà été utilisés, car des coulures de cire y étaient restées collées.

C’était une incontestable découverte. J’ai donc poussé la porte du magasin et je m’y suis aventurée. Le propriétaire, un petit homme en blouse de travail est apparu et j’ai demandé le prix de « cette paire de bougeoirs, dans l’angle de la vitrine. »

Il n’a rien dit pendant un moment mais m’a regardé d’un air très méfiant et a reculé derrière le comptoir. Il n’a semblé apprécier ni moi ni ma requête.

« Vous savez », ai-je dit, « la paire de sabots fourchus ». Il a continué à me regarder en silence et s’est littéralement écarté de moi. Était-il en train de se demander comment réclamer un prix exorbitant ? Ou était-il, comme il en avait l’air, tout simplement effrayé ?

Soudain, il a semblé prendre une décision. Il a plongé derrière le comptoir, il a lâché : « deux bob ! » (ndlt : 2 shillings en argot.) Et sans attendre une réponse, il a saisi de vieux journaux, s’est emparé des deux bougeoirs dans la vitrine, les a enveloppés et me les a fourrés dans les bras. Ensuite, il m’a prise par le coude et m’a littéralement propulsée hors du magasin. J’ai réussi à lui mettre une pièce de 2 shillings dans la main en partant ; mais je ne pense pas qu’il s’en souciait réellement. Tout ce qu’il voulait, c’était se débarrasser de ces bougeoirs maléfiques… Et de quiconque le questionnait à leur sujet !

Je ne sais pas si ces bougeoirs avaient, d’une certaine façon, manifesté leur mécontentement de se retrouver dans son magasin, mais ils sont très heureux avec moi… Et ils ont retrouvé leur utilisation d’origine sur un autel de sorcière.

Comment bien pratiquer la wicca ?

Par Artus.

Régulièrement, lorsque nous postons un texte sur le sidh, nous recevons le même type de questions. Quelle bougie utiliser ? Quel encens ? Quel type de corde ? Faut-il vraiment pratiquer à telle ou telle heure ? Les variantes sont nombreuses, mais cela illustre toujours la même question : « Comment bien pratiquer la wicca ? »

Ces questions portent toujours sur des détails extérieurs et ce n’est pas le plus important. Dans certaines religions, la dimension extérieure de la pratique est réduite au minimum. La personne qui pratique s’assoit devant un mur blanc et elle médite. Cela permet d’aller à l’essentiel. Mais une telle pratique est un peu ennuyeuse.

Pour éviter l’ennui, la wicca a recours au folklore et au décorum. Mais il ne faut pas oublier qu’avant tout, la spiritualité est une question d’expérience intérieure.

Je vais prendre un exemple qui a beaucoup inspiré les occultistes, la magie sacrée d’Abramelin le Mage. Dans ce livre, il est question d’une préparation de six mois. Pendant les deux premiers mois, il faut pratiquer une dévotion une fois par jour. Les deux mois suivants, il faut pratiquer cette même dévotion deux fois par jour. Et enfin, les deux derniers mois, cette même dévotion doit être pratiquée trois fois par jour. Mais je n’ai jamais vu la préparation d’Abramelin décrite ainsi. Tout le monde s’intéresse aux détails rituels, à la préparation de l’encens ou de l’huile d’onction… Mais tout le monde passe à côté de l’essentiel.

Dans la wicca, la dimension intérieure des pratiques est souvent oubliée. Dans la plupart des textes, elle n’est pas évoquée. Et pourtant, c’est cela qui est vraiment important. Qu’est-ce que je fais là ? Qu’est-ce que je recherche ? Quel état intérieur je souhaite développer ? Posez-vous ces questions et trouvez vos réponses. Vous verrez que la couleur des bougies n’a pas d’importance.

Un rituel d’action de grâce

Par Lois Bourne, extrait de Spells to change your life. traduction & adaptation, Lune.

Alors que les dieux exaucent nos souhaits et désirs afin que nous soyons heureux, nous devons nous rappeler de les remercier pour les bénédictions dans nos vies, pour la vie elle-même, pour la santé, l’amour, la famille et les amis, ainsi que pour le monde magnifique dans lequel nous vivons et ses innombrables merveilles. Il faut nous souvenir que ce que nous projetons sur le monde nous est renvoyé, ainsi les dieux regarderont d’un œil favorable les personnes qui leur sont reconnaissantes pour leurs bienfaits.

Ce rituel peut être célébré au cours de n’importe quelle nuit de la nouvelle lune à la pleine lune. Un vase de fleurs blanches sera placé sur l’autel devant le miroir et des pétales de fleurs seront dispersés sur l’autel et le sol autour de l’autel.

Vous aurez besoin :

  • de deux bougies blanches, pour l’autel,
  • quatre bougies blanches (ou de petites veilleuses) à placer à l’est, au sud, à l’ouest et au nord sur le sol, autour de l’autel,
  • un petit plat ou un encensoir,
  • un charbon ardent,
  • un encens au parfum agréable.

Procéder au rituel

Allumez le charbon et soufflez dessus pour attiser ses braises. Allumez les bougies d’autel et disposez-les de part et d’autre du miroir.

Saupoudrez le doux encens sur le charbon ardent, puis allumez au sol les bougies des quartiers.

Agenouillez-vous devant l’autel et plongez votre regard dans le miroir, fermez les yeux et pendant quelques minutes, contemplez les bénédictions dans votre vie, remémorez-vous les bienfaits dont on ne tient pas souvent compte : la capacité de voir, d’entendre, de parler et de marcher.

Prenez l’encensoir et, en commençant à l’est, tendez-le vers les Dieux et dites à voix haute :

Grande Mère des Dieux,
Dame de la Lune,
Pourvoyeuse de Vie et d’Amour,
Je te remercie pour les bénédictions que tu m’as accordées si librement au cours de ma vie.
Que la paix, l’harmonie, la santé et l’amour enveloppent l’âme de tous les êtres,
Que ta glorieuse lumière brille pour toujours,
Que ta présence enrichisse la Sainte Terre.

Répétez l’invocation avec l’encens aux trois autres quartiers. Replacez l’encens sur l’autel. Laissez brûler les bougies pendant une heure.

Le délai traditionnel pour l’accomplissement d’un sort

Par Lune.

Traditionnellement, un sort est supposé porter ses fruits au cours d’une lunaison ou 28 jours d’une pleine lune à la suivante. Si ce n’est pas le cas, on considère que ce sort a échoué.

J’ai cité Lois Bourne, dans Witch amongst us, qui est l’une des dernières grandes prêtresses de Gardner, pour évoquer le sujet dans le cadre de la wicca. En clair, nous parlons donc ici de magie pratiquée lors des esbats, c’est-à-dire de magie lunaire.

Et dans ce contexte, tout le monde semble s’accorder sur le fait qu’un sort réussi est un sort qui se manifeste sous une période d’un jour à 4 semaines, après avoir été lancé. S’il ne se concrétise pas, c’est qu’il est forcément raté ou, du moins, qu’il y a un os quelque part.

Doreen Valiente explique plus ou moins la même chose dans Witchcraft for tomorrow (même si on n’est plus spécifiquement dans le registre de la wicca, Valiente vient tout de même de cette tradition où elle a longtemps été grande prêtresse) à propos d’un sortilège :

Le papier ou parchemin doit être conservé ainsi pendant un mois lunaire, puis il doit être brûlé. C’est-à-dire quand la lune se retrouvera dans la même phase que lorsque le sortilège a été écrit ; disons, à autant de jours après la nouvelle lune ou la pleine lune, selon le cas. Si le souhait ne s’est pas encore réalisé, le processus peut être répété, un autre papier ou parchemin est préparé de la même manière, car souvent la persévérance et la foi sont nécessaires pour qu’un sort fonctionne.

Je trouve cette période traditionnelle un peu courte pour que la magie ait réellement le temps d’opérer. D’après mes propres observations et expériences, la magie a besoin d’un peu de temps pour prendre et s’épanouir, à l’image des gens et de la nature.

Par exemple, il m’est déjà arrivé d’observer la réussite de sortilèges qui a pourtant demandé plus d’une lunaison. Mais, comment savoir si c’est bien le sortilège qui a agi ? Là est peut-être la vraie question de l’article et la réponse est : il y a des indices.

Pour illustrer mon propos, il m’est arrivé d’observer des synchronicités se produire. Un symbole ou un outil utilisé dans un charme ressort de manière flagrante dans l’objectif atteint.

Par exemple, une amie avait des difficultés à trouver un job de graphiste à la sortie de l’école d’art, je lui ai proposé d’utiliser une boîte magique pour réaliser son souhait en se servant d’une petite pyramide rouge comme « pile » pour donner du « jus » à ce support. Le sort a fonctionné et cette amie m’a ensuite dit que le logo de la société qui l’avait embauchée représentait… une petite pyramide rouge !

Mon amie Mina m’a rapporté qu’elle avait utilisé dans un contexte magique la lame du tarot, le Chariot, pour épauler une copine qui vivait une situation difficile. Trois mois plus tard, un héritage impromptu a permis à cette amie d’acquérir une voiture pour ses enfants et elle.

Mon amie Pholiane m’a également rapporté quelque chose de similaire. A la recherche d’une nouvelle ferme, elle avait formulé le souhait, sous un chêne pubescent en hiver, de « reconnaitre la bonne ferme quand elle la verrait ». C’est à l’époque de la Lune du Chêne de sa tradition, en juillet, qu’elle a su l’avoir trouvée quand elle a « reconnu » systématiquement tous les noms rattachés à cette ferme. Du notaire au propriétaire, du lieu-dit jusqu’à la voisine originaire du même village que son arrière-grand-mère. Tout et tous lui étaient familiers. Sans compter que l’endroit était rempli de chênes…

A vrai dire, je n’ai rien contre cette « période traditionnelle » car recommencer un sortilège à chaque pleine lune jusqu’à sa manifestation, peut être une bonne chose. Sans tomber dans le cliché de l’acharnement. Nous pouvons aussi avoir besoin de travailler régulièrement à notre objectif. Penser aux choses peut nous permettre notamment de voir émerger des idées auxquelles nous n’aurions pas pensé et ainsi à mieux adapter notre souhait aux réalités. Penser aux choses peut aussi nous permettre de prendre des décisions qui ne nous paraissaient pas évidentes tout de suite. Et même du point de vue des synchronicités que j’évoquais, maintenir des idées, un but, à la conscience permet parfois de les voir se manifester.

