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Auteur Fil de discussion: Nouvelle littéraire - André  (Lu 756 fois)
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Lughnasadh
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« le: 16 Novembre 2007 à 23:58:30 »

Je vous poste ici une autre de mes nouvelles. L'autre jour j'étais dans le métro avec ma blonde et j'ai vu deux garçons semblables à ceux de la nouvelles qu'ils m'ont donné l'idée d'écrire.
Ça n'a pas été une tâche facile, il a fallu que je me place dans la peau d'un personnage dont je ne connais que peu le monde, mais je crois avoir fait un bon travail.

___

Le mercredi 10 septembre 2007

André

   Nous étions assis sur le banc de la station Beaudry et attentions notre métro après avoir passé la journée à nous promener dans le centre-ville de Montréal, André et moi. Ça m’avait fait bizarre de me retrouver avec lui, sur la rue Sainte-Catherine, en plein Quartier gai, ou le Village, comme il l’appelait lui-même tout simplement, lui qui y était si habitué. Il avait remarqué ce petit malaise que j’éprouvais dans ce quartier qui veut dire tant de choses pour moi. C’était peut-être en souvenir de sa première visite de ces rues qu’il mit sa main sur mon épaule et me dit doucement en me regardant avec ses grands yeux bruns si doux :
- Matthieu, si tu veux, on peut aller se promener ailleurs dans d’autres rues... Tu aimes la rue Saint-Denis? C’est tout près et très animé et...
Ah! Ces grands yeux me faisaient fondre et j’aurais tant voulu les garder pour moi seul... ces grands yeux qui plongeaient dans mon regard et lisaient dans mon être... Jamais je n’aurais pu émettre la moindre critique sur cette journée qu’il avait entièrement organisée pour moi. J’étais trop bien avec lui pour risquer de changer quoi que ce soit. Je lui répondis que cette journée était parfaite, que j’adorais tout ce qu’il avait préparé. En disant cela, je lui touchais le bras, sa peau s’était couverte de chair de poule alors que mon coeur se débattait. J’éloignai ma main, n’osant le toucher plus longtemps.

La voix préenregistrée du métro annonça un problème sur la ligne causant un ralentissement du service. Peut-être était-ce quelqu’un qui s’était jeté devant un train qui arrivait. Quelques instants plus tard, le service serait rétabli et tout serait oublié. La réalité est triste, mais like the show, the subway must go on. Je suis morbide.
J’étais content de passer quelques minutes de plus assis simplement avec lui, la tête appuyée contre son épaule. Il était plus grand que moi et j’aimais sentir cette force qu’il dégageait. Je me tenais immobile, n’osant lui prendre le bras. Il regardait devant lui et observait les gens de l’autre côté des rails. Ils étaient absorbés dans leurs vies, leurs problèmes, leurs joies, et ne nous accordaient aucune attention, de même que les gens qui attendaient de notre côté des rails. Je lui jetai plusieurs fois des regards et essayai de graver dans ma mémoire l’image de son visage ainsi que l’odeur musquée et boisée de son eau de toilette. J’aurais voulu qu’il me parle, me regarde et me touche, comme quelques heures plus tôt, dans le café où nous nous trouvions alors.

C’était un tout petit endroit fréquenté presque exclusivement par des jeunes comme nous, à l’exception d’un vieil homme qui écrivait en fumant. L’homme relevait parfois la tête pour jeter un coup d’oeil aux passants qui marchaient sur le trottoir ou pour nous regarder, car notre table était près de la sienne.
André et moi parlions de tout et de rien, au moment où, de sa grande main, il toucha mon coup et caressa un instant mes cheveux. J’aurais tellement voulu me jeter sur lui et sentir ses lèvres, sa langue contre la mienne, son grand corps caressant le mien... mais m’abandonner à cette pulsion m’effrayait. J’étais aussi déchiré entre cette envie et la peur qu’il ne me repousse que celui qui s’est jeté devait le métro l’était entre les rails et les roues. Le garçon apporta l’addition et nous quittâmes le café.
Le vieil homme souriait.

