Guérison avec l’aide de Pan

Par Sienna © 2006, traduction Lune





Pan, imbolc 2007, par Lune ©



Je n'ai jamais aimé Pan. Pan était un dieu masculin avec un ego masculin, le dieu le plus vaniteux et insolent depuis Zeus. On peut même dire que je haïssais Pan. Pan n'était pas une gentille déité avec qui jouer quand on est une jeune fille. Il était dangereux, roublard et sans pitié. Ou c'est ce que j'ai cru pendant de nombreuses années.

Pourtant, de drôles de choses surviennent lorsque vous essayez d'éviter une déité. Il semble que cette déité particulière se montre partout où vous vous rendez. Ma résistance à Pan posa une véritable énigme aux gens qui me connaissaient. Ils me donnèrent des ramures de cerf sans raison si ce n'est qu'ils pensaient que j'aimerai leur cadeau. Différentes personnes m'offrirent des objets d'autel ornés de la représentation de Pan. J'acceptais ceux-ci aussi gracieusement que possible et lorsque je rentrais à la maison, je les déposais dans mon coffre, à outils rituels, en cèdre, sans réelle intention de les utiliser pendant la vraie magick.

A un moment, il semblait que Son énergie allait partout où j'allais. Un tour de voiture en montagne finit en arrêt sur la route à cause du passage d'un troupeau de cerfs. Une promenade au stand de produits locaux tourna en une péripétie impliquant l'animal de compagnie de quelqu'un : un bouc. De mon jeu de Tarot sortait de manière répétée, et apparemment au hasard, la carte du Diable -- un bouc souriant pleinement. Des amis hommes disaient des invocations au Cornu, révélant magnifiquement Sa présence, et dont l'énergie m'exaspérait au plus haut point.

Mais je continuais à résister. Je refusais d'admettre cette énergie dans ma vie, et je n'étais pas prête à Lui permettre quelques types de manifestation forte autour de moi. Pourquoi voudrais-je d'un tel dieu, excité, égoïste et arrogant dans mon temple ? Je n'ai jamais aimé Pan et je ne pensais pas l'aimer un jour.

Cependant, comme vous pourriez l'avoir deviner, les choses changent. Cela a commencé lorsque mon ami m'a demandé s'il pouvait essayer une invocation au cours d'une réunion rituelle mensuelle que je donnais. Quelle idiote j'ai été -- J'ai dit d'accord avant même de savoir qui il allait invoquer. Il a écrit le scénario, recruté les gens qui allaient le jouer et me l'a soumis. En tête de page, en grandes lettres d'or, soulignées trois fois, était écrit : Pan. Eurrrrrrrrk ! Trop tard pour m'en dépatouiller, j'ai alors pensé : "Ok ! J'observerai simplement."

La nuit du rituel arriva et tout le monde semblaient prêts. Mais bien sûr, au climax du rituel, quelque chose dérapa. Le groupe renvoya l'énergie au mauvais moment, et au lieu de se manifester dans le prêtre, elle rebondit tout autour de la pièce. Il est évident pour les païens expérimentés que Pan ne se manifeste jamais comme prévu. Pendant les quelques jours qui ont suivi, l'énergie de Pan resurgit de diverses manières à tous les gens impliqués, pour la plupart sous la forme d'une libido exacerbée, mais parfois comme une envie forte de forêt ou une manifestation de quelque chose liée aux boucs.

Je l'ignorais du mieux que je pouvais. Les jeunes hommes attisés par le soleil printanier, les froides et noires montagnes sur l'horizon, le soudain intérêt de mon partenaire pour les sources chaudes primitives, tout ceci me narguer des jours après le rituel. Je tenais cela à distance, en riant en apparence, alors que les autres personnes racontaient leurs expériences Pan-esques, une curieuse peur commença à naître en moi.

Quelques jours plus tard, je m’assis pour mon travail perso de transe hebdomadaire, et partis dans mon temple astral et j'appelai mon gardien, qui arriva sous la forme d'une araignée. Je devais effectuer un travail réellement en profondeur, lorsque j'ai senti une présence dangereuse à l'extérieur du cercle. C'était la première fois que je me sentais aussi effrayée en astral, et ce qui était encore pire, c'est que je ne pouvais discerner ce que je sentais. J'ai fait sortir l'araignée pour voir ce qui c'était passé. Elle revint à moi en riant.