Je pense aussi qu’on peut préférer attendre et ça ne signifie pas que le sort ne se réalisera pas, comme nous l’avons vu pour les sortilèges donnés en exemple. C’est une question de feeling.

La tradition sert de cadre, mais elle n’est pas une finalité en elle-même. C’est notre expérience et notre intuition qui devraient toujours prévaloir. Ceci dit, quoi que vous choisissiez, expérimentez par vous-même, testez et tirez vos propres conclusions. Ayez confiance en vous et soyez libres.

Les cordes utilisées dans le coven de Gardner

Dans la Witches’ Bible des Farrar, on trouve une note de Doreen Valiente expliquant :

Nos cordelettes étaient généralement rouges, la couleur de la vie, mais parfois d’autres couleurs étaient employées : le vert, le bleu ou le noir. On n’y rattachait aucune signification particulière, si ce n’est que nous préférions le rouge si nous pouvions nous en procurer, mais il n’était pas si facile de trouver de bonne cordelette en soie. »

Traduction : Lune.

Les rites

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Les Rites

On m’a interdit de révéler les autres rites parce qu’ils sont incontestablement magiques, bien qu’ils ne soient pas plus dangereux que cela. Mais elles ne souhaitent pas qu’on sache comment elles génèrent du pouvoir. Les danses qui suivent ressemblent davantage aux jeux des enfants qu’aux danses modernes (on pourrait dire qu’elles sont turbulentes et bruyantes, avec beaucoup de rires.)  En fait, ce sont plus ou moins des jeux d’enfant accomplis par des adultes et comme les jeux d’enfant, elles ont une histoire ou sont conçues dans un but précis autre que le simple plaisir.1

… Ces idées et procédures, bien qu’assez anciennes (les œuvres magiques de Salomon sont mentionnées par Flavius Josèphe), semblent datées d’hier comparativement aux idées qui se trouvent derrière les pratiques sorcières, qui remontent à l’âge de pierre, comme j’ai déjà tenté de le démontrer. Bien que le concept fondamental de la « magie du nom » puisse être primitif et que des techniques similaires (même si, bien sûr, les noms des Dieux utilisés sont différents) étaient connues des Égyptiens de l’Antiquité, la magie cérémonielle qui est parvenue jusqu’à nous depuis le Moyen-Âge est une tradition très sophistiquée qui requiert une certaine éducation pour s’en servir. Elle nécessite aussi des préparations élaborées et des accessoires ; et sa langue et ses perspectives sont assurément judéo-chrétiennes. En revanche, la tradition sorcière n’est ni chrétienne, ni juive ; elle pouvait être pratiquée, et elle l’était, par des gens qui ne savaient ni lire, ni écrire ; et ses accessoires sont des plus simples.2

Note d’introduction de Gardner pour High Magic’s Aid : les rituels magiques sont authentiques, en partie tirés de la Clef de Salomon (traduction de MacGregor Mather) et en partie de a Magical MMS, en ma possession. 3

La sorcellerie est un culte lunaire, il y a treize lunes au cours d’une année et treize semaines par trimestre, chaque trimestre a son Sabbat. Les quatre grands Sabbats sont la Chandeleur, la Veille de Mai, Lammas et Halloween ; les équinoxes et les solstices sont également célébrés, ce qui en fait ainsi les Huit Occasions Rituelles, comme les nomment les Sorcières. Durant les Grands Sabbats, tous les covens qui le peuvent se rassemblent ; mais en dehors de ces grands sabbats, ont lieu des assemblées mineures appelées Esbats. Traditionnellement, l’Esbat est l’assemblée du coven local dédiée aux affaires locales ou simplement pour le plaisir, il a lieu ou devrait avoir lieu à la pleine lune ou proche de la pleine lune.4

Comme Gardner l’a lui-même souligné à maintes reprises, alors que les rites religieux de la sorcellerie sont célébrés régulièrement, les procédures magiques ne sont accomplies que dans la mesure où elles sont jugées nécessaires et alors uniquement lorsqu’elles doivent avoir un effet bénéfique sur les gens, sans nuire à quiconque.5

Je pense qu’il est assez bien connu que les sorcières ont observé les quatre grandes fêtes : la veille de Mai, la veille d’Août, la veille de Novembre (Hallowe’en) et la veille de Février. Elles semblent correspondre à la division de l’ancienne année Gaélique en quatre fêtes du feu : Samhain ou Samhuin (1er novembre), Brigid (1er février), Bealteine ou Beltene (1er mai) et Lugnasadh (1er août). Les fêtes correspondant au milieu de l’hiver et au milieu de l’été auraient été créées en l’honneur de divinités féminines :  Brigid est une très ancienne déesse des artisanats domestiques et du foyer, Lugnasadh a été créé par Lugaidh en l’honneur de sa « nourrice » Taillte.

En revanche, en ce qui concerne les fêtes des sorcières, les deux fêtes estivales se tenaient en l’honneur de la déesse, où elle a préséance, et les deux fêtes hivernales étaient celles où le dieu prévaut. En pratique, il m’apparait qu’en été, la déesse a la priorité, chevauchant un balai (ou autre) devant le dieu s’il est présent ; mais en hiver, il ne lui est pas supérieur, simplement son égal ; ils chevauchent côte à côte. Il est vrai bien sûr qu’en été les prières principales sont adressées à la déesse, tandis qu’en hiver c’est principalement le dieu que l’on prie.6

On m’a parlé d’un culte des sorcières actif dans le sud de l’Irlande, mais je n’ai pas réussi à le contacter. Les membres se réuniraient dans une carrière désaffectée où ils pourraient œuvrer sans être dérangés. Ils porteraient de longues capes noires qui les protègent jusqu’au lieu de l’assemblée, où ils les retirent pour révéler une sorte de kilt constitué de deux morceaux de cuir retenus par des lanières de chaque côté.

On raconte qu’ils sacrifient des animaux à la lune ou du moins qu’ils organisent des cérémonies en l’honneur de la pleine lune, avec des danses régies par un cadran lunaire. On m’a dit qu’ils avaient une très belle danse, la Danse des Quatre Vents, qui s’exécute habituellement autour d’une pierre levée ou quelque chose qui a quatre côtés ; mais je n’ai pu obtenir d’informations détaillées.

On dit qu’une partie de la cérémonie d’initiation pour les hommes est appelée la chasse de Diane : toutes les filles célibataires poursuivent l’initié, celle qui le rattrape, le bat et le prend sous sa direction (généralement on convient à l’avance qui devra l’attraper). On m’a dit que le sang était parfois utilisé au cours des rites et dans des envoûtements, mais mon informateur ne savaient rien de ces rites ni de leur leader, si ce n’est qu’il s’agissait d’une grande prêtresse appelée Diana et qu’ils utilisaient du « whisky ».7

1 Gardner 1 26

2 Gardner 2 115

3 HMA 1

4 Gardner 2 19

5 GGW 207

6 Gardner 1 130

7 Gardner 1 99

Onction

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L’onction

Je n’ai jamais vu les sorcières s’oindre entièrement mais on m’a montré une recette d’huile d’onction. Elle était composée de verveine ou de menthe écrasée et mise à macérer dans de l’huile d’olive ou du saindoux, on la laissait reposer une nuit puis on la filtrait à l’aide d’un linge pour retirer les feuilles. Des feuilles fraiches étaient ajoutées et le pressage était répété trois ou quatre fois, jusqu’à ce que l’huile soit fortement parfumée et prête à être utilisée. On dit que si elles vivaient dans un endroit où on ne pourrait les voir, elles se déshabilleraient et s’enduiraient la peau d’huile et iraient nues au sabbat. Cela les garderait suffisamment au chaud, le temps d’atteindre la danse. Parfois, elles ajoutent de la suie à l’huile afin de ne pas être vues la nuit.

L’une des accusations contre les sorcières était qu’elles devenaient invisibles la nuit et il est à noter qu’autrefois on pensait que la verveine conférait l’invisibilité. Elles ont une huile parfumée très puissante, qu’elles qualifient de nos jours d’huile d’onction. Elle est employée uniquement par les dames, qui en appliquent de petites touches sur les épaules, derrière les oreilles, etc., un peu comme un parfum ordinaire. Lorsqu’elles sont échauffées par la danse, elles exhalent de très fortes émanations, ce qui produit assurément un très curieux effet.

Ce dont elle est constituée est un grand secret ; elles ont du s’en passer pendant la guerre et encore un certain temps après, puis elles ont été réapprovisionnées. Elles se rendaient nues aux assemblées car si elles avaient été l’objet d’une perquisition, elles n’auraient pas eu le temps de se rhabiller et auraient laissé ainsi derrière elles des vêtements qui auraient pu les incriminer. Par ailleurs, elles avaient constaté que les soldats laissaient partir les filles nues mais arrêtaient les vêtues. Les corps huilés et glissants étaient aussi plus difficiles à attraper. En hiver, elles parvenaient à trouver un endroit abrité, une grotte ou une ruine, pour leur assemblées où elles pouvaient allumer des feux et avoir chaud.