Nous marchâmes encore un peu, une demi-heure peut-être, et à un coin de rue, de l’autre côté, j’aperçus un couple qui s’embrassait en attendait que le feu tourne au vert pour pouvoir traverser la chaussée. Je me rapprochai d’André et au moindre geste de sa part, j’aurais levé la tête pour l’embrasser... mais il ne bougea pas et se contenta d’appuyer doucement sa grande main contre mon dos lorsque le feu fut enfin vert.
De l’autre côté, je sentis le bras d’André contre le mien, et sa main cherchant la mienne. Sans attendre, je la lui pris et la serrai. Mes doigts étaient enlacés avec les siens comme j’aurais voulu que mon corps soit avec le sien. De son pouce, il caressait le revers de ma main, et les idées dans ma tête s’entrechoquaient. Mon coeur battait si fort qu’il eût pu l’entendre.
André regardait droit devant lui. En même temps que le bonheur d’être avec lui et de simplement le toucher m’emplissait, un pincement en mon coeur se faisait sentir car je ne comprenais pas pourquoi il ne me regardait pas, ne m’embrassait pas et pourquoi il semblait m’accorder si peu d’attention. J’en souffrais en respirant son odeur chaude.
Nous marchions alors dans une petite ruelle éloignée de la rue dans laquelle le ciel était presque masqué par de grands arbres dont les feuilles, rendues rouges, orangées et jaunes par l’automne, tombaient lentement sur l’asphalte de la ruelle. Mues par le vent, ces feuilles dansaient devant les rayons de soleil qui réussissaient à percer entre les branches qui faisaient comme un toit, une voûte, au dessus de nous.
À un moment donné, il s’arrêta et me pris dans ses bras durant quelques instants qui me parurent être des heures de délice. Mon visage était lové contre ses pectoraux et ses clavicules. Je le serrais fort en respirant à grandes bouffées l’odeur de son eau de toilette mélangée à la chaleur de son beau corps. Ses mains parcourraient mon dos alors que l’une d’elles se posa sur ma nuque et que sa tête se baissa jusqu’à ce que ses lèvres frôlent mon oreille. Dans un souffle, il murmura :
- Matthieu, tu n’as aucune idée d’à quel point je suis bien avec toi, d’à quel point j’aime ta compagnie, d’à quel point ça m’emplit d’être avec toi ici.
Je ne pus rien lui répondre, la seule chose que mon corps put faire était de le serrer encore plus fort pendant qu’une larme brûlante perlait au coin de mon oeil.
   Nous avions un peu froid et il proposa d’aller prendre le métro, ce que j’acceptai immédiatement. Alors que nous commencions à marcher, il me prit par la taille, sa paume sur ma fesse et ses grands doigts sur mes hanches. Pour la première fois de ma vie, l’idée qu’on puisse me tenir ainsi ne déclancha pas en moi une tempête. Son corps était chaud, je me rapprochai simplement de lui.

   De l’autre côté des rails, le métro qui allait dans la direction opposée à la nôtre passa et emporta la populace qu’André regardait fixement depuis quelques minutes. Malgré leur départ, il regardait toujours ailleurs et ne m’accordait encore quasiment aucune attention. Je ne savais plus quoi penser. À quoi bon tous ces moments magnifiques avec moi aujourd’hui s’il ne m’accordait même plus le moindre regard ? Qu’avais-je donc fait pour le dégoûter à ce point ? Était-ce parce que je m’était laissé toucher trop facilement ou trop vite ? Était-ce parce que je ne lui plaisais pas physiquement ? Qu’y avait-il en moi qui motivait son indifférence ? Alors que ma tête reposait sur son épaule et que mon bras frôlait délicatement sa cuisse, mes émotions voguaient entre la peine, la frustration, et un picotement qui chatouillait mon coeur et me donnait envie de pleurer.
   Je m’abandonnais à ces sombres pensées et me tenais de moins en moins. J’étais de plus en plus mou, de plus en plus abandonné contre le corps droit et solide de cet homme duquel j’attendais un signe.
   André... André avec qui j’échangeais des courriels depuis des semaines et avec qui j’avais passé une si belle journée... André avec qui je voulais en passer un nombre incalculable d’autres.
   Non, ça n’était pas possible qu’il m’accordât si peu d’importance et me délaissât après m’avoir mille fois écrit comme il lui tardait de me rencontrer en personne, comme il avait hâte de passer quelques heures avec moi. Je l’avais laissé organiser pour moi cette journée durant laquelle il ne m’Avait rien laissé payer !
   C’était impossible que ce bel homme sur lequel je gisais agisse ainsi sans raison valable. Contre ma joue, je sentais la peau douce de son pectoral au travers du coton de son chandail. Je fermai les yeux et aspirai encore une dernière fois la merveilleuse odeur de son corps avant de murmurer :
   - André... pourquoi tu ne me parles plus ? Pourquoi tu fais juste regarder ailleurs même s’il n’y a rien à voir ?
   Il tourna sa tête vers moi et me regarda quelques secondes, le visage neutre, ses yeux dans les miens. Il ne dit rien, resta muet alors que sa tête s’approcha de la mienne et que ses lèvres baisèremt mon front. Mon corps était au bord de la crise cardiaque.
   - Je t’aime, Matthieu.
    Il se tourna vers moi, passa son bras sous le mien pour prendre mon dos et me coller contre lui pendant que son autre main se posa sur ma nuque pour approcher mon visage du sien. Dans ses bras, je me trouvais dans un état second, le métro n’existait plus, ni les gens autour.
   Ses lèvres étaient tellement douces, sa langue roulait contre la mienne. Ça goûtait bon, ce premier vrai baiser avec André. J’étais tellement heureux qu’une autre larme perla à mon oeil, suivie d’un flot d’autres. Mes larmes ne s’arrêtèrent pas de couler et je renonçai à tout effort pour les retenir. André ne cessa pas de m’embrasser. Il comprenait cette bataille en moi qui était enfin terminée et donc mon corps se purgeait par les larmes. Il comprenait parce qu’il l’avait lui-même vécue puis remportée, cette bataille... mon bel André.

___

Notes:
Le récit se passe à Montréal, dans le centre-ville. La rue Saint-Denis et la rue Sainte-Catherine se croisent. La station Beaudry est située sur la rue Sainte-Catherine, entre la station Berri-UQÀm et Papineau. Le Quartier gay de Montréal est en gros bordé par Berri et Papineau. Beaudry en est le centre en somme. Pour toute précision quant au lieu, posez la question ^^
Journalisée

-Lughnasadh-
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