"Pan est là-bas" dit-elle.

"Pan ?" paniquais-je. "Que veut-il ?"

"Je ne sais pas". Elle haussa 'les épaules' (de ses huit pattes). "Demande-le lui".

"Tu es le gardien. Tu vas lui demander." L'araignée partit et revint dans un flash, comme cela arrive habituellement en astral.

"Il veut te parler. Il veut s'excuser."

J'étais abasourdie. A présent, je pouvais voir à travers la brume à l'extérieur du cercle, et assurément, il y avait quelqu'un aux Pieds-de-Bouc, un géant dominant mon temple, accroupi sur un genou, baissant son regard sur moi tel celui d'un chiot battu. Il était pathétique. Je ne pouvais le croire. " Des excuses ? Pourquoi ?"

" Demande-lui." Elle le pointa d'une patte avec condescendance. "En tant que gardien, je confirmerai qu'il ne t'arrivera rien de mal si tu l'invites dans le cercle."

"Ok, bien. Il peut entrer. Mais pas de cette domination de merde, écrasante, autoritaire, ok ?" A cette pensée, Pan se manifesta instantanément, comme cela se produit dans le plan astral, en apportant avec lui l'odeur du bouc. Il avait réduit de taille pour atteindre exactement la mienne, toujours sur un genou, tandis que je baissais mes yeux sur lui. Devant moi se tenait un jeune homme aux jambes soyeuses de bouc et avec de petites cornes. Il était absolument superbe, avec des cheveux bruns clairs et une barbe courte, et de grands yeux bruns.

"Je suis désolé," dit-il, et avant que je ne puisse lui demander pourquoi, il continua. "Je suis désolé pour tous les hommes qui t’ont utilisé et qui ont abusé de toi au cours ta vie. Je suis désolé pour toutes les saloperies que ton père et ton beau-père t'ont faites. Je suis désolé pour tes frères aînés et tes anciens amants. Je m'excuse pour ton ex-mari. Je suis navré pour la manière dont tu as été (mal)traitée toute ta vie par les hommes."

Il poursuivit : "Tu as déposé ces fardeaux sur mes épaules, ainsi je dois faire mon devoir tel un dieu et les accepter." Il se releva et prit mon menton dans sa main alors que je le regardais dans les yeux. "Sienna, j'accepte la douleur et la souffrance que tu as focalisées sur moi au nom de tous les hommes. Je prends la responsabilité de cela et je suis réellement navré que tu aies souffert."

Cela a sonné comme quelque chose de familier à mes oreilles ; j'ai réalisé qu'il avait raison. J'ai pris toute la négativité en moi et en ai coloré la plus forte déité masculine, selon ma conception, que je connaissais. Bien que j'ai réalisé que Pan était simplement une forme d’énergie et non la cause de ma souffrance, le fait qu'il ait accepté toute cette négativité et s'est excusé pour cela, m'a donné une nouvelle perspective du dieu. Je suppose qu'il devait y avoir des larmes dans mes yeux alors que tout cela se révélait comme m’étant familier. Je restais sans voix. Il embrassait ma main.

"Je veux que tu saches que je t'aime," dit-il. "Je t'ai suivi depuis que tu étais adolescente, en attendant que tu t'ouvres à moi." Il s'assit près de moi sur ma chaise astrale, qui grandit pour s'ajuster à sa taille, et mit un bras autour de moi. Pour la première fois, j'ai remarqué son Phallus. Qui ne semblait pas aussi extraordinaire que ça, pensais-je en moi-même.

"Je ne veux pas faire l'amour avec toi, Pan" Me surpris-je à dire.

"Sienna, je ne suis pas là pour te baiser. Je suis ici pour te dire que je t'aime, et que tu n'as pas à avoir peur de mon apparence à travers les hommes qui t'entourent. Ils t'aiment tout autant et ne te blesseront jamais intentionnellement. Et moi non plus. Souviens-toi que je ne peux rien faire, de toute façon, à moins que tu m'y invites."