Elles portaient des vêtements en se rendant à ces endroits et en revenant. On pouvait faire confiance à la « Mission » locale, qui enquêtait sur les événements anormaux, pour rester à la maison l’hiver. Elles m’ont dit aussi que dans la plupart des villages, les sorcières s’arrangeaient pour que la première maison du village et la dernière soient occupées par un membre du culte et toute sorcière étrangère, en voyage ou « en fuite », pouvait s’y rendre car elle serait assurée d’y trouver aide et protection. Dans les villages, les membres du culte entraient vêtus dans cette maison et il y étaient oints. Les occupants de la maison n’assistaient jamais au sabbat, mais dès que la dernière sorcière avait quitté la maison, toute excuse était bonne pour qu’ils se montrent à autant de gens que possible dans le village, de sorte que s’il devenait notoire qu’un sabbat avait été célébré dans le quartier, eux-mêmes se retrouvaient au-dessus de tout soupçon.1

Après avoir écrit ceci, j’ai reçu une lettre, datée du 19 septembre 1952, me disant qu’une assemblée s’était tenue dans un bois au sud de l’Angleterre environ deux mois auparavant, dans la traditionnelle nudité (heureusement, il faisait chaud.) Elles ont projeté le cercle avec l’Athamé, elles ont exécuté les danses de fertilité sur des balais, célébré les rites saisonniers appropriés ainsi que d’autres rites et ont accompli certaines des anciennes danses. La lettre mentionnait aussi trois assemblées en intérieur au cours des derniers mois durant lesquelles tout avait été fait de manière très satisfaisante et les sortilèges effectués avaient réussi ! 2

« Après cela, deux prêtres se sont rendus à la croix et le premier a ordonné à Perceval de s’en éloigner » ; et lorsqu’il s’est poussé, « le prêtre s’est agenouillé devant la croix et l’a adorée, il s’est prosterné et l’a embrassée plus qu’une multitude de fois et a manifesté le plus grand bonheur du monde. Et l’autre prêtre est venu ensuite, il a apporté une grande verge et il a poussé le premier prêtre de force, il a battu la croix avec la verge et a beaucoup pleuré fort tristement.

Perceval l’a observé avec grand étonnement et lui a dit, « Monsieur, il semble que vous ne soyez pas prêtre.  Pourquoi un acte aussi honteux ? » « Monsieur » a répondu le prêtre, « ce que nous pouvons bien faire ne vous concerne en rien et vous n’apprendrez rien de nous. » S’il n’avait été prêtre, Perceval aurait eu raison d’être en colère contre lui, mais il n’avait aucune volonté de lui faire du mal. Alors, il est parti… » [Note de bas de page originale : « Dr. Sebastian Evans, The High History of the Holy Grail, pp. 89, 191. »]

Plus tard le Roi Ermite explique que les deux prêtres aiment le Christ de manière égale, celui qui frappe la croix le fait parce que c’est l’instrument de la douleur amère et de l’angoisse pour Notre Seigneur. Cette interprétation a-t-elle pu être introduite pour expliciter et justifier une cérémonie de baisers et de coups, ou de profanation de la croix, telle que les Templiers l’accomplissaient prétendument ?

The High History a été écrite en 1220 environ, elle semble montrer que la cérémonie d’alors était ancienne et avait  une explication légitime aux yeux de ceux qui y prenaient part. L’auteur était probablement un prêtre Templier ou quelqu’un qui connaissait et approuvait leurs pratiques, et souhaitait peut-être les expliciter afin de dissiper toutes les rumeurs qui s’étaient répandues sur leur compte.

Il m’est venu à l’esprit que les sorcières avaient un rite qui consiste à embrasser, puis à frapper un objet, avec l’intention de le charger de pouvoir. Ce n’est pas une croix et elles n’en parlent pas comme d’une croix, pas plus qu’elles n’y pensent comme une croix. Mais en lisant ce récit, l’idée m’a frappé qu’un observateur situé à faible distance pourrait facilement croire que c’en est une. L’objet est plutôt cruciforme. Si les Templiers utilisaient l’ancienne magie, ils étaient les plus susceptibles de célébrer ce rite et des rumeurs ont pu se répandre.3

1 Gardner 1 53

2 Gardner 1 64

3 Gardner 1 79

Les Dieux

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Les Dieux

« Diana » a écrit un article particulièrement digne d’attention dans lequel elle s’indigne d’être cataloguée comme une adepte d’un culte diabolique. « Les sorcières adorent les dieux anciens des terres de Grande-Bretagne, dont la tradition est profondément enracinée dans le sol britannique. Les dieux anciens ne sont pas morts, je le sais d’expérience. »1

Ce qui a influencé l’Âme-Groupe de ce pays une fois, peut l’influencer à nouveau. J’ai déjà évoqué la croyance des Wica en les Dieux Anciens de ces îles. Il ne s’agit pas d’une simple superstition ou d’une figure de style. Les initiés me comprendront quand je dis que les Dieux sont réels, pas en tant que personnes, mais comme vecteur de pouvoir. Ceux qui  prennent soin de chercher trouveront matière à réflexion sur ce point dans des livres tels que « La cabale mystique » de Dion Fortune et « The art of creation » d’Edward Carpenter.

En résumé, on peut expliquer cela ainsi : au fil de nombreux siècles, les croyants et les fidèles ont personnifié un type particulier de pouvoir cosmique sous la forme d’un Dieu ou d’une Déesse, transformant cette Forme-Dieu ou Image Magique en une réalité puissante sur les Plans Intérieurs et faisant d’elle un moyen par lequel il est possible de contacter ce type de pouvoir cosmique. La croyance des fidèles n’est pas vaine non plus ; car, bien qu’ils aient créé l’Image Magique par eux-mêmes, le Pouvoir qui l’anime est réel et objectif, s’ils l’ont formée de la bonne façon.

Bien sûr, l’Art de la Wica n’est pas le seul groupe à contacter les Dieux. Il y a d’autres groupes occultes qui utilisent une technique similaire et leurs buts sont les mêmes, notamment apporter de l’aide grâce au pouvoir divin, guider et élever l’humanité à ce tournant dangereux et excitant de l’histoire humaine.

Mais, pour autant que je sache, ces groupes travaillent généralement avec les Déesses et les Dieux égyptiens et grecs, et je ne peux imaginer que ces contacts soient aussi puissants ici que sur leurs terres natales ; alors que les dieux de l’Art de la Wica sont les Anciens de la Grande-Bretagne, une part de la terre elle-même. (Car un pays n’existe pas seulement sur le plan physique, et l’homme ne vit pas que de pain.)

La vénération des Wica pour les anciens lieux sacrés, tels que Stonehenge et Glastonbury, n’est pas un simple sentiment. Ceux qui sont sensibles aux atmosphères sauront que ces lieux possèdent une vie propre et, d’après ce que les voyants nous ont dit, n’existent pas uniquement sur le plan matériel. Ce sont des points de focalisation pour l’influence et le pouvoir provenant des Plans Intérieurs, des endroits où le Voile est plus mince qu’ailleurs ; et la « superstition » selon laquelle il est dangereux de déplacer ou détériorer les Anciennes Pierres s’appuie sur des faits.

Je suis tout à fait conscient qu’une grande partie de ce que j’ai écrit ci-dessus, à propos des « Images Magiques », des « Plans Intérieurs », de « l’Âme-Groupe d’une nation », etc., etc., sonnera aux oreilles de beaucoup comme les élucubrations d’un fanatique. Cette considération ne me dérange pas du tout, puisque dans ce chapitre, je n’ai pas écrit pour le plus grand nombre mais les quelques personnes qui comprendront. Car n’oubliez pas, il existe encore bien des gens qui croient en « l’Art de la Wica », le pratique et l’aime.2

Cependant, je ne dois pas donner l’impression que le peuple de la Grande-Bretagne ancestrale adorait un seul Dieu et une seule Déesse, qui auraient été les mêmes dans chaque région du pays. Aux premiers temps, le pays était divisé en plusieurs tribus distinctes qui, bien sûr, vivaient dans des localités qui différaient les unes des autres selon le type de territoire où elles se trouvaient.

Par exemple, les gens de mer concevaient leur Dieu comme un Dieu de la Mer ; ceux qui dépendaient de l’agriculture accordaient le plus grand respect à l’aspect de la Divinité qui se manifestait à travers le cycle annuel de la nature, sa végétation ou la fertilité du bétail ; et les chasseurs avaient un Dieu de la Chasse. En outre, ces tribus avaient des dialectes différents et même des langues différentes, ainsi les noms des dieux variaient d’une partie du pays à l’autre. Les Grands Anciens ne sont pas davantage de simples concepts qui subsisteraient dans les pages de livres anciens ou l’esprit de vieux érudits. Le peuple se souvient, ou plutôt la terre elle-même se souvient.3

Il faut bien comprendre que la sorcellerie est une religion. Son dieu tutélaire est le Dieu Cornu de la chasse, de la mort et de la magie qui, à la manière d’Osiris D’Égypte, règne sur le Monde-Suivant, son propre Paradis, situé dans une colline creuse ou du moins dans un endroit qui est accessible seulement par une grotte. Là, il accueille les morts et leur assigne leur place. Ils sont préparés, selon leurs mérites et leur sagesse, à la renaissance sur cette terre dans un nouveau corps, grâce à l’amour et au pouvoir de la Déesse, la Grande Mère, qui est aussi la Vierge Éternelle et l’Enchanteresse Primordiale, qui accorde renaissance, transmutation et l’amour sur cette terre. En l’honneur de qui, et au moyen de rituel, le pouvoir nécessaire est généré pour permettre cet accomplissement.

Mes sorcières parlent de lui [le dieu tribal] comme du dieu de « la Mort et ce qui se trouve au-delà » : elles désignent par là non seulement la vie dans le monde suivant mais aussi la résurrection (ou la réincarnation). Il règne sur une sorte de territoires de chasse éternels, où les gens ordinaires vont et retrouvent des personnes de même sensibilité ; cela peut être plaisant ou déplaisant selon votre nature.

Selon vos mérites, vous pouvez vous réincarner à la même période que ces personnes et tenter votre chance que cela se produise parmi elles et au même endroit. Mais le dieu a un paradis spécial pour ses fidèles, qui ont conditionné leur corps et leur nature sur terre. Ils jouissent d’avantages particuliers et sont préparés plus rapidement à la réincarnation, accomplie par le pouvoir de la déesse en de telles circonstances que vous serez assuré de renaitre parmi votre propre tribu. De nos jours, cela signifie dans les cercles des sorcières. Il semblerait que cela implique une série infinie de réincarnations ; mais on m’a dit qu’avec le temps, vous deviendrez peut-être l’un des Puissants, qui sont également appelés les morts puissants. Je n’ai rien appris à leur propos, mais ils semblent être tels des demi-dieux (ou on pourrait les qualifier de saints.)4

Elles pensent que le Dieu et la Déesse les assistent dans leur magie, comme elles assistent le Dieu et la Déesse à leur tour en leur procurant du pouvoir généré grâce à leurs corps, en dansant et par d’autres méthodes. En fait, elles semblent considérer les dieux davantage comme de puissants amis que des déités à vénérer. Pour elles, le concept d’un Dieu Tout-Puissant, qui pourrait simplement dire : « que la paix soit, qu’il n’y ait nulle maladie, ni souffrance » et toute guerre, maladie et souffrance cesseraient et qui, pour une raison ou une autre, ne le fait pas, qui maintient les hommes dans la peur, la misère et le besoin, n’est pas digne d’être vénéré.

Elles comprennent bien qu’il doit y avoir un grand « Premier Moteur5« , une Déité Suprême. Mais elles pensent que si Elle ne leur donnent aucun moyen de La connaitre, c’est parce qu’Elle ne veut pas l’être. Il est également possible qu’à notre présent stade d’évolution, nous soyons incapables de La comprendre. Ainsi, Elle aura nommé ce que l’on pourrait appeler divers Sous-Dieux, qui se manifestent comme les dieux tribaux des différents peuples ; comme l’Élohim des Juifs, comme Isis, Osiris et Horus des Égyptiens, et comme le Dieu Cornu et la Déesse des sorcières. Elles ne voient pas pourquoi chaque peuple ne pourrait adorer leurs dieux nationaux, ni pourquoi quiconque devrait s’efforcer de les en empêcher.6

En réponse à d’autres questions, on m’a dit ceci, et je pense que cette croyance doit remonter à quatre ou cinq cents ans au moins :

« Dans la croyance chrétienne, vous avez un bon Dieu, ou qui est bon pour vous, que vous dites être tout-puissant et qui a un grand désir de fidèles. Pourtant, vous ne devez pas Lui demander directement ce que vous voulez, mais prier un certain saint, qui est un défunt homme, si nous comprenons bien, que nous appelons mort puissant, et vous devez donner de l’argent avant de pouvoir espérer recevoir une faveur. »

Mais pourquoi un Dieu tout-puissant devrait, ou vos Puissants,  aurait-il éternellement besoin d’argent ? Nos dieux ne sont pas tout-puissants, ils ont besoin de notre aide. Ils désirent le bien pour nous, la fertilité pour les hommes, les bêtes et les champs, mais ils ont besoin de notre aide pour cela ; et par nos danses et d’autres moyens, ils obtiennent cette aide.

« Quand nous mourrons, nous rejoignons le domaine du dieu, où après nous être reposés un moment en leur beau pays, nous sommes prêts à renaitre sur cette terre. Et si nous accomplissons les rites correctement, par la grâce de la Grande Mère nous renaitrons parmi ceux que nous avons aimés et nous nous souviendrons d’eux, nous les connaitrons et les aimerons à nouveau, tandis que ceux qui font le mal recevront un enseignement sévère dans le domaine du dieu avant qu’ils ne soient aptes à renaitre et alors cela sera parmi des étrangers.

En renaissant, nous progressons toujours mais pour progresser nous devons apprendre, et apprendre signifie toujours souffrir. Ce que nous endurons ici dans cette vie nous prépare mieux à la suivante et ceci nous encourage à supporter ici toutes les épreuves et tous les malheurs, car nous savons qu’ils nous aident uniquement à de plus grandes choses. Ainsi les dieux nous enseignent à attendre avec impatience le temps où nous ne serons plus des hommes, lorsque nous deviendrons l’un des Puissants.

« Notre religion est une religion d’amour, de plaisir et d’enthousiasme. Notre fragile nature humaine a besoin d’un peu de chaleur et de réconfort pour nous soulager des difficultés et des souffrances de l’existence ainsi que de la froide austérité du sermon de l’Église (le bien-être sur terre, non pas dans quelque paradis lointain après la mort.)

« Nous révérons l’esprit divin de la Création qui est la Source de Vie du monde et sans laquelle le monde périrait. Pour nous, c’est le mystère le plus sacré et le plus saint, la preuve que Dieu est en nous et qui a pour commandement :  « Croissez et Multipliez ». De tels rites sont accomplis dans la sainteté et la révérence. »7

On aura remarqué la nature double de l’Ancien Dieu. Il est le dispensateur de fertilité, de la terre, des hommes et des animaux ; mais il est aussi le Seigneur des Portes de la Mort. Cette nature duale a conduit certains étudiants en religions comparées à l’assimiler à Janus qui était, dans la plus haute Antiquité, le consort de Diane, et qui était représenté avec deux visages. Les sorcières expliquent cette dualité par un rituel au cours duquel elles invoquent l’Ancien Dieu : « Tu es Celui qui Ouvre la Porte du Ventre Maternel ; et pourtant, comme toutes choses qui naissent doivent aussi mourir, afin de pouvoir être renouvelées, tu es ainsi le Seigneur des Portes de la Mort. »8

1 GGW 199

2 Gardner 2 260-261

3 Gardner 2 165-166

4 Gardner 1 32

5 Note de la traductrice : cf. la théorie du Premier Moteur, d’Aristote.

6 Gardner 2 26-27

7 Gardner 1 139-140

8 Gardner 2 163-164

Illustration : wildwood tarot.

La tradition dans le cercle et le cône pouvoir

Retour au sommaire « Les propos de Gardner ». Traduction & adaptation : Lune.

La tradition dans le Cercle et le Cône de Pouvoir

Les cérémonies de sorcellerie comprennent :

  1. Des hommes et des femmes qui dansent nus
  2. et prient un dieu cornu.
  3. La stimulation par le vin, la musique et le tambour.1

La tradition veut que le feu soit présent sur l’autel, sous une forme ou une autre, généralement celle d’une bougie placée au centre du cercle. D’autres bougies sont également disposées autour du cercle lui-même. Ce cercle est tracé dans l’idée de « contenir » le « pouvoir » qui y est accumulé, puis le diriger vers un point focal, afin de pouvoir, en quelque sorte, atteindre un but en levant ce pouvoir. Cette focalisation de la force est appelée « Cône de Pouvoir ». De l’encens est également utilisé et j’ai lu dans la littérature Spiritualiste que, selon certains médiums, ce « pouvoir » est émis par les flammes nues, un bol d’eau et l’encens. Tout ceci est présent sur l’autel des sorcières.2

Elles disent que les sorcières, par une pratique constante, peuvent entrainer leur volonté à fusionner à cette force nerveuse, ou quoi qu’elle soit, et que leurs volontés réunies peuvent la projeter tel un rayon de force ou bien qu’elles peuvent employer d’autres méthodes pour acquérir la clairvoyance ou même pour libérer leur corps astral. Ces pratiques comprennent l’augmentation et l’accélération du débit sanguin ou dans d’autres cas son ralentissement, ainsi que l’utilisation de la force de volonté.3

Selon les sorcières, le corps humain est le grand réservoir du « pouvoir ». Les sorcières croient que « le pouvoir » réside en elles-mêmes et que leurs rites servent à l’en faire émerger. Cette croyance constitue la grande différence entre elles et les praticiens de la « magie cérémonielle », blanche ou noire. Ces derniers procèdent par l’invocation ou l’évocation des esprits, parfois des démons, qu’ils cherchent à contraindre à les servir. Ce n’est pas dans les façons des sorcières, même si elles croient que des esprits serviables, humains ou autres, viennent assister à leurs rites de leur propre chef et que les sorcières présentes ayant développé « la Vue » (c’est-à-dire la clairvoyance) sont capables de voir de tels esprits.4

Il existe une pratique sorcière qui consiste à générer un maximum de pouvoir, puis à énoncer clairement ce qui est demandé, en terminant par une formule dont je peux donner les deux dernières lignes. Celles-ci s’assènent comme un coup de marteau :

« Comme je le veux, ainsi soit-il.
Lançons le sort et ainsi soit fait. » 5

Il [Gardner] avait remarqué certains liens entre le Voodoo et la Sorcellerie : « si la méthode pour générer le pouvoir diffère, ils l’utilisent de la même manière. » 6

Mystérieusement, on enseigne également aux sorcières qu’à « l’intérieur du cercle, elles sont entre les mondes » (ce monde et le suivant) et que « ce qui se produit entre les mondes ne concerne pas ce monde. » Pour former cet accumulateur de volontés, une intelligence masculine et une intelligence féminine sont nécessaires dans un couple. En pratique, il s’agit habituellement d’un mari et de son épouse, mais parmi les gens plus jeunes souvent se nouent des liens affectifs qui se terminent généralement par un mariage. Bien sûr, il y a aussi des gens seuls et certains d’entre eux sont mariés mais leur conjoint ne sont pas, pour une raison ou une autre, membre du culte.7

Ses propres [celles de Gardner] impressions psychiques (« pressentiments » ou équivalents) se manifestaient par une sensation étrange mais précise au niveau du plexus solaire. Ce phénomène s’était si solidement installé que son épouse avait l’habitude de lui demander de soumettre les problèmes à son ventre pour savoir ce que ce dernier avait à en dire. Il avait découvert que le lien entre l’intuition et l’extase était très étroit. Il pouvait l’induire grâce aux méthodes des Sorcières mais uniquement lorsqu’il pouvait être avec les bonnes personnes, pour l’y aider. Bien entendu, ceci implique la croyance en une certaine réalité substantielle de la supposée « force »  qui produit ou favorise le contact psychique.

Est-ce que cette intuition se produit à chaque fois que l’on y prête attention ? Pas pour tout le monde ; et on peut la perdre. La pratique et la croyance sont les conditions requises, pour les sorcières, tout comme dans les autres religions extatiques d’antan.

Le changement de conscience observé chez les yogis est une étape vers le développement de l’intuition et de l’extase ; mais qui est produit seulement en partie par des moyens chimiques. Gardner remarque que la rétention de la respiration, qui oblige les poumons à contenir une quantité inhabituelle de dioxyde de carbone, est l’un des facteurs les plus importants. Du point de vue physique, rester assis pendant de longues périodes dans une position inconfortable et peu naturelle affecterait la circulation sanguine et donc l’appareil respiratoire. Ce qui, par conséquent, influe sur le cerveau : et la transe pourrait bien en résulter, en particulier si elle est facilitée par la méditation et la contemplation qui visent à ce que le praticien entre en transe.8

J’ai montré une photo de ces fresques [dans la Villa des Mystères, à Pompéi] à une sorcière anglaise qui l’a regardée très attentivement avant de déclarer : « ainsi, ils connaissaient les secrets en ce temps-là. »9

Or, les rites et cérémonies des sorcières sont de nature à fixer votre esprit sur l’objet du travail. Personnellement, j’estime aussi qu’ils ont un effet important sur la levée des inhibitions et qu’ils vous placent dans le bon état d’esprit. En effet, je pense que ces méthodes permettent d’obtenir bien plus que cela, mais bien entendu, tout dépend de vos objectifs.