Je ne croyais pas en cela. "Regarde, je ne les ai pas invités non plus, et ils ont profité de moi de toute façon ! Ces hommes ont pris des choses qui ne leur appartenaient pas. Ils ont emporté avec eux ma dignité, ma capacité à prendre des décisions pour moi-même et mon sentiment de sécurité. Ils ont utilisé ma sexualité, ma capacité psychique et mes comptes en banque pour leurs propres usages sans ma permission. Je ne les ai pas invités et je t'ai seulement invité toi dans mon cercle, pas davantage, parce que tu es venu en toquant." J'ai repoussé son bras et il s'est éloigné de la chaise, celle-ci se réadaptant à ma taille. "Là, je commence à me sentir manipulée. Qu'est-ce que ces hommes veulent de moi ? Qu'est-ce que tu veux de moi ?"

Il a soupiré pesamment. "Tout ce que je veux, c'est que tu comprennes que les hommes sont simplement conditionnés par notre société dans laquelle est admis un modèle de femmes. On leur apprend à dominer et ils ne savent comment agir autrement. Il n'y a pas d'écoles qui leur enseignent la ligne entre la manipulation et le fait de ne pas blesser. Si tu ne t'exprimes pas, ils ne savent pas qu'ils peuvent te faire du mal. Tu peux me le dire maintenant, mais peux-tu le faire au quotidien ?"

Une fois encore, le dieu a dit vrai. Une fois encore, cela m'a frappé. Je n'ai jamais donné mon avis à la plupart des hommes dans ma vie. Même le jour où il y a eu des frictions entre mon époux et moi-même, parce que je ne lui ai pas dit ce que je ressentais. "Il n'y a pas autant d'hommes médiums que tu le voudrais." dit-il en gloussant. Je fis rétrécir à nouveau la chaise et me précipitai à ses côtés.

Je mis le menton dans mes mains et me mis à genoux, lui tournant le dos tout d'abord. J'ai senti ses mains sur mon dos, frottant mes épaules doucement comme un ami le ferait. Cela faisait du bien, alors je ne l'ai pas arrêté. Il m’est apparu que certains des aspects que j’ai énormément aimé chez les hommes sont pour la plupart ceux pour lesquels je me suis permise d’être manipulée en premier lieu.

"Ainsi, en gros, pendant tout ce temps, tout ces hommes voulaient simplement que je leur donne mon avis ?"

"Oui."

Une douche chaotique d’énergie émotionnelle s’abattit sur moi, et je fis de mon mieux pour la purger, les larmes aux yeux, à la fois astrales et physiques. Les souvenirs d’interactions avec les hommes, d’aussi loin que je pouvais me rappeler, survenaient comme des flashs devant moi. Je me trouvais en train de revivre de vieilles expériences, qui finalement, prenaient leur sens, mon corps physique était terrassé par les sanglots.

Il me prit dans ses bras et me laissa pleurer sur son épaule nue. Etre prise dans les bras par un dieu est une sensation merveilleuse, indescriptible. C’est comme être aimée par l’univers entier. C’est comme s’enrouler sur une matière douce, duveteuse, qui vous caresse de l’intérieur et à l’extérieur. Bien sûr, il s’agit simplement d’une expérience astrale, mais comme j’ai pleuré, mon corps physique vibrait d’extatiques sensations au-delà de toute comparaison. Et cela simplement pour une accolade.

Lorsque toute l’énergie, qui s’était emmagasinée depuis des années de malentendus, s’est libérée, toutes les larmes retenues ont été versées, il continuait à me tenir. J’ai fermé les yeux et me suis ancrée, mais corps vibrait encore de l’amour de ce dieu masculin de compassion et de compréhension. J’avais tout faux à son propos depuis tout ce temps.

Il attendait patiemment que je m’écarte ou que je dise quelque chose, mais tout ce que je pouvais faire, c’était me détendre dans ses bras et respirer profondément, et à la fin, j’ai trouvé le profond état de transe recherché lorsque je traçais le cercle, qui permit à mon esprit de se vider. Lorsque je recouvris mes sens, il continuait à me tenir. Mon corps vibrait toujours de son énergie et je continuais à être emplie d’extase. Et cela simplement pour une accolade.

Comment pouvais-je résister ? Bien sûr, je l’ai invité.

Les choses sont plus élastiques sur le plan astral. Les choses arrivent instantanément ; les chaises grandissent et rétrécissent selon les besoins ; les dieux peuvent changer leur taille à volonté ou la taille de toute partie d’eux-mêmes.

C’était vraiment fabuleux.

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Webmasters : Lune & Artus - 1ère mise en ligne : Beltane 2003 - Mise à jour : 12/03/2010 - Nombre d'articles : 827