Les sorcières apprennent que la magie est contagieuse, ce que vous faites à un objet matériel, qui a été une partie du corps de quelqu’un ou qui a été en contact étroit avec le corps de celui-ci et qui a absorbé son aura, pourrait avoir un effet sur cette personne-là, même à distance, elles appellent ça « former le lien ».

Elles croient également qu’il est possible de former un lien mental sans aucun objet matériel ; mais comme disait Kipling, ceci est une autre histoire.

1 Gardner 2 226

2 Gardner 2 17

3 Gardner 1 21

4 Gardner 2 18

5 Gardner 2 101

6 GGW 175

7 Gardner 1 29

8 GGW 146

9 Gardner 1 88

Une encre pour voir et lever les sorts

Par Lune.

L’image qui illustre l’article est tirée du livre Objets de Sorcellerie, par Hugues Berton. Elle porte la légende suivante : « méthode de divination. Papier et encre. Utilisée par une rebouteuse et sorcière dans un cas d’ensorcellement ».

La plupart des sorciers utilisent des encres magiques pour dessiner carrés magiques, sceaux et talismans. Ceux qui pratiquent la divination peuvent également employer ce type d’encre dans leurs travaux. On appelle ça l’encromancie.

L’Auvergne est réputée pour ses sources et ses sorciers. Ces derniers ont d’ailleurs été étudiés, consultés, interviewés par des journalistes et ethnologues. De ces travaux, il en résulte des livres passionnants qui parfois nous renseignent sur les techniques utilisées.

C’est le cas pour cette technique sorcière qui emploie l’encre à la fois pour voir, savoir et lever les sorts éventuels. C’est une sorcière, rebouteuse et voyante d’un petit village proche de Clermont-Ferrand, qui s’est ouverte à l’ethnologue Hugues Berton.

Elle préparait son encre à partir de suint de mouton ou de noix de galle. Puis lorsqu’un patient venait la consulter pour connaitre l’origine de son mal, elle écrivait son nom sur un petit morceau de papier qu’elle repliait avant que l’encre ne sèche. Elle écrivait à plusieurs reprises ce nom et ce jusqu’à obtention d’une « réponse ». Si la personne était envoûtée, elle tentait de déterminer le nom de l’agresseur en écrivant les noms des personnes suspectées. Cette fois encore à plusieurs reprises. Quand la tâche d’encre était explicite (comme sur l’image ci-dessus), elle brûlait le papier et à l’instar de celui-ci l’envoûtement disparaissait en fumée. Malin et vraisemblablement d’une efficacité redoutable.

Cette fameuse rebouteuse, aujourd’hui décédée, était réputée pour ses talents. Et à la lecture de ses interviews, on la découvre sensible, intelligente, bienveillante et bénie par les fées.

Je vous recommande la lecture des livres suivants :

Les outils rituels

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Les outils de travail

De nos jours, une sorcière possède huit outils de travail. Cinq d’entre eux sont utilisés uniquement à des fins spécifiques ; mais il y en a trois qu’elle doit avoir dans toute opération et les cordes se trouvent parmi ces trois-là. Elle peut porter la corde comme une ceinture afin de la dissimuler.1

Il n’existe aucun magasin de fournitures sorcières, de fait une sorcière impécunieuse doit d’ordinaire fabriquer ou improviser ses propres outils ; une novice dispose souvent d’un Athamé et bien sûr au sein d’une famille de sorcières, il y a fréquemment de vieux outils à récupérer. Les vieux outils sont toujours préférés car ils sont censés receler du Pouvoir.

Si vous ne pouvez en acquérir, on vous dit d’essayer de fabriquer les vôtres et j’ai vu des réalisations très habiles. On aide habituellement les femmes à fabriquer leurs outils si elles n’ont aucune famille, mais certaines d’entre elles sont également des ouvrières très habiles.

Les outils peuvent être de facture la plus élémentaire, mais en réalité, comme ils sont employés à des fins religieuses, elles essaient de les rendre aussi beaux que possible.

Évidemment, la sorcière moyenne ne possède pas la panoplie complète des outils ; par exemple, toutes n’ont pas d’épée. Un Athamé (le couteau des sorcières), un encensoir, une corde et un ou deux autres outils suffisent amplement pour œuvrer. Pour les initiations, la batterie complète d’outils doit, bien sûr, être présente ; mais elle appartient généralement au coven.

Les sorcières utilisent de l’encens en quantité. De nos jours, elles achètent généralement cela dans les magasins religieux les plus proches, mais certaines composent leurs propres encens. Elles sont très secrètes là-dessus et je pense qu’elles y mettent des substances fortes ; du moins, j’ai vu des personnes se comporter de façon plutôt étrange après qu’elles en eurent brûlé dans un espace confiné, bien que cela n’ait jamais eu d’effet sur moi (ou, au moins, aucun que j’aurais remarqué.) Durant la Seconde Guerre Mondiale, elles durent se passer d’onguent ; mais de nos jours, une ou deux sorcières sont parvenues à en obtenir de petites quantités.1

1 Gardner 1 133

2 Gardner 1 152

Photo par Lune.

La Descente de la Lune

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Faire descendre la Lune

Les sorcières croient que lorsqu’on joue un rôle, on revêt véritablement la nature de ce que l’on imite. C’est le principe de base de la magie de l’homme des cavernes. En créant avec l’argile une image de l’animal qu’il souhaitait tuer et en connaissant son nom, il établissait un lien entre eux, de sorte que lorsqu’il plantait sa lance dans la représentation de l’animal, cela lui conférait le pouvoir de le tuer lorsqu’il le chassait.

Aux yeux de certains, ces croyances peuvent ressembler à des jeux d’enfants, mais cela ne change rien au fait que les hommes primitifs se comportaient ainsi, tout comme le font les sorcières également. Quand la prêtresse endosse le rôle de la déesse, on considère qu’elle est en communion avec elle ; ainsi le prêtre, qui joue le rôle du dieu, ne fait plus qu’un avec lui, sous son aspect de Mort, le Consolateur, Celui qui Réconforte, dispensateur de l’heureuse après-vie et de régénération. L’initié qui vit les expériences du dieu devient une sorcière.

Les sorcières se rendent bien compte que cette communion ne se produit pas à chaque fois que l’on assume la position de la déesse. Mais très vite, elles réalisent que, ce faisant, elles commencent à ressentir une euphorie, susceptible de devenir de plus en plus intense lorsque la transe commence. Elles SAVENT ! Inutile de dire : « c’est simplement de la suggestion ou le subconscient. » Elles vous répondraient : « Tout à fait d’accord ! La suggestion ou l’inconscient ne sont que quelques-uns des outils que nous utilisons pour nous aider à ouvrir les Portes. »

Et une fois que vous connaissez la déesse, est-ce qu’autre chose importe vraiment ? Pour atteindre cet état, il existe de nombreuses voies et danser est peut-être la plus aisée ; les appels et les chants nous aident, l’attitude des autres membres est d’un grand secours (mais le vrai secret réside en nous-mêmes ainsi que, dans une certaine mesure, dans notre partenaire ou assistant dans l’art, et ce n’est pas une chose que l’on peut forcer). La connaissance tranquille de ce que l’on va accomplir et la pratique sérieuse et régulière des rites sont tout ce qui est vraiment nécessaire, bien que d’autres choses nous aident. Les raccourcis sont utiles mais vous devez les employer avec précaution car ils sont susceptibles de vous égarer et finalement vous causer plus de travail.

Vous devez d’abord croire que c’est possible, puis utiliser la méthode ou, de préférence, une combinaison de différentes méthodes qui peuvent être employées conjointement. Lorsque vous avez atteint l’extase une fois, vous savez qu’elle existe et que vous pouvez l’atteindre à nouveau. Vous devez bannir tout sentiment d’incapacité et fixer ceci dans votre esprit : « je peux et je vais le faire. »

Il existe un certain nombre de pouvoirs spirituels que beaucoup de gens ne reconnaissent pas en tant que tels, comme les différentes formes d’inspiration, la musique et la poésie, la clairvoyance et la conscience magique ; mais le plus grand de tous est l’amour.

L’ensemble de ces moyens doivent être employés dans le cadre d’un enseignement, car leur usage sans discernement présente des dangers et des difficultés.1

1 Gardner 1, 145-146.

Le Coven

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Le Coven

Je pense devoir clarifier ceci : le mot coven revêt deux sens. Premièrement, il s’agit d’un groupe pouvant être constitué d’un certain nombre de personnes initiées avec un leader commun qui organise les assemblées et célèbre les rites. Le leader peut être un homme ou une femme, mais une grande prêtresse (qu’elles peuvent emprunter à un autre coven si la leur n’est pas disponible) doit être présente pour célébrer les rites.

Jadis, un grand nombre de personnes qui faisaient partie de la foi mais n’étaient pas initiées (elles n’étaient pas reçues dans le cercle et on ne leur enseignait pas les secrets) se rendaient aux assemblées. Je pense qu’autrefois, il n’y avait pas de réels secrets à propos du déroulement de l’initiation ; n’importe qui pouvait y assister comme on assiste à un baptême ou un mariage. Mais tant que vous ne passez pas vous-même par les rites du mariage ou du baptême, vous n’êtes ni marié, ni baptisé ; tout comme savoir comment on célèbre un mariage ne vous donne le pouvoir de marier quiconque.

Deuxièmement,  le terme coven peut aussi désigner les personnes qui célèbrent les rites dans un cercle. Traditionnellement, il se compose de six couples parfaits et d’un leader ; les couples sont de préférence maris et femmes ou au moins fiancés. C’est-à-dire qu’ils devraient être amoureux, éprouver de la sympathie l’un pour l’autre, car cela donne de meilleurs résultats. Elles ne peuvent me donner de raison quant au nombre de 13, si ce n’est qu’il s’agit de la coutume et que « davantage rendrait le rite trop long, car, tour à tour, chacun doit accomplir certaines choses. »

De plus, le total de six couples et un leader correspond au nombre maximum de personnes pouvant travailler dans un cercle de 9 pieds (et vous ne vous étourdissez pas aussi facilement dans un cercle plus grand.) Ces danses sont enivrantes et cette intoxication est la condition pour produire ce qu’elles appellent la magie. La seule fois où j’ai vu un plus grand cercle utilisé, c’était lorsque nous avions tenté de travailler sur l’esprit d’Hitler et c’était une opération complètement différente : « Un Envoi », exécutée d’une façon totalement différente, nécessitant le plus grand nombre de gens que nous pouvions réunir et beaucoup d’espace pour travailler.

En ces temps dégénérés, ces six couples parfaits ne sont pas toujours disponibles, c’est pourquoi on accueille d’autres personnes pour atteindre le compte.  Ces personnes sont toutes « purifiées » dès leur entrée dans le cercle ; les autres initiés présents et leurs enfants s’assoient à l’extérieur du cercle et observent la cérémonie. Plus tard, eux aussi seront probablement purifiés et entreront dans le cercle pour recevoir le repas sacré. Lorsque les rites dans le cercle sont terminés, tous se joignent au festin et à la danse.

S’il y a par exemple 20 initiés présents avec deux prêtresses qualifiées et suffisamment de place, elles me diraient pouvoir constituer deux covens et former deux cercles, avec un leader commun pour leur faire respecter le rythme, et qu’autrefois, lors des grands rassemblements en plein air, elles pouvaient former de nombreux cercles de ce genre ; mais je n’en ai jamais vu plus d’un. De nos jours, les membres sont si peu nombreux que pratiquement tout le monde entre dans le cercle, même si j’ai déjà vu un homme assis à l’extérieur, il refusait d’entrer parce que sa fille n’était pas là cette nuit-là.

Elles m’ont dit qu’autrefois, elles avaient pour habitude de choisir la plus jolie jeune fille capable de représenter la déesse lors des grands rassemblements. On l’appelait la Jeune Fille (ndlt : ou la Vierge). On faisait d’elle une sorte de grande prêtresse intérimaire, elle était traitée avec le plus grand honneur et faisait souvent office d’hôtesse pour les distingués visiteurs (c’est-à-dire le Diable s’il se présentait), mais le vrai pouvoir restait entre les mains de la véritable prêtresse, qui œuvrait habituellement à toute magie.

Souvent, la Jeune Fille était la fille de la Grande Prêtresse et prenait la place de sa mère avec le temps. A ce sujet, il y avait parfois une certaine mystification. De loin, avec la ressemblance, les visiteurs ignorants croyaient que la grande prêtresse avait rajeuni pendant l’assemblée.1

Elles disent qu’autrefois, il existait des règles stipulant qu’il ne devait pas y avoir plus d’un grand coven par secteur donné, afin d’empêcher toute dispute sur qui est censé appartenir à qui ; mais à présent, elles ont des doutes sur ces règles. Il y a bien longtemps, il est certain qu’existait une sorte d’autorité centrale, exercée par un leader commun, et que l’Église a appelé le Diable. Mais de nos jours, elles ne savent plus rien de cela et ignorent comment le reconnaitre s’il se présentait.2

D’aussi loin que s’étend mon expérience, je pense devoir préciser une chose. Alors que, traditionnellement, le coven devrait avoir dans le cercle six couples et un leader, de nos jours il arrive souvent qu’il y en ait moins. Pendant une assemblée, si plus de 13 personnes initiées sont présentes, elles doivent s’assoir à l’extérieur du cercle avec les non-initiées et regarder le rite religieux.

Si pour certains motifs, elles étaient requises dans le cercle, les autres personnes devraient sortir pour faire de la place et celles qui étaient restées à l’extérieur seraient alors purifiées et amenées dans le cercle. Lorsque les rites sont terminés et le cercle dissout, tout le monde prend part à la danse et au festin. S’il y avait, par exemple, 20 initiés et suffisamment de place, elles formeraient probablement deux covens, chacun dans leur propre cercle, avec un leader ou quelqu’un pour s’assurer de garder la cadence. Si elles étaient plus nombreuses, elles formeraient trois cercles. Aujourd’hui, nul non-initié n’est jamais présent et les cérémonies se déroulent généralement en intérieur, où il y a rarement de la place pour plus d’un cercle.

En outre, bien que l’idéal des sorcières soit de former des couples parfaits de personnes, qui se conviennent idéalement l’une à l’autre et soient ainsi en parfaite sympathie, et de faire en sorte que ces personnes soient faites l’une pour l’autre… Ce n’est pas toujours possible de nos jours. Les bons couples travaillent ensemble, les autres séparément et se débrouillent comme ils peuvent. La Sorcellerie aujourd’hui est en grande partie une question de « pis-aller ».3

De ce que j’ai pu découvrir, elles n’avaient aucun système régulier de mots de passe pour se reconnaitre entre elles. Mais lors des initiations, certains mots étaient exigés pour vous faire entrer dans le cercle et certaines formules pouvaient être employées comme tels ; bien sûr, une connaissance des mystères prouveraient que vous êtes initié. En fait, elles se connaissaient toutes entre elles, ou étaient présentées les unes aux autres, ainsi elles n’avaient nul besoin de mots de passe.

En Italie, on dit que les sorcières ont pour mots de passe « six et sept », car il serait dangereux de dire treize ; bien entendu, l’addition de ces chiffres donne treize. En Angleterre, je pourrais comprendre qu’elles disent cinq et huit pour les mêmes raisons, mais en réalité elles se connaissent bien les unes les autres dans le coven et n’ont donc pas besoin de mots de passe ; le plus souvent, elles  ignorent l’existence d’autres covens.4

1 Gardner 1, 115.

2 Gardner 1, 116.

3 Gardner 1, 125.

4 Gardner 1, 116.

Photo : Eleanor Bone et son coven. Image tirée du documentaire « Witchcraft 70′ ».

L’Histoire du Célèbre Moulin des Sorcières par Gerald Gardner

L’Histoire du Célèbre Moulin des Sorcières à Castletown, Ile de Man. Traduction par Ameth.

Attention version pdf (18 pages) à télécharger : The Witches’ Mill

Ce livret a été publié par Gérald Gardner et était vendu dans son Musée de la Magie et de la Sorcellerie de l’île de Man. Après la mort de Gérald Gardner, Monique et Campbell Wilson ont dirigé pendant quelques temps ce musée avant de le revendre à la société américaine Ripley.

Les sources de la Charge de la Déesse (II) : Charles Leland

Les sources de la Charge de la Déesse (II) : Charles Leland, par Lune.

En 1899, le folkloriste américain Charles Godfroy Leland publie Aradia or the gospel of the witches. Une quarantaine d’années plus tard, ce livre marquera fortement Gerald Gardner qui reprendra une partie de l’enseignement d’Aradia pour créer la Charge de la Déesse.

Voici l’extrait du texte original, qui sera suivi de l’extrait de la première version (1949) de la Charge de la Déesse :

[…] Quand vous aurez besoin de quelque chose
Une fois par mois, à la pleine lune
Vous devrez vous réunir dans un endroit isolé
Ou vous rencontrer dans une forêt
Pour adorer l’esprit enveloppant de votre reine
Ma mère, la grande Diane. Celle qui voudra tout apprendre de la sorcellerie
N’a pas encore atteint des plus profonds secrets, ma mère
Lui enseignera, la vérité sur les choses les plus secrètes,
Et vous serez tous libérés de l’esclavage
Et comme signe de votre vraie liberté
Vous devrez être nus lors de vos rites, aussi bien les hommes
Que les femmes[…]

Et…

Aradia ou l’Evangile des Sorcières par C. Leland.

[…] Chaque fois que vous aurez besoin de quelque chose,
une fois par mois et de préférence lorsque la lune est pleine,
vous vous réunirez en un lieu secret et adorerez mon esprit,
moi qui suis la reine de toutes les sorcelleries et magies.
Alors en cette assemblée,
vous qui prenez plaisir à apprendre la sorcellerie
et qui n’avez pas encore atteint ses plus profonds secrets ;
je vous enseignerai ce qui vous est encore inconnu.
Vous serez libres de tout esclavage
et en signe de votre entière liberté,
vous serez nus lors de vos rites
et vous danserez, chanterez, festoierez,
jouerez de la musique et ferez l’amour,
tout cela en mon honneur. […]

« Soulever le voile », extrait du BoS de Gerald Gardner.

Aradia ou l’Evangile des Sorcières a été traduit par Véro pour les Portes du Sidh.

Les Sources de la Charge de la Déesse (I) : Ali Puli

Les Sources de la Charge de la Déesse (I) : Ali Puli. Par Lune.

Gerald Gardner a repris un extrait du Centrum Naturae Concentratum écrit par Ali Puli (publié en néerlandais en 1694 et en anglais en 1996) pour l’inclure dans ce qui allait devenir ‘La Charge de la Déesse‘. Part importante de la rituélie Wicca. Ali Puli était un philosophe du XVIIème siècle et auteur de nombreux textes sur l’alchimie et l’hermétisme. Ses origines sont incertaines.

Ce texte datant du XVIIème siècle, il s’agit donc de la source la plus ancienne de la Charge de la Déesse.

Cet extrait a tout d’abord était cité en 1914 dans l’article de Waite, Some notes on the alchemist Alipili, in The Alchemical Journal 3, puis en 1926 dans The Secret Tradition in Alchemy, its development and records. Il a également été repris par Helana Blavatsy dans son livre Isis Dévoilée, tome 2.

Voici ma traduction. Vous y reconnaitrez sûrement le passage repris dans la Charge.

Je t’avertis, toi qui désires pénétrer les plus profonds secrets de la nature, si ce que tu cherches, tu ne le trouves pas à l’intérieur de toi. L’astre universel du monde ne détient pas de plus grand mystère ni d’excellence qu’un petit homme, façonné par Dieu à Sa propre image. Et celui qui désire être le premier parmi les étudiants de la nature, ne trouvera nulle part de terrain d’étude plus grand et meilleur que lui-même. Ainsi je proclame d’une voix forte : Ô homme, connais-toi toi-même ! En toi est caché le trésor des trésors.

Chevauché par les Dieux

Par Jennifer Hunter, traduction & adaptation Lune. Extrait de Rites of Pleasure, Sexuality in Wicca and NeoPaganism. Editions Citadel Press Wicca. 2004.

De nombreuses religions indigènes et chamaniques intègrent des éléments de possession, consensuelle, d’esprit dans leurs rituels. Durant ces moments, l’individu offre son corps (et son esprit, par extension), comme réceptacle, à un Dieu ou autre esprit pour s’incarner, bouger, parler, danser ou simplement être présent sous une forme plus physique. La meilleure illustration de ce phénomène sont les praticiens de la Santeria ou du Vaudou, aux États-Unis, lorsqu’ils sont « chevauchés » par leur Dieux. C’est une expérience terriblement spectaculaire et extatique pour tout ceux impliqués.

La Descente de la Lune ou du Soleil, dans la Wicca, vient davantage du mouvement spirituel de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème que des religions chamaniques, bien que le résultat soit le même. Dans ce cas, le prêtre ou la prêtresse invoque traditionnellement le Dieu ou la Déesse dans le corps de son partenaire, puis l’opportunité est donnée à la déité de faire ce qu’elle souhaite. Ceci est appelée « aspecting » (ndlt : on pourrait traduire ce terme par ‘prendre l’aspect, l’apparence’ ou ‘être investi’. La personne « possédée » manifeste alors un aspect du Dieu ou de la Déesse : pensée, sentiments, comportement, apparence, etc.)

Vous n’avez pas besoin de voir les Dieux comme des entités au sens littéral pour cela. Ils peuvent être des types d’énergies ou même des aspects de vous-même, l’effet sera largement le même.

  • Magdalene Meretrix : Je perçois les dieux comme des symboles de courants particuliers d’énergie. Ainsi, lorsque j’ai dédié mon travail sexuel à la Déesse Babalon (déesse thélémique de la sexualité), je l’ai dédié à un courant particulier, pas à une entité extérieure distincte. Lorsque je canalise les énergies de Babalon, j’assume un rôle sacré, tout comme une actrice assume un rôle laïque sur les planches, et en permettant le courant représenté sous la forme divine Babalon de s’écouler à travers moi, influençant mes actions et perceptions.

Dans la Wicca traditionnelle, ce type de travail est supposé être réservé aux initiés au 3ème degré – en d’autres mots, aux personnes qualifiées, expérimentées en magie et dans le travail d’énergie. Mais avec la montée des traditions wiccans éclectiques et des « autodidactes », cette restriction s’est envolée par la fenêtre. La possession canalisée et consensuelle est pour moi un type de travail de haut niveau. Certaines personnes peuvent avoir une capacité naturelle pour cela sans formation, mais c’est risqué (psychologiquement, énergétiquement, spirituellement et même physiquement) de partager votre corps et votre esprit avec une entité décorporée (ndlt : c’est pourtant quelque chose de très naturel et si on l’appréhende ainsi, il n’y a pas de peur à avoir).

  • LaSara Firefox : J’ai un ami prêtre et je suis sa prêtresse. Lorsque nous sommes « investis » (ndlt : le terme « aspecting » est utilisé ici), c’est presque impossible d’éviter d’être ‘charnel’ ou au moins sensuel l’un avec l’autre… Etre investi par une déité, c’est accepté cette déité, donner son corps à ce Dieu ou cette Déesse pour leur propre usage… Pour moi, cette pratique est très intentionnelle. Bien que je puisse quitter mon corps pendant de longues périodes au cours de l’expérience, je ne suis jamais très loin pour autant. Et, j’ai toujours la capacité d’arrêter un Dieu d’agir avec mon corps si je considère que c’est déplacé. Mais c’est toujours un apprentissage et parfois les frontières se croisent.

Commencez donc doucement et graduellement. Inviter une déité pour qu’elle « soit avec vous » est une bonne première étape.

Sexuellement, nous pouvons canaliser les déités ou types d’énergies soit consciemment, soit accidentellement ; nous pouvons voir également nos partenaires changer et prendre d’autres visages et énergies.

  • Magenta : J’essaie fréquemment d’imaginer mon partenaire comme le Dieu et il m’imagine comme la Déesse. Au cours de l’orgasme ou juste après, nous nous disons souvent « Tu es le Dieu », « Tu es la Déesse ».
  • Raven Kaldera : J’imagine souvent mes partenaires soumis comme les incarnations de « Tout Sacrifice Vécu » et moi-même comme la déité de la mort qui reçoit ce sacrifice. Je suis aussi un cheval selon la foi des yoruba, je prête mon corps aux déités qui veulent le chevaucher (une partie de mon marché avec Hel – Déesse norroise de la mort et de l’après-vie) et j’ai prêté mon corps à quelques-uns à des fins sexuelles. Et même en étant sur le siège arrière, c’était déjà assez impressionnant. Particulièrement avec Baphomet, qui sait vraiment comment faire l’amour.
  • Shai Shahar : Parfois lorsque Cora et moi faisons l’amour, il lui semble qu’elle se « change de forme », son visage se « morphe » en visages de femmes plus jeunes ou différentes… en femme « éternelle ». C’est comme si elle expérimentait tous les archétypes, avec lesquels je fais l’amour : soit à une seule soit à plusieurs facettes du divin féminin. Ce ne se produit pas toujours par dessein… en fait, pour moi, cela fonctionne difficilement de cette manière. Aussi loin que je puisse m’en souvenir, j’ai vécu un tel moment tel moment, au cours de ma jeunesse. Lorsqu’ «elle » est devenue Elle. Et c’est le mieux que je puisse décrire.
  • Rhomylly Forbes : Je sais que j’ai, au minimum, « partagé mon corps » avec la Déesse au cours de relations sexuelles lors de la veille de Beltane… Je sais que Alex a partagé son corps avec le Dagda (dieu irlandais de la terre et dieu-père). Ses yeux qui sont d’habitude d’un bleu-gris, ont pris une couleur verte très claire.
  • Phil Brucato : Très souvent, je vois ma partenaire comme une muse – une femme grande, vive, pieds nus, les cheveux aux vents, le regard féroce avec un méchant sourire aux lèvres. La plupart de mes amantes correspondaient à ce modèle jusqu’à un certain degré, ainsi dans mon esprit, elles sont liées à cette image.

Ce n’est pas forcément des déités spécifiques qui viennent en vous durant ces moments. Cela peut également être des éléments, des aspects cachés de vous-même et/ou des énergies animales.

  • Dossie Easton : Je fais beaucoup de shape-shifting (métamorphose) quand je joue. Une fois, je me suis transformée en aigle alors que j’étais attachée à une table. Je peux vous dire que ça n’est pas terrible. Avoir vos ailes attachées est vraiment particulier. Et les sons sont très durs dans la gorge. Je me métamorphose en serpents et habituellement en lézards. Car si je suis attachée… les lézards ont un appendice. De nombreuses fois, j’ai senti le Grand Serpent (énergie Kundalini) monter en moi.
  • Francesca Gentille : Je sens qu’il y a un instant pendant l’acte d’amour, lorsque je m’ouvre vraiment à l’univers et à mon bien-aimé, lorsque ce qui est là, c’est l’acceptation et le flux, c’est le moment où je ne fais pas l’amour, je suis l’acte d’amour. Je suis la force de création. Et à ce moment, quand je suis avec mon bien-aimé, son visage se transforme. Durant ce moment, je peux voir l’enfant en lui et parfois je peux voir en lui une vie passée. C’est comme différents visages qui fondaient sur lui.

Si vous prenez uniquement l’énergie d’un dieu/d’une déesse, alors vous pouvez apprécier le sens de l’unité avec cette énergie. Seul, vous pouvez prendre plaisir avec vous-même et honorer le Dieu/la Déesse à travers votre propre corps. Avec un partenaire, vous pouvez jouer le rôle de la prostituée sacrée, en établissant un lien entre votre partenaire et le divin. Si, seul votre partenaire endosse ce rôle, vous pouvez être le dévot, en faisant une « offrande » à votre autel favori.

  • Wyrdotter : ma partenaire est une femme magnifique, forte, aux formes plantureuses et il est aisé de voir certaines des images d’abondance de la Déesse en elle. Pendant des siècles, la Déesse a été représentée charnue, ronde, avec une poitrine généreuse, avec de larges hanches, accueillante… et ma bien-aimée est tout cela, alors, oui occasionnellement, je peux La voir en elle.

Photo : Janet et Stewart Farrar avec leur coven, pendant la descente de la lune.

Le cercle

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Le Cercle

Le cercle des sorcières n’est pas projeté pour tenir les démons à distance, en effet aucun démon n’y est évoqué. Le cercle est projeté pour y maintenir le « pouvoir ».1

Pour la première fois par écrit, il m’est également permis d’expliquer la véritable raison pour laquelle « la projection du cercle » est la chose la plus importante au cours de toutes les cérémonies des sorcières. On leur enseigne que le cercle se trouve « entre les mondes », c’est-à-dire entre ce monde-ci et le suivant, les domaines des dieux. Le seul cercle qui importe est celui que l’on trace avant chaque cérémonie, soit avec une Épée Magique dûment consacrée, soit un Couteau, ce dernier étant l’Athamé des Sorcières ou le Couteau à Manche Noir, avec sur le manche des signes magiques, et qui est généralement le plus utilisé.

Le cercle a habituellement un diamètre de neuf pieds, à moins d’être tracé dans un but très spécial. Il s’agit de deux cercles extérieurs, l’un et l’autre espacé de six pouces, ainsi le troisième cercle a un diamètre d’onze pieds. Lorsqu’il est tracé, ce cercle est soigneusement purifié, comme le sont également tous ceux qui célèbrent les rites. Les sorcières y attachent une grande importance, car dans le cercle se trouvent les domaines des dieux. Le Cercle des Sorcières consiste à contenir le pouvoir qu’elles croient pouvoir tirer de leurs propres corps et éviter qu’il ne se dissipe avant qu’elles puissent le modeler selon leur propre volonté. Si elles le souhaitent, elles peuvent entrer et sortir du cercle et ne s’en privent pas, mais cela implique une perte de pouvoir, c’est pourquoi elles évitent de le faire autant que possible.2

Pour une raison ou une autre, elles gardent secrets les noms de leur Dieu et de leur Déesse. Pour elles, le culte est resté inchangé depuis le début des temps, bien qu’il existe aussi chez elles l’idée vague selon laquelle l’ancien peuple viendrait de l’Est. Les sorcières commencent à l’Est lorsqu’elles forment le cercle et le représentant du dieu ou de la déesse se tient habituellement à l’Est. Les principales invocations sont dites en direction du Nord. Selon elles, les Aurores Boréales sont les lumières de leur paradis, bien qu’il soit habituellement considéré comme étant souterrain ou situé à l’intérieur d’une colline creuse.3

1 Gardner 2, 115.

2 Gardner 1, 26.

3 Gardner 1, 24.

Le Calice

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Le Calice

Le calice ou la coupe était aussi une « relique » templière. Comme je l’ai dit, la sorcière également révère le calice, qui semble remonter aux anciens cultes de fertilité.1

C’est un sujet que je me dois d’expliquer. Au début, j’ai été surpris par l’absence de la coupe parmi les outils de travail des sorcières et par l’ajout de l’insignifiant pentacle, censé être employé pour commander les esprits. En outre, il faut le reconnaitre, les sorcières utilisaient une forme de spiritualisme, elles demandaient aux esprits des défunts de revenir et communiquer avec elles. Elles ne les évoquaient généralement pas, c’est-à-dire qu’elles ne commandaient pas aux esprits ou aux Elémentaux d’apparaitre pour ensuite, par le biais d’ordres, de ruse ou de sacrifices, les conduire à accomplir des services. Le plus souvent parce que, du fait de leur connexion aux sorciers2, ils avaient connaissance de leurs pratiques.

De plus, dans l’explication sur les outils rituels, il est fait mention de telles questions. La réponse que j’en déduis est la suivante : aux temps des bûchers, cela a été fait délibérément. Toute mention du calice conduisait à une débauche de torture, car leurs persécuteurs disaient qu’il s’agissait d’une parodie de la Messe ; c’est aussi la raison pour laquelle le passage sur le bâton de chevauchement ou le mât de danse (« le balai ») a été supprimé. On leur a substitué l’encensoir et le pentacle, des explications ont été conçues pour répondre aux attentes de leurs persécuteurs. Si toutes racontaient plus ou moins la même histoire sur ce qu’elles avaient appris (parce que c’était en fait vrai et que cela concordait avec l’histoire des autres) pourquoi se donner la peine de poursuivre les tortures ?

La sorcière était déclarée coupable et si elle ne s’échappait pas ni ne mourrait en prison, elle était rapidement brûlée et ses problèmes prenaient fin. C’était la pauvre misérable, qui n’était pas une sorcière initiée, qui était torturée encore et encore, car elle ne savait que dire et ne pouvait inventer d’histoire acceptable. Cette explication me semble plausible.

Naturellement, des sorcières solitaires ont parfois tenté de travailler avec les élémentaux, mais l’impression générale est la suivante : « Celles-ci sont habituellement mauvaises, cela porte malheur que d’avoir affaire avec elles. La déesse est douce et aimable, et n’aimerait pas cela. C’est une erreur d’aller à l’encontre de ses enseignements. » Bien sûr, je parle uniquement pour les sorcières appartenant au culte. La vieille guérisseuse de village, diseuse de bonne aventure, type peut accomplir n’importe quoi.3

1  Gardner 1, 77.

2 Ndlt : Sorcerer, dans le texte, (sorcier) et non pas witch (sorcière), terme qu’utilisait Gardner pour désigner les membres (aussi bien hommes que femmes) de la Wicca. Il faisait une nette distinction entre les « sorcières » d’une part et les « mages et les sorciers » d’autre part. L’intérieur du cercle des sorcières correspond au domaine des dieux, alors que le mage ou le sorcier trace un cercle pour y convoquer esprits et démons, afin qu’ils exécutent ses ordres, tout en restant protégé d’eux (voir Witchcraft today de Gardner).

3 Gardner 1, 125.

Crédit photo : www.wherewitchcraftlives.org

Calice et livre des ombres de Doreen Valiente.

La tradition du Manteau de Brigid [folklore irlandais]

Brat Bride, le manteau de Brigid qui soigne et protège. Par Lune.

Dans l’ancienne Irlande, quand un jour s’achevait, au coucher du soleil un nouveau commençait. C’est pourquoi la fête de Sainte Brigid (Sainte patronne de l’Irlande) commence le 31 janvier au soir. On dit qu’à ce moment-là, Brigid parcourait tout le pays. C’est pourquoi les irlandais avaient pour coutume de laisser au-dehors, cette nuit-là, un Bratog Bride, un Brat Bride ou un Ribín Bride afin que la Sainte en les touchant leur confère sa bénédiction et un peu de ses pouvoirs de guérison.

Concrètement, Bratog Bride désigne un chiffon/un bout de tissu de Brigid, brat Bride le manteau de Brigid et ribín Bride le ruban de Brigid.

L’objet, et donc le nom, différait d’une région à l’autre et aujourd’hui, pour avoir lu une foule incroyable d’avis divers et variés sur le net, j’ai le sentiment qu’il existe autant de manières de procéder que de gens. Pour faire simple, j’ai compilé cela en trois parties, comme ceci :

Où les plaçait-on cette nuit-là ?

  • Certains laissaient l’étoffe sur le bord de fenêtre.
  • D’autres l’accrochaient dans un arbre ou à une haie près des maisons.
  • À Munster, il était attaché à la poignée de porte afin que la sainte puisse le toucher en entrant dans la maison.
  • Certains le laissaient près du foyer, pour les mêmes raisons.
  • D’autres encore le laissaient sur le pas-de-porte.

De quoi s’agissait-il ?

  • Le bratog devait être une couverture.
  • Le brat Bride devait être un vêtement, n’importe lequel.
  • Le brat Bride pouvait être un bout de tissu en lin, un foulard, un châle… Et pour les hommes, une ceinture ou une cravate ou encore des bretelles.
  • Le brat Bride devait être un châle blanc. D’autres disent blanc ou bleu.
  • Le ruban devait être en soie.

À quoi servaient-ils ?

  • Une fois béni, le brat Bride possédait des pouvoirs curatifs pour les 12 mois prochains mois.
  • Les pouvoirs de guérison du brat Bride étaient les plus puissants après sept années.
  • Le ribín Bride permettait d’éviter les maux de tête à celui qui le portait.
  • Le ribín Bride, s’il s’allongeait la nuit de la Sainte Brigid, pouvait être utilisé contre les maux de tête.
  • Le brat Bride soignait la stérilité des femmes et facilitait l’accouchement.
  • Le morceau de tissu était récupéré le lendemain matin par le chef de famille, il y découpait des morceaux qu’il distribuait à chaque femme de la famille pour les préserver de tout maléfice.
  • On entourait de ce tissu la tête des femmes en couches.
  • Le bratog était utilisé uniquement pour soigner les bêtes.
  • Le brat Bride servait de talisman protecteur du bétail et facilitait le vêlage.
  • On plaçait la couverture bénite par la Sainte sur les vaches avant et après le vêlage pour que celui-ci se passe au mieux (vache et veau en bonne santé et lait en abondance).
  • On en enveloppait les nouveau-nés animaux pour les préserver.
  • Le porteur restait à l’abri de tout danger, particulièrement lors d’un voyage long et périlleux (par exemple, les pêcheurs…)
  • Le tissu béni protégeait de la magie, du mauvais œil et des fées.
  • Les enfants étaient protégés des fées grâce à lui.
  • Si un animal de la ferme tombait malade, on traçait le signe de la croix sur le brat que l’on plaçait ensuite sur le dos de l’animal pour assurer l’intervention de la Sainte en son nom.
  • Le brat Bride permettait de guérir les maux de gorge.

Pour vous donner un exemple (et ainsi que vous puissiez l’adapter selon vos croyances) de la façon traditionnelle dont les gens utilisaient ce Ribín Bride contre le mal de tête, je cite un passage du livre The Year in Ireland : Irish Calendar Customs, de Kevin Danaher :

Tout d’abord, par trois fois, on frotte le ruban tout autour de la tête du patient ou on entoure la tête du patient avec le ruban, en disant à chaque fois l’invocation : ‘au nom du père, du fils et du saint esprit, Amen.’ Après quoi, on noue le ruban autour de la tête.

Bref, qu’il s’agisse d’un bout de tissu, d’un vêtement ou d’un ruban, la croyance voulait que Sainte Brigid les bénisse lors de sa traversée du pays durant la nuit du 31 janvier au 1er février, leur octroyant ainsi un peu de ses pouvoirs de guérison.

Photos : Lune.

Sources :

  • The Year in Ireland: Irish Calendar Customs, de Kevin Danaher
  • Brigid: Goddess, Druidess and Saint, de Brian Wright
  • Stations of the Sun: A History of the Ritual Year in Britain, de Ronald Hutton
  • https://roaringwaterjournal.com/tag/brat-bhride/
  • http://celticmemoryyarns.blogspot.com/2011/04/of-brigits-cloak-ancient-yew-forest-bee.html
  • https://pilgrimagemedievalireland.com/2015/01/31/a-st-brigits-day-tradition-from-tipperary-st-brigits-ribbon-ribin-brighud/
  • https://twitter.com/irarchaeology/status/958766175281930240?lang=fr
  • https://www.facebook.com/stfanahanscollege/photos/happy-st-bridgets-day-in-ancient-ireland-the-new-day-began-at-sundown-when-the-o/1701276193261997/
  • http://webapps.fundp.ac.be/bib/pdf/799.pdf
  • https://www.facebook.com/michael.fortune.wexford/videos/1704760276212